FR3

Reportage d’FR3 pour les 20 ans du festival BarrObjectif.

France 3 Nouvelle Aquitaine

Pierre DELAUNAY organisateur du festival BarrObjectif

Patrick CHAUVEL 1er invité d’honneur du festival BarrObjectif

Jean GAUMY membre de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France depuis 2016. Invité d’honneur en 2014

Frédéric SAUTEREAU invité d’honneur en 2011

Christopher Anderson

INVITÉ D’HONNEUR EN 2003

BIOGRAPHIE

Christopher Anderson est né en 1970 au Canada et a grandi dans l’ouest du Texas. Il vit entre Brooklyn et Barcelone

En 2000, en mission pour le New York Times Magazine, il est monté à bord d’un petit bateau en bois avec 44 Haïtiens qui tentaient de se rendre en Amérique. Le bateau a coulé dans les Caraïbes. Les photographies ont reçu la médaille d’or Robert Capa et ont marqué le début d’une période de 10 ans en tant que photographe contractuel pour Newsweek Magazine et National Geographic Magazine.

En 2005 il rentre à l’agence Magnum Photos.

En 2011, il est le premier photographe en résidence du New York Magazine.

Christopher est l’auteur de quatre monographies :

Nonfiction, 2003 (livre de poche en boîte publié par De.MO, Millbrook, 2004). HB, 179 x 196 mm, 104 pp, 54 photos couleur.

Capitolio. Editorial RM, Mexico City, 2009. HB, 298 x 332 mm, 132 pp, 89 photos noir et blanc.

Fils. Kehrer Verlag, Heidelberg, 2013. HB, 245 x 200 mm, 96 pp, 44 photos couleur.

Stump. Editorial RM, Mexico City, 2014.

Photographe Christopher Anderson © Spencer Ostrander

Jane Evelyn Atwood – Trop de peines, femmes en prison

INVITÉE D’HONNEUR EN 2012

BIOGRAPHIE

Jane Evelyn Atwood est née à New York et vit en France depuis 1971. Son œuvre traduit la profonde intimité qu’elle entretient avec ses sujets sur de longues périodes. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer.

L’œuvre de Jane Evelyn Atwood a été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux, dont : la première bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980; un Prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987 ; en 1990, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme ainsi que le Grand Prix du Portfolio de la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) ; le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997 ; et un Prix Alfred Eisenstaedt en 1998. En 2005, elle s’est vue décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts and Letters de Bard College, U.S.A. Jane Evelyn Atwood a exposé internationalement et en 2011, La Maison Européenne de la Photographie à Paris présente plus de 200 de ses images dans une première rétrospective, Jane Evelyn Atwood : 1975 – 2011.
Dernièrement du 25 janvier au 21 avril 2019 à la Maison de la Photographie Robert Doisneau

Jane Evelyn Atwood lors de sa conférence à Barro en 2012
© Gérard Truffandier

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Trop de peines, femmes en prison

J’ai commencé à photographier les femmes incarcérées en 1989. Pendant dix ans, je me suis concentrée sur les criminelles de droit commun dans quarante prisons – maisons d’arrêt, centres de détention et pénitentiaires – dans neuf pays en Europe, Europe de l’Est et les États-Unis jusque dans des couloirs de la mort. Au départ, la curiosité était mon principal motif. La surprise, le choc et la stupeur ont pris le relais. La rage m’a portée jusqu’au bout. Dés le début, j’ai été frappée par l’immense manque affectif des prisonnières. Elles avaient été écrasées non seulement par l’ignorance, la pauvreté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque tous les détenus, mais aussi par des années – quand ce n’est pas une vie entière – d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes.

Souvent, ces même femmes purgeaient une peine pour des actes qu’un homme avait commis, ou pour des actes qu’elles n’auraient jamais commis toute seule. Trop souvent, la politique mise en œuvre dans les prisons de femmes consiste à humilier plutôt qu’à réhabiliter. Des femmes qui étaient brisées dehors continuent, en prison, à être traitées comme des citoyennes de seconde zone.

Un large pourcentage des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents. Est-ce vraiment nécessaire de les mettre en prison ? Une fois incarcérées, elles ont moins de chances de s’en sortir que les hommes, les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limités et débilitants.

Pour chaque femme qui a accepté de participer à ce travail, des centaines ont refusé : elles craignaient les représailles des gens à extérieur, ou des gardiens·nes à l’intérieur, si elles disaient la vérité. Dans le monde entier, les administrateurs de prison prétendent protéger les détenues de l’exploitation ; en vérité, ils font tout leur possible pour les empêcher de s’exprimer sur la réalité de ce qu’elles vivent derrière les barreaux. La honte empêche certaines femmes de parler. Pour beaucoup d’autres, c’est la peur. Mais la grande majorité d’entre elles est tout simplement réduite au silence.

Ce travail de dix ans s’est terminé avec la publication de Trop de peines, femmes en prison (Editions Albin Michel, 2000) et Too Much Time,Women in Prison (Phaidon Press Ltd., 2000).

Patrick Bard _ El dia de los muertos

INVITÉ D’HONNEUR EN 2010

BIOGRAPHIE

Membre de l’agence Signatures, Patrick Bard est photographe et romancier. Ses travaux ont été exposées en France, en Espagne, en Belgique, en Angleterre, au Mexique et aux USA et publiés dans la presse internationale. Il est l’auteur de plus de vingt ouvrages photographiques et de neuf romans traduits en espagnol, italien, grec, anglais (USA) pour lesquels il a reçu de nombreux prix. L’Amérique Latine, les frontières, la question des femmes sont au centre de son travail. En 2015, il a publié « Mon neveu Jeanne » (Ed. Loco), un essai documentaire sur le genre. Son roman sur l’embrigadement, « Et mes yeux se sont fermés » (Syros, 2016), a été récompensé par douze prix. Il a également publié une monographie sur la forêt en 2018, «Promenons-nous dans le bois » (Imogene) dont les images seront présentées à l’automne 2019 au musée Zadkine à Paris.

Photographe Patrick Bard © Marie-Berthe Ferrer

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : El dia de los muertos

2015. « Spectre », l’un des tout derniers épisodes de James Bond, débute par une impressionnante scène tournée à Mexico durant la Fête des morts, au beau milieu des chars et d’une foule grimée en squelettes. Plus mexicain, tu meurs. Sauf que l’instant doit tout à la fiction. Qu’importe, on ne montre pas impunément la mort aux Mexicains qui trouvent l’idée excellente et achètent les chars à la production, à l’issue du tournage. Le défilé de cinéma devient réalité dès l’année suivante. En 2016, 200 000 personnes le suivent ou y participent à l’occasion de la fête des Morts. En 2017, ils sont plus d’un million. Cette capacité mexicaine à donner vie aux mythes est, sans nul doute, à l’origine de la ferveur dont le peuple fait montre chaque année et de manière croissante, deux semaines durant, aux alentours de la Toussaint.

Pour comprendre, il faut revenir à la période qui suit la conquête. Si l’Église a bien intégré la fête pré-hispanique des morts, elle en a déplacé le temps. Auparavant, elle avait lieu au mois d’août, son déroulement coïncidant avec la fin du cycle agricole du maïs, de la courge, des pois et des haricots. Elle commençait avec la coupe du xócotl, un arbre dont on retirait l’écorce et que l’on décorait de fleurs. Les familles lui apportaient des offrandes vingt jours durant. Ces festivités étaient dédiées aux défunts proches. Elles étaient célébrées entre le neuvième et le dixième mois du calendrier solaire mexica correspondant aux mois de juillet et d’août et étaient placées sous la protection de Micteccacihuatl, épouse du Seigneur de la terre des morts, Mictlantecuhtli. Les crânes des sacrifiés étaient exposés sur des tzompantlis, des murs-autels de crânes. Mais la conquête change la donne.

Dans le courant du siècle qui suit la colonisation, la Fête des Morts est déplacée vers la Toussaint. Sa célébration est encore marquée par des offrandes de monnaie, de cacao, de cire pour les cierges, d’oiseaux, de fruits, ainsi que de grandes quantités de graines et de nourriture. Le premier jour est dédié aux enfants morts, le lendemain aux adultes. Des autels sont dressés – dans les foyers autochtones, surtout, au centre et au sud du pays. On y dispose les représentations des ancêtres, les quelques objets qu’ils affectionnaient, ainsi que leurs plats et boissons préférés. On se rend au cimetière pour les visiter et disposer un bouquet de fleurs. Une façon de perpétuer rituels et croyances pré-coloniaux tout en respectant à minima les traditions chrétiennes de la Nouvelle-Espagne.

Le temps passe encore. Nous sommes au début du XIXème siècle. La fête des Morts aztèque est pratiquement tombée dans l’oubli. Seules les communautés autochtones isolées du Chiapas ou de Oaxaca la célèbrent encore de façon plus traditionnelle, comme c’est toujours le cas chez les Mazatèques de Huautla de Jimenez, avec des masques de bois, en fondant des cierges en cire d’abeille, en buvant force aguardiente à base d’agave. L’indépendance du Mexique en 1821, la séparation d’avec le Guatemala en 1823, la guerre de 1836 avec les États-Unis, la perte de la moitié des territoires cédés au nord aux Américains en 1848, enfin, l’invasion française, improbable aventure impériale qui s’achève par la victoire mexicaine et l’exécution de Maximilien 1er en 1867 vont faire émerger progressivement un ardent désir d’identité nationale chez les Mexicains. En 1858, Benito Juarez, un Zapotèque originaire de Oaxaca, devient le premier président indigène de l’histoire de son pays et du continent américain. Après avoir résisté aux Français, il rétablit la république. Hélas, la démocratie est bien vite confisquée par le dictateur Porfirio Diaz, lequel sera renversé par la révolution mexicaine de 1910.

C’est à ce moment charnière que les intellectuels ressuscitent les racines autochtones du pays, s’en emparent et les revendiquent, quitte à tordre quelque peu la vérité historique. Qu’importe, le Mexique se forge déjà une réputation de géant culturel, qui, elle, est tout sauf usurpée. La Fête des morts et ses origines pré-hispaniques resurgissent un peu à la manière dont, pendant la guerre de 1870, les Français exhument la figure de Jeanne d’Arc oubliée depuis le Moyen-Âge pour réveiller un patriotisme anesthésié par Napoléon III.

Étendard de cette résurrection, la Catrina ou Catrina garbancera voit le jour en 1912 sous le crayon imaginatif de José Guadalupe Posada, un caricaturiste qui la dessine sous la forme d’un squelette coiffé d’un chapeau à voilette, parfois habillé de vêtements féminins. Le succès est immédiat. Le personnage devient très vite une figure populaire, bientôt reprise et déclinée sous de nombreuses variantes par les artistes des années 20, Diego Rivera en tête. C’est en effet lui qui la baptise Catrina (synonyme d’une élégance parfois exagérée en castillan mexicain) et l’intègre dans une fresque murale. Reproduite en masse, elle deviendra rapidement une figure consubstantielle de la mexicanité et sa popularité ira croissante jusqu’à nos jours, d’autant que le commerce s’en mêlera vite et que l’Halloween des voisins gringos s’invitera à la fête. Reflet de l’âme mexicaine, la fête des morts, ressuscitée au tournant des années 1910, est aujourd’hui tout à la fois l’incarnation d’un syncrétisme joyeux et d’un événement à la fois culturel commercial.

Définitivement, au Mexique, pays où selon Paz « La mort est la mère des formes », mourir, c’est renaître.

Patrick Bard

SOIRÉE PROJECTION VIDÉO : Mon neveu Jeanne

Dimanche 15 septembre à 20h30 projection vidéo qui traite de la question du genre « Mon neveu Jeanne » de Patrick BARD ,

Jeanne, lors de la soirée de Noël 2005, à Savigny-sur-Orge. © Patrick Bard

Michel Bernatets

INVITÉ D’HONNEUR EN 2006

BIOGRAPHIE

Michel Bernatets, né en 1944, est le fils d’un portraitiste et retoucheur sur négatif.
Il est le père de trois enfants, dont deux, Éric et Véronique, sont photographes reconnus.
Sa vie professionnelle s’oriente sur trois axes qu’il mène en même temps.

Il est à la tête d’une entreprise de photo comprenant quinze assistants. Il aime à dire : « profession : créateur d’emplois en photographie ». La plupart de ses assistants
sont restés dans l’entreprise de l’apprentissage à la retraite. C’était une équipe soudée, conviviale et professionnelle.

En même temps, il s’est donné comme devoir de transmettre : il a donc été enseignant en photographie en CFA au LEP Tregey de Bordeaux, et au Centre d’Enseignement spécialisé pour Déficients Auditifs, rue de Marseille à Bordeaux. Il a été nommé 24 ans Conseiller de
l’Enseignement Technologique dans l’Académie de Bordeaux.

À partir de 17 ans, il a adhéré au Groupement National de la Photographie Professionnelle, et a gravi tous les postes jusqu’à être nommé Secrétaire Général pendant plus de vingt ans, puis Président National. Il a été Président de la Chambre Syndicale de la photographie scolaire pendant 19 ans.

Pendant toute sa carrière, il réalise des images pour des tour-opérateurs, en Asie
et en Amérique centrale. Il a fait également des photos pour l’armée.

Actuellement à la retraite depuis 15 ans, il se repose en faisant de la luminographie, une pose longue avec déplacement des sources lumineuses ou de l’appareil de prise de vue, et réalise de la recherche graphique avec des lumières colorées, passion qu’il avait commencées lorsqu’il avait 14 ans.

Photographe Michel Bernatets © archive BarroPhoto 2006

Éric Bouvet _ Tchétchénie

INVITÉ D’HONNEUR EN 2008

BIOGRAPHIE

Après des études à l’école Estienne, Éric Bouvet devient en 1982, reporter photographe.

Son intérêt pour la photographie s’est éveillé quand, à l’âge de 8 ans, il a regardé les premières images télévisées en direct de la mission Apollo 11 atterrissant sur la lune. C’est alors qu’il s’est rendu compte de l’importance des nouvelles et des moments historiques.

Bouvet a travaillé comme photographe salarié au sein de l’agence photo française Gamma dans les années 1980, et a commencé sa carrière en tant que photographe indépendant en 1990. Il a d’abord obtenu une reconnaissance internationale avec ses photos de 1986 des efforts de sauvetage à la suite de l’éruption d’un volcan à Omeyra, en Colombie. Depuis lors, Bouvet a couvert les conflits en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Tchétchénie, au Soudan, en Somalie, en ex-Yougoslavie, au Liban, en Israël. Irlande du Nord, Kurdistan, Surinam, Burundi, Libye et Ukraine.

Il a couvert des événements internationaux majeurs tels que les funérailles de l’ayatollah Khomeini en Iran, la place Tiananmen en Chine, la chute du mur de Berlin, la révolution de velours à Prague, l’attaque américaine contre la Libye, la libération de Nelson Mandela, les Jeux olympiques et la crise des migrants en Europe.

Il a également travaillé sur de nombreuses histoires de société, notamment la vie dans les prisons russes, de jeunes marins sur des porte-avions, la police française travaillant en banlieue parisienne, les derniers mineurs de charbon français et la vie dans une clinique pédiatrique pour enfants atteints de cancer.

Bouvet a reçu cinq World Press Awards, ainsi que deux Visa d’Or, la médaille d’or du 15ème anniversaire de la photographie, le Bayeux-Calvados Award for War Correspondents, le Prix du Public de Bayeux-Calvados, le Front Line Club Award et le Paris-Match Award.

Eric Bouvet et son exposition sur la Rainbow Family 2008 © Gérard Truffandier

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Tchétchénie

Il y a des guerres, on ne sait pas pourquoi l’on décide de s’y rendre une première fois, sans savoir pourquoi l’on y retourne, sans savoir pourquoi…

La Tchéchénie 1995-1996 puis 2000-2001, chaque fois un peu plus d’une année, mais une dizaine de voyages.

Un moyen format sur du conflit ? Quelle drôle d’idée ! Une des nombreuses fois où l’on m’a traité de fou, ou bien genre « ça y est on a encore perdu Bouvet… »

Pourquoi du moyen format avec l’Hasselblad ? Pourquoi du carré ? Pourquoi du noir et blanc ? Et Pourquoi pourquoi ? Parce que dans la vie l’on fait des choix depuis sa petite enfance, et tout du long nous décidons de ce que nous allons devenir, faire de notre vie en faisant des choix. J’ai donc travaillé avec une nonchalance de mon regard, en survolant l’actualité, un laisser-aller sur les obligations commerciales de ma photographie, mais toujours avec respect envers l’humain. L’homme est au cœur de tous mes sujets depuis 38 ans que je suis photographe. Ici en Tchétchénie, il peut être beau et magnifique comme il peut aussi être laid et horrible. En Tchétchénie comme dans n’importe quel autre pays du monde.

Patrick Chauvel

INVITÉ D’HONNEUR 2000
1er invité d’honneur du festival

BIOGRAPHIE

Patrick Chauvel est né en 1949. Il a, pendant 35 ans, photographié la majeure partie des conflits qui ont sévi dans le monde, du Vietnam à l’Irak. Nourri par Kessel, Monfreid ou Schoendoerffer, il a voulu aller au plus près de l’actualité. Ses images ont fait la une des plus grands médias dans le monde : Paris Match, Time Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prestigieux World Press. Par ailleurs, Patrick Chauvel est réalisateur et producteur de documentaires et reportages.

 

Photographe Patrick Chauvel

EXPOSITION DES 20 ANS DU FESTIVAL : Syrie , la fin de Baghouz ou le début d’une guerre éclatée

« Victoire, c’est fini, Daech est vaincu ! »

Tous les trois jours, la coalition arabo-kurde, les Forces démocratiques syriennes (FDS) annoncent la fin définitive de l’« État islamique ». Tous les quatre jours, ils abordent une trêve pour proposer « aux combattants de se rendre et épargner les civils ». Il s’agit en effet de faire sortir les quelque 5 000 femmes et enfants de djihadistes qui restent dans le camp de tentes et de véhicules mesurant à peine 2 kilomètres carrés.

La victoire serait donc proche. C’est fort de ces déclarations que le 10 février je suis parti en Syrie afin d’assister à la chute du Califat qui menait sa dernière bataille. Les djihadistes sont alors encerclés dans la ville de Baghouz : au sud par les troupes de Bachar El-Assad, à l’ouest et au nord par les Kurdes et les Arabes. Ils se trouvent coincés à l’Est entre le fleuve Euphrate et la frontière irakienne gardée par les milices chiites, bombardés 24 heures sur 24 par l’aviation française et américaine. C’était une question d’heure…

La réalité fut tout autre.

Les 5 000 civils se sont multipliés au rythme des trêves. Un mois, jour pour jour, après mon arrivée, c’étaient plutôt 20 000 « civils » et combattants qui étaient sortis de ce minuscule réduit.

A chaque offensive, les FDS rencontraient la même résistance acharnée. Snipers, tirs de roquette ou encore mines retardaient la victoire tant de fois annoncée. Ceux qui avaient décidé de sortir de « l’enfer de Baghouz » racontaient : « Il y a des blessés mourants par centaines, plus d’eau, plus de nourriture, plus de soins… » Ce fut ce que me confia une jeune Française en pleurant, serrant son petit garçon de 2 ans et demi dans ses bras. Certains voulaient partir d’autres non. Intox ou réalité, impossible de savoir, le mensonge est de mise. Les combattants qui se rendent affirment tous être cuisiniers, jardiniers… En comptant bien, il y aurait donc près de 7 000 cuisiniers ! Baghouz mériterait d’être dans le Michelin, seulement voilà, les femmes affirment qu’on y meurt de faim.

La réalité est effectivement bien plus sordide et explosive. Aucun des hommes capturés n’exprime de regret et les femmes sont les plus virulentes. À Tanek field  au nord de Baghouz, dans le désert où les « civils » sont triés, elles agressent les combattantes kurdes pour leur tenue et l’absence de voile, refusent d’être touchées par les médecins qui tentent de les aider, attaquent les journalistes. Récemment, l’une d’elles s’est fait exploser avec son enfant au milieu de ceux qui voulaient se rendre, tuant les hommes, les femmes, les enfants et quelques FDS venus les chercher. Il ne faut pas tomber dans le piège du genre, ces femmes ne sont pas des civiles. Elles sont djihadistes. Après un tri sommaire, toutes finissent avec leurs enfants au camp de réfugiés d’Al-Hol au nord du Kurdistan syrien, où 60 000 « réfugiés » croupissent dans un espace insalubre prévu pour 15 000 personnes. Meurtres de femmes qui ne suivent plus les règles du Coran, émeutes, tentes incendiées par les réfugiées… ces fantômes en noir sont des bombes à retardement, tandis que les hommes ricanent d’avance de notre faiblesse.

Jérôme Delay

INVITÉ D’HONNEUR 2004

BIOGRAPHIE

Jérôme Delay est le photographe en chef d’AP pour l’Afrique, basé à Johannesburg.

Après avoir travaillé à Denver, au Colorado, en tant que pigiste de l’AP et à l’Agence France-Presse (AFP) à Washington, DC, Delay a occupé divers postes au sein de l’AP : photographe en chef à Jérusalem, photographe et éditeur photo international à Paris et photographe international basé à Londres et à Paris. Il a couvert la Maison-Blanche, les Jeux olympiques d’hiver de Calgary et la Coupe du monde de soccer, ainsi que des conflits dans le monde entier : le Moyen-Orient (Israël, Palestine, Liban-Sud, Irak), l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Rwanda, Congo), les Balkans (Bosnie, Kosovo, Albanie, Macédoine, Serbie), Irlande du Nord, Haïti, Kashmir et Afghanistan.

Photographe Jérôme Delay

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : Congo – Ébola

Des notes prises sur l’Ébola en RDC
Une épidémie d’Ébola a causé la mort de plus de 1 800 personnes dans ces régions du nord-est de la République Démocratique du Congo. C’est la pire épidémie dans le pays, tant en termes de mortalité que de durée, et la deuxième dans le monde après celle qui avait touché l’Afrique de l’Ouest entre décembre 2013 et 2016 faisant plus de 11 000 morts.

L’épidémie frappe principalement les zones de Beni et Butembo-Katwa, prises depuis 25 ans dans la violence. Les soignants sur le terrain se sont heurtés aux résistances des
habitants : déni de la maladie, refus de la vaccination et de l’hospitalisation des proches, ce qui entraine le contrôle des enterrements dignes et sécurisés conduits par la Croix-Rouge pour éviter tout contact avec les fluides du défunt.


L’OMS a fait de l’épidémie d’Ébola une urgence de santé publique de portée internationale après un premier cas mi-juillet à Goma. Un second cas y a été enregistré le 30 juillet, et y est mort quelques heures plus tard, renforçant les inquiétudes.


L’OMS a cependant recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes : elle craint en effet que l’épidémie ne fournisse le prétexte à certains états pour restreindre les déplacements et le commerce, restrictions qui entraveraient le travail des équipes médicales et pénaliseraient doublement les populations locales.

Marie Dorigny_ Népal, le pays qui n’aimait pas les femmes

INVITÉE D’HONNEUR EN 2002

BIOGRAPHIE

Photo-reporter depuis 30 ans, Marie Dorigny, 59 ans, a d’abord travaillé en tant que journaliste rédactrice. Elle a rejoint la photographie en décembre 1989 lors de la révolution roumaine et a réalisé depuis des reportages engagés sur le travail des enfants, la condition des femmes ou les formes contemporaines d’esclavages.

Son travail, publié dans la presse nationale et internationale, a également été exposé à maintes reprises, dans les galeries photos de la FNAC (l’esclavage domestique), au Festival Visa pour l’Image de Perpignan (travail des enfants et accaparement des terres), en passant par la Bibliothèque Nationale de France (prostitution et immigration clandestine) ou encore le Muséum de Lyon (Cachemire).

Son dernier travail en date, « Displaced, femmes en exil », un reportage réalisé sur commande, en 2016, pour le Parlement Européen, a été exposé durant trois mois à Bruxelles par le Parlementarium ainsi qu’à Visa pour l’Image.

Parmi les récompenses qui lui ont été attribuées, on peut citer :

  • 1991 : un World Press pour son reportage sur les ravages de l’Agent Orange au Vietnam
  • 1998 : le Prix Kodak du jeune photo-reporter pour son travail sur l’esclavage domestique
  • 2013 : elle est lauréate d’une bourse du festival « Photoreporter en baie de St Brieuc », pour un projet de reportage sur les violences faites aux femmes au Népal
  • 2014 : lauréate de la bourse photo AFD/Polka pour son projet « Main basse sur la terre » sur l’accaparement des terres arables dans le monde, travail exposé par la suite à la MEP (Maison Européenne de la Photographie)

Trois monographies présentent également son travail photographique :

« Enfants de l’ombre » aux Éditions Marval, 1993, « Cachemire, le paradis oublié » aux Éditions du Chêne, 2004 et enfin, « L’inde invisible », Éditions CDP, 2008.

Photographe Marie Dorigny © Yonnel Leblanc

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Népal, le pays qui n’aimait pas les femmes

En 2009, une étude du ministère de la santé népalais révélait que la première cause de mortalité chez les femmes âgées de 15 à 49 ans était le suicide. Ce triste résultat fait du Népal un cas unique au monde.

Dans l’ancien royaume himalayen, les formes de violences traditionnelles à l’égard des femmes sont légion : violences domestiques, discriminations spécifiques comme le chaupadi , qui les relègue les femmes dans les étables durant les périodes de menstruation, infériorité juridique, consacrée par le fait que seuls le père ou le mari peuvent décider de donner la citoyenneté à leur fille ou épouse. Sans leur bon vouloir, une Népalaise n’a pas même d’existence légale. Dans les provinces de l’ouest du pays, les plus arriérées, plus de 60% des femmes sont dans ce cas.

Le gouvernement central a complètement négligé le développement du Sindhu Palchowk. Le district manque cruellement d’infrastructures de base. Accéder aux rares services de santé est très compliqué pour les femmes qui doivent souvent marcher durant des heures avant de trouver un poste de santé. Certaines arrivent le jour de leur accouchement sans avoir jamais vu un médecin. Golce, Sindhu Palchowk, Nepal 2013.

Mais à ces atteintes anciennes se superposent de nouvelles menaces liées à la situation délétère du pays. Valse des gouvernements, corruption endémique, vide constitutionnel… Depuis la fin de la guerre civile et la chute de la monarchie en 2006, le Népal est en proie à une instabilité chronique. Dans ce chaos politique et institutionnel, la pauvreté et les trafics en tous genres prospèrent, dont les femmes sont devenues les premières victimes.

Minées par l’incurie des autorités en matière de développement économique, et par les premiers effets du réchauffement du climat, les campagnes se vident. Dans des régions entières, les villages ont été désertés par les hommes, partis travailler en Inde ou dans les pays du Golfe. Livrées à elles-mêmes, les femmes croulent sous le double fardeau des tâches domestiques et des travaux agricoles, sur fond d’insécurité alimentaire grandissante (25% de la population est désormais concernée).

Quand elles prennent le chemin de l’exil avec leur famille, c’est pour finir dans les bidonvilles qui se multiplient autour de Katmandou, où chômage et alcoolisme nourrissent la violence domestique.

La misère n’alimente pas simplement les mouvements migratoires, mais aussi le trafic d’êtres humains, dont les femmes sont aussi les premières cibles. Trafic international en pleine expansion : des milliers de Népalaises étaient déjà vendues aux bordels indiens chaque année ; avec l’apparition de nouveaux réseaux mafieux, elles finissent désormais jusque dans ceux du Golfe et de l’Asie.

Trafic interne aussi : elles sont désormais des milliers à vendre leur corps dans les bars et salons de massage de la capitale, alors que la prostitution y était jusque-là quasi inexistante. Une nouvelle source d’inquiétude pour les ONG qui craignent que le Népal devienne la prochaine destination phare pour le tourisme sexuel.

Face à cette situation, ONG et société civile s’organisent, avec souvent des femmes en première ligne : avocates luttant contre l’inégalité juridique, travailleuses sociales gérant des foyers d’aide à la réinsertion des anciennes prostituées, brigade de policières spécialisées dans la violence domestique se battent au quotidien pour leurs concitoyennes… Mais toutes ces initiatives constituent encore de faibles remparts, face à cette vague féminicide.

Marie Dorigny/Marie-Amélie Carpio

Jean Gaumy

BIOGRAPHIE

Né en 1948 à Royan Pontaillac (Charente-Maritime), Jean Gaumy suit des études à Toulouse et Aurillac puis poursuit des études supérieures à Rouen où il a travaillé comme éditeur et photographe indépendant dans la région Paris-Normandie.

Jean Gaumy a été élu à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France en 2016

Il vit à Fécamp, Haute Normandie depuis 1995.
En 1973 il intègre l’agence Gamma à la demande de Raymond Depardon ; en 1975, il initie deux reportages au long terme sur des sujets jamais encore traités en France, le milieu hospitalier (L’Hôpital, 1976) et carcéral (Les Incarcérés, publié en 1983). Il rejoint l’agence Magnum en 1977 après avoir été remarqué aux Rencontres d’Arles en 1976 par Marc Riboud et Bruno Barbey.

Également réalisateur, il explore dans ses films et reportages le monde de la vie rurale et maritime. Il réalise en 1984 son premier film, La Boucane ; d’autres films suivent, souvent primés, tous diffusés par les télévisions françaises et européennes. Cette même année, il commence un cycle d’embarquements hivernaux à bord de chalutiers qu’il poursuivra jusqu’en 1998 et qui donnera lieu en 2001 à la publication du livre Pleine Mer.

Il réalise de nombreux reportages en Afrique, en Amérique centrale et au Moyen-Orient. Son premier voyage en Iran se déroule lors de la guerre avec l’Irak en 1986, où il prendra une photo devenue célèbre de femmes iraniennes s’exerçant à tirer pendant la guerre Iran-Irak. Il se rendra dans ce pays jusqu’en 1997.

Après Jean-Jacques, chronique du bourg d’Octeville-sur-Mer vue par les yeux de l’« idiot du village » en 1987, il réalise son troisième film, Marcel, prêtre, en 1994, tourné en plusieurs années à Raulhac, dans le Cantal. Dès 2005, il engage les repérages et le tournage du film Sous-Marin (2006) pour lequel il passe quatre mois en plongée lors d’une mission à bord d’un sous-marin nucléaire d’attaque. Il entame un travail de reconnaissance photographique qui le conduit des mers arctiques aux territoires contaminés de Tchernobyl en Ukraine. Pour le même projet, il repart en 2010 à bord du plus récent des navires dédié à la dissuasion nucléaire.

Il a reçu le prix Nadar en 2002 pour Pleine Mer puis en 2010 pour D’après nature, une série de paysages de montagne. Il est nommé officiellement Peintre de la Marine en 2008.

En 2013, il a rejoint l’équipe scientifique internationale « BB Polar » avec laquelle il se rend au Spitzberg et au Groenland (2013, 2014 et 2016).

Jean Gaumy © Michelle Gaumy
© Michelle Gaumy

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Paysages arctiques – La science rencontre l’art à la pointe nord de la Terre

« J’aime aller sur des terres hostiles pour être à la limite « , dit Jean Gaumy de Magnum, au sujet de son travail de photographe de l’Arctique, un sujet qui devient de plus en plus urgent – et politisé – à la lumière des débats sur le changement climatique. « J’ai une curiosité pour ces endroits depuis mon enfance, et maintenant que le climat atteint un nouvel écosystème sur la planète, je pense qu’il est important de voir ce que je peux voir à ce sujet. »

En janvier 2017, l’explorateur britannique Sir David Hempleman-Adams a demandé aux politiciens de prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques après un récent voyage en bateau autour de la région polaire par les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest – qui devrait traditionnellement prendre trois ans – qui a été achevé par son équipe en seulement quatre mois et un jour parce que la glace avait tellement fondu. Cela fait suite à la nouvelle de 2016 selon laquelle les scientifiques ont conclu que l’impact de l’homme sur la planète est maintenant si important que la Terre est entrée dans une nouvelle ère – qu’ils appellent Anthropocène.

Depuis 2008, Jean Gaumy a accompagné des scientifiques qui étudient les changements climatiques et le réchauffement de la planète dans l’Arctique dans le cadre de diverses missions de recherche, dont la plus récente est le projet Bebest. Embarqué sur le voilier scientifique Le Vagabond, ainsi que dans plusieurs expéditions internationales de BB Polar, le photographe a eu un accès exceptionnel aux régions reculées de l’Arctique. Parallèlement à ce travail documentaire, Jean Gaumy a poursuivi son travail personnel de longue haleine sur les paysages et les territoires. Le travail en cours qui en résulte est une vision intime et contemplative de l’Arctique, dépeignant une neige blanche désolée, des paysages désertiques et de puissantes vagues océaniques pétrifiées comme de grandes sculptures de glace par des températures sous zéro.

En tant que photographe, Gaumy est très conscient de la subjectivité de la photographie, mais aussi de son pouvoir révélateur – ce qu’elle peut montrer non seulement du monde capturé dans l’image, mais du photographe et du moment où il l’a prise. Pour lui, photographier l’Arctique est autant un exercice d’exploration de sa propre perception que l’étude du paysage lui-même.

« En tant que  » touriste  » professionnel que je suis, dit-il avec ironie, il y a deux choses que je fais quand je vais dans l’Arctique : photographier des paysages, et être avec les gens, observer leur signature, leur marque, sur le lieu. L’une est très contemplative, et je joue avec la représentation de la forme et ma vision du paysage telle que perçue à travers ma culture, mon passé et mes racines, comme je l’ai fait pour mon dernier livre D’après Nature ; l’autre est d’observer comment les autres personnes analysent scientifiquement les éléments de ces parties de la planète. »

Bien qu’il documente un domaine au centre du débat sur le changement climatique, Gaumy souligne les lacunes de la photographie dans sa capacité à saisir des preuves. « Les photos elles-mêmes ne sont pas des preuves du changement climatique. Elle est souvent invisible, impalpable et pourtant, avec le temps, évidente. Un scientifique peut vous dire objectivement qu’il y avait quelque chose il y a 20 ans et qu’il n’y en a plus maintenant. Je ne peux pas. Lorsque les scientifiques utilisent leurs expériences et leurs données pour analyser les changements climatiques et la raison de ces changements, j’envisage – modestement. Mes photos pourraient être vues comme une sorte d’enzyme pour agréger, pour attirer l’attention des gens. C’est ma contribution. »