Frédéric Noy _ La lente agonie du lac Victoria

Frédéric NOY né en 1965, est un photographe français dont la démarche documentaire privilégie la chronique comme mode narratif. Son travail, principalement centré sur l’Afrique, décrit un continent en construction, dont l’histoire, les croyances et les traditions se frottent inlassablement à une irrépressible mutation. Il est basé aujourd’hui en Asie Centrale et est représenté par l’agence Panos.

© Chris Dennis Rosenberg

Successivement basé en Tanzanie, au Nigeria, au Soudan, au Tchad et en Ouganda, ses récits photographiques s’attardent sur les creux de l’actualité, sur des histoires inattendues ou sur l’existence de populations socialement exclues, stigmatisées ou prises dans l’engrenage de conflits. Intrigué par la question du tabou, il a mené pendant plusieurs années, un travail sur les minorités sexuelles – LGBTI – de la région des Grands Lacs publié aux éd.  Les Belles Lettres en 2020, dans un livre : « Ekifire ». Ses reportages présentés régulièrement à Visa pour l’Image sont parus, ces dernières années, dans de nombreuses publications françaises et internationales.

  • 2016 – « Ekifire, les demi-morts » 3ème prix dans la catégorie Insider/Outsider du Prix Photo Award
  • 2019 « La lente agonie du lac Victoria » récompensé par le Visa d’Or Magazine
  • 2020 – « La lente agonie de lac Victoria » est lauréat du World Press Photo 2020, catégorie singles Environnement, 3e place

https://www.fredericnoy.com/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2020 : La lente agonie du lac Victoria..

Ouganda, Tanzania, Kenya

D’ici 50 ans, si rien de radical n’est fait, le lac Victoria sera mort à cause de ce que nous y déversons » lance le Professeur Nyong’o, Gouverneur de la Province kenyane de Kisumu, en février 2018.

Prophétie hasardeuse si l’on considère les 68 800 km2 d’une mer intérieure, baptisée en l’honneur de la Reine Victoria par Speke, premier Européen à l’atteindre en 1858. Deuxième plus grand lac au monde, le plus vaste d’Afrique, il abrite le plus grand bassin de pêche en eau douce de la planète. Pôle écologique, moteur économique, réservoir naturel, 30 à 50 millions de riverains tanzaniens, ougandais et kenyans en dépendent directement, indirectement. Selon la Banque Mondiale, près de 50 % vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

Pourtant le géant d’Afrique de l’Est serait en phase d’agonie, imperceptible, silencieuse. Personne ne le croit sur ses rives. Le lac n’est-il pas gigantesque et ses maux si minuscules ?

la lente agonie du lac Victoria
Ilot de Migingo, Kenya – Au milieu de lac Victoria, sur ce saillant rocheux proche de la frontière séparant le Kenya de l’Ouganda, vivent de 400 à 500 personnes dans des baraques de tôle ondulée, sur une surface équivalente à moins d’un demi-terrain de football (moins de 2 000 mètres carrés). © Frédéric Noy

La liste des égratignures est longue cependant. Le réchauffement climatique affecte la répartition des poissons, le niveau de l’eau et devrait rendre annuelles les super-tempêtes qui arrivait jadis tous les 15 ans. La sur-pêche et le braconnage accentuent la diminution en nombre et en taille, des prises. La militarisation de la protection des zones de pêche ébranle le secteur halieutique, d’une importance économique et sociale primordiale. Les importations chinoises de tilapia congelés font douter le Kenya de sa capacité à se nourrir. Le développement de la jacinthe d’eau immobilise les bateaux. Le minage des berges dont le sable est récolté pour être vendu détruit leur topographie. Les villes littorales, industrialisées, à l’urbanisation non planifiée déversent leurs eaux usées. La poussée démographique et l’exode rural grignotent les zones humides, réduisant le filtre naturel marécageux censé purifier les eaux de ruissellement, qui, autrefois, prisonnières des semaines des marais étaient libérées propres dans le lac. Comme une touche morbide sur le tableau, les communautés de pêcheurs présentent un taux de prévalence du VIH trois fois plus élevé que la population générale.

Archipel de Kalangala, Ouganda – Au large de l’île de Bugala, deux pêcheurs attrapent illégalement des perches du Nil au moyen d’un ligne d’hameçons qu’ils ont posée la nuit précédente. © Frédéric Noy

Le déclassement social engendre la pauvreté et la pauvreté autorise inconsciemment la détérioration de l’environnement. Un cercle vicieux où chaque nécessité de survie ou désir de profit engendrent la prochaine blessure. Chacun perçoit que les temps ont changé sans bien concevoir ce que cela implique dans son existence. Autrefois, le géant était plus fort que l’ensemble des riverains. Maintenant, chacun grignote quotidiennement une portion de sa chair. Comment blâmer les soutiers de la croissance économique est-africaine ? Entre (sur) vivre et préserver le cycle naturel du lac, qui n’appartenant à personne appartient à tous, le choix est rapidement fait, dans l’ignorance de l’enjeu.

Face à ce qu’il voit comme un déni général, le Professeur Okeyo, lanceur d’alerte kenyan lâche « Les scientifiques n’ont pas de temps à consacrer aux mensonges ». En écho, des estivants du week-end investissent les plages du Victoria, avec l’insouciance de ceux qui ne décèlent pas qu’un sombre présage d’érudits oracles se matérialise insidieusement sous leur nez.

Souici Sadak _ Guinée Conakry : les manifestants face aux violences policières

Sadak SOUICI est né et a grandi dans la région parisienne dans les années 1980. Photojournaliste professionnel depuis 2008, il travaille comme photographe indépendant et pigiste, représenté par l’agence Le Pictorium depuis 2015. Son travail est divisé entre reportages d’actualités et documentaires de longue durée. Ses thèmes sont les zones de conflit, la vie sociale, l’environnement et la politique.

Il publie régulièrement en France et à l’étranger : Le monde, La Croix, Le Parisien, Mediapart, Libération, The Guardian, Daily Mirror, Die Zeit, Der Spiegel, Russia Reporter, la Libre.be, Vice, le New York Times et RTS pour des reportages vidéo. Après deux années passées en Ukraine à documenter la vie des populations civiles sur la ligne de front entre l’Ukraine et le Donbass, son travail photographique est exposé par l’ONG Premiere Urgence Internationale. Cette collaboration de travail sur une année a fait l’objet de plusieurs expositions à Paris (Mairie du Xe arrondissement, La Bellevilloise) et à Kiev en Ukraine en 2019, et d’un catalogue. Plus récemment, il passe du temps en Algérie pour couvrir les manifestations pacifiques du peuple contre le régime d’Alger. Le quotidien Libération a choisi l’une de ses photographies pour sa couverture du 29 mars 2019. Sadak Souici est un photoreporter qui documente et propose des sujets d’enquête aux différentes directions média et photo de la presse française et internationale. Il collabore étroitement en 2018 et 2019 avec le magazine Hesa Mag, revue consacrée à la santé et à la sécurité au travail qui lui commande successivement un sujet sur le travail en prison, le harcèlement au travail, les mines de charbon en Europe ou encore un vaste sujet sur l’agence européenne Frontex. Mediapart relaie trois de ces reportages en 2019 sous forme de portfolio.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2020 : Guinée Conakry : les manifestants face aux violences policières..

Depuis mi-octobre, la capitale de Guinée vit au rythme des scènes de guérilla urbaine entre les jeunes manifestants du Front national pour la défense de la Constitution et les forces de l’ordre. Ils protestent contre la volonté du président Alpha Condé de briguer un troisième mandat en changeant la Constitution. Au moins une trentaine de personnes ont péri dans les heurts depuis fin 2019.

Guinée, Conakry, 29 février 2020. Le jeune Alpha Oumar Keïta, 16 ans, touché derrière l’oreille par une cartouche de gaz lacrymogène, est évacué, inconscient, du siège d’un parti de l’opposition pour être emmené vers l’hôpital national.

Initialement prévues dimanche 1er mars 2020, les élections législatives et référendaires sont reportées à une date indéterminée, a annoncé le 28 février le président Alpha Condé. Au lendemain de l’annonce, les premiers affrontements ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les jeunes du quartier d’Hamdallaye, en banlieue de Conakry.
Le jeudi 5 mars l’opposition guinéenne a appelé à un mouvement de — ville morte — où personne ne sortait. Mais le quartier de Wanindara, une banlieue bien connue de la capitale a vu se dérouler des heurts violents entre des centaines de manifestants et les forces de police locales.

Guinée, Conakry, 29 février 2020. Initialement prévues dimanche 1er mars 2020, les élections législatives et référendaires sont reportées à une date indéterminée, a annoncé le 28 février le président Alpha Condé. Le lendemain, les forces de l’ordre patrouillent le long de « l’axe de la démocratie » et vont à la confrontation avec les jeunes manifestants.

Depuis un décret présidentiel : les rendez-vous électoraux sont fixés au 22 mars, malgré le coronavirus.

Hans Silvester

INVITÉ D’HONNEUR EN 2013

BIOGRAPHIE

Né le 2 octobre 1938 à Lörrach en Allemagne, Hans Silvester se découvre très tôt une passion pour la photographie. Il réalise ses premiers clichés vers l’âge de quatorze ans quand ses parents lui offrent son premier appareil. À partir de 1955, jeune diplômé de l’école de Fribourg, il effectue un voyage à travers l’Europe, notamment en Camargue, et s’intéresse rapidement au reportage. Son premier succès sera un reportage de 1960 accompagné de textes de Jean Giono. Tombé amoureux de la région, le photographe allemand s’installe en Provence en 1962.

1964 marque le début d’un long périple à travers le monde avec un reportage en Amérique du Sud pour une organisation caritative. Il parcourt les États-Unis où il s’établit pendant 6 mois, puis l’Amérique Centrale, le Japon, l’Égypte, le Portugal… Il rejoint l’agence Rapho en 1965.

En 1977, il inaugure la revue Géo en publiant un reportage sur un village du pays basque. Hans Silvester s’intéresse à tout : de la pétanque aux oiseaux en passant par les chevaux évidemment, pour lesquels il sera primé à la Foire du Livre de Leipzig.

Peu à peu, dans les années 80, il s’attache à défendre l’environnement et publie des reportages consacrés parcs naturels d’Europe, dénonce les ravages de la déforestation en Amazonie, réalise un long reportage sur la rivière Calavon sous le titre La rivière assassinée et enfin s’intéresse à l’exploitation de la forêt en Amérique du Nord. Entre deux reportages à l’autre bout du monde, Hans Silvester photographie toujours les animaux : chevaux, chats et pigeons… Après avoir publié un reportage sur les cerfs-volants du monde entier, il termine en 2006 un travail saisissant de plusieurs années sur les peuples de la Vallée de l’Omo, en Éthiopie.

Premier militant écologiste à s’être emparé de l’outil photographique comme d’une arme de persuasion, il est aussi un photographe animalier reconnu comme en témoigne l’immense succès de son livre Les Chats du soleil. Son œuvre acquiert aussi une dimension sociologique et patrimoniale lorsqu’il chronique la vie des habitants d’un village basque sur trente ans, ou saisit les éphémères peintures corporelles des peuples de l’Omo en Éthiopie.

Photographe Hans Silvester

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : La beauté source de joie

C’est un hommage à la beauté des femmes africaines. La tribu Hamer du sud-ouest de l’Éthiopie au traditions séculaires vit d’élevage de chèvres, d’artisanat, et de selfies pour les touristes. Hans Silvester y est retourné 16 ans plus tard après 35 voyages déjà effectués dans cette vallée de l’Omo qu’il voit comme le cœur de l’humanité. Lors de son dernier séjour, il constate l’arrivée de nouveaux objets comme le téléphone portable qui fonctionne à l’énergie solaire et grâce aux antennes installées par les Chinois, les kalachnikovs aussi qui sont échangées avec les Soudanais et dont les maris refusent de se séparer malgré l’interdiction faite par le gouvernement.

Hans montre la beauté des femmes Hamer, leur joie et l’organisation de leurs activités quotidiennes : la cueillette des plantes, l’éducation des enfants, aller chercher de l’eau, surveiller les cultures, construire les huttes… La préparation des corps et des cheveux où elles s’enduisent de beurre de chèvre et de poudre ocre originaire des pierres volcaniques de la région, pour se faire belle et se protéger du soleil ne fait que renforcer le contraste entre leur esthétique et la rudesse de leur existence.

Les compagnes Hamers ont un bijou en commun, un simple torque en métal massif qu’elle ne pourront jamais enlever, sa pose étant une preuve de vaillance dont elles sont fières. La première femme porte 3 colliers tandis que les secondes et troisième épouses n’en portent que deux. La tradition veut que les futures épouses soient enfermées pendant 3 mois dans une hutte pendant que la mère et la belle-mère les nourrissent de plats riches de beaucoup de sang, de viande et de lait pour gagner du poids avant la nuit nuptiale.

Frédéric Sautereau

INVITÉ D’HONNEUR EN 2011

BIOGRAPHIE

Frédéric Sautereau, né en 1973, commence son activité de photojournaliste en 1993.
La notion de frontière et de division est le thème central de son travail.
Il a été membre de l’agence Oeil Public de 1998 à avril 2009.

De juillet 1997 à avril 2000, il travaille sur les villes divisées : Belfast, Nicosie, Mostar,
Jérusalem et Mitrovica. Ce travail a été exposé au festival Visa pour l’image de Perpignan en 2001 et circule dans les galeries FNAC. Un livre, Des Murs et des Vies, est paru en mai 2002 aux éditions Le Petit Camarguais.

De juin 2000 à août 2003, il se consacre au projet Lisières d’Europe et reçoit le soutien du Label Paris Europe, du Centre national des arts plastiques et de la Fondation Lagardère. Le livre Lisières d’Europe est paru aux Editions Autrement en Avril 2004. Ce travail a été exposé en France et en Espagne.Il reçoit le Prix Fuji en 2003 pour un travail sur le mur érigé entre Israël et la Cisjordanie.

De 2006 à 2008, il montre les exactions des militaires centrafricains contre les populations du Nord du pays. Pour ce travail, il reçoit le Grand Prix Paris-Match du Reportage Photographique en 2008.
D’autre part, son travail réalisé à New York après les attentats du 11 septembre 2001 a été exposé en France, en Allemagne, en Suisse, au Portugal et au Québec.
Un livre, N40°42’42 » W74°00’45 », est paru en septembre 2003 aux éditions 779.
Ce travail fait partie de la collection du Fond National d’Art Contemporain.

En janvier 2009, il réalise un travail photographique dans la bande de Gaza sur les conséquences des trois semaines de guerre sur les populations palestiniennes.

En mars, il travaille au Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, sur les populations déplacées de cette région dévastée par la guerre. Il réalise un documentaire (26’) et un livre, Déplacés, paraît aux éditions Première Urgence.

En janvier 2010, il se rend en Haïti, après le tremblement de terre.

De 2009 à 2012, il travaille sur le Hamas dans la bande de Gaza. Travail qui est exposé au festival de photoreportage de Barrobjectif et qui reçoit un Visa d’Or au festival de photojournalisme de Perpignan. En 2013, Frédéric arrête le photojournalisme afin de se consacrer à ses deux filles.

Photographe Frédéric Sautereau

Jérôme Delay

INVITÉ D’HONNEUR 2004

BIOGRAPHIE

Jérôme Delay est le photographe en chef d’AP pour l’Afrique, basé à Johannesburg.

Après avoir travaillé à Denver, au Colorado, en tant que pigiste de l’AP et à l’Agence France-Presse (AFP) à Washington, DC, Delay a occupé divers postes au sein de l’AP : photographe en chef à Jérusalem, photographe et éditeur photo international à Paris et photographe international basé à Londres et à Paris. Il a couvert la Maison-Blanche, les Jeux olympiques d’hiver de Calgary et la Coupe du monde de soccer, ainsi que des conflits dans le monde entier : le Moyen-Orient (Israël, Palestine, Liban-Sud, Irak), l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Rwanda, Congo), les Balkans (Bosnie, Kosovo, Albanie, Macédoine, Serbie), Irlande du Nord, Haïti, Kashmir et Afghanistan.

Photographe Jérôme Delay

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : Congo – Ébola

Des notes prises sur l’Ébola en RDC
Une épidémie d’Ébola a causé la mort de plus de 1 800 personnes dans ces régions du nord-est de la République Démocratique du Congo. C’est la pire épidémie dans le pays, tant en termes de mortalité que de durée, et la deuxième dans le monde après celle qui avait touché l’Afrique de l’Ouest entre décembre 2013 et 2016 faisant plus de 11 000 morts.

L’épidémie frappe principalement les zones de Beni et Butembo-Katwa, prises depuis 25 ans dans la violence. Les soignants sur le terrain se sont heurtés aux résistances des
habitants : déni de la maladie, refus de la vaccination et de l’hospitalisation des proches, ce qui entraine le contrôle des enterrements dignes et sécurisés conduits par la Croix-Rouge pour éviter tout contact avec les fluides du défunt.


L’OMS a fait de l’épidémie d’Ébola une urgence de santé publique de portée internationale après un premier cas mi-juillet à Goma. Un second cas y a été enregistré le 30 juillet, et y est mort quelques heures plus tard, renforçant les inquiétudes.


L’OMS a cependant recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes : elle craint en effet que l’épidémie ne fournisse le prétexte à certains états pour restreindre les déplacements et le commerce, restrictions qui entraveraient le travail des équipes médicales et pénaliseraient doublement les populations locales.

Seif Kousmate _ La jeunesse rwandaise, 25 ans après le génocide

BIOGRAPHIE

Seif KOUSMATE est un photojournaliste autodidacte spécialisé dans les questions sociales, né en 1988 à Essaouira, Maroc. Il est représenté par le studio Hans Lucas.

Depuis 2016, Seif travaille sur différente thématique en Afrique, la migration, la jeunesse, l’esclavage… il a vécu plusieurs semaines dans le Mont Gourougou afin de reporter la vie des migrants subsahariens attendant de passer la frontière terrestre entre l’Europe et l’Afrique. En mars 2018, il a commencé à travailler sur l’esclavage traditionnel en Mauritanie une question taboue et censurée.
Pour lui, la photographie est sa contribution à changer le monde qui l’entoure et à développer les mentalités. En 2017, il a été sélectionné pour participer à l’atelier NOOR-Nikon lors des Rencontres du Prix Bayeux-Calvados et du festival des correspondants de guerre. En 2018, il a été nominé pour le Joop Swart Masterclass et le 6X6 Africa Global Talent Program par World Press Photo. Fin 2018, il a eu une bourse de National Geographic Society pour continuer son travail au long cours sur la migration terrestre en Afrique du Nord. Son travail a été reconnu et publié dans plusieurs magazines et journaux internationaux (Newsweek, The Guardian, El pais, NZZ, Libération, Le point, Le Vif…)

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : La jeunesse rwandaise, 25 ans après le génocide

Une sélection de jeunes s’entraînant à marcher dans un centre de formation Itorero à Kigali. 04/01/2019 Kigali-Rwanda. Chaque année, le gouvernement rwandais organise un cours de plusieurs jours pour tous les jeunes à la fin de leurs études secondaires afin d’apprendre les valeurs de la nation, l’histoire du pays, les valeurs de l’unité et le rôle important que les jeunes doivent jouer pour contribuer à leur communauté et au développement du pays.
© Seif Kousmate/ Hans Lucas

25 ans après le dernier génocide du XXème siècle, le Rwanda commence à rayonner à l’échelle africaine et internationale. Le pardon et la réconciliation sont les bases de ce développement. Un énorme travail d’accompagnement a été réalisé auprès de la population pour aller au-delà des traumatismes des événements de 1994 et cohabiter ensemble dans le Rwanda d’aujourd’hui. 

La jeunesse du pays fait aussi partie des chantiers prioritaires, car 60% de la population a moins de 25ans. Ils sont enfants d’exilés, enfants de génocidaires, enfants de rescapés, jeunes nés suite aux viols et porteurs du VIH, ou encore orphelins du génocide, ils cohabitent malgré leurs histoires personnelles. En plus de cet héritage lourd qu’ils portent sur les épaules, ils doivent trouver des solutions face au chômage, la pauvreté, et les études trop chères… Après avoir passé plus de deux mois auprès de la jeunesse Rwandaise, je vous livre le portrait d’une jeunesse optimiste sur son avenir, consciente de l’effort qu’elle doit fournir pour le développement du pays, mais n’assume pas souvent son passé, malgré les efforts du gouvernement pour l’unité.

Bénédicte Kurzen

INVITÉE D’HONNEUR 2017

BIOGRAPHIE

Bénédicte Kurzen a commencé sa carrière photographique en 2003 en allant en Israël pour couvrir l’actualité chaude dans la Bande de Gaza, en Irak et au Liban.
En 2004, elle passe du «news» à la photographie documentaire avec un projet sur les femmes kamikazes volontaires et les veuves palestiniennes dans la Bande de Gaza. Ce travail fait partie d’un projet collectif plus ample intitulé « Violences faites aux femmes », en collaboration avec Amnesty International et Médecins Sans Frontières.
Bénédicte a une maîtrise d’histoire contemporaine de la Sorbonne, Paris. Son mémoire est consacré au « Mythe du photographe de guerre », ce qui l’inspira pour devenir journaliste d’image.
Au cours des dix dernières années, elle a couvert les conflits et les changements socio-économiques en Afrique. De l’Afrique du Sud (2015–2013), sa base, elle explore certains des plus douloureux défis de la société post-apartheid. Elle produit “Next of Kin” (Plus proche parent), “The Boers Last Stand” (Les Boers aux abois) et « Amaqabane ». Ce dernier projet consacré aux vétérans de la lutte anti-apartheid fut produit dans le cadre du prestigieux Joop Swart Masterclass en 2009. En 2011, elle reçoit une bourse du Pulitzer Centre qui lui permet de produire un travail complexe au Nigeria, “A Nation Lost to Gods” (Une Nation perdue des dieux), exposé à Visa pour l’Image, et qui lui a valu une nomination pour le Visa d’Or 2012.
Elle devient membre de l’agence NOOR, en 2012, et déménage à Lagos l’année d’après. De là elle continue à couvrir l’Afrique, avec une attention toute particulière pour le Nigeria, qui la passionne depuis longtemps. Son travail nigérian fait l’objet d’une exposition à Londres et à Lagos en collaboration avec Robin Maddock et Cristina de Middel : “Shine Ur Eye”. Enfin elle fut aussi professeur à l’Université américaine du Nigeria.

Photographe Bénédicte Kurzen © Robin-maddock

Bénédicte Kurzen – Une nation perdue des dieux

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Une nation perdue des dieux

Au Nigeria on n’a jamais fini de compter les morts. Chaque jour voit de nouvelles victimes, de nouvelles attaques, encore des attaques, contre des églises, des casernes de police, des écoles. Ce conflit sans nom fait rage dans un arc de cercle qui traverse une grande partie du Nigeria septentrional. Maiduguri, Kano, Damturu, Gome sont les villes d’une région dévastée dont chaque quartier paraît écrasé par ce conflit.
Mais de quel conflit s’agit-il au juste ?
Dans ce reportage, qu’il nous a fallu plus un an entier à rassembler, nous essayons, avec l’oeil lucide et impitoyable du Nord, d’examiner les symptômes de la violence sectaire. Après les élections présidentielles d’avril 2011, une vague de tension politique, expression de la frustration d’un peuple las de la corruption politicienne, a trouvé son exutoire : huit
cents morts en quelques jours. Mais le conflit ethno-religieux qui se poursuit dans la région du centre semble être aussi aux premières lignes d’une guerre religieuse, aggravée par les suites du onze septembre 2001.

Les policiers et les agents de sécurité civile se trouvent devant un drapeau PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.

Ici, le global s’est fait local. Qu’on soit Berom, Hausa, Fulani, Ngas, indigène ou pas, chaque crise accentue la réaction religieuse. Plus récemment pourtant, le Nord voit des hostilités plus profondes et plus féroces. Les attaques salafistes ont fait depuis 2009 un millier de victimes. Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad, plus connu sous le nom qu’on lui donne en hausa, Boko Haram, a plongé le Nigeria dans la peur.

Ces hommes sont engagés pour divertir et promouvoir le parti au pouvoir, PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.
Le PDP a été au pouvoir depuis ces douze dernières années.

Le Nigeria semble au plus haut point étranger, mais l’évolution du chaos pose une question brûlante : comment des gens qui n’ont rien de commun peuvent-ils cohabiter à l’intérieur d’une unité nationale qu’on leur a imposée, alors que l’injustice, la corruption profonde des puissants érodent chaque jour le contrat social, d’où leur colère, leur frustration ? À essayer d’expliquer ce qui se passe au Nigeria du nord, on se heurte
à un mur. On se trouve en face de généralisations et de simplifications, mais au Nigeria rien n’est simple. Le renouveau des tensions religieuses date de la fin du régime militaire en 1999. Libéré du poids de la dictature, le Nigeria s’est encore une fois scindé en deux. Cette société hétéroclite de plus de deux cents ethnies fut pourtant unifiée en 1914 à l’époque où la colonie anglaise était gouvernée par Lord Lugard. Plus d’un siècle après, l’amalgame n’a jamais paru aussi dépassé, aussi obscur.

Une nation perdue des dieux-3

Deux soldats des Forces spéciales, de service en tant que vice-président nouvellement élu, Namadi Sambo, démontrent leurs compétences au photographe, à Kaduna, au Nigéria, le 28 avril 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes

Bénédicte Kurzen – Naissances mortelles

EXPOSITION BARROBJECTIT 2017 : Naissances mortelles

Voici l’histoire de trois femmes, Sylvia, Promise, et Sipathi.

C’est une histoire d’ambiguïté et de dénégation à l’échelle nationale à la suite d’une foudroyante épidémie de sida.

Ces trois femmes vivaient dans le township de Tembisa, toutes les trois ont appris au cours de leur grossesse qu’elles étaient séropositives.
Ces images ne racontent que la moitié de l’histoire. Les femmes et leurs filles étaient prêtes à partager davantage. Promise voulait que le reportage documente la naissance de sa fille. Sipathi était en train de mourir quand je l’ai rencontrée, mais sa famille voulait que je photographie la dernière visite de son fils, et ses dernières heures chez elle.
J’avais voulu aussi montrer comment l’hôpital public la négligeait, les heures qu’elle a passées couchée dans son vomi, jamais lavée. Malgré l’aval du Comité éthique de Pretoria, les autorités m’ont refusé la permission.
C’était à l’époque de Mbeki, c’était à l’époque de Manto Tshabalala- Msimang, époque où, malgré les morts de Sipathi et de Badalo, on m’a soutenu que le sida n’existait pas.

Un marqueur sort d’une tombe d’enfant au cimetière de Tembisa, en Afrique du Sud, en juillet 2006.

Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes
Bénédicte KURZEN 2017 : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Bénédicte Kurzen – La guerre des signes

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : La guerre des signes

Au-dessus des arbres, le bourdonnement du MI–8, insecte bouffi, le ventre gros, blanc comme un cachalot mythique qui aurait quitté les mers pour le ciel. Son ombre passe légèrement sur la cime des arbres. Par des ouvertures, un vent fripon traverse l’intérieur ; la portière du poste de pilotage, mal assujettie, laisse voir l’équipage ukrainienne, le cou épais, rougi. L’hélico est loué, avec des subsides américains, par l’UPDF, Force de défense du peuple ougandais. Sur une banquette, deux officiers, leur kalache entre les genoux, déchargée, crosse en l’air. Un lieutenant de la section aérienne, les écouteurs scotchés aux oreilles, guide le vol, malgré le vacarme. Devant lui, des piles de caisses : des boîtes de singe, de la farine de mil, des bouteilles d’eau.
A travers le hublot de la portière, on regarde la forêt en bas, vaste océan ses nuances de vert toujours changeantes, que traversent de pâles méandres de terrain dénudé d’arbres. Au loin, la masse grise des nuages pèse sur les arbres, nuages porteurs de pluie qui relie terre et ciel.
L’hélico est quelque part entre le Soudan du sud et le Congo. Rien ne signale une frontière, rien ne laisse soupçonner la vie, ni feu, ni lopin cultivé, ni cabane.

Pendant l’expédition, il est interdit de parler: les voix humaines sont des vagues rapides et peuvent alerter l’ennemi de la présence de l’armée, Pasi Forest, RDC, le 15 mai 2011.

C’est ici que se cache l’ennemi. Il suffit de jeter un œil pour comprendre à quel point ces missions de dépistage sont impossibles. Ce que les Ougandais appellent « Opération Foudre Éclair » se passe dans une région grande comme l’Allemagne, entièrement boisée, presque sans routes.
L’ennemi, c’est-à-dire l’Armée de résistance de Lord, des rebelles ougandais, refoulés au-delà de la frontière il y a plusieurs années mais qui continuent à tuer, à piller, à enlever de jeunes esclaves dans les trois pays environnants.
Il doit en rester quelques centaines : allez- donc les trouver !

Pendant la pause du matin, un groupe d’hommes quitte le batallion pour se mettre en veille. Quand ils reviennent, l’officier en charge les interroge sur leurs résultats, afin de déterminer le prochain déménagement, le 16 mai 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux