Hans Silvester

INVITÉ D’HONNEUR EN 2013

BIOGRAPHIE

Né le 2 octobre 1938 à Lörrach en Allemagne, Hans Silvester se découvre très tôt une passion pour la photographie. Il réalise ses premiers clichés vers l’âge de quatorze ans quand ses parents lui offrent son premier appareil. À partir de 1955, jeune diplômé de l’école de Fribourg, il effectue un voyage à travers l’Europe, notamment en Camargue, et s’intéresse rapidement au reportage. Son premier succès sera un reportage de 1960 accompagné de textes de Jean Giono. Tombé amoureux de la région, le photographe allemand s’installe en Provence en 1962.

1964 marque le début d’un long périple à travers le monde avec un reportage en Amérique du Sud pour une organisation caritative. Il parcourt les États-Unis où il s’établit pendant 6 mois, puis l’Amérique Centrale, le Japon, l’Égypte, le Portugal… Il rejoint l’agence Rapho en 1965.

En 1977, il inaugure la revue Géo en publiant un reportage sur un village du pays basque. Hans Silvester s’intéresse à tout : de la pétanque aux oiseaux en passant par les chevaux évidemment, pour lesquels il sera primé à la Foire du Livre de Leipzig.

Peu à peu, dans les années 80, il s’attache à défendre l’environnement et publie des reportages consacrés parcs naturels d’Europe, dénonce les ravages de la déforestation en Amazonie, réalise un long reportage sur la rivière Calavon sous le titre La rivière assassinée et enfin s’intéresse à l’exploitation de la forêt en Amérique du Nord. Entre deux reportages à l’autre bout du monde, Hans Silvester photographie toujours les animaux : chevaux, chats et pigeons… Après avoir publié un reportage sur les cerfs-volants du monde entier, il termine en 2006 un travail saisissant de plusieurs années sur les peuples de la Vallée de l’Omo, en Éthiopie.

Premier militant écologiste à s’être emparé de l’outil photographique comme d’une arme de persuasion, il est aussi un photographe animalier reconnu comme en témoigne l’immense succès de son livre Les Chats du soleil. Son œuvre acquiert aussi une dimension sociologique et patrimoniale lorsqu’il chronique la vie des habitants d’un village basque sur trente ans, ou saisit les éphémères peintures corporelles des peuples de l’Omo en Éthiopie.

Photographe Hans Silvester

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : La beauté source de joie

C’est un hommage à la beauté des femmes africaines. La tribu Hamer du sud-ouest de l’Éthiopie au traditions séculaires vit d’élevage de chèvres, d’artisanat, et de selfies pour les touristes. Hans Silvester y est retourné 16 ans plus tard après 35 voyages déjà effectués dans cette vallée de l’Omo qu’il voit comme le cœur de l’humanité. Lors de son dernier séjour, il constate l’arrivée de nouveaux objets comme le téléphone portable qui fonctionne à l’énergie solaire et grâce aux antennes installées par les Chinois, les kalachnikovs aussi qui sont échangées avec les Soudanais et dont les maris refusent de se séparer malgré l’interdiction faite par le gouvernement.

Hans montre la beauté des femmes Hamer, leur joie et l’organisation de leurs activités quotidiennes : la cueillette des plantes, l’éducation des enfants, aller chercher de l’eau, surveiller les cultures, construire les huttes… La préparation des corps et des cheveux où elles s’enduisent de beurre de chèvre et de poudre ocre originaire des pierres volcaniques de la région, pour se faire belle et se protéger du soleil ne fait que renforcer le contraste entre leur esthétique et la rudesse de leur existence.

Les compagnes Hamers ont un bijou en commun, un simple torque en métal massif qu’elle ne pourront jamais enlever, sa pose étant une preuve de vaillance dont elles sont fières. La première femme porte 3 colliers tandis que les secondes et troisième épouses n’en portent que deux. La tradition veut que les futures épouses soient enfermées pendant 3 mois dans une hutte pendant que la mère et la belle-mère les nourrissent de plats riches de beaucoup de sang, de viande et de lait pour gagner du poids avant la nuit nuptiale.

Frédéric Sautereau

INVITÉ D’HONNEUR EN 2011

BIOGRAPHIE

Frédéric Sautereau, né en 1973, commence son activité de photojournaliste en 1993.
La notion de frontière et de division est le thème central de son travail.
Il a été membre de l’agence Oeil Public de 1998 à avril 2009.

De juillet 1997 à avril 2000, il travaille sur les villes divisées : Belfast, Nicosie, Mostar,
Jérusalem et Mitrovica. Ce travail a été exposé au festival Visa pour l’image de Perpignan en 2001 et circule dans les galeries FNAC. Un livre, Des Murs et des Vies, est paru en mai 2002 aux éditions Le Petit Camarguais.

De juin 2000 à août 2003, il se consacre au projet Lisières d’Europe et reçoit le soutien du Label Paris Europe, du Centre national des arts plastiques et de la Fondation Lagardère. Le livre Lisières d’Europe est paru aux Editions Autrement en Avril 2004. Ce travail a été exposé en France et en Espagne.Il reçoit le Prix Fuji en 2003 pour un travail sur le mur érigé entre Israël et la Cisjordanie.

De 2006 à 2008, il montre les exactions des militaires centrafricains contre les populations du Nord du pays. Pour ce travail, il reçoit le Grand Prix Paris-Match du Reportage Photographique en 2008.
D’autre part, son travail réalisé à New York après les attentats du 11 septembre 2001 a été exposé en France, en Allemagne, en Suisse, au Portugal et au Québec.
Un livre, N40°42’42 » W74°00’45 », est paru en septembre 2003 aux éditions 779.
Ce travail fait partie de la collection du Fond National d’Art Contemporain.

En janvier 2009, il réalise un travail photographique dans la bande de Gaza sur les conséquences des trois semaines de guerre sur les populations palestiniennes.

En mars, il travaille au Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, sur les populations déplacées de cette région dévastée par la guerre. Il réalise un documentaire (26’) et un livre, Déplacés, paraît aux éditions Première Urgence.

En janvier 2010, il se rend en Haïti, après le tremblement de terre.

De 2009 à 2012, il travaille sur le Hamas dans la bande de Gaza. Travail qui est exposé au festival de photoreportage de Barrobjectif et qui reçoit un Visa d’Or au festival de photojournalisme de Perpignan. En 2013, Frédéric arrête le photojournalisme afin de se consacrer à ses deux filles.

Photographe Frédéric Sautereau

Jérôme Delay

INVITÉ D’HONNEUR 2004

BIOGRAPHIE

Jérôme Delay est le photographe en chef d’AP pour l’Afrique, basé à Johannesburg.

Après avoir travaillé à Denver, au Colorado, en tant que pigiste de l’AP et à l’Agence France-Presse (AFP) à Washington, DC, Delay a occupé divers postes au sein de l’AP : photographe en chef à Jérusalem, photographe et éditeur photo international à Paris et photographe international basé à Londres et à Paris. Il a couvert la Maison-Blanche, les Jeux olympiques d’hiver de Calgary et la Coupe du monde de soccer, ainsi que des conflits dans le monde entier : le Moyen-Orient (Israël, Palestine, Liban-Sud, Irak), l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Rwanda, Congo), les Balkans (Bosnie, Kosovo, Albanie, Macédoine, Serbie), Irlande du Nord, Haïti, Kashmir et Afghanistan.

Photographe Jérôme Delay

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : Congo – Ébola

Des notes prises sur l’Ébola en RDC
Une épidémie d’Ébola a causé la mort de plus de 1 800 personnes dans ces régions du nord-est de la République Démocratique du Congo. C’est la pire épidémie dans le pays, tant en termes de mortalité que de durée, et la deuxième dans le monde après celle qui avait touché l’Afrique de l’Ouest entre décembre 2013 et 2016 faisant plus de 11 000 morts.

L’épidémie frappe principalement les zones de Beni et Butembo-Katwa, prises depuis 25 ans dans la violence. Les soignants sur le terrain se sont heurtés aux résistances des
habitants : déni de la maladie, refus de la vaccination et de l’hospitalisation des proches, ce qui entraine le contrôle des enterrements dignes et sécurisés conduits par la Croix-Rouge pour éviter tout contact avec les fluides du défunt.


L’OMS a fait de l’épidémie d’Ébola une urgence de santé publique de portée internationale après un premier cas mi-juillet à Goma. Un second cas y a été enregistré le 30 juillet, et y est mort quelques heures plus tard, renforçant les inquiétudes.


L’OMS a cependant recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes : elle craint en effet que l’épidémie ne fournisse le prétexte à certains états pour restreindre les déplacements et le commerce, restrictions qui entraveraient le travail des équipes médicales et pénaliseraient doublement les populations locales.

Seif Kousmate _ La jeunesse rwandaise, 25 ans après le génocide

Une sélection de jeunes s’entraînant à marcher dans un centre de formation Itorero à Kigali. 04/01/2019 Kigali-Rwanda. Chaque année, le gouvernement rwandais organise un cours de plusieurs jours pour tous les jeunes à la fin de leurs études secondaires afin d’apprendre les valeurs de la nation, l’histoire du pays, les valeurs de l’unité et le rôle important que les jeunes doivent jouer pour contribuer à leur communauté et au développement du pays.
© Seif Kousmate/ Hans Lucas

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : La jeunesse rwandaise, 25 ans après le génocide

25 ans après le dernier génocide du XXème siècle, le Rwanda commence à rayonner à l’échelle africaine et internationale. Le pardon et la réconciliation sont les bases de ce développement. Un énorme travail d’accompagnement a été réalisé auprès de la population pour aller au-delà des traumatismes des événements de 1994 et cohabiter ensemble dans le Rwanda d’aujourd’hui. 

La jeunesse du pays fait aussi partie des chantiers prioritaires, car 60% de la population a moins de 25ans. Ils sont enfants d’exilés, enfants de génocidaires, enfants de rescapés, jeunes nés suite aux viols et porteurs du VIH, ou encore orphelins du génocide, ils cohabitent malgré leurs histoires personnelles. En plus de cet héritage lourd qu’ils portent sur les épaules, ils doivent trouver des solutions face au chômage, la pauvreté, et les études trop chères… Après avoir passé plus de deux mois auprès de la jeunesse Rwandaise, je vous livre le portrait d’une jeunesse optimiste sur son avenir, consciente de l’effort qu’elle doit fournir pour le développement du pays, mais n’assume pas souvent son passé, malgré les efforts du gouvernement pour l’unité.

BIOGRAPHIE

Seif Kousmate est un photojournaliste autodidacte spécialisé dans les questions sociales, né en 1988 à Essaouira, Maroc. Depuis 2016, Seif travaille sur différente thématique en Afrique, la migration, la jeunesse, l’esclavage… il a vécu plusieurs semaines dans le Mont Gourougou afin de reporter la vie des migrants subsahariens attendant de passer la frontière terrestre entre l’Europe et l’Afrique. En mars 2018, il a commencé à travailler sur l’esclavage traditionnel en Mauritanie une question taboue et censurée.

Pour lui, la photographie est sa contribution à changer le monde qui l’entoure et à développer les mentalités.

En 2017, il a été sélectionné pour participer à l’atelier NOOR-Nikon lors des Rencontres du Prix Bayeux-Calvados et du festival des correspondants de guerre.

En 2018, il a été nominé pour le Joop Swart Masterclass et le 6X6 Africa Global Talent Program par World Press Photo.

Fin 2018, il a eu une bourse de National Geographic Society pour continuer son travail au long cours sur la migration terrestre en Afrique du Nord.

Son travail a été reconnu et publié dans plusieurs magazines et journaux internationaux (Newsweek, The Guardian, El pais, NZZ, Libération, Le point, Le Vif…)

Il est représenté par le studio Hans Lucas.

Bénédicte Kurzen

INVITÉE D’HONNEUR 2017

BIOGRAPHIE

Bénédicte Kurzen a commencé sa carrière photographique en 2003 en allant en Israël pour couvrir l’actualité chaude dans la Bande de Gaza, en Irak et au Liban.
En 2004, elle passe du «news» à la photographie documentaire avec un projet sur les femmes kamikazes volontaires et les veuves palestiniennes dans la Bande de Gaza. Ce travail fait partie d’un projet collectif plus ample intitulé « Violences faites aux femmes », en collaboration avec Amnesty International et Médecins Sans Frontières.
Bénédicte a une maîtrise d’histoire contemporaine de la Sorbonne, Paris. Son mémoire est consacré au « Mythe du photographe de guerre », ce qui l’inspira pour devenir journaliste d’image.
Au cours des dix dernières années, elle a couvert les conflits et les changements socio-économiques en Afrique. De l’Afrique du Sud (2015–2013), sa base, elle explore certains des plus douloureux défis de la société post-apartheid. Elle produit “Next of Kin” (Plus proche parent), “The Boers Last Stand” (Les Boers aux abois) et « Amaqabane ». Ce dernier projet consacré aux vétérans de la lutte anti-apartheid fut produit dans le cadre du prestigieux Joop Swart Masterclass en 2009. En 2011, elle reçoit une bourse du Pulitzer Centre qui lui permet de produire un travail complexe au Nigeria, “A Nation Lost to Gods” (Une Nation perdue des dieux), exposé à Visa pour l’Image, et qui lui a valu une nomination pour le Visa d’Or 2012.
Elle devient membre de l’agence NOOR, en 2012, et déménage à Lagos l’année d’après. De là elle continue à couvrir l’Afrique, avec une attention toute particulière pour le Nigeria, qui la passionne depuis longtemps. Son travail nigérian fait l’objet d’une exposition à Londres et à Lagos en collaboration avec Robin Maddock et Cristina de Middel : “Shine Ur Eye”. Enfin elle fut aussi professeur à l’Université américaine du Nigeria.

Photographe Bénédicte Kurzen © Robin-maddock

Bénédicte Kurzen – Une nation perdue des dieux

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Une nation perdue des dieux

Au Nigeria on n’a jamais fini de compter les morts. Chaque jour voit de nouvelles victimes, de nouvelles attaques, encore des attaques, contre des églises, des casernes de police, des écoles. Ce conflit sans nom fait rage dans un arc de cercle qui traverse une grande partie du Nigeria septentrional. Maiduguri, Kano, Damturu, Gome sont les villes d’une région dévastée dont chaque quartier paraît écrasé par ce conflit.
Mais de quel conflit s’agit-il au juste ?
Dans ce reportage, qu’il nous a fallu plus un an entier à rassembler, nous essayons, avec l’oeil lucide et impitoyable du Nord, d’examiner les symptômes de la violence sectaire. Après les élections présidentielles d’avril 2011, une vague de tension politique, expression de la frustration d’un peuple las de la corruption politicienne, a trouvé son exutoire : huit
cents morts en quelques jours. Mais le conflit ethno-religieux qui se poursuit dans la région du centre semble être aussi aux premières lignes d’une guerre religieuse, aggravée par les suites du onze septembre 2001.

Les policiers et les agents de sécurité civile se trouvent devant un drapeau PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.

Ici, le global s’est fait local. Qu’on soit Berom, Hausa, Fulani, Ngas, indigène ou pas, chaque crise accentue la réaction religieuse. Plus récemment pourtant, le Nord voit des hostilités plus profondes et plus féroces. Les attaques salafistes ont fait depuis 2009 un millier de victimes. Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad, plus connu sous le nom qu’on lui donne en hausa, Boko Haram, a plongé le Nigeria dans la peur.

Ces hommes sont engagés pour divertir et promouvoir le parti au pouvoir, PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.
Le PDP a été au pouvoir depuis ces douze dernières années.

Le Nigeria semble au plus haut point étranger, mais l’évolution du chaos pose une question brûlante : comment des gens qui n’ont rien de commun peuvent-ils cohabiter à l’intérieur d’une unité nationale qu’on leur a imposée, alors que l’injustice, la corruption profonde des puissants érodent chaque jour le contrat social, d’où leur colère, leur frustration ? À essayer d’expliquer ce qui se passe au Nigeria du nord, on se heurte
à un mur. On se trouve en face de généralisations et de simplifications, mais au Nigeria rien n’est simple. Le renouveau des tensions religieuses date de la fin du régime militaire en 1999. Libéré du poids de la dictature, le Nigeria s’est encore une fois scindé en deux. Cette société hétéroclite de plus de deux cents ethnies fut pourtant unifiée en 1914 à l’époque où la colonie anglaise était gouvernée par Lord Lugard. Plus d’un siècle après, l’amalgame n’a jamais paru aussi dépassé, aussi obscur.

Une nation perdue des dieux-3

Deux soldats des Forces spéciales, de service en tant que vice-président nouvellement élu, Namadi Sambo, démontrent leurs compétences au photographe, à Kaduna, au Nigéria, le 28 avril 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes

Bénédicte Kurzen – Naissances mortelles

EXPOSITION BARROBJECTIT 2017 : Naissances mortelles

Voici l’histoire de trois femmes, Sylvia, Promise, et Sipathi.

C’est une histoire d’ambiguïté et de dénégation à l’échelle nationale à la suite d’une foudroyante épidémie de sida.

Ces trois femmes vivaient dans le township de Tembisa, toutes les trois ont appris au cours de leur grossesse qu’elles étaient séropositives.
Ces images ne racontent que la moitié de l’histoire. Les femmes et leurs filles étaient prêtes à partager davantage. Promise voulait que le reportage documente la naissance de sa fille. Sipathi était en train de mourir quand je l’ai rencontrée, mais sa famille voulait que je photographie la dernière visite de son fils, et ses dernières heures chez elle.
J’avais voulu aussi montrer comment l’hôpital public la négligeait, les heures qu’elle a passées couchée dans son vomi, jamais lavée. Malgré l’aval du Comité éthique de Pretoria, les autorités m’ont refusé la permission.
C’était à l’époque de Mbeki, c’était à l’époque de Manto Tshabalala- Msimang, époque où, malgré les morts de Sipathi et de Badalo, on m’a soutenu que le sida n’existait pas.

Un marqueur sort d’une tombe d’enfant au cimetière de Tembisa, en Afrique du Sud, en juillet 2006.

Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes
Bénédicte KURZEN 2017 : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Bénédicte Kurzen – La guerre des signes

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : La guerre des signes

Au-dessus des arbres, le bourdonnement du MI–8, insecte bouffi, le ventre gros, blanc comme un cachalot mythique qui aurait quitté les mers pour le ciel. Son ombre passe légèrement sur la cime des arbres. Par des ouvertures, un vent fripon traverse l’intérieur ; la portière du poste de pilotage, mal assujettie, laisse voir l’équipage ukrainienne, le cou épais, rougi. L’hélico est loué, avec des subsides américains, par l’UPDF, Force de défense du peuple ougandais. Sur une banquette, deux officiers, leur kalache entre les genoux, déchargée, crosse en l’air. Un lieutenant de la section aérienne, les écouteurs scotchés aux oreilles, guide le vol, malgré le vacarme. Devant lui, des piles de caisses : des boîtes de singe, de la farine de mil, des bouteilles d’eau.
A travers le hublot de la portière, on regarde la forêt en bas, vaste océan ses nuances de vert toujours changeantes, que traversent de pâles méandres de terrain dénudé d’arbres. Au loin, la masse grise des nuages pèse sur les arbres, nuages porteurs de pluie qui relie terre et ciel.
L’hélico est quelque part entre le Soudan du sud et le Congo. Rien ne signale une frontière, rien ne laisse soupçonner la vie, ni feu, ni lopin cultivé, ni cabane.

Pendant l’expédition, il est interdit de parler: les voix humaines sont des vagues rapides et peuvent alerter l’ennemi de la présence de l’armée, Pasi Forest, RDC, le 15 mai 2011.

C’est ici que se cache l’ennemi. Il suffit de jeter un œil pour comprendre à quel point ces missions de dépistage sont impossibles. Ce que les Ougandais appellent « Opération Foudre Éclair » se passe dans une région grande comme l’Allemagne, entièrement boisée, presque sans routes.
L’ennemi, c’est-à-dire l’Armée de résistance de Lord, des rebelles ougandais, refoulés au-delà de la frontière il y a plusieurs années mais qui continuent à tuer, à piller, à enlever de jeunes esclaves dans les trois pays environnants.
Il doit en rester quelques centaines : allez- donc les trouver !

Pendant la pause du matin, un groupe d’hommes quitte le batallion pour se mettre en veille. Quand ils reviennent, l’officier en charge les interroge sur leurs résultats, afin de déterminer le prochain déménagement, le 16 mai 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Jean-Daniel Guillou – L’Ukuli : un rite millénaire

Portrait de Jean-Daniel GuillouNé en 1963 à Dakar, Jean-Daniel Guillou vit en Charente. Photographe freelance il est l’auteur du livre 18, Appels d’urgence (éditions Arléa) sur les sapeurs-pompiers, qui a nécessité deux ans de travail. Il a notamment réalisé pour Géo un témoignage photographique sur les derniers Tziganes vivants en roulotte dans le Limousin. Passionné de l’Afrique, où il a réalisé un reportage sur l’Association de l’arche de Zoé, et emprisonné au Tchad pendant 2 semaines, Jean-Daniel s’est retrouvé au coeur de l’actualité. Curieux des univers les plus variés, il est un observateur patient du quotidien, photojournaliste au long cours, qui réalise des sujets complexes, ou nécessitant une approche précautionneuse.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : L’Ukuli, un rite millénaire

La vallée de l’Omo, encore peu accessible, est l’un des berceaux de l’humanité. Plus de vingt ethnies se partagent cette vallée : Karo, Musi, Ari, Hamar, Dorzé, ethnies qui ont longtemps vécu en marge de l’histoire éthiopienne. J’ai passé une journée avec l’ethnie des Hamar, qui sont des pasteurs nomades, vivant de l’élevage, et de la culture du sorgho.

Les Hamar amorcent des danses et des chants traditionnels. Ils sautent en joignant les deux pieds. Leurs cris se mêlent aux coup de trompettes qui raisonnent.

Les rites traditionnels structurent l’existence des Hamar. Le plus connu est l’Ukuli : il symbolise l’entrée du jeune homme dans l’âge adulte. Chez les Hamar, ce rite initiatique pour passer du statut de garçon à celui d’homme prêt à se marier est immuable depuis des siècles. Le futur initié (l’aïké) est désigné par son chef de clan, puis se prépare longuement.

Des jeunes Maz déjà initiés, ils accompagnent le jeune novice (l’aïké) tout au long de la cérémonie.

La dernière étape de ce rite de passage prend la forme d’une cérémonie, chants, danses, flagellations, et enfin le saut de vache pour devenir un homme. Dans ce reportage, le jeune initié passe la plus grande épreuve de sa vie, celle qui lui permettra de devenir un adulte. S’il réussit, il pourra se marier, posséder un troupeau, participer au conseil des anciens, et enfin, porter une Kalachnikov et partir à la guerre contre les tribus ennemies, surtout les Mursi, qui leur volent femmes et bétail.

Elle fait face au jeune Maz, pour lui montrer son courage, elle secoue ses tresses enduites de glaise et l’insulte.

Quelques images peuvent choquer, les jeunes femmes soutiennent le jeune initié à leur façon, elles s’apprêtent à subir volontairement des flagellations. Les femmes dansent, hurlent dans leur trompette, boivent de la bière de sorgho qu’elles se passent de bouche en bouche pour vaincre la peur mais aussi la douleur.

Jean-Éric Fabre – Ad Terrae acta : correspondances congolaises

Éric Fabre, dit Jean-Éric, né à Paris. Après des études à l’école EFET, je travaille quelques années comme tireur noir&blanc.

portrait de Jean-Eric Fabre par Stephen Bartels. London, Pimlico (UK)

© Stephen Bartels. London, Pimlico (UK)

Lors d’un de mes voyages, je m’attarde au Congo où je reste plusieurs années. Ce voyage au long cours me marquera de son empreinte, et oriente ma carrière de photographe que j’ai reprise à part entière dès le début des années 2000. Je documente la vie en brousse depuis 1993. Mes images et reportages sont diffusés par des agences et sont à destination de la presse, y compris scolaire et de jeunesse, de l’édition, et des muséums d’histoire naturelle.
Ad Terrae acta présente un extrait de mon projet de livre, entre poésie et documentaire.

EXPOSITION BARROBJECTIF 20017 : Ad Terrae acta : correspondances congolaises

Ad Terrae acta est le journal de ma vie en Afrique. J’ai vécu sur cette Terre, au-delà du Mayombé, dans les grandes plaines de la vallée du Niari au Congo. J’étais forestier en Afrique là, à deux pas des contreforts de la vieille montagne, l’Équateur à 260 miles plus au nord, le vent venu de l’Atlantique laissait de temps à autre s’installer un climat plus serein que partout ailleurs (ne l’appelions-nous pas la petite Suisse du Congo ?).
Pourtant rien ne me disposait à vivre ici, parmi les arbres, loin de toute vie tracée au cordeau. Du passage sur une piste, d’un pont traversé, d’un recoin de forêt ou de savane visité, d’un animal observé, d’une rencontre furtive dans un village, il subsistera, tapi au fond de votre cœur, un sentiment léger d’une époque à jamais révolue. Une photo attestera peut-être de ces moments, mais au fin fond de la brousse, des générations s’en souviendront pour les avoir vécus ou entendus de la bouche des anciens.Ad Terrae acta 4
Laissez-moi vous conter, à travers mes photos, ces tranches de vie. Et puis ces lettres, peu empruntées au qu’on dira-t-on, collectées au fil des années, adressées à ma femme, à des tiers ou à moi-même. Ces lettres vous sont livrées telles quelles pour en garder l’authenticité.

Ad Terrae acta 15

 

Je suis lié à ces gens, à cette Terre.