Jacques Pion _ Donetsk, sur le chemin de l’oubli

Jacques PION est un photographe français formé à l’École Nationale Louis Lumière (1983). Membre du collectif Hans Lucas. Ayant plus de vingt ans d’expérience dans le monde entier, sa recherche d’un lien et d’un dialogue, aussi intime que possible, avec ses sujets est à la base de sa démarche.
« J’essaie de décrire avec lumière les moments de la vie de l’humanité »

  • 2016 le prix du « Meilleur reportage photographique de l’année » dans le cadre du concours « Les Photographies de l’Année France » pour son travail de terrain à Idomeni (Grèce).
  • 2018 prix de la Fondazione Forma « MilanoMeravigli »

http://www.jacquespion.com/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Donetsk, sur le chemin de l’oubli..

En février 2015, les accords de Minsk 2 ont arraché après de longues heures de négociations un cessez-le-feu applicable le 15 du même mois et qui prévoyait notamment le retrait des armes lourdes sur la ligne de front entre l’Ukraine et les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk. Mais qu’en est-il au quotidien ?

La réalité en ce début d’année 2020 est malheureusement bien différente.

sur les chemins de l'oubli. Donetsk-Ukraine
Un chien attend son maitre devant l’entrée de l’hôpital. Donetsk, Ukraine, le 31 décembre 2019. © Jacques Pion

Malgré une courte période d’accalmie pendant les dernières fêtes de fin d’année, les tirs ukrainiens ont repris contre la population de la république « séparatiste ». Des mortiers de 120 mm et des obusiers d’artillerie lourde bombardent toujours les zones périphériques de la ville de Donetsk. La stratégie de harcèlement employée par le gouvernement de Kiev semble assez claire.
Sur le plan militaire, elle vise à vider progressivement de toute présence humaine civile les zones proches de la ligne de front pour permettre une avancée éventuelle, aujourd’hui impossible.
Sur le plan politique intérieure à calmer les partisans de la guerre et sur le plan extérieur à provoquer une révision des accords de Minsk au profit d’un scénario de type Croate, voire leurs abandons.
Le plan de paix semble s’effriter chaque jour un peu plus sans qu’aucune voix officielle ne s’élève. Il faut souligner que le contexte politique en ce début d’année 2020 est très instable entre une pression nationaliste extrême en Ukraine, qui ne veut rien lâcher, et un possible changement d’orientation politique de Moscou dans le Donbass.
En attendant un hypothétique règlement du conflit, la population souffre encore et encore.

Cette guerre européenne a déjà fait entre 10 000 et 20 000 morts.

À Donetsk, des quartiers entiers et des villages proches du front, parfois coupés en deux, se vident progressivement provoquant un exil vers des zones plus « calmes » ou à l’étranger, des maisons brulent, des murs s’effondrent, des fenêtres volent en éclats laissant les dernières Babouchkas et les familles qui refusent de quitter leurs maisons, seules au milieu de quartiers déserts.

Deux babouchka s’embrassent dans la rue. Donetsk, Ukraine, le 07 janvier 2020. © Jacques Pion

Chaque semaine apporte son lot d’enterrements de civils innocents ou de combattants souvent très jeunes qui s’engagent dès l’âge venu dans les forces de défense à l’exemple de ces 4 jeunes de 20 ans tués, en ce mois de janvier 2020, sous les bombardements ukrainiens.

Le bilan est encore lourd : 328 soldats républicains ont été tués en 2019 et déjà une vingtaine depuis le début de l’année 2020.

La plupart des enfants qui vivent ou ont vécu, proches de la ligne de front, sont traumatisés. La perte d’un papa trop tôt disparu, les bombardements qui résonnent encore dans leurs têtes et qui réveillent leur anxiété à chaque détonation sourde. C’est toute une génération qui n’aura connu que la guerre et dont il faudra s’occuper un jour.

Sur tous les visages rencontrés qui n’ont rien de bien « terroristes » — ce qualificatif est encore employé par le gouvernement de Kiev — j’ai pu lire le désarroi, la lassitude, la tristesse, la fatigue et la souffrance. Mais malgré cela et le nombre de désillusions vécues dans l’espoir d’une fin proche du conflit, rien ne semble vouloir entamer la volonté de ce peuple fier et solidaire à vouloir décider de son propre destin.

Laurent Van Der Stockt

INVITÉ D’HONNEUR EN 2005

BIOGRAPHIE

Laurent Van der Stockt, français, est né en Belgique en 1964. Il est journaliste et photographe indépendant. Son premier reportage photographique à l’étranger est un voyage clandestin dans la Roumanie du dictateur Nicolae Ceaucescu. Il en rapporte les images d’une population plongée dans la terreur et la misère. Il y retourne pendant l’insurrection de 1990 et rejoint l’agence française Gamma, puis le magazine américain Newsweek en 2001 et l’agence Getty en 2010.

Il a effectué des reportages dans toutes les guerres importantes et surtout l’ex-Yougoslavie, la Tchétchénie et l’Irak. Ses reportages ont été publiés dans la plupart des magazines et quotidiens internationaux.

Depuis 2012, Il collabore principalement au quotidien français Le Monde avec de longs reportages en Syrie et en Irak.

Son travail a été régulièrement récompensé et plus récemment par le prix Bayeux Calvados des correspondants de guerre et par le Visa d’Or du photojournalisme à Perpignan en 2013 pour les photographies de l’utilisation des armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad et en 2017 par le World Press Photo pour la bataille de Mossoul. Il a reçu en septembre 2017 le Visa d‘or News au festival international du photojournalisme Visa pour l‘image.

Ses travaux ont été fréquemment exposés ou acquis par des musées et des institutions.

Photographe Laurent Van Der Stockt / L’œil de la photographie

Frédéric Sautereau

INVITÉ D’HONNEUR EN 2011

BIOGRAPHIE

Frédéric Sautereau, né en 1973, commence son activité de photojournaliste en 1993.
La notion de frontière et de division est le thème central de son travail.
Il a été membre de l’agence Oeil Public de 1998 à avril 2009.

De juillet 1997 à avril 2000, il travaille sur les villes divisées : Belfast, Nicosie, Mostar,
Jérusalem et Mitrovica. Ce travail a été exposé au festival Visa pour l’image de Perpignan en 2001 et circule dans les galeries FNAC. Un livre, Des Murs et des Vies, est paru en mai 2002 aux éditions Le Petit Camarguais.

De juin 2000 à août 2003, il se consacre au projet Lisières d’Europe et reçoit le soutien du Label Paris Europe, du Centre national des arts plastiques et de la Fondation Lagardère. Le livre Lisières d’Europe est paru aux Editions Autrement en Avril 2004. Ce travail a été exposé en France et en Espagne.Il reçoit le Prix Fuji en 2003 pour un travail sur le mur érigé entre Israël et la Cisjordanie.

De 2006 à 2008, il montre les exactions des militaires centrafricains contre les populations du Nord du pays. Pour ce travail, il reçoit le Grand Prix Paris-Match du Reportage Photographique en 2008.
D’autre part, son travail réalisé à New York après les attentats du 11 septembre 2001 a été exposé en France, en Allemagne, en Suisse, au Portugal et au Québec.
Un livre, N40°42’42 » W74°00’45 », est paru en septembre 2003 aux éditions 779.
Ce travail fait partie de la collection du Fond National d’Art Contemporain.

En janvier 2009, il réalise un travail photographique dans la bande de Gaza sur les conséquences des trois semaines de guerre sur les populations palestiniennes.

En mars, il travaille au Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, sur les populations déplacées de cette région dévastée par la guerre. Il réalise un documentaire (26’) et un livre, Déplacés, paraît aux éditions Première Urgence.

En janvier 2010, il se rend en Haïti, après le tremblement de terre.

De 2009 à 2012, il travaille sur le Hamas dans la bande de Gaza. Travail qui est exposé au festival de photoreportage de Barrobjectif et qui reçoit un Visa d’Or au festival de photojournalisme de Perpignan. En 2013, Frédéric arrête le photojournalisme afin de se consacrer à ses deux filles.

Photographe Frédéric Sautereau

Paolo Pellegrin _ Invité d’honneur 2019

Paolo PELLEGRIN est né en 1964 à Rome. Il a étudié l’architecture à l’Université la Sapienza, à Rome, en Italie, avant d’étudier la photographie à l’Institut de photographie de Rome.
Dans les années 90, il devient photojournaliste et intègre l’agence VU’ à Paris et couvre de nombreux conflits. En 2001, il est nominé à Magnum photos et devient membre de l’agence en 2005.

 

 

Il a été photographe pour Newsweek pendant dix ans. Il est également, depuis plus de vingt ans, un des photographes attitrés du New York Times.
À l’été 2016, il y publie le hors-série Fractured Lands fruit d’un travail de deux ans sur l’état du Moyen-Orient.

PELLEGRIN a remporté de nombreux prix, dont dix prix World Press Photo et le prix du photographe de l’année de Pictures of the Year en 2013, une médaille d’excellence Leica, un prix Olivier Rebbot, le prix Hansel-Meith Preis et le prix Robert Capa Gold Medal. En 2006, il a reçu la bourse W. Eugene Smith en photographie humaniste. Il habite à Londres.

Passage de frontière, Tunisie
Des personnes fuyant la Libye lors d’affrontements entre les forces rebelles et les forces pro-kadhafi. Passage de la frontière à Ras Jedir, près de Ben Guerdane. Tunisie, 2011.
Les ambulanciers soignent un homme qui a été poignardé lors d’une bagarre. Rochester, NY, États-Unis, 2012
Opération Peshmerga Kurde vers Bashiqa, pendant la bataille pour la libération de Mossoul. Irak, 2016

Parmi ses livres  :

100 photos de Paolo Pellegrin pour la liberté de la presse – Reporters sans frontières, France, 2013
Paolo PellegrinKunstfoyer der Versicherungskammer Bayern 2012
Dies Irae – Contrasto, Italie, 2011
Photo Poche (Actes Sud, France, 2010
Alors que je mourais… Actes Sud, France, 2007
Double Blind : War in Lebanon 2006Trolley, 2007
Kosovo 1999-2000 : The Flight of ReasonTrolley, États-Unis, 2002
L’au delà est làLe Point du Jour, France, 2001
CambogiaFederico Motta Editore, Italie, 1998
BambiniSinnos, Italie, 1997

Emin Özmen _ Les Limbes et de La guerre cachée

INVITÉ D’HONNEUR EN 2018

BIOGRAPHIE

Photojournaliste, Emin est né en 1985 à Sivas en Turquie. Après cinq années passées à étudier la physique à Samsun, il décide de se consacrer à sa passion, la photographie. Il est alors admis à la Faculté des Beaux-Arts Marmara d’Istanbul, où il étudie la photographie durant quatre ans. Il obtient ensuite un diplôme en photographie documentaire à l’Université d’Art et de Design de Linz – Autriche.

En 2011, son travail sur la sécheresse en Somalie est publié. La même année, il se rend au Japon pour couvrir le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku. Il couvre également les grandes manifestations économiques en Grèce. L’année suivante, il commence un long travail sur la guerre en Syrie, où il s’est rendu à de nombreuses reprises. En 2014, il documente la crise liée à l’Etat Islamique en Irak.

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits. Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capturer” leurs vécus à travers son travail. En Décembre 2015, Magnum Photos a accordé une bourse à Emin Özmen afin qu’il complète son projet, intitulé « Les Limbes.

Son travail a notamment été publié par TIME Magazine, New York Times, BBC, CNN, Der Spiegel, The Guardian, Le Monde, Paris Match, Libération, L’Obs, Telegraph, Bild, etc.

Emin Özmen a remporté plusieurs prix, parmi lesquels le World Press Photo (à deux reprises) et le Prix du public au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre en 2014.

En 2017 il a rejoint l’Agence Magnum Photos en tant que nominé.

Photographe Emin Özmen

EXPOSITION POUR LES 20 DU FESTIVAL : Rétrospective des Limbes et de La guerre cachée

Les limbres

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits.

Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capter” leurs vécus à travers son travail.

Turquie : La guerre cachée

En juin 2015, lors des élections législatives, le parti pro-kurde du HDP a remporté 13% des suffrages et privé le parti au pouvoir (celui du président Erdoğan, l’AKP) de sa majorité absolue.

Après ces élections, le bruit des bombes se fait de nouveau entendre et une vague d’attentats secoue la Turquie: Suruç, Diyarbakir, Ankara. Dans le sud-est, à majorité kurde, le fragile cessez-le-feu, obtenu en 2013, entre l’État turc et les combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation « terroriste » par Ankara, Bruxelles et Washington a volé en éclats.

Des combats quotidiens font rage et les civiles kurdes se retrouvent une nouvelle fois otages d’un conflit vieux de 30 ans, qui a déjà couté la vie à plus de 40 000 personnes.

Pour venir à bout du PKK, alors solidement enracinés dans les centres urbains peuplés, les autorités ne lésinent pas sur les moyens. Des dizaines d’élus locaux, suspectés de soutenir le terrorisme sont arrêtés ou mis à pied. Une à une, les villes kurdes sont placées sous-couvre feu : des dizaines de milliers d’habitants forcés de vivre terrés chez eux.

D’après l’ONU, les opérations menées par les forces turques entre juillet 2015 et la fin de 2016 ont touché plus de 30 localités, dont certains quartiers ont été rasés, et ont contraint entre 335 000 et 500 000 personnes à fuir, en majorité des Kurdes.

Jean-Luc Moreau Doleris

INVITÉ D’HONNEUR EN 2001

BIOGRAPHIE

Jean-Luc Moreau Deleris fut photographe et grand reporter de 1996 à 2007.

En 1999, il intègre le staff de l’agence Gamma pour laquelle il couvre de nombreux conflits (Timor, Kosovo, Afghanistan…).
Son goût s’affirme pour les reportages signés « texte et photo » : piraterie en Mer de Chine, Tchernobyl, Tibet, Somalie, Côte d’Ivoire, Djibouti… et Russie. Moscou devient son port d’attache et son terrain de jeu.

Membre du collectif de photographes «Orizon» à partir de 2004 et du cercle de grands reporters, il a signé de nombreuses publications dans la presse magazine française et internationale.

Patrick Chauvel

INVITÉ D’HONNEUR 2000
1er invité d’honneur du festival

BIOGRAPHIE

Patrick Chauvel est né en 1949. Il a, pendant 35 ans, photographié la majeure partie des conflits qui ont sévi dans le monde, du Vietnam à l’Irak. Nourri par Kessel, Monfreid ou Schoendoerffer, il a voulu aller au plus près de l’actualité. Ses images ont fait la une des plus grands médias dans le monde : Paris Match, Time Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prestigieux World Press. Par ailleurs, Patrick Chauvel est réalisateur et producteur de documentaires et reportages.

 

Photographe Patrick Chauvel

EXPOSITION DES 20 ANS DU FESTIVAL : Syrie , la fin de Baghouz ou le début d’une guerre éclatée

« Victoire, c’est fini, Daech est vaincu ! »

Tous les trois jours, la coalition arabo-kurde, les Forces démocratiques syriennes (FDS) annoncent la fin définitive de l’« État islamique ». Tous les quatre jours, ils abordent une trêve pour proposer « aux combattants de se rendre et épargner les civils ». Il s’agit en effet de faire sortir les quelque 5 000 femmes et enfants de djihadistes qui restent dans le camp de tentes et de véhicules mesurant à peine 2 kilomètres carrés.

La victoire serait donc proche. C’est fort de ces déclarations que le 10 février je suis parti en Syrie afin d’assister à la chute du Califat qui menait sa dernière bataille. Les djihadistes sont alors encerclés dans la ville de Baghouz : au sud par les troupes de Bachar El-Assad, à l’ouest et au nord par les Kurdes et les Arabes. Ils se trouvent coincés à l’Est entre le fleuve Euphrate et la frontière irakienne gardée par les milices chiites, bombardés 24 heures sur 24 par l’aviation française et américaine. C’était une question d’heure…

La réalité fut tout autre.

Les 5 000 civils se sont multipliés au rythme des trêves. Un mois, jour pour jour, après mon arrivée, c’étaient plutôt 20 000 « civils » et combattants qui étaient sortis de ce minuscule réduit.

A chaque offensive, les FDS rencontraient la même résistance acharnée. Snipers, tirs de roquette ou encore mines retardaient la victoire tant de fois annoncée. Ceux qui avaient décidé de sortir de « l’enfer de Baghouz » racontaient : « Il y a des blessés mourants par centaines, plus d’eau, plus de nourriture, plus de soins… » Ce fut ce que me confia une jeune Française en pleurant, serrant son petit garçon de 2 ans et demi dans ses bras. Certains voulaient partir d’autres non. Intox ou réalité, impossible de savoir, le mensonge est de mise. Les combattants qui se rendent affirment tous être cuisiniers, jardiniers… En comptant bien, il y aurait donc près de 7 000 cuisiniers ! Baghouz mériterait d’être dans le Michelin, seulement voilà, les femmes affirment qu’on y meurt de faim.

La réalité est effectivement bien plus sordide et explosive. Aucun des hommes capturés n’exprime de regret et les femmes sont les plus virulentes. À Tanek field  au nord de Baghouz, dans le désert où les « civils » sont triés, elles agressent les combattantes kurdes pour leur tenue et l’absence de voile, refusent d’être touchées par les médecins qui tentent de les aider, attaquent les journalistes. Récemment, l’une d’elles s’est fait exploser avec son enfant au milieu de ceux qui voulaient se rendre, tuant les hommes, les femmes, les enfants et quelques FDS venus les chercher. Il ne faut pas tomber dans le piège du genre, ces femmes ne sont pas des civiles. Elles sont djihadistes. Après un tri sommaire, toutes finissent avec leurs enfants au camp de réfugiés d’Al-Hol au nord du Kurdistan syrien, où 60 000 « réfugiés » croupissent dans un espace insalubre prévu pour 15 000 personnes. Meurtres de femmes qui ne suivent plus les règles du Coran, émeutes, tentes incendiées par les réfugiées… ces fantômes en noir sont des bombes à retardement, tandis que les hommes ricanent d’avance de notre faiblesse.

Éric Bouvet _ Tchétchénie

INVITÉ D’HONNEUR EN 2008

BIOGRAPHIE

Après des études à l’école Estienne, Éric Bouvet devient en 1982, reporter photographe.

Son intérêt pour la photographie s’est éveillé quand, à l’âge de 8 ans, il a regardé les premières images télévisées en direct de la mission Apollo 11 atterrissant sur la lune. C’est alors qu’il s’est rendu compte de l’importance des nouvelles et des moments historiques.

Bouvet a travaillé comme photographe salarié au sein de l’agence photo française Gamma dans les années 1980, et a commencé sa carrière en tant que photographe indépendant en 1990. Il a d’abord obtenu une reconnaissance internationale avec ses photos de 1986 des efforts de sauvetage à la suite de l’éruption d’un volcan à Omeyra, en Colombie. Depuis lors, Bouvet a couvert les conflits en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Tchétchénie, au Soudan, en Somalie, en ex-Yougoslavie, au Liban, en Israël. Irlande du Nord, Kurdistan, Surinam, Burundi, Libye et Ukraine.

Il a couvert des événements internationaux majeurs tels que les funérailles de l’ayatollah Khomeini en Iran, la place Tiananmen en Chine, la chute du mur de Berlin, la révolution de velours à Prague, l’attaque américaine contre la Libye, la libération de Nelson Mandela, les Jeux olympiques et la crise des migrants en Europe.

Il a également travaillé sur de nombreuses histoires de société, notamment la vie dans les prisons russes, de jeunes marins sur des porte-avions, la police française travaillant en banlieue parisienne, les derniers mineurs de charbon français et la vie dans une clinique pédiatrique pour enfants atteints de cancer.

Bouvet a reçu cinq World Press Awards, ainsi que deux Visa d’Or, la médaille d’or du 15ème anniversaire de la photographie, le Bayeux-Calvados Award for War Correspondents, le Prix du Public de Bayeux-Calvados, le Front Line Club Award et le Paris-Match Award.

Eric Bouvet et son exposition sur la Rainbow Family 2008 © Gérard Truffandier

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Tchétchénie

Il y a des guerres, on ne sait pas pourquoi l’on décide de s’y rendre une première fois, sans savoir pourquoi l’on y retourne, sans savoir pourquoi…

La Tchéchénie 1995-1996 puis 2000-2001, chaque fois un peu plus d’une année, mais une dizaine de voyages.

Un moyen format sur du conflit ? Quelle drôle d’idée ! Une des nombreuses fois où l’on m’a traité de fou, ou bien genre « ça y est on a encore perdu Bouvet… »

Pourquoi du moyen format avec l’Hasselblad ? Pourquoi du carré ? Pourquoi du noir et blanc ? Et Pourquoi pourquoi ? Parce que dans la vie l’on fait des choix depuis sa petite enfance, et tout du long nous décidons de ce que nous allons devenir, faire de notre vie en faisant des choix. J’ai donc travaillé avec une nonchalance de mon regard, en survolant l’actualité, un laisser-aller sur les obligations commerciales de ma photographie, mais toujours avec respect envers l’humain. L’homme est au cœur de tous mes sujets depuis 38 ans que je suis photographe. Ici en Tchétchénie, il peut être beau et magnifique comme il peut aussi être laid et horrible. En Tchétchénie comme dans n’importe quel autre pays du monde.

Michel Bernatets

INVITÉ D’HONNEUR EN 2006

BIOGRAPHIE

Michel Bernatets, né en 1944, est le fils d’un portraitiste et retoucheur sur négatif.
Il est le père de trois enfants, dont deux, Éric et Véronique, sont photographes reconnus.
Sa vie professionnelle s’oriente sur trois axes qu’il mène en même temps.

Il est à la tête d’une entreprise de photo comprenant quinze assistants. Il aime à dire : « profession : créateur d’emplois en photographie ». La plupart de ses assistants
sont restés dans l’entreprise de l’apprentissage à la retraite. C’était une équipe soudée, conviviale et professionnelle.

En même temps, il s’est donné comme devoir de transmettre : il a donc été enseignant en photographie en CFA au LEP Tregey de Bordeaux, et au Centre d’Enseignement spécialisé pour Déficients Auditifs, rue de Marseille à Bordeaux. Il a été nommé 24 ans Conseiller de
l’Enseignement Technologique dans l’Académie de Bordeaux.

À partir de 17 ans, il a adhéré au Groupement National de la Photographie Professionnelle, et a gravi tous les postes jusqu’à être nommé Secrétaire Général pendant plus de vingt ans, puis Président National. Il a été Président de la Chambre Syndicale de la photographie scolaire pendant 19 ans.

Pendant toute sa carrière, il réalise des images pour des tour-opérateurs, en Asie
et en Amérique centrale. Il a fait également des photos pour l’armée.

Actuellement à la retraite depuis 15 ans, il se repose en faisant de la luminographie, une pose longue avec déplacement des sources lumineuses ou de l’appareil de prise de vue, et réalise de la recherche graphique avec des lumières colorées, passion qu’il avait commencées lorsqu’il avait 14 ans.

Photographe Michel Bernatets © archive BarroPhoto 2006

Mojahed Abo Al-Jood – Goodbye Aleppo

Portrait-Mojahed-Abo-Al-JoodMojahed ABO AL-JOOD (Ahmad Mojahed Attar) – SYRIE
Je suis né il y a 23 ans, dans le quartier ouest d’Alep, au Nord-est de Damas. Mon père est fabricant de tissus (entreprise familiale). J’ai trois sœurs, et deux frères. Mon frère ainé a été tué par la police du régime.
J’ai rejoint les manifestants, devenus insurgés lors du « printemps arabe » en 2011. Je préparais alors mon bac. Je suis un des membres fondateurs de l’AMC «  Aleppo Media Center  » créé pour témoigner contre la propagande officielle d’une opposition à la dictature. Par la suite, il a fallu témoigner de la violence de la répression, d’une opposition civile non armée, et démonter la propagande du régime qui la présentait dans un amalgame de terrorisme et d’islamisme. C’est ainsi que je suis devenu journaliste, et que j’ai travaillé pour plusieurs chaines (ITV, CNN, BBC).
J’ai été cameraman dans plusieurs films sur la Syrie tels que « Last men in Aleppo» qui a remporté 35 prix dans le monde (Sundance Festival, Copenhagen Festival, nominé aux oscars 2018).
J’ai gagné le «  Rory Peck Trust  » pour le film «  Goodbye Aleppo  » en 2017 et le prix «  Best off short » du festival « Middle east now  » à Florence en 2018.
Arrivée à Blagnac en novembre 2017, la France m’a accordé le droit d’asile en mars 2018.
J’étudie assidument le français depuis mon arrivée, dans l’objectif de parfaire ma formation dans le domaine des médias, en université à la rentrée 2018.

EXPOSITION PARTENAIRE : Les journées du reportage de Bourisp

Le petit village de Bourisp dans les Hautes Pyrénnées a exposé Mojahed Abo Al-Jood et seize autres photoreportages en plein air du 6 au 15 juillet 2018. Une formule à l’identique du festival de Barro.

EXPOSITION PARTENAIRES 2018 : Goodbye Aleppo

Le choc de perdre son fils après les bombardements – Alep

La révolution syrienne avait commencé en mars 2011, pour demander la liberté d’expression et les droits démocratiques.
Le régime de Al-Assad a attaqué les militants civils, et il a détenu la plupart d’entre eux.
En 2012 à Alep, la capitale économique de la Syrie, le régime a commencé à attaquer l’est de ville par des roquettes d’avions, cela a causé la mort de milliers et de milliers de citoyens.
Grâce à la Russie et à l’Iran, Al-Assad a pu assiéger l’est d’Alep, ce qui a conduit à une nouvelle catastrophe humaine.
Depuis 2012, le régime syrien a détruit la plus grande partie d’Alep, et à la fin de 2016, il a fait évacuer la population afin qu’elle reste en vie.