Youry Bilak – Projectio

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Youry Bilak est né à Villeurbanne en 1961, il baigne depuis sa tendre enfance dans la culture ukrainienne. Il la reçoit tout d’abord de ses parents, réfugiés en France après la guerre, puis de ses propres recherches, humaines et artistiques, tout au long d’un parcours singulier.

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Très tôt, Youry s’initie à l’art de la danse cosaque et ukrainienne. Il n’a que sept ans lorsqu’il monte pour la première fois sur scène. À l’adolescence, son père, qui ne se sépare jamais de son appareil photo un Telka I 6×9, lui transmet sa passion de la photo. C’est à cette époque que le jeune Youry entre lui-même dans la vie active, un diplôme de prothésiste dentaire en poche et consacre son premier salaire à l’achat de son premier appareil, un Minolta SRT 100 X.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Projectio

Après les accords de Minsk II (février 2015), les médias ont arrêtés de parler du conflit en Ukraine au profit de la Syrie. Malgré cet accord, chaque jour des femmes et des hommes continuent à mourir sous le tirs de snipers, de systèmes lance-roquettes multiples « Grad », de chars et de mortiers.
En avril 2015, après plusieurs voyages dans la zone de conflit en Ukraine, à Pâques, la providence m’a offert la vision du tableau de Léonard de Vinci, la Cène. C’est alors qu’a germé l’idée de cette série de 24 photos qu’est devenu Projectio.

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Youry_Bilak-Projectio-La_Ce╠Çne_0405Youry_Bilak-Projectio-Liberte╠ü_0188-2Cette série permet de mettre en avant cette guerre non déclarée de la Russie contre l’Ukraine au travers d’œuvres classiques tels que des Rembrandt, Vermeer, van Gogh… J’ai voulu mettre à l’honneur ces soldats, souvent volontaires, ayant tout laissé pour partir sur le front et prêt à donner ce qu’ils ont de plus précieux : leur vie.

Toutes ces reproductions de tableaux ont été réalisées dans le Donbass, pour certaines sous les tirs. Par ailleurs, j’ai voulu que ces femmes et ces hommes soient non pas des figurants mais de véritables soldats. Ces clichés ont été réalisés à l’aide d’un appareil photo numérique moyen format. Ces images feront prochainement l’objet d’un livre photos dont la totalité des bénéfices de la vente ira en soutien aux enfants orphelins de cette guerre.Youry_Bilak-Projectio-Angelus_0200

EXPOSITION BARROBJECTIF 2015 de Youri Bilak : Le pays des Houtsouls 

50/50 Anne Jungmann et Lionel Gaudin – Pripiat, 1986-2016

« 50/50 » : Notre travail, notre histoire

Derrière 50/50 se cache un couple de photographes, Anne et Lionel. C’est sur la sincérité d’une envie commune qu’ils se sont rencontrés : dédier leur travail aux sites historiques, aux lieux emplis d’histoire, de mémoire et de drame.

Portrait Jungmann-GaudinIls parcourent ainsi l’Europe ensemble depuis trois ans, à la recherche des ruines de l’ancienne république soviétique. Totalement autodidactes, ils s’attachent à produire un travail proche du documentaire et du reportage dans leurs photographies, tout en ayant une vision plastique et esthétique des endroits qu’ils explorent. L’exercice s’articule autour d’un mode opératoire simple : chercher et explorer les marqueurs temporels et historiques du 20ème siècle. Ils rencontrent ces espaces symboles d’une histoire à la fois présente, souvenir plus ou moins précis d’un événement marquant, et à la fois absente, abstraite, sur la réalité des événements.

50-50 - photo (0)Ils ont interrogés les vestiges du communisme pour observer ce qu’il reste aujourd’hui d’une ancienne force militaire, symbole du pouvoir et de la propagande qui se sont illustrés durant toute la Guerre froide et la seconde guerre mondiale. Les anciens territoires soviétiques leur offrent des éléments de réponse : la culture du corps et de l’esprit, la gloire des dirigeants, l’homo sovieticus sont omniprésents.
La seconde intention se place au niveau formel et esthétique : est-il possible de créer de la beauté là où il n’y en a pas, ou du moins là où elle n’est pas évidente. Peut-on faire émerger une vision plastique et graphique d’un lieu empreint de peur et de tristesse, dans une ville en ruines. Peut-il y a avoir de la beauté dans le drame? Jusqu’où est-il possible de faire abstraction de l’histoire, pour laisser place à l’art ?

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Pripiat, 1986-2016, une histoire en images

Ils sont ainsi partis à trois reprises séjourner aux portes de la zone interdite de Tchernobyl, afin de parcourir Pripiat, ville  la plus proche du réacteur 4 de la centrale nucléaire qui a explosé le 26 avril 1986.

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De cet ensemble d’expériences solitaires in situ a émergé progressivement une série d’œuvres présentées dans l’exposition. Ces photographies offrent une vision à la fois plastique et historique, et sont pensées comme un tout, fruit d’une réflexion sur le passé et la mémoire.

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L’exposition « Pripiat, 1986-2016 : une histoire en images » s’attache à imaginer le quotidien des habitants de Pripiat. Comment vivaient-ils, dans cette ville bâtie pour l’atome et détruite par lui, alors qu’elle devait être la « ville vitrine » du pouvoir soviétique ? Anne et Lionel dressent des tableaux afin de tenter d’y répondre. Ecoles, gymnases, espaces culturels, lieux de travail : autant de sites qui sont le reflet d’un régime totalitaire révolu.
Il s’agit aussi d’un parcours visuel sur la notion d’environnement, en observant les différents éléments, depuis les conditions naturelles et biologiques jusqu’aux conditions culturelles et sociologiques. En somme tout ce qui pouvait entrer en interaction avec les habitants de la ville.

Ils proposent cette exposition aux spectateurs pour comprendre l’histoire, en partageant leur expérience et leurs souvenirs, en écho aux commémorations du 30ème anniversaire de la catastrophe. Cette exposition est pensée comme un outil de réflexion, de débat, sur un des événements les plus marquants du 20ème siècle.

James Keogh – Le choix de la guerre

Le choix de la guerreJe suis intéressé par des problématiques à la fois en France et à l’internationale, celles qui reflètent les défis de notre époque. Autodidacte de formation, l’usage de la photographie et de la vidéo dans mon travail est une manière de comprendre et d’alerter au mieux l’opinion sur ces questions.JKEOGH-portrait-photographe
La photographie agit comme une empreinte dans le temps. Diane Arbus disait entre autre qu’« elle est la preuve que quelque chose était là et n’est plus. Comme une tâche. Et leur immobilité est déroutante. On peut leur tourner le dos, mais quand on revient, elles sont toujours là en train de nous regarder. »
Depuis 2010, j’ai pu couvrir les révolutions arabes en Égypte, Libye et Syrie, ainsi que le conflit au Soudan ou la crise ukrainienne. J’ai eu le besoin d’aborder d’autres sujets pour privilégier une approche allant au-delà de l’immédiateté des actualités. J’ai donc réorienté une partie de mon travail vers des histoires au long court imprégnées d’une démarche documentaire.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Le choix de la guerre

Lorsqu’un homme choisit la guerre comme mode de vie, ce n’est pas un choix anodin. C’est un choix personnel: sa vie lui appartient, et il choisit de la mettre en péril pour des raisons qui lui sont propres. C’est un choix qui mène au doute, au désenchantement, à la désillusion face au mensonge ; le mensonge d’une guerre présentée comme juste et d’une cause louée comme noble par la propagande d’Etat, contre l’expérience d’une guerre absurde, fratricide, dont on ne ressort pas en héros. C’est un choix qui a des conséquences.Le choix de la guerre

Le choix de la guerre

Ce reportage, c’est l’histoire de volontaires russes qui ont choisi d’aller se battre en Ukraine de l’Est. Il se propose de documenter leur quotidien au sein du bataillon Bars tout en laissant la guerre hors champs. Ce parti pris permettant de la personnifier comme la Mort elle-même rôdant autour du bataillon tel un spectre.

Entre les combats, les règlements de compte entre bataillons, les enterrements et les moments fragiles hors des tranchées, les images cherchent à rendre compte qu’un conflit ne repose pas nécessairement, comme le veut les représentations collectives, sur une vision manichéenne avec d’un côté du champ de bataille les « gentils » et de l’autre les « méchants ». Le choix de ces civils venus de Russie risquer leur vie contribue à nuancer ce propos. Car qu’est-ce qui poussent des hommes à mettre leur vie en danger pour une terre qui n’est pas la leur et qui ne croient pas à la propagande russe ?

Le choix de la guerreCertains membres s’interrogent: se seraient-ils trompés ? Seraient-ils les méchants dans cette histoire ? Certains se considérant même comme des gentils dans le camp des méchants brouillant un peu plus les notions du Bien et du Mal. Tout ça au rythme effréné d’une guerre qui broie les corps et la raison des hommes.

Le choix de la guerre

Rafael Yaghobzadeh – Ukraine / Guerre des tranchées

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Des combattants pro-russe regardent à travers des lunettes de vision nocturne, la position de l’armée ukrainienne, sur la ligne de front à Seminvka, en Ukraine, le 22 mai 2014.

Rafael Yaghobzadeh, né en 1991, à Paris, a grandit dans une famille cosmopolite et dans le milieux du journalisme, depuis son plus jeune. Intéressé par les enjeux politiques, économiques et sociaux qui l’entoure, il décide en 2011 de suivre des études d’Histoire mais la tentation de couvrir les révolutions arabes en Tunisie et en Egypte est plus forte.
photo photographeDepuis Rafael a voyagé en Turquie, dans les Balkans, en Inde, en Arménie, en Israël et Palestine. Depuis 2014, il documente la crise en Ukraine de Maïdan, à la Crimée, au Donbass en se penchant sur les maux et les changements de la société. Rafael collabore régulièrement avec Le Monde, Le Nouvel Observateur, Paris Match, VSD, La Vie, Grazia, Fisheye, Neon. Il intègre le studio Hans Lucas, en 2013.

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Vue sur les tranchées de l’ancienne ligne de front, près de Debalsteve, la situation dans la région reste précaire depuis les accords de Minsk II, en Ukraine, le 17 mai 2015.

L’armée ukrainienne et les forces pro-russe se livrent à une guerre de position dans l’est de l’Ukraine sans précédent. Depuis avril 2014, la région du Donbass est prise dans une guerre meurtrière. Des centaines de volontaires intègrent des bataillons ou rejoignent l’armée régulière pour défendre le Donbass. D’un côté et de l’autre des lignes de contact, les combats ont déplacé plus d’un million de personnes et ont tué plus de neuf milles personnes depuis le début des violences. En février 2015, de nouveaux accords de Paix sont signés à Minsk, pour un retrait des armes lourdes, la mis en place d’échanges de prisonniers, une création d’un gouvernement provisoire à l’est, la restauration des frontières de l’Ukraine… Un an plus tard, dû à des crises politiques au sein des gouvernements des deux parties, la situation est toujours aussi critique.

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Aleksandr Bessonov, 32 ans, militaire dans l’armée ukrainienne à Markinka et radio pirate, il travaille désormais dans la radio Army FM, basé à Kiev, pour soutenir les troupes et paré la propagande russe dans l’est de l’Ukraine.

Youry Bilak – Le pays des Houtsouls

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Né à Villeurbanne en 1961, Youry Bilak baigne depuis sa tendre enfance dans la culture ukrainienne. Il la reçoit tout d’abord de ses parents, réfugiés en France après la guerre, puis de ses propres recherches, humaines et artistiques, tout au long d’un parcours singulier.

Très tôt, Youry s’initie à l’art de la danse cosaque et ukrainienne. Il n’a que sept ans lorsqu’il monte pour la première fois sur scène. À l’adolescence, son père, qui ne se sépare jamais de son appareil photo un Telka I 6×9, lui transmet sa passion de la photo. C’est à cette époque que le jeune Youry entre lui-même dans la vie active, un diplôme de prothésiste dentaire en poche et consacre son premier salaire à l’achat de son premier appareil, un Minolta SRT 100 X.
Parallèlement, Youry poursuit sa carrière de danseur en amateur. Il se met au classique et au modern jazz, en plein boum au début des années 80. Il s’essaye au mime et se produit à ses heures perdues dans des spectacles de rue. En 1983, il part en Ukraine pour la première fois, à Lviv, pour y suivre un stage de danse ukrainienne. C’est le choc culturel, il se trouve là dans une ville où l’on parle la langue de ses parents.
Fort de cette expérience, toujours pendant des congés sans solde, il enchaîne des stages à New York. Puis il rejoint pour quatre mois une troupe de danseurs ukrainiens dans un cabaret de Toronto, Ukrainian Caravan. Il vibre de sa passion. Sa technique photographique se peaufine pendant ce temps, il s’adonne à la photographie d’architecture. Les gratte-ciel de Toronto et surtout de New York le fascinent. Finalement, le déclic pour la photo humaniste, qui deviendra son credo par la suite, arrive au cours de deux longs voyages à moto, au Maroc puis en Israël.
1986, le tournant artistique professionnel décisif. Jérôme Savary arrive à Lyon et l’auditionne pour un rôle de danseur, chanteur et comédien dans sa nouvelle création au Théâtre du 8e (La Maison de la Danse). C’est la version française de « CABARET », célèbre comédie musicale qui, en 1972, fut adaptée au cinéma pour Liza Minelli. Youry est engagé, quitte la prothèse dentaire, et le voilà parti pour une tournée de trois ans en Europe dont une année au Théâtre Mogador à Paris. C’est une expérience qui le comble particulièrement. Médias, personnalités, il voit le Tout-Paris défiler. « Je prenais des photos à tout bout de champ, même depuis la scène, en cachette ».
En 1990, il commence à jouer des spectacles pour enfants en one man show puis se met à la mise en scène. Il prend la direction artistique d’un centre de vacances ukrainien à Rochepaule, en Ardèche, acheté par des membres de la diaspora de la génération de ses parents. Au travers d’un spectacle, il transmet à son tour aux enfants la culture ukrainienne. Il place sur scène chaque année plus d’une cinquante d’enfants dans des comédies musicales ukrainiennes.
En ce début de troisième millénaire, Youry investit dans du nouveau matériel photographique et part à la rencontre du monde, en commençant par le pays de ses origines. De 2004 à 2010, il découvre dans les Carpates l’atmosphère qui l’avait tellement marqué dans le premier film que ses parents l’on emmené voir en 1967 : « Les chevaux de feu » de Paradjanov. C’est dans ces montagnes enchanteresses que vivent les houtsouls.
Le photographe aime rencontrer les gens au hasard de ses voyages, ne sachant pas où et vers qui la providence le pousse. Avant tout, c’est la rencontre avec l’Homme qui l’intéresse. « À chaque fois, je vis ces images comme un cadeau que l’humanité me fait ». De ses voyages, naît en 2007, en Ukraine l’exposition « Ukrainiens » qui rencontre immédiatement un vif succès. Pour représenter l’Ukraine en 2009, elle se poursuit dans un format beaucoup plus grand et en plein air, à Fribourg en Allemagne. Le point d’orgue de cette exposition est la mise en relief de ces photos adaptées aux non-voyants. De 2008 à 2009, plus de quarante mille personnes se pressent pour aller les toucher aux quatre coins de l’Ukraine.
En 2010, à Kiev et au Palais Royal à Paris, Youry dévoile ses photos de studio dans « BILAK’s BACKS », une exposition où il met en lumière le dos féminin. En 2011, il prend part à une exposition collective « Mineurs du monde », en plein air et en grand format au centre minier de Faymoreau (Vendée, France). Pour obtenir ces photos, il vit le quotidien des mineurs de fond aussi bien dans l’est et que dans l’ouest de l’Ukraine. Une expérience inoubliable.
D’une manière générale, Youry Bilak part à la rencontre de minorités inexorablement influencées par l’Occident et témoigne ainsi pour les générations futures. Mutations et cultures ancestrales menacées de disparition : un sujet qui questionne l’avenir de notre propre société, elle aussi en transition. Ainsi en 2012 ses houtsouls ont l’honneur de participer aux Rencontres Européennes littéraires de Cognac qui s’interrogent, comme Youry en son temps, sur ce pays qu’on appelle l’Ukraine…
En 2013, il s’engage comme Artist Angel pour Madagascar et plus particulièrement pour le peuple Zafimaniry lors d’une exposition et vente aux enchères caritative chez Christie’s Paris.
En 2013 et 2014 a lieu la tournée canadienne des « Houtsouls ». Mais l’actualité exige davantage. A Toronto, en septembre 2014, Youry participe à une vente aux enchères caritative organisée par la Fondation Canada Ukraine (CUF) en présence du Premier ministre canadien Stephen Harper. Ses photos du Maïdan permettent de récolter des fonds destinés à l’Opération Rainbow pour l’aide médicale en Ukraine.

Youry-PortraitEXPOSITION BARROBJECTIF 2015 : Le pays des Houtsouls 

Le pays des houtsouls est une des régions les plus pittoresques de l’Ukraine. Situé à cheval sur la région d’Ivano-Frankivsk et la Transcarpathie, il s’étend également pour une petite partie, en Roumanie. Son territoire en Ukraine représente plus de 5.000 km2, pour une population d’environ 170.000 habitants.
D’après le Professeur Maria Lavruk de l’Université Nationale Ivan Franko de Lviv, les Houtsouls forment une sub-ethnie, au sens ethnographique du terme, bien distincte du reste des ukrainiens. Leur culture populaire et traditionnelle, en dépit de la crise, témoigne d’une remarquable vitalité, y compris parmi la diaspora.
Sergueï Paradjanov dans «Les chevaux de feu », a immortalisé l’image mythique des houtsouls. Plus récemment, la chanteuse Ruslana avec ses «Wild Dances» a remporté le Concours de l’Eurovision sur un thème houtsoul. L’ «Arkan», danse typique de la région, fait partie du répertoire classique ukrainien.

En 2004, le photographe français Youry Bilak découvre la région à Kosmatch. La beauté de la nature, et l’art des houtsouls l’ont émerveillé. Mais ce sont avant tout les gens qui l’ont charmé. Il est allé à leur rencontre, a découvert leur esprit, partagé leurs joies et leurs peines, puis il s’est attaché à photographier leur environnement et leur vie quotidienne. L’objectif principal de Youry Bilak est de témoigner devant les générations futures, afin de préserver ce patrimoine inestimable que constituent la culture et l’art houtsouls. Pour cela, il a visité les villages de Kosmatch, Kryvorivnia, Yavoriv, Sokolivka, Kosiv, photographiant sur son chemin, ce que les villageois avaient de singulier et d’authentique.

Après avoir constitué une belle collection, rendant compte d’un pan entier de la culture houtsoule, Youry Bilak a travaillé à la publication d’un ouvrage « Houtsouls, dans l’ombre des Carpates » en le dédiant au 600e anniversaire de Kosmach (1412-2012), le plus grand village de la Houtsoulie et d’Europe (90 km2). Ce recueil, sorte de chronique en photos du pays houtsoul, constitue un précieux témoignage, aussi bien aux yeux de l’Ukraine qu’à ceux du reste du monde.

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Éric Bouvet – Les révoltés de Maïdan

 

Eric Bouvet

Eric Bouvet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exposition Barrobjectif 2013 : Burning Man : l’art déjanté à ciel ouvert

Exposition Barrobjetif 2012 : The Rainbow Family

Site de Eric bouvet

EXPOSITION BARROBJECTIF 2014Les révoltés de Maïdan (Ukraine)

Kiev, en janvier et début février les événements qui s’y déroulent  sont si près, si photogéniques, dans des conditions relativement aisées, plus facile que d’aller sur un conflit compliqué d’accès lointain, dangereux et onéreux. Aisé car travailler dans la journée, prendre une boisson pour se réchauffer dans un bar, manger chaud dans un restaurant le soir, se coucher dans un lit confortable et une salle de bain propre c’est rarement le cas. Je ne ferai pas la liste des guerrillas Africaine, ou autre Tchechenie rasée ou encore traverser les montagnes Afghanes à pied en hiver.

De plus ici vous êtes le bienvenue, ce n’est pas toujours le cas ! Certains conflits sont très délicats à couvrir car les parties en présence n’ont pas envie de montrer les horreurs commises. Les Ukrainiens de la place Maidan ont été très avenants avec tout ce qui portait un appareil photo, un bloc note, une caméra ou autre micro. A propos des appareils photos c’est devenu insupportable de passer son temps à essayer de faire une image sans avoir un soit disant photographe dans son champ. Que des jeunes veulent percer et viennent travailler, c’est normal, mais les pseudo photographes, mi touristes, mi je viens passer le week end à Kiev faire des images pour les mettre sur les réseaux sociaux (la gloire !) ou encore se faire peur… Entre professionnels nous en discutons et c’est devenu un véritable fléau.

Si je n’ai pas pu venir avant c’est qu’il fallait au minimum 600€, et bien évidemment, ça ne se trouve pas comme cela. Je regarde donc tout cela le plus loin possible car ça ne sert à rien de se faire mal au ventre.
Début février un ancien stagiaire me demande de l’accompagner. Un mécène nous paye les frais ! C’est la quatrième fois que j’ai ce genre de demande, car le fait d’animer des workshops depuis 12 ans et ayant eu plus de 500 stagiaires, une confiance et une réputation s’installe. Mais j’avais toujours refusé pour différentes raisons. Cette fois ça me démange et nous voilà partit pour 4 jours, à une condition c’est que si cela dégénère, en premier lieu Gregory s’enferme dans sa chambre, ensuite je le remets dans le premier avion venu.
Nous passons donc tous les deux ce court séjour avec plaisir, la journée en prises de vue tous les deux sans que je le lâche, et le soir editing, comparaisons des points de vues, etc… D’ailleurs je serai très heureux et agréablement surpris de l’évolution de Grégory.
Belle expérience pour nous deux. Par contre j’avais emmené la chambre 4X5 pour le plaisir, mais au retour il s’avérera que les trois quarts de mes plans films ont subit des dommages… tristesse mais heureusement j’avais mes numériques Fuji avec moi dont le nouveau XT1 en avant première ainsi que le petit bijoux d’optique le 56mm f1 .2.
Mon prochain équipement sans aucun doute !

Nous repartons après ce long week end de découverte, de plaisir du travail de l’œil et de partage.
Quelques jours plus tard, les choses bougent à Kiev, cette fois, suite à ma demande Paris Match m’aide, comme souvent.
Sur place le calme n’est plus. La police a reprit une partie des positions. L’ambiance y est digne d’une ville en guerre. Le lendemain de mon arrivée, je passe par les barricades il est 8 H, ça chauffe, des nuages noirs du à la consumation des pneus s’élèvent, une partie de la place est plongée dans la pénombre. Les gens sont très combatifs, les pierres volent, des grenades assourdissantes arrivent de notre coté, pas bon pour les oreilles… J’entends des tirs, mais je ne sais pas quelle en est la teneur. D’un coup les barricades s’ouvrent et les gens de Maidan s’élancent. À ma grande surprise sur cette étendue, il serait facile de tomber dans un piège. J’attends que passe devant moi une bonne centaine de personnes. La fumée couvre tout, je traverse sous de multiples détonations, des premiers blessés tombent. Un premier mort, puis un deuxième, les tirs commencent à être plus précis. Un homme à coté de moi est touché, pourquoi celui ci plutôt que son voisin ? Je me retourne en haut d’un escalier une fourmilière est en marche, c’est incroyable, des centaines de personnes montent à l’assaut. Les premières lignes ont quelques dizaines de mètres d’avance. Je laisse cette distance, les blessés et les sans vies sont évacués rapidement vers l’arrière, je fais quelques images à la volée. Les tirs fusent. J’ai bien compris que le danger n’est plus de prendre une pierre sur la tête, mais que des tirs à armes automatiques font mouche. Comme d’habitude je cherche à savoir d’ou vient le danger et les moyens de se protéger, murs, arbres, etc…

Je suis surpris de ne pas voir le reste de la presse, pourtant hier soir encore des centaines de journalistes se promenaient sur la place. Je regarde comment évoluent « les combattants », ils montent à l’assaut avec leur bouclier en ferraille ou en bois, ce qui n’arrête pas une balle d’arme automatique… Et juste derrière de suite « les ouvriers » avec des pneus, des palettes de bois, des sacs de pierres, le tout pour remonter des barricades. Et ça fonctionne ! Mais qui dirige ? Comment font ils pour une telle organisation ?

Les réponses ne me viennent pas car pour l’instant faire attention et faire des images sont les deux priorités. Sur le plat, quelques taules verticales nous protègent de la vision de la police. Les forces s’organisent et se multiplient, je ne sais plus si c’est une fourmilière ou une ruche. De l’autre coté de la rue un homme tire un corps par ses pieds, la tête et le buste trainent par terre. Derrière un autre homme les protège de son bouclier d’infortune. Je redescends un peu pour traverser plus bas, plus à l’abri. Quelques images et je remonte en slalomant entre les arbres. Un homme tombe, son voisin le tire comme il peut, sa tête ensanglantée cogne contre les pavés. Je file un coup de main, mais vu l’état du malheureux je n’y crois plus beaucoup. Encore et encore des hommes remontent, une fois des infirmiers ayant pris en charge le blessé, j’enquille avec les nouveaux arrivants. Je courre mais cette fois sans m’en rendre compte, je tombe sur six corps, instinctivement je fais une image à la volée. Le choc me fait comprendre que l’endroit est pourri. Les trois autres personnes qui sont la, font ce qu’elles peuvent pour se protéger, effectivement des tirs arrivent de la gauche et d’en face, l’un des hommes se déplace et tombe sous les balles. De suite je pense à repartir mais le découvert est trop grand. D’autres combattants arrivent pour prendre les corps et les blessés, encore deux autres tombent. C’est le tir aux pigeons. Un brancardier arrive et lui aussi est touché. Ça fait beaucoup, il ne reste plus qu’à faire le mort et attendre. Impossible de savoir d’ou vienne les tirs qui font mouche. Une infirmière après avoir essayé d’aider un blessé à la tête, s’écroule à quatre pattes à découvert. Elle est tétanisée. Plusieurs combattants arrivent et embarquent les blessés, l’un d’eux est encore touché, je profite du mouvement pour m’échapper de cette horreur.

Un peu plus bas je retrouve l’infirmière encore à quatre pattes, je la porte comme je peux, d’autant qu’elle n’est pas fluette. Mais comme toujours dans ce genre de cas, l’on arrive à faire des choses impensables en temps normal. Nous arrivons au pied de l’hôtel Ukraina, à l’abri, le hall sert d’infirmerie et de morgue. Mais je n’y suis plus, je sais que j’ai quelques images, je sais que j’ai eu beaucoup de chance. Comme toujours, la colère monte en moi. Il n’y a pas grand-chose à faire à part déguerpir. La chance il ne faut pas en abuser, et cela fait trente trois ans qu’elle me gâte. Je rentre décharger les images pour les sauvegarder. Plus tard viendra l’editing et la petite post prod.
Il est 11h00 du matin, ma journée est terminée, plus question de remonter en première ligne aujourd’hui, d’ailleurs je dois aller chercher Emilie, la journaliste de Paris Match qui vient d’arriver en ville. Une autre histoire commence, après le news, une série de portrait, à la rencontre de gens extraordinaires, des Ukrainiens de tous les jours qui luttent pour leur liberté.

Site Médiapart : la bataille de Kiev d’Eric Bouvet

 

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Franck Têtu – Une Saison en Ukraine

Né en 1966, je découvre la photographie à 23 ans. À la même période, je découvre le cinéma et plonge dans les univers de Bergman, Tarkovski, Cassavetes…

Après des études de lettres étrangères, je fais le choix de voyager, ce que de multiples et très divers travaux alimentaires m’ont permis de faire. La photographie a toujours été le prétexte et le moteur de ces voyages. J’ai cherché au cours de ces vingt dernières années à affiner mon regard et à lui chercher un lien intime avec moi-même.

Depuis quelques années, ma recherche s’est orientée vers des univers sombres, des villes grises et polluées, des gens tristes. Non tant pour rendre compte de leur vie, mais de la mienne — ou d’une partie de la mienne, de ce désespoir qui m’étreint parfois et que je ne sais traduire autrement.

Je ne me suis décidé à montrer mon travail qu’il y a peu. Sélectionné pour le festival Circulation(s) en 2012, j’y ai exposé une série intitulée Une saison en Ukraine.

Que voici…

EXPOSITION BARROBJECTIF 2013 : Une Saison en Ukraine

C’est vers des villes industrielles— ici Kryvyï Rih et Dnipropetrovsk, en Ukraine — qu’un besoin impérieux me porte. Ces deux villes, au cœur d’une région minière exploitée à plein régime à l’ère soviétique, s’étalent encore à la (dé)mesure du projet qu’elles servaient. Elles sont l’une et l’autre d’une laideur à couper le souffle. Il est difficile de dire à quel point la vie y semble sinistre, laide, absurde.

Ce n’est que très récemment que j’ai découvert ce que j’allais y chercher ; le sens de cette fuite à l’Est. Au Nord. Au froid. Au noir. Au noir, oui. C’est bien la recherche d’une couleur qui m’anime. Elle est le filtre que je glisse —involontairement — entre mon appareil photo et le monde. Ou bien est-ce l’inverse ? Allez savoir…

Je me sens appelé vers d’autres espaces, d’autres sujets, d’autres gens, d’autres situations, dont le désespoir, peut-être moins criard, ne saura pour autant manquer de sourdre dans mes images.

Mais pour le moment, j’ai bien l’intention de profiter encore de ce noir éclatant, de cette matière brute que je trouve presque telle quelle dans ces villes industrielles des pays de l’est, profiter encore de ces paysages qui parlent, d’emblée, la même langue que moi.

Ici, on l’aura compris, nul concept, nulle approche intellectuelle : à travers ces images, c’est de moi-même que je parle. Tout au moins de cette part de moi que je ne sais traduire autrement.