Laure Boyer _ La fabrique des héros

Laure BOYER est photographe indépendante depuis une dizaine d’années. Basée à Paris et membre du collectif Hans Lucas, elle est régulièrement publiée dans la presse. Son travail documentaire s’intéresse à l’humain et au temps long, à l’individu face aux grands mouvements économiques, sociaux ou culturels.

« Quelles que soient leurs origines, leur culture, leur métier, les individus sont soumis aux avancées et aux soubresauts de l’histoire. Dans un monde rétréci par une interconnexion constante et une « mondialisation » aux contours indéfinis, les événements, même lointains, se répercutent concrètement et instantanément sur la vie de chacun. Quelle part de libre arbitre nous reste-t-il ? Je cherche à comprendre l’individu, sa singularité, sa liberté dans une société parfois aveugle à l’humain. »

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2020 : La fabrique des héros..

C’est le 9 mai 2019 à Moscou, le « Jour de la Victoire«  des russes contre l’Allemagne nazie. Soixante-quatorze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un immense cortège civil – le « Régiment Immortel » – se prépare place Pouchkine, au nord du Kremlin. Près d’un million de personnes vont traverser la ville pour arriver au centre de la place Rouge. 10 millions de personnes défilent ce même jour dans toute la Russie et à travers le monde dans près de 80 pays où une communauté russe est présente. À la manière d’une procession religieuse, les gens portent telles des icônes de grandes photos de leurs ancêtres – parents, grands-parents, arrière-grands-parents – qui ont participé à la Grande Guerre patriotique russe de 1941 à 1945.
En quelques années, ces cortèges sont devenus incontournables.

Des films d’archives de la Grande Guerre patriotique (ici fabrication de munitions en usine) accompagnés de chants militaires sont projetés sur un écran géant installé sur la place Rouge. Moscou, le 9 mai 2019 © Laure Boyer

Ce qui était à l’origine un mouvement de citoyens, familial, apolitique, non gouvernemental et non commercial, a rapidement été récupéré par des organisations plus politisées. Le « Régiment Immortel » est devenu le symbole de l’unité du peuple russe autour de ses héros. Un succès extraordinaire encouragé par les autorités russes qui assurent désormais l’organisation du défilé auquel Vladimir Poutine participe lui-même chaque année depuis 2015 en portant le portrait de son père blessé au combat.

la fabrique des héros
Des membres de Younarmia, « l’armée de la jeunesse » en russe, se rendent place Pouchkine pour rejoindre le régiment immortel et défiler jusqu’a la Place rouge. Younarmia est un mouvement de jeunesse crée en juillet 2016 sous l’égide du ministère de la Défense. Moscou, le 9 mai 2019. ©Laure Boyer

La tradition familiale s’est transformée en une gigantesque fête nationaliste et les enfants de tous âges y sont étonnamment nombreux. Affublés très souvent d’uniformes et de casquettes militaires, ils marchent et imitent leurs parents, au rythme des chants militaires russes.
En participant à ce gigantesque culte du héros russe qui ne saurait être que militaire, le « Régiment Immortel » est désormais la partie visible d’un mouvement de nationalisme et de militarisation vaste et profond des consciences dont les enfants sont les principales cibles.

José Nicolas _ Témoin de décembre 1989

José NICOLAS est né en 1956 à Casablanca au Maroc. Depuis 1984, je suis reporter photographe. J’ai commencé par travailler pour un quotidien régional puis pour des organisations humanitaires telles que Médecins du monde qui m’a permis de suivre Bernard Kouchner dans ses missions au Kurdistan, en Afghanistan, en mer de Chine, au Liban …

Pendant 15 ans, j’ai couvert tous les conflits pour l’agence Sipa-Press à Paris (le Tchad, la guerre du Libéria en 1990, la guerre du Liban de 1984 à 1986, l’Afghanistan, la révolution roumaine en 1989, la Bosnie de 1991 à 1996, la Somalie en 92-93, …

Depuis 1996, je suis devenu indépendant et collabore régulièrement avec les revues françaises et étrangères. Je suis aussi auteur de plusieurs livres sur de multiples sujets qui me tiennent à cœur. Depuis 2014, je me consacre à mon fonds photographique que je valorise soit par des acquisitions auprès des musées et collectionneurs, par des ouvrages ou par des expositions.

Livres :

  • Souffle du Monde Ed. ACF – BBK
  • Les soldats de l’ombre Ed – BBK
  • GIPN – Au cœur de l’action Ed. L’Instantané
  • Légion Etrangère– ED.ETAI
  • Afghanistan Ed. l’Esprit de tous les combats
  • Les hommes des roseaux Acte Sud – Ed. du Rouergue
  • Les vins du Rhône – Cotes et Vallée – Ed. Glénât
  • Le Bandol Ed. Loubatieres
  • Vivre pour Vivre (1979-2011 : parcours d’un photographe)
  • French Doctors, l’aventure humanitaire – Ed. La Martinière 2017
  • Tchad, des héros anonymes – Ed. Imogene 2018

Prix :

  • 1987 – Prix de l’action humanitaire
  • 1994 – Prix Marc Flamant

http://josenicolas-art.fr/fr/accueil.html

..EXPOSITION BARROBJECTIF : Témoin de décembre 1989..

En 1989, je suis photographe à l’agence Sipa Press. L’époque est faste pour le photoreportage.
Le 22 décembre, j’arrive en fin de matinée à l’agence ; c’est l’effervescence : Nicolae Ceaușescu vient d’être renversé. Rapidement quatre personnes sont choisies pour partir en Roumanie ; j’en fais partie. C’est l’effervescence, nous allons témoigner d’un événement historique, la chute du dictateur roumain.

L’avion que nous partageons avec FR3 atterrit vers 17 h à Bucarest. L’aéroport est encore une passoire ; une demi-heure après il est fermé à tout trafic.
Nous arrivons dans la capitale roumaine ; il fait nuit. Le mouvement populaire s’amplifie, l’armée le réprime.

Révolution Roumaine 1989
Roumanie, Bucarest le 23 décembre 1989. Après le départ de Nicolae Ceaușescu, un militaire brandit le drapeau roumain à une fenêtre du palais.
Roumanie, Bucarest le 23 décembre1989, Le soldat casqué engoncé dans son uniforme de gros drap, écoute un manifestant qui lui indique la cache d’un sniper. A l’arrière, trois autres insurgés tendant vers l’objectif la une d’un journal : « Libertatea ».

Les gens courent dans tous les sens, des tirs d’armes automatiques crépitent. Un de nos camarades de l’agence Sygma prendra une balle dans la jambe. À pied nous nous dirigeons vers la télévision où il n’y a plus personne, puis vers le palais de Ceaușescu. Une foule est massée place de la République devant l’édifice, des flammes s’échappent, la population essaie de pénétrer à l’intérieur, des tirs sporadiques la font reculer, finalement nous rentrons tous ensemble. La nuit est longue.

Un drame survient : le grand reporter Jean-Louis Calderon est accidentellement tué par un char. Au petit matin, les tirs reprennent. Comme au spectacle, la foule regarde progresser les soldats ; ils courent, se jettent au sol, tirent des rafales et repartent. La paranoïa est extrême, on voit des espions de la Securitate (police politique) partout, des suspects sont arrêtés ou lynchés par la foule en délire.

Tout se déroule en direct sous nos yeux ; nous enchainons les images, les pellicules défilent. Nous faisons de petits groupes, personne ne sait ce qu’il se passe, c’est dangereux. Du palais partent quelques tirs auxquels ripostent les mitrailleuses de char et les kalaches des soldats.

Les jours suivants, la tension retombe. Pour le Nouvel An, des intellectuels et hommes politiques viennent boire une coupe de champagne, puis repartent. Des vedettes se font photographier avec des enfants rachitiques dans les bras…

C’est la fin du régime de l’un des plus sinistres dictateurs du bloc soviétique.

Jane Evelyn Atwood – Trop de peines, femmes en prison

INVITÉE D’HONNEUR EN 2012

BIOGRAPHIE

Jane Evelyn Atwood est née à New York et vit en France depuis 1971. Son œuvre traduit la profonde intimité qu’elle entretient avec ses sujets sur de longues périodes. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer.

L’œuvre de Jane Evelyn Atwood a été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux, dont : la première bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980; un Prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987 ; en 1990, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme ainsi que le Grand Prix du Portfolio de la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) ; le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997 ; et un Prix Alfred Eisenstaedt en 1998. En 2005, elle s’est vue décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts and Letters de Bard College, U.S.A. Jane Evelyn Atwood a exposé internationalement et en 2011, La Maison Européenne de la Photographie à Paris présente plus de 200 de ses images dans une première rétrospective, Jane Evelyn Atwood : 1975 – 2011.
Dernièrement du 25 janvier au 21 avril 2019 à la Maison de la Photographie Robert Doisneau

Jane Evelyn Atwood lors de sa conférence à Barro en 2012
© Gérard Truffandier

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Trop de peines, femmes en prison

J’ai commencé à photographier les femmes incarcérées en 1989. Pendant dix ans, je me suis concentrée sur les criminelles de droit commun dans quarante prisons – maisons d’arrêt, centres de détention et pénitentiaires – dans neuf pays en Europe, Europe de l’Est et les États-Unis jusque dans des couloirs de la mort. Au départ, la curiosité était mon principal motif. La surprise, le choc et la stupeur ont pris le relais. La rage m’a portée jusqu’au bout. Dés le début, j’ai été frappée par l’immense manque affectif des prisonnières. Elles avaient été écrasées non seulement par l’ignorance, la pauvreté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque tous les détenus, mais aussi par des années – quand ce n’est pas une vie entière – d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes.

Souvent, ces même femmes purgeaient une peine pour des actes qu’un homme avait commis, ou pour des actes qu’elles n’auraient jamais commis toute seule. Trop souvent, la politique mise en œuvre dans les prisons de femmes consiste à humilier plutôt qu’à réhabiliter. Des femmes qui étaient brisées dehors continuent, en prison, à être traitées comme des citoyennes de seconde zone.

Un large pourcentage des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents. Est-ce vraiment nécessaire de les mettre en prison ? Une fois incarcérées, elles ont moins de chances de s’en sortir que les hommes, les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limités et débilitants.

Pour chaque femme qui a accepté de participer à ce travail, des centaines ont refusé : elles craignaient les représailles des gens à extérieur, ou des gardiens·nes à l’intérieur, si elles disaient la vérité. Dans le monde entier, les administrateurs de prison prétendent protéger les détenues de l’exploitation ; en vérité, ils font tout leur possible pour les empêcher de s’exprimer sur la réalité de ce qu’elles vivent derrière les barreaux. La honte empêche certaines femmes de parler. Pour beaucoup d’autres, c’est la peur. Mais la grande majorité d’entre elles est tout simplement réduite au silence.

Ce travail de dix ans s’est terminé avec la publication de Trop de peines, femmes en prison (Editions Albin Michel, 2000) et Too Much Time,Women in Prison (Phaidon Press Ltd., 2000).

Olivier Touron – Les vacances à l’Usine !

Olivier Touron 
(né en 1969, France), suit un cursus universitaire le destinant à enseigner les mathématiques, quand il décide de changer de voie et de faire de sa passion son métier. En 1999, il intègre donc l’EMI-CFD et devient photojournaliste indépendant. Aujourd’hui basé dans le nord de la France, près de Lille, il multiplie les collaborations avec la presse magazine française et internationale (Géo, Libération, L’Humanité, Le Monde, Le Monde Diplomatique, L’Express, VSD, Pèlerin, La Vie, Marianne, Marie-Claire, STERN, De Morgen, Financial Times, Newsweek Japan…) Ses travaux personnels, notamment sur la révolution tunisienne, les mineurs et la justice, les Kurdes, ou encore Les Sœurs de la

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Perpétuelle Indulgence, sont diffusés au travers d’expositions et de livres. Son moteur principal : donner à voir celles et ceux qui n’acceptent pas la fatalité, refusent de se résigner, s’indignent et se battent… restent debout, envers et contre tout.

Animé par le désir de transmettre sa passion, il encadre des ateliers liés au rôle de l’image dans la société auprès de publics de tous âges et de tous horizons, et milite au travers d’associations comme Freelens.
Depuis 2008, l’Institut Catholique de Lille lui a demandé de créer, d’animer et de développer, en tant que chargé d’enseignement, un cours auprès des étudiants en master Journalisme de la Faculté Libre des Sciences Humaines.
En réflexion constante et très concerné par les bouleversements que traversent les médias et le photojournalisme en particulier, il veille à se former régulièrement aux nouvelles pratiques de son métier : WebDocumentaire (EMI-CFD 2011), son pour le web (EMI-CFD, 2009).
Pour lui permettre de financer en partie ses recherches, il lui arrive par ailleurs de répondre à des commandes corporate (portraits, reportages), en direct avec les entreprises ou institutions, ou par le biais d’agences.

Site web de Olivier Touron
tél. : +33 603 226 708
courriel : otouron@nordnet.fr

EXPOSITION BARROBJECTIF 2014 : Les vacances à l’Usine ! Voyage au cœur du mythe industriel allemand

À l’heure de la crise économique et des questions sur l’avenir industriel européen, où les usines en France ferment et se délocalisent, les Allemands affichent une santé insolente. Plus encore, quand chez nous le patrimoine industriel se transforme en logements, salle de spectacle ou musée, ou reste en friche, nos voisins ouvrent les portes de leurs usines incroyables et exhibent aux touristes incrédules leur industrie en marche.

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Voici un road trip à travers l’Allemagne et différents sites qui illustrent cette volonté de miser sur le made in Germany et cette fierté nationale affichée.TOURON-Voyage-dans-l-industrie-Allemande-03

Profitons-en pour questionner cette image et voir si derrière la façade illuminée ne se cache pas un village Potemkine. Le miracle allemand, mais à quel prix social ?TOURON-Voyage-dans-l-industrie-Allemande-02TOURON-Voyage-dans-l-industrie-Allemande-01

Jérôme Barbosa – Chroniques athéniennes

Jérôme Barbosa est né en 1978. Suite à des études littéraires, il s’oriente vers la photographie au début des années 2000. Il travaille un temps comme tireur pour le laboratoire professionnel Demi-Teinte et comme archiviste pour le photographe de mode anglais Steve Hiett. C’est à l’automne 2010 qu’il est repéré, entre autres, pour son travail sur les pays de l’Est et Athènes par la production du film « Parlez-moi de vous », avec pour interprète principale Karin Viard. Il s’intègre au tournage et devient photographe de plateau. Dans le même temps, il poursuit son travail sur le Portugal et son exploration des anciens pays membres du bloc socialiste. Il est également dessinateur.

Son site : http://www.jeromebarbosa.com

Exposition BarrObjectif 2012 : Chroniques athéniennes 

À Athènes, tout de près de l’Acropole, existe un quartier où figurent comme noms de rues ceux d’hommes illustres de l’Antiquité tels Sophocle, Euripide, Ménandre ou Socrate. Ce quartier, où se concentre des populations étrangères variées, est également l’un des points névralgiques du trafic et de la consommation d’héroïne. Parmi les usagers, on compte des grecs, mais aussi des albanais, des roumains, des kurdes (d’Iran et de Turquie), des polonais, des ukrainiens, des russes, des bulgares, des iraniens, des irakiens, des afghans. Beaucoup d’hommes et peu de femmes. Pour la plupart sans réel domicile si ce n’est un immeuble à l’abandon, et sans travail. Parfois la police vient faire une ronde qui les disperse dans les environs, mais ne les empêche en rien de revenir ici où les attend l’héroïne. Ce sont dans les allées et jardins d’un restaurant, le Varvakios, situé en face du marché municipal d’Athènes où ils se réunissent le plus souvent. Puis viennent les trottoirs de la rue Theatrou, une fois le Varvakios interdit. Voici le quotidien de quelques uns d’entre eux.