Bénédicte Kurzen – Invitée d’honneur

Portrait de Bénédicte Kurzen invitée d'honneur deu festival Barrobjectif

Bénédicte Kurzen a commencé sa carrière photographique en 2003 en allant en Israël pour couvrir l’actualité chaude dans la Bande de Gaza, en Irak et au Liban.
En 2004, elle passe du «news» à la photographie documentaire avec un projet sur les femmes kamikazes volontaires et les veuves palestiniennes dans la Bande de Gaza. Ce travail fait partie d’un projet collectif plus ample intitulé Violences faites aux femmes, en collaboration avec Amnesty International et Médecins Sans Frontières.
Bénédicte a une maîtrise d’histoire contemporaine de la Sorbonne, Paris. Son mémoire est consacré au « Mythe du photographe de guerre », ce qui l’inspira pour devenir journaliste d’image.
Au cours des dix dernières années, elle a couvert les conflits et les changements socio-économiques en Afrique. De l’Afrique du Sud (2015–2013), sa base, elle explore certains des plus douloureux défis de la société post-apartheid. Elle produit “Next of Kin” (Plus proche parent), “The Boers Last Stand” (Les Boers aux abois) et « Amaqabane ». Ce dernier projet consacré aux vétérans de la lutte anti-apartheid
fut produit dans le cadre du prestigieux Joop Swart Masterclass en 2009. En 2011, elle reçoit une bourse du Pulitzer Centre qui lui permet de produire un travail complexe au Nigeria, “A Nation Lost to Gods” (Une Nation perdue des dieux), exposé à Visa pour l’Image, et qui lui a valu une nomination pour le Visa d’Or 2012.
Elle devient membre de l’agence NOOR, en 2012, et déménage à Lagos l’année d’après. De là elle continue à couvrir l’Afrique, avec une attention toute particulière pour le Nigeria, qui la passionne depuis longtemps. Son travail nigérian fait l’objet d’une exposition à Londres et à Lagos en collaboration avec Robin Maddock et Cristina de Middel : “Shine Ur Eye”. Enfin elle fut aussi professeur à l’Université américaine du Nigeria.

Bénédicte Kurzen nous présentera trois reportages de son travail sur le Nigéria « Giving birth, giving death« (Naissances mortelles), « Sign warfare » ( La guerre des signes), et « A nation lost to gods » (Une nation perdue des dieux).

 

Bénédicte Kurzen – Naissances mortelles

EXPOSITION BARROBJECTIT 2017 : Naissances mortelles

Voici l’histoire de trois femmes, Sylvia, Promise, et Sipathi.

C’est une histoire d’ambiguïté et de dénégation à l’échelle nationale à la suite d’une foudroyante épidémie de sida.

Ces trois femmes vivaient dans le township de Tembisa, toutes les trois ont appris au cours de leur grossesse qu’elles étaient séropositives.
Ces images ne racontent que la moitié de l’histoire. Les femmes et leurs filles étaient prêtes à partager davantage. Promise voulait que le reportage documente la naissance de sa fille. Sipathi était en train de mourir quand je l’ai rencontrée, mais sa famille voulait que je photographie la dernière visite de son fils, et ses dernières heures chez elle.
J’avais voulu aussi montrer comment l’hôpital public la négligeait, les heures qu’elle a passées couchée dans son vomi, jamais lavée. Malgré l’aval du Comité éthique de Pretoria, les autorités m’ont refusé la permission.
C’était à l’époque de Mbeki, c’était à l’époque de Manto Tshabalala- Msimang, époque où, malgré les morts de Sipathi et de Badalo, on m’a soutenu que le sida n’existait pas.

Un marqueur sort d’une tombe d’enfant au cimetière de Tembisa, en Afrique du Sud, en juillet 2006.

Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes
Bénédicte KURZEN 2017 : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Bénédicte Kurzen – La guerre des signes

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : La guerre des signes

Au-dessus des arbres, le bourdonnement du MI–8, insecte bouffi, le ventre gros, blanc comme un cachalot mythique qui aurait quitté les mers pour le ciel. Son ombre passe légèrement sur la cime des arbres. Par des ouvertures, un vent fripon traverse l’intérieur ; la portière du poste de pilotage, mal assujettie, laisse voir l’équipage ukrainienne, le cou épais, rougi. L’hélico est loué, avec des subsides américains, par l’UPDF, Force de défense du peuple ougandais. Sur une banquette, deux officiers, leur kalache entre les genoux, déchargée, crosse en l’air. Un lieutenant de la section aérienne, les écouteurs scotchés aux oreilles, guide le vol, malgré le vacarme. Devant lui, des piles de caisses : des boîtes de singe, de la farine de mil, des bouteilles d’eau.
A travers le hublot de la portière, on regarde la forêt en bas, vaste océan ses nuances de vert toujours changeantes, que traversent de pâles méandres de terrain dénudé d’arbres. Au loin, la masse grise des nuages pèse sur les arbres, nuages porteurs de pluie qui relie terre et ciel.
L’hélico est quelque part entre le Soudan du sud et le Congo. Rien ne signale une frontière, rien ne laisse soupçonner la vie, ni feu, ni lopin cultivé, ni cabane.

Pendant l’expédition, il est interdit de parler: les voix humaines sont des vagues rapides et peuvent alerter l’ennemi de la présence de l’armée, Pasi Forest, RDC, le 15 mai 2011.

C’est ici que se cache l’ennemi. Il suffit de jeter un œil pour comprendre à quel point ces missions de dépistage sont impossibles. Ce que les Ougandais appellent « Opération Foudre Éclair » se passe dans une région grande comme l’Allemagne, entièrement boisée, presque sans routes.
L’ennemi, c’est-à-dire l’Armée de résistance de Lord, des rebelles ougandais, refoulés au-delà de la frontière il y a plusieurs années mais qui continuent à tuer, à piller, à enlever de jeunes esclaves dans les trois pays environnants.
Il doit en rester quelques centaines : allez- donc les trouver !

Pendant la pause du matin, un groupe d’hommes quitte le batallion pour se mettre en veille. Quand ils reviennent, l’officier en charge les interroge sur leurs résultats, afin de déterminer le prochain déménagement, le 16 mai 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Bénédicte Kurzen – Une nation perdue des dieux

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Une nation perdue des dieux

Au Nigeria on n’a jamais fini de compter les morts. Chaque jour voit de nouvelles victimes, de nouvelles attaques, encore des attaques, contre des églises, des casernes de police, des écoles. Ce conflit sans nom fait rage dans un arc de cercle qui traverse une grande partie du Nigeria septentrional. Maiduguri, Kano, Damturu, Gome sont les villes d’une région dévastée dont chaque quartier paraît écrasé par ce conflit.
Mais de quel conflit s’agit-il au juste ?
Dans ce reportage, qu’il nous a fallu plus un an entier à rassembler, nous essayons, avec l’oeil lucide et impitoyable du Nord, d’examiner les symptômes de la violence sectaire. Après les élections présidentielles d’avril 2011, une vague de tension politique, expression de la frustration d’un peuple las de la corruption politicienne, a trouvé son exutoire : huit
cents morts en quelques jours. Mais le conflit ethno-religieux qui se poursuit dans la région du centre semble être aussi aux premières lignes d’une guerre religieuse, aggravée par les suites du onze septembre 2001.

Les policiers et les agents de sécurité civile se trouvent devant un drapeau PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.

Ici, le global s’est fait local. Qu’on soit Berom, Hausa, Fulani, Ngas, indigène ou pas, chaque crise accentue la réaction religieuse. Plus récemment pourtant, le Nord voit des hostilités plus profondes et plus féroces. Les attaques salafistes ont fait depuis 2009 un millier de victimes. Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad, plus connu sous le nom qu’on lui donne en hausa, Boko Haram, a plongé le Nigeria dans la peur.

Ces hommes sont engagés pour divertir et promouvoir le parti au pouvoir, PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.
Le PDP a été au pouvoir depuis ces douze dernières années.

Le Nigeria semble au plus haut point étranger, mais l’évolution du chaos pose une question brûlante : comment des gens qui n’ont rien de commun peuvent-ils cohabiter à l’intérieur d’une unité nationale qu’on leur a imposée, alors que l’injustice, la corruption profonde des puissants érodent chaque jour le contrat social, d’où leur colère, leur frustration ? À essayer d’expliquer ce qui se passe au Nigeria du nord, on se heurte
à un mur. On se trouve en face de généralisations et de simplifications, mais au Nigeria rien n’est simple. Le renouveau des tensions religieuses date de la fin du régime militaire en 1999. Libéré du poids de la dictature, le Nigeria s’est encore une fois scindé en deux. Cette société hétéroclite de plus de deux cents ethnies fut pourtant unifiée en 1914 à l’époque où la colonie anglaise était gouvernée par Lord Lugard. Plus d’un siècle après, l’amalgame n’a jamais paru aussi dépassé, aussi obscur.

Une nation perdue des dieux-3

Deux soldats des Forces spéciales, de service en tant que vice-président nouvellement élu, Namadi Sambo, démontrent leurs compétences au photographe, à Kaduna, au Nigéria, le 28 avril 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes

Cédric Gerbehaye _ Invite d’honneur – Congo in Limbo

Congo in LimboCédric Gerbehaye, né à Bruxelles en 1977, est journaliste de formation, la photographie s’est imposée à lui comme forme d’écriture privilégiée. À partir de 2002, il s’intéresse d’abord au conflit israélo-palestinien en tentant d’analyser la déception et la révolte que l’échec des accords d’Oslo a engendrées, en Israël comme en Palestine. Analyser, comprendre, toucher au plus près et avec exigence les réalités du terrain, même lorsqu’elles sont dissonantes. En étant conscient qu’il faut bien plus d’une image pour résumer les contradictions des hommes et celles de l’Histoire. Il s’est également penché sur la crise économique et sociale qui sévit en Israël, avant de se pencher sur la question kurde tant en Turquie qu’en Irak. En 2006, il obtient deux récompenses au prix Photographie ouverte du Musée de la Photographie de Charleroi. Un an après, son travail Gaza : pluies d’été est salué au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

À partir de 2007, il se rend en République démocratique du Congo et intègre l’Agence VU’.Logo-AgenceVU-

Son enquête ne va cesser de le porter vers ce pays dont il dresse au fil de ses reportages un saisissant état des lieux, traitant à la fois des déplacements de population, du conflit armé, de l’enrôlement des enfants-soldats, des violences faites aux femmes, du rôle clef des minerais, de la vie quotidienne sur le fleuve Congo, de la montée des églises évangélistes… Cette somme photographique réunie sous le titre Congo in Limbo a fait l’objet d’un livre, de plusieurs expositions et lui a valu sept distinctions internationales, parmi lesquelles un World Press Photo, l’Amnesty International Media Award et l’Olivier Rebbot Award de l’Overseas Press Club of America. Land of Cush, le travail qu’il accomplit à partir de 2010 au Sud-Soudan le conduit à travailler avec le soutien de la Magnum Foundation Emergency Fund, de la bourse Fnac et du Pulitzer Center on Crisis Reporting. Ce nouvel opus, qui suit la naissance du pays et en dévoile les premières désillusions, est récompensé par le prix Scam-Roger Pic 2012.
En 2013, il continue d’explorer de nouvelles formes d’écriture et réalise, avec la journaliste Eve Sabbagh, le webdocumentaire Broken-Hopes, Oslo’s Legacy pour le 20e anniversaire de la signature des accords d’Oslo, primé par l’Agence Française de Développement et finaliste au Prix Bayeux des Correspondants de guerre et au Visa d’Or-webdocumentaire du Festival Visa pour l’image.gerbehaye_cedric_portrait

Dans son dernier travail, intitulé D’entre eux, Cédric Gerbehaye en choisissant de se confronter à son propre pays, la Belgique, renouvelle son écriture, forcément plus personnelle sur une terre où l’intime, le vécu et les souvenirs troublent et enrichissent le regard. Cette série, longuement approfondie depuis sa première présentation au Festival Photoreporter en Baie de Saint-Brieuc en 2012, est présentée au FoMu – Fotomuseum d’Anvers et à Mons, dans le cadre de MONS 2015, capitale européenne de la culture.
Le travail de Cédric Gerbehaye est intégré aux collections du Musée de la photographie de Charleroi, du FoMu – Fotomuseum d’Anvers, de la MEP – Maison Européenne de la Photographie et du MFAH – Musée des Beaux-Arts de Houston.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Congo in Limbo

En République Démocratique du Congo (RDC), une décennie de conflits armés a laissé un pays exsangue. Aujourd’hui encore, la population continue de souffrir au quotidien des conséquences du conflit ; maladies, malnutrition, sous-développement, mais aussi du fait des violences meurtrières qui se poursuivent.Congo_in_Limbo

En 2006, la RDC s’était finalement engagée dans un processus de restauration politique passant par l’organisation des premières élections démocratiques. Un processus de réconciliation politique, fondé sur une large immunité des principaux acteurs du conflit, a rapidement handicapé la reconstruction du pays. Ce handicap s’est trouvé aggravé par l’échec de la démobilisation des miliciens et celui de la constitution d’une armée nationale nouvelle, constituée d’un brassage des anciens groupes armés. C’est surtout dans l’est du Congo, en Ituri et au Kivu, régions regorgeant de richesses minières et frontalières de l’Ouganda et du Rwanda, que la situation était, et reste, la plus dramatique et la plus meurtrière même si le reste du pays n’est pas à l’abri de ces fléaux mais dans de moindres proportions.

En 2007, 437 000 personnes ont dû fuir leur village à cause des combats, des viols, de l’enrôlement forcé d’enfants et des exactions perpétrées par toutes les parties. Le recours, de manière délibérée et ciblée, au viol comme arme de guerre pour terroriser et humilier la population a profondément entamé les valeurs fondamentales de la communauté.Eglise de reveil_Congo_in_Limbo

Une des conséquences méconnues de ce conflit est l’afflux massif des Congolais vers les «Eglises de réveil». Le succès de ces églises et de leurs pasteurs peu scrupuleux est dû principalement à l’exploitation du désarroi d’une population livrée aux difficultés de la vie quotidienne. La déstructuration profonde du tissu économique et social leur permet de donner des réponses illusoires mais provisoirement réconfortantes.

La présence et l’émergence des différents conflits au pourtour de la République Démocratique du Congo (RCA, Sud Soudan, Somalie, Tchad, Erythrée…) combinées aux « succès » des élections nous incitent à penser qu’il y a un « désintérêt» des bailleurs de fonds et de la communauté internationale pour l’est du Congo alors que la situation demeure d’une extrême gravité.

Le nombre total des déplacés est estimé à plus de 800 000 personnes. Les accords de paix de janvier 2008 n’ont rien changé. Les civils sont toujours les premières victimes et les groupes armés ainsi que les militaires congolais continuent à exploiter illégalement les ressources naturelles et à se servir des profits engrangés pour alimenter le conflit.

Congo in Limbo est l’essai photographique que Cédric Gerbehaye a réalisé entre 2007 et juin 2010, date du 50e anniversaire de l’indépnendance de la RDC. Le pays est observé ici d’un point de vue qui traduit sa complexité et les imbrications d’un conflit méconnu.

EXPOSITION 2 BARROBJECTIF 2016 de Cédric Gerbehaye : D’entre eux

Cédric Gerbehaye – D’entre eux

D'entre_eux_Barrobjectif 2016Cédric Gerbehaye, né à Bruxelles en 1977, est journaliste de formation, la photographie s’est imposée à lui comme forme d’écriture privilégiée. À partir de 2002, il s’intéresse d’abord au conflit israélo-palestinien en tentant d’analyser la déception et la révolte que l’échec des accords d’Oslo a engendrées, en Israël comme en Palestine. Analyser, comprendre, toucher au plus près et avec exigence les réalités du terrain, même lorsqu’elles sont dissonantes. En étant conscient qu’il faut bien plus d’une image pour résumer les contradictions des hommes et celles de l’Histoire. Il s’est également penché sur la crise économique et sociale qui sévit en Israël, avant de se pencher sur la question kurde tant en Turquie qu’en Irak. En 2006, il obtient deux récompenses au prix Photographie ouverte du Musée de la Photographie de Charleroi. Un an après, son travail Gaza : pluies d’été est salué au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

À partir de 2007, il se rend en République démocratique du Congo et intègre l’Agence VU’.Logo-AgenceVU-

Son enquête ne va cesser de le porter vers ce pays dont il dresse au fil de ses reportages un saisissant état des lieux, traitant à la fois des déplacements de population, du conflit armé, de l’enrôlement des enfants-soldats, des violences faites aux femmes, du rôle clef des minerais, de la vie quotidienne sur le fleuve Congo, de la montée des églises évangélistes… Cette somme photographique réunie sous le titre Congo in Limbo a fait l’objet d’un livre, de plusieurs expositions et lui a valu sept distinctions internationales, parmi lesquelles un World Press Photo, l’Amnesty International Media Award et l’Olivier Rebbot Award de l’Overseas Press Club of America. Land of Cush, le travail qu’il accomplit à partir de 2010 au Sud-Soudan le conduit à travailler avec le soutien de la Magnum Foundation Emergency Fund, de la bourse Fnac et du Pulitzer Center on Crisis Reporting. Ce nouvel opus, qui suit la naissance du pays et en dévoile les premières désillusions, est récompensé par le prix Scam-Roger Pic 2012.
En 2013, il continue d’explorer de nouvelles formes d’écriture et réalise, avec la journaliste Eve Sabbagh, le webdocumentaire Broken-Hopes, Oslo’s Legacy pour le 20e anniversaire de la signature des accords d’Oslo, primé par l’Agence Française de Développement et finaliste au Prix Bayeux des Correspondants de guerre et au Visa d’Or-webdocumentaire du Festival Visa pour l’image.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : D’entre eux

Photographier la Belgique c’est revenir chez soi. C’est peut-être, loin des extrêmes, travailler à sa propre survie. Avec cette question : l’intensité qui, dans les travaux précédents, rend compte de la violence à l’œuvre en terre étrangère ne va-t-elle pas s’affaiblir s’agissant de son propre pays ?Barrobjectif2016_Belgique_Gerbehaye_D_entre _eux

Qui convoquer, en effet, dans ce territoire dont les régions s’affrontent sans verser le sang, cet État exigu que cinq cent quarante jours sans gouvernement n’empêchèrent en rien de fonctionner ? À quoi ressemble cette société dite familière du compromis ? Quelles inégalités y enflent en sourdine ? Combien d’hommes, de femmes, y mènent leur vie secrète d’oubliés ? Que reste-t-il de l’humain quand un paysage s’éteint insensiblement, que disparaissent les torchères des hauts-fourneaux, qu’il n’y a plus que deux fermes dans une campagne qui en comptait trente, que l’on noie des villages pour un terminal portuaire, que la prison ou l’asile est à vie, que le sommeil ressemble à la mort ?

Ici les gens sont pris dans un moment de solitude, de distraction, de tendresse. On sent la fin des grands combats, l’épuisement parfois. Et, par cette fatigue même, une vulnérabilité. Ou, pour le dire autrement, une disponibilité qui questionne moins la fin d’un pays que la fin d’un métier, d’une époque. Seuil critique. Point de bascule. Quelque chose d’ouvert et de lucide à la fois qui, au luxe des idéologies séparatistes, des plans de redressement miracle ou de la sinistrose ressassée, répond par un autre regard. Un appel ?

Caroline Lamarche

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EXPOSITION 1 BARROBJECTIF 2016 de Cédric Gerbehaye : Congo in Limbo

What’s up MYOP – Correspondance photographique

EXPOSITION BARROBJECTIF 2015 : What’s up MYOP

L’agence Myop a été fondée par des photographes dont la volonté est de défendre un mode d’expression trop souvent éloigné de son but premier et pourtant intrinsèque : informer.

Ils ont choisi de porter sur le monde un regard posé, dans lequel la subjectivité est assumée avec conviction. Plus qu’une simple agence de diffusion, MYOP est donc un lieu où chaque  acteur connaît la portée d’une image et son pouvoir d’imagination.
L’agence s’est construite grâce à l’énergie et au talent de chacun, devenant un outil efficace de présentation et de construction de projets et de reportages.
L’originalité de MYOP tient aussi à la diversité des regards. Issus de la photographie plasticienne, du photojournalisme ou du documentaire, les auteurs proposent chacun un regard pertinent et complémentaire sur le monde contemporain.

C’est la confrontation de ces regards qui fait la richesse de l’agence.

CORRESPONDANCE PHOTOGRAPHIQUE

http://Myop.fr

Les photographes:

–       Ed ALCOCK
–       Guillaume BINET
–       Lionel CHARRIER
–       Julien DANIEL
–       Philippe GUIONIE
–       Pierre HYBRE
–       Olivier JOBARD
–       Alain KELER
–       France KEYSER
–       Oan KIM
–       Olivier LABAN MATTEI
–       Stéphane LAGOUTTE
–       Ulrich LEBEUF
–       Olivier MONGE
–       Julien PEBREL
–       Pauline BERNARD
–       Frédi CASCO Frédi
–       Stéphanie GENGOTTI
–       Emilien URBANO

Cette année Myop fête ses 10 ans : 19 photographes, 19 façons de représenter le monde entre photojournalisme, documentaire et photographie d’art.

Jean Gaumy

Portrait_jean_gaumy_

Jean Gaumy est l’une des figures majeures de la photographie française. Passé par l’ agence Gamma, il a rejoint l’agence Magnum en 1977, il reçoit par deux fois le prestigieux Prix Nadar en 2002 et en 2010.

Jean Gaumy nous emmènera au Japon à Fukushima, au Pôle Nord avec le voilier polaire le Vagabond, au Kyrgystan, à bord du plus récent des sous-marins nucléaires lanceur de missiles nucléaires – « le Redoutable », au phare de Cordouan etc..
Une année riche et une formidable occasion de découvrir le travail photographique de Jean Gaumy, photographe de l’agence Magnum depuis 40 ans.

Fukushima_

Fukushima-Gaumy Voilier_Vagabond

Vidéo Jean Gaumy à l’agence Magnum

Le site de Jean Gaumy

Jane Evelyn Atwood-HAITI – Mines anti-personnels – Femmes en prison

Jane Evelyn Atwood est née à New York et vit en France depuis 1971. Son oeuvre traduit la profonde intimité qu’elle entretient avec ses sujets sur de longues périodes. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer.

Elle est l’auteur de dix livres, dont Nächtlicher Alltag (Mahnert-Lueg, 1981), consacré aux prostituées de Paris ; Legionnaires (Hologramme, 1986) ; Extérieur Nuit, sur les aveugles (Actes Sud, Photo Poche Société, 1998) ; Trop de Peines, femmes en prison (Albin Michel) et Too Much Time, Women in Prison (Phaidon, 2000), résultat de 10 années de travail qui reste, jusqu’à aujourd’hui, la référence photographique déterminante sur l’incarcération féminine ; ainsi que Sentinelles de l’ombre (Seuil, 2004), l’aboutissement d’un travail de quatre ans au Cambodge, au Mozambique, en Angola, au Kosovo et en Afghanistan, sur les ravages de mines antipersonnel.

A Contre Coups (avec Annette Lucas),quinze portraits de femmes françaises confrontées à la violence, est publié en 2006 (Xavier Barral). En 2008 est publié Haïti, le résultat de trois années de travail (Actes Sud), ainsi que Badate, une histoire intime sur la phénomène des femmes d’Ukraine qui s’occupent des personnes âgées en Italie (Silvana Editoriale, Milan). En 2010, elle entre dans la prestigieuse série Photo Poche monographie avec Jane Evelyn Atwood #125 (Actes Sud). En 2011, son tout premier travail sur la prostitution est re-édité chez Xavier Barral dans Rue Des Lombards.

L’oeuvre de Jane Evelyn Atwood a été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux, dont : le premier bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980; un Prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987 ; en 1990, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme ainsi que le Grand Prix du Portfolio de la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) ; le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997 ; et un Prix Alfred Eisenstaedt en 1998. En 2005, elle s’est vue décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts and Letters de Bard College, U.S.A.

Jane Evelyn Atwood a exposé internationalement et en 2011, La Maison Européenne de la Photographie à Paris présente plus de 200 de ses images dans une première rétrospective, Jane Evelyn Atwood : 1975 – 2011.

Son site : http://www.janeevelynatwood.com/ 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2012 : HaitiI – Mines anti personnels – Femmes en prison

HAITI

J’ai photographié Haiti entre 2005 – 2008.

Dans les années 2000, la violence a monté d’un cran en Haïti, avec les prises d’otages incluant des journalistes, dont deux ont été sauvagement torturés et tués. Dans ce climat d’insécurité et de terreur, j’ai voulu me concentrer sur la vie quotidienne de la population vivant sur l’île.  La presse se focalisait sur Port au Prince et Cité  Soleil – j’allais partout ailleurs.

Ces photos ont été prises aux Gonaïves, à Jérémie, Port-de-Paix, Anse Rouge, Fatima la Coupe, La Pointe, Anse – à – Foleur, Sainte – Anne, Chansolme, Saint-Louis – du – Nord, Sources Chaudes,  et Bassin Bleu.

J’ai effectuée un dernier voyage six semaines après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a détruit Port-au-Prince, faisant plus de 230.000 morts, 300.000 blessés et 1,2 millions de sans-abris.

MINES ANTI PERSONNELS

« Au cours des vingt dernières années, plus de trois cent soixante types de mines antipersonnel ont été développés. Une fois en place, ces armes restent en sommeil, jusqu’à ce qu’elle explosent, par simple contact, ou sous la pression d’un poids. Les modèles les plus récents sont en plastique, afin d’échapper aux détecteurs de métaux dont se servent les démineurs. Ces mines sont souvent de couleurs vives et attirent les enfants, qui les ramassent. Elles ne visent pas des victimes précises mais elles mutilent sans discrimination. En 2002, plus du 85 % du nombre total de victimes de mines antipersonnel étaient des civils, parmi lesquels de nombreux enfants. Les mines antipersonnel sont conçues pour estropier, non pour tuer. Ceux qui réchappent à ces accidents sont amputés. Les répercussions psychologiques des accidents causés par les mines s’avèrent aussi traumatisantes que leurs effets physiques.

Après une commande pour Handicap International au Cambodge en 2000,  j’ai  voyagé pour moi-même dans quatre autres pays particulièrement dévastés par des mines-antipersonnels. Ce travail m’a conduite au cœur de pays ravagés par des décennies de guerre, de pays infestés de mines par des puissances extérieures, puis de nouveau minés par leur propre population durant des guerres civiles sans merci.

Cambodge, Mozambique, Kosovo, Angola, Afghanistan – ces pays ont été saignés à blanc jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les gens, des êtres humains extraordinaires qui, envers et contre tout, ont réussi à survivre – sans jambes, sans bras, aveugles, les chairs déchiquetées, avec ou sans prothèse, leurs enfants cassés et mutilés pour toujours. »

FEMMES EN PRISON

J’ai commencé à photographier les femmes incarcerées en 1989.

Pendant dix ans,  je me suis concentrée sur les criminelles de droits commun dans quarante prisons – maisons d’arrêts, centres de détention et pénitentiaires  – dans neuf pays en Europe, Europe de l’Est et les Etas-Unis jusque dans des couloirs de la mort. Au départ, la curiosité était mon principal motif. La surprise, le choc et la stupeur ont pris le relais. La rage m’a portée jusqu’au bout.

Dés le début, j’ai été frappée par l’immense manque affectif des prisonnières. Elles avaient été écrasées non seulement par l’ignorance, la pauvrèté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque tous les détenus,  mais aussi par des années – quand ce n’est pas une vie entière – d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes. Souvent, ces même femmes purgeaient une peine pour des actes qu’un homme avait commis, ou pour des actes qu’elles n’auraient jamais commis toute seule.

Trop souvent,  la politique mise en oeuvre dans les prisons de femmes consiste à humilier plutôt qu’à réhabiliter. Des femmes qui étaient brisées dehors continuent, en prison, à être traitées comme des citoyennes de seconde zone.

Une large pourcentage des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents.  Est-ce vraiment nécessaire de les mettre en prison?  Une fois incarcérées, elles ont moins de chances de s’en sortir que les hommes, les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limités et débilitants.

Pour chaque femme qui a accepté de participer à ce travail, des centaines ont refusé : elles craignaient les représailles des gens à l’éxterieur, ou des gardiens (nes) à l’intérieur, si elles disaient la vérité. Dans le monde entier, les administrateurs de prison prétendent protéger les détenues de l’exploitation ; en vérité, ils font tout leur possible pour les empêcher de s’exprimer sur la réalité de ce qu’elles vivent derrière les barreaux. La honte empêche certaines femmes de parler. Pour beaucoup d’autres, c’est la peur. Mais la grande majorité d’entre elles est tout simplement réduite au silence.