Natalya Saprunova _ Invitée d’honneur 2026

Natalya Saprunova _ Invitée d’honneur 2026

Natalya Saprunova, originaire de la Russie arctique, sur la péninsule de Kola à Mourmansk, est une photographe documentaire basée à Paris. Durant ses études supérieures de français en Russie, elle travaillait comme photojournaliste pour le quotidien Le Messenger de Mourmansk.

Après son arrivée en France en 2008, elle a étudié et travaillé dans le marketing dans le cadre de son parcours vers la citoyenneté française. Huit ans plus tard, elle a quitté son contrat à durée indéterminée pour revenir pleinement à la photographie.

Diplômée en photojournalisme documentaire de l’école EMI-CFD à Paris en 2020, Natalya poursuit aujourd’hui une démarche ethnographique autour de problématiques contemporaines telles que l’identité, l’environnement, le changement climatique, la jeunesse, la féminité et la spiritualité. Animée par la passion de la transmission, elle enseigne la photographie depuis 2016 à l’école Graine de Photographe à Paris, et a également accompagné des voyages photo en Russie, à Saint-Pétersbourg et au lac Baïkal. Elle intervient lors de conférences et auprès de jeunes publics pour les sensibiliser aux enjeux environnementaux, culturels et sociaux qu’elle documente.

Nikita Zimov observe un affaissement de terrain causé par le dégel du pergélisol, accéléré par une vague de chaleur inhabituelle (+20 °C pendant 10 jours). L’érosion expose la Yedoma, un ancien sol riche en matière organique gelée depuis la fin du Pléistocène, dont la décomposition libère CO₂ et méthane. Une épaisse lentille de glace en train de fondre déstabilise la falaise, visible aux arbres inclinés — un signal direct du réchauffement rapide de l’Arctique. © Natalya Saprunova

Le permafrost – ce sol gelé depuis des millénaires – est en train de disparaître sous l’effet du réchauffement climatique. Il couvre près de 25 millions de km², soit 20 % de la surface continentale de la Terre, principalement en Sibérie et dans l’Arctique nord-américain. Dans ces régions, riches de cultures autochtones, le dégel provoque affaissements de terrains, effondrements de bâtiments, inondations et bouleversements des écosystèmes. Pour comprendre et anticiper ces impacts, des scientifiques du monde entier collaborent avec les communautés locales en étudiant sols, glaces, sédiments et eaux. Ils évaluent l’ampleur du retrait côtier, la profondeur du permafrost et les changements dans la végétation, recherchent des contaminants libérés par le dégel.

En Russie, la Yakoutie, région de Sibérie orientale, abrite l’un des plus anciens permafrosts du monde, s’étendant sur plus de 3 millions de kilomètres carrés. Ce sol gelé depuis des centaines de milliers d’années, riche en matière organique, conserve les traces d’écosystèmes du Pléistocène. Des peuples autochtones comme les Evenks et les Sakhas y vivent depuis des siècles, en étroite relation avec l’un des climats les plus extrêmes de la planète. Leur culture et leur mode de vie, fondés notamment sur l’élevage de rennes, de chevaux et de bovins adaptés au froid extrême, sont profondément liés au permafrost et aux cycles naturels. Aujourd’hui, des phénomènes climatiques inhabituels tels que vagues de chaleur, incendies, inondations et fortes chutes de neige accélèrent le dégel du sol, bouleversant les équilibres locaux et contribuant au dérèglement climatique mondial.

Oymyakon en Russie © Natalya Saprunova

De l’autre côté de l’Arctique, le Canada, qui possède le plus long littoral habité des hautes latitudes, est également gravement touché par le dégel du permafrost, notamment le long des côtes de l’océan Arctique, de la mer de Beaufort et du fleuve Mackenzie. Dans de nombreuses communautés nordiques, les maisons s’effondrent, les routes se fissurent et les terres disparaissent à mesure que le sol gelé se relâche, que l’érosion côtière s’accélère et que le niveau de la mer monte.
Cette transformation rapide menace non seulement les infrastructures, mais aussi les traditions et les modes de vie des peuples autochtones, profondément liés à leur territoire. La fonte du permafrost libère également du mercure dans les eaux arctiques, mettant en danger les écosystèmes marins et les ressources alimentaires essentielles à la chasse et à la pêche.
Face à l’urgence, certaines autorités envisagent déjà la relocalisation de villages entiers, faisant des Inuvialuit (Inuits du Nord-Ouest canadien) parmi les premières communautés du pays potentiellement contraintes à l’exil climatique.

© Natalya Saprunova

Selon les chercheurs, le permafrost pourrait disparaître avant la fin de ce siècle, affectant non seulement les infrastructures et les écosystèmes locaux, mais aussi l’équilibre de la biosphère mondiale. La décomposition de la matière organique piégée dans le permafrost pourrait libérer entre 2 et 12 milliards de tonnes de CO₂ et de méthane par an, deux gaz à effet de serre particulièrement puissants.

Le risque d’une boucle de rétroaction incontrôlable inquiète les scientifiques : plus le permafrost fond, plus il émet de gaz, ce qui accélère encore le réchauffement.

Par ailleurs, des bactéries anciennes et des virus, tels que celui de l’anthrax, pourraient être libérés du sol et de la glace, provoquant de graves maladies chez les animaux et les humains.


Légende de Duvanny Yar, Yakoutie (Russie)

Nikita Zimov, directeur de la station scientifique du Nord-Est en Yakoutie, utilisée comme base permanente pour la recherche internationale en écologie arctique, et le directeur du parc du Pléistocène, qui fait l’objet du projet de restauration de l’écosystème de la steppe mammouth visant à maintenir le pergélisol froid, observe le dégel de la couche de pergélisol à la fin du mois d’août 2022 à Duvanny Yar, situé le long de la rivière Kolyma, au-dessus du cercle arctique en Yakoutie. Ce glissement de terrain a été provoqué par la dégradation des sols accélérée par le réchauffement des températures dans la région arctique. Le jour où la photo a été prise, la température était d’environ +20 °C et ces températures se sont maintenues pendant 10 jours consécutifs, alors que la moyenne à cette période de l’année est de 14 °C.

Cette couche de pergélisol a continué à se former pendant la fin du Pléistocène, qui s’est terminé il y a 11 000 ans, appelée Yedoma, elle peut atteindre plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur. La spécificité de ce sédiment réside dans sa composition en matière organique, telle que des feuilles, des racines et des restes d’animaux morts il y a des milliers d’années. La décomposition de cette matière organique peut produire entre 2 et 12 milliards de carbone par an sous forme de CO2 et de méthane, soit entre 20 et 100 % des émissions actuelles de carbone liées à l’activité humaine.

Cette falaise de pergélisol exposée montre une lentille de glace de 1,5 à 2 m d’épaisseur et de 20 à 30 m de profondeur qui dégèle/dégrade le complexe glaciaire massif depuis le sommet de la crête. Cela est évident avec les arbres penchés.
« Si nous installons un détecteur, il indiquera la présence de CO2 », a déclaré Nikita Zimov.

Légende de la photo d’entête

[Oymyakon, Yakoutie, Russie]
Eduard Romanov, ouvrier du bâtiment et militant originaire de Yakoutsk, initiateur du projet de loi « Sur la protection du pergélisol dans la République de Sakha (Yakoutie) », est en visite à Oymyakon, le village le plus froid du monde. Se considérant comme doté de dons chamaniques, il demande aux esprits de maintenir le froid dans cette région, car ce sont les anticyclones de Yakoutie qui régulent le climat de la planète. © Natalya Saprunova