Patrick Cockpit _ Figures oubliées de la résistance féministe à l’orée du XXe siècle

Patrick COCKPIT est membre du studio Hans Lucas et travaille essentiellement comme portraitiste pour la presse, l’institutionnel et différentes maisons d’édition.

La quarantaine attaquée, Patrick Cockpit travaille sur la représentation photographique de l’attente, du silence et de l’invisible. Adepte des images droites et carrées, il cultive sa schizophrénie en montant divers projets sur le totalitarisme et sa mise en spectacle, ou plus prosaïquement sur le portrait féministe, punk et décalé.

https://hanslucas.com/pcockpit/photo

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2020 : Figures oubliées de la résistance féministe à l’orée du XXe siècle.. 

Les vingt images présentées n’existent pas. Tout est faux.
Les vingt images présentées ont été retrouvées au grenier, par hasard. Tout est vrai.

La photographie est mensonge et vérité. Au dix-neuvième siècle, quand la technique du collodion fait son apparition, elle sert d’abord de compte-rendu. On parlerait aujourd’hui de photojournalisme. Les cadavres de saisis par Timothy O’Sullivan ou le champ de boulets transfiguré par Roger Fenton en Crimée en sont l’illustration la plus frappante, tout en soulevant déjà le concept d’intention… et de manipulation. Les choses se compliquent encore avec les premiers portraits. Très vite, la notion de décor prend son importance. Mais que faire des images neutres, sans autre indication historique que les vêtements, les coiffures, les attitudes des personnes représentées ? Comment identifier l’époque, l’année, le lieu, la véracité de ce que les photographes choisissent de montrer.

Portrait de femme -cockpit

© Patrick Cockpit

C’est le sujet de Figures oubliées de la résistance féministe à l’orée du vingtième siècle. Entretenir le doute, forcer celles et ceux qui regardent à s’interroger sur l’origine de ce qu’on leur présente. À l’ère d’Internet et de Photoshop, quand littéralement tout est douteux, où est la vérité ? Comment la distinguer ? Où se situe la frontière entre fiction et réel ?

* Les collodions ont été réalisés à la chambre grand format. Les plaques aluminisées sont des positifs directs, uniques, exposables en l’état. Leur grande fragilité et leur mauvaise conservation impliquent un éclairage tamisé.

* Nos expositions étant toutes présentées en extérieur cette année, cette série de portraits sera donc des reproductions des tirages collodions originaux.

Corentin Fohlen _ MON ONCLE (…est un génie)

Corentin FOLHEN né en France en 1981.Il découvre la photographie durant ses études de Bandes Dessinées à Bruxelles et change de passion au cours de sa dernière année. Corentin est diffusé par Divergence Images et travaille en commande pour la presse française et internationale.

Après m’être installé à Paris en 2003, je découvre l’univers de l’actualité, l’excitation des manifestations, le défi du journalisme et entre en octobre 2004 au sein d’une petite agence photo, Wostok Press. Puis je suis passé par les agences Gamma et Abaca, je deviens totalement indépendant et diffuse à l’association Fédéphoto, devenu depuis Divergence Images. Jusqu’en 2011 j’ai couvert l’actualité française et internationale : élection présidentielle française en 2007, conflit au Nord-Kivu, guerre en Afghanistan, révolution Orange en Ukraine et à Bangkok, émeutes en banlieue parisienne et à Athènes, séisme en Haïti, révolutions arabes en Égypte et Libye, premières élections libres en Tunisie, famine dans la Corne de l’Afrique… avant de prendre du recul, du temps et orienter mon travail vers des histoires plus longues et une réflexion plus documentaire.

Depuis 2012 je me suis lancé dans un travail au long cours sur Haïti : je tente de montrer une autre image du pays – plus complexe – loin des poncifs misérabilistes souvent associés à cette île, et j’explore la richesse culturelle et humaine du pays avec une réflexion sur les conséquences de la mainmise internationale. Après 19 séjours dans le pays, ce travail – récompensé par le Prix AFD-LIBÉRATION du meilleur reportage 2016 – a abouti au livre « HAÏTI », sorti en janvier 2017 aux éditions Light Motiv.

En parallèle je travaille sur des séries plus personnelles et artistiques. Que ce soit avec le réalisateur Jérôme « Printemps » Clément-Wilz dans notre duo nommé EPECTASE , ou dans mon exploration familiale en réalisant une série sarcastique sur la naissance de mon fils « LARDON 1ER » ainsi qu’un travail sur la recherche de la liberté individuelle avec « MON ONCLE (…est un génie) », qui ont tous deux fait l’objet d’un livre aux éditions PhotoPaper (2018 et 2020).

  • 2010 et 2016 WORLD PRESS Photo
  • 2010 VISA d’OR du Jeune Reporter
  • 2010 Prix du SCOOP d’Angers
  • 2015 et 2018 SONY WORLD PHOTOGRAPHY AWARDS
  • 2016 prix du meilleur reportage AFD-Libération
  • 2020 Bourse SCAM Brouillon d’un rêve

Exposition Barrobjectif

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2020 : MON ONCLE (…est un génie)..

Au delà de raconter l’amour et l’admiration que je porte à cet homme hors du commun – « l’original de la famille » -, il s’agit ici de narrer les aventures d’un véritable démiurge fascinant. Parce que j’ai toujours vu en ce parrain – qui petit me terrifiait par sa carrure et sa grande gueule de brute mal dégrossie – un être fantastique. Inspirant. Libre. À l’opposé des conventions.

© Corentin Fohlen/Divergence. Série Mon Oncle (…est un génie)

À l’adolescence je me suis rapproché de lui. On a commencé à partager l’amour de la musique et de l’humour glacial. Et puis il est devenu l’adolescent qu’il n’a pu être dans une famille catholique étriquée et conservatrice. J’ai vu alors mon oncle dans la cinquantaine rajeunir, passer de pro-sarkozyste à fan de Mélenchon, un cro-magnon se revendiquer féministe, s’abonner à Causette, découvrir les soirées parisiennes underground et tester son premier acide. Un patron-entrepreneur embrasser la cause des Gilets Jaunes. Un homme solide devenir sensible… J’ai vu mon oncle devenir ce qu’il a toujours été au fond de lui.

Mon oncle est un génie génial, c’est une évidence.

Cette série est une ode à la Liberté, de celle qui vous enflamme et vous consume, celle qui fait face au futile, à la mesquinerie. La vraie liberté, celle qui élève le blasphème au rang d’étendard, celle qui rend hommage au déserteur inconnu – seul vrai héros des guerres.

© Corentin Fohlen/Divergence. Série Mon Oncle (…est un génie)

La liberté n’est pas un vain mot ni une facilité. C’est un combat de longue haleine, de toute une vie. Sans relâche, car elle est de celle qui peut facilement vous filer entre les doigts. Mon oncle est de ceux qui continuent de construire son monde. Une planète que j’imagine pleine de tous les possibles. Sans limites si ce n’est les limites de l’esprit. Pour cela il faut se libérer, c’est un apprentissage, de tous les jours. J’ai justement vu mon oncle s’épanouir et s’ouvrir avec les années, là où la plupart des hommes et femmes se referment au fil du temps.

« Être plus que soi-même est-ce possible ? ».
Cette phrase de mon oncle résume bien cette recherche. Être soi-même c’est se limiter, aller au-delà c’est se délivrer. Les images du livre sont la réalité de l’état d’esprit de mon oncle. Il est lui-même, et se laisse aller parfois à accéder plus loin qu’il ne pouvait l’imaginer. J’exacerbe le personnage qu’il a au fond de lui. Il me pousse à aller le chercher par le biais de la photographie. Ces images sont un débat d’idées en duo, un duel intérieur exubérant, une danse de l’âme à l’humour comme seule limite. Une extrême coïncidence d’une connivence de l’esprit.

Parce qu’il est à la fois artiste, ingénieur, philosophe, fou dingue, mais doux-réaliste, scientifique, bâtisseur de sa vie et architecte de son environnement, poète, utopiste-pessimiste, libéral-anarchiste.

Patrick Bard _ El dia de los muertos

INVITÉ D’HONNEUR EN 2010

BIOGRAPHIE

Membre de l’agence Signatures, Patrick Bard est photographe et romancier. Ses travaux ont été exposées en France, en Espagne, en Belgique, en Angleterre, au Mexique et aux USA et publiés dans la presse internationale. Il est l’auteur de plus de vingt ouvrages photographiques et de neuf romans traduits en espagnol, italien, grec, anglais (USA) pour lesquels il a reçu de nombreux prix. L’Amérique Latine, les frontières, la question des femmes sont au centre de son travail. En 2015, il a publié « Mon neveu Jeanne » (Ed. Loco), un essai documentaire sur le genre. Son roman sur l’embrigadement, « Et mes yeux se sont fermés » (Syros, 2016), a été récompensé par douze prix. Il a également publié une monographie sur la forêt en 2018, «Promenons-nous dans le bois » (Imogene) dont les images seront présentées à l’automne 2019 au musée Zadkine à Paris.

Photographe Patrick Bard © Marie-Berthe Ferrer

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : El dia de los muertos

2015. « Spectre », l’un des tout derniers épisodes de James Bond, débute par une impressionnante scène tournée à Mexico durant la Fête des morts, au beau milieu des chars et d’une foule grimée en squelettes. Plus mexicain, tu meurs. Sauf que l’instant doit tout à la fiction. Qu’importe, on ne montre pas impunément la mort aux Mexicains qui trouvent l’idée excellente et achètent les chars à la production, à l’issue du tournage. Le défilé de cinéma devient réalité dès l’année suivante. En 2016, 200 000 personnes le suivent ou y participent à l’occasion de la fête des Morts. En 2017, ils sont plus d’un million. Cette capacité mexicaine à donner vie aux mythes est, sans nul doute, à l’origine de la ferveur dont le peuple fait montre chaque année et de manière croissante, deux semaines durant, aux alentours de la Toussaint.

Pour comprendre, il faut revenir à la période qui suit la conquête. Si l’Église a bien intégré la fête pré-hispanique des morts, elle en a déplacé le temps. Auparavant, elle avait lieu au mois d’août, son déroulement coïncidant avec la fin du cycle agricole du maïs, de la courge, des pois et des haricots. Elle commençait avec la coupe du xócotl, un arbre dont on retirait l’écorce et que l’on décorait de fleurs. Les familles lui apportaient des offrandes vingt jours durant. Ces festivités étaient dédiées aux défunts proches. Elles étaient célébrées entre le neuvième et le dixième mois du calendrier solaire mexica correspondant aux mois de juillet et d’août et étaient placées sous la protection de Micteccacihuatl, épouse du Seigneur de la terre des morts, Mictlantecuhtli. Les crânes des sacrifiés étaient exposés sur des tzompantlis, des murs-autels de crânes. Mais la conquête change la donne.

Dans le courant du siècle qui suit la colonisation, la Fête des Morts est déplacée vers la Toussaint. Sa célébration est encore marquée par des offrandes de monnaie, de cacao, de cire pour les cierges, d’oiseaux, de fruits, ainsi que de grandes quantités de graines et de nourriture. Le premier jour est dédié aux enfants morts, le lendemain aux adultes. Des autels sont dressés – dans les foyers autochtones, surtout, au centre et au sud du pays. On y dispose les représentations des ancêtres, les quelques objets qu’ils affectionnaient, ainsi que leurs plats et boissons préférés. On se rend au cimetière pour les visiter et disposer un bouquet de fleurs. Une façon de perpétuer rituels et croyances pré-coloniaux tout en respectant à minima les traditions chrétiennes de la Nouvelle-Espagne.

Le temps passe encore. Nous sommes au début du XIXème siècle. La fête des Morts aztèque est pratiquement tombée dans l’oubli. Seules les communautés autochtones isolées du Chiapas ou de Oaxaca la célèbrent encore de façon plus traditionnelle, comme c’est toujours le cas chez les Mazatèques de Huautla de Jimenez, avec des masques de bois, en fondant des cierges en cire d’abeille, en buvant force aguardiente à base d’agave. L’indépendance du Mexique en 1821, la séparation d’avec le Guatemala en 1823, la guerre de 1836 avec les États-Unis, la perte de la moitié des territoires cédés au nord aux Américains en 1848, enfin, l’invasion française, improbable aventure impériale qui s’achève par la victoire mexicaine et l’exécution de Maximilien 1er en 1867 vont faire émerger progressivement un ardent désir d’identité nationale chez les Mexicains. En 1858, Benito Juarez, un Zapotèque originaire de Oaxaca, devient le premier président indigène de l’histoire de son pays et du continent américain. Après avoir résisté aux Français, il rétablit la république. Hélas, la démocratie est bien vite confisquée par le dictateur Porfirio Diaz, lequel sera renversé par la révolution mexicaine de 1910.

C’est à ce moment charnière que les intellectuels ressuscitent les racines autochtones du pays, s’en emparent et les revendiquent, quitte à tordre quelque peu la vérité historique. Qu’importe, le Mexique se forge déjà une réputation de géant culturel, qui, elle, est tout sauf usurpée. La Fête des morts et ses origines pré-hispaniques resurgissent un peu à la manière dont, pendant la guerre de 1870, les Français exhument la figure de Jeanne d’Arc oubliée depuis le Moyen-Âge pour réveiller un patriotisme anesthésié par Napoléon III.

Étendard de cette résurrection, la Catrina ou Catrina garbancera voit le jour en 1912 sous le crayon imaginatif de José Guadalupe Posada, un caricaturiste qui la dessine sous la forme d’un squelette coiffé d’un chapeau à voilette, parfois habillé de vêtements féminins. Le succès est immédiat. Le personnage devient très vite une figure populaire, bientôt reprise et déclinée sous de nombreuses variantes par les artistes des années 20, Diego Rivera en tête. C’est en effet lui qui la baptise Catrina (synonyme d’une élégance parfois exagérée en castillan mexicain) et l’intègre dans une fresque murale. Reproduite en masse, elle deviendra rapidement une figure consubstantielle de la mexicanité et sa popularité ira croissante jusqu’à nos jours, d’autant que le commerce s’en mêlera vite et que l’Halloween des voisins gringos s’invitera à la fête. Reflet de l’âme mexicaine, la fête des morts, ressuscitée au tournant des années 1910, est aujourd’hui tout à la fois l’incarnation d’un syncrétisme joyeux et d’un événement à la fois culturel commercial.

Définitivement, au Mexique, pays où selon Paz « La mort est la mère des formes », mourir, c’est renaître.

Patrick Bard

SOIRÉE PROJECTION VIDÉO : Mon neveu Jeanne

Dimanche 15 septembre à 20h30 projection vidéo qui traite de la question du genre « Mon neveu Jeanne » de Patrick BARD ,

Jeanne, lors de la soirée de Noël 2005, à Savigny-sur-Orge. © Patrick Bard

Angélique Boissière _ Marée

BIOGRAPHIE

À 27 ans, Angélique BOISSIERE présente son premier livre : Marée. L’occasion pour elle de se dévoiler, de dépasser sa nature un peu réservée. L’occasion pour vous de mieux la connaître, de découvrir la femme derrière la photographe.

Elle est bercée dès son plus jeune âge dans une culture artistique. Esthète dans l’âme, elle fait ses études littéraires et une école d’arts appliqués. Par la suite elle devient graphiste. En 2014, elle se lance dans la photographie argentique, avec de nombreuses inspirations en tête. Sally Mann, Francesca Woodman ou quelques grands noms de la haute-couture Paolo Roversi, Helmut Newton…Si elle a d’abord posé, elle s’est sentie plus photographe que modèle. Parce qu’on fond d’elle sommeillent des histoires…
Et quelles histoires nous raconte-telle ? Angélique nous parle de l’énigme du temps. Un temps épais, long, qui traine, et ce, alors même que nous vivons dans une ère de l’immédiat. L’argentique lui permet de prendre ce temps, de choisir minutieusement cette seconde durant laquelle elle appuie sur le déclencheur. Une photographie, ce n’est jamais un instant. Un simple fragment. Et pourtant, il est suffisamment long pour évoquer l’infini, la solitude, le silence, le mystère, peut-être même la mort…Ce faisant, ses portraits en noir et blanc au moyen format ressemblent à des souvenirs, empreints de nostalgie.
La jeune femme nous donne à voir une élégance surannée, sans pourtant qu’on puisse précisément la dater. Une élégance qui lui vient de ses longues années de danse classique et des heures passées à dessiner des modèles vivants. Elle transmet simplement une certaine conception de la beauté, sans la prétention d’élaborer un discours théorique rationnel.

Angélique une des rares femmes photographes à se consacrer essentiellement au nu féminin. Selon ses propres mots, elle fait du « portrait nu « . Mais si la nudité est présente dans ses travaux, elle n’est jamais qu’une manière de s’approcher d’une forme d’essence de l’Homme, dans la lignée de la longue tradition artistique du nu en Occident. Elle donne à voir ces femmes dans leur seule beauté, dépouillées de tout artifice, ramenées dans une espèce d’égalité originelle. Reste alors la pureté de l’émotion cristallisée par le grand noir et blanc.
Malgré ses débuts relativement récents, son travail a été remarqué lors de nombreuses expositions : au festival Beijing Photo à Pékin (2016), durant sa rétrospective à la Peep Art galerie à Bruxelles (2017), pendant le festival européen de la photographie de nu à Arles (2017), à la Galerie Claude Samuel à Paris et à la Maison de photographie de Lille, dans le cadre de l’exposition 30 under 30 women photographer (2018).
Loin d’être grisée par ses premiers succès, elle avoue humblement qu’elle ne considère jamais son travail achevé. Une éternelle perfectionniste : la jeune femme concède au bas mot qu’il manque encore des clichés à son livre. Dans sa pratique photographique, elle se cherche, inlassablement. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ses travaux disent beaucoup d’elle. Elle aime à répéter parfois les propos d’Oscar Wilde : « tout portrait peint avec sincérité est le portrait de l’artiste et non du modèle… ». Alors au fond, à quoi bon cette note biographique ?

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Marée

« Ils disent que je suis aqueuse.

Aqueuse est en leur bouche un mot tranchant car ils ne savent plus se baigner nus, et pour mieux vivre, ils ont fait de ma nudité un défaut. Ils disent que je suis instable, que je vais et que je viens pour abolir dès le lendemain l’ouvrage de la veille. Par moi pourtant furent accomplies des myriades de renaissances, mais l’orgueil des enfants déborde : il leur cache jusqu’au voile qui les aveugle. Ils crient si je tarde, ils crient si je me montre froide, sans comprendre que leur cœur est abstrait de la mesure du monde, et qu’ils ne lui commandent pas.

Ils ne me commandent pas.

J’abreuve et me retire avec ou sans eux : je les précède, leur survis, et ma muette leçon n’a nul besoin d’être entendue. Je porte la vie comme le sang maintient la leur. Je porte leur reflet et leur négation, et ils ferment les yeux face au paradoxe. Leurs paupières sont vides quand je suis le plein. En moi, la vérité pure, l’innocence dans ce qu’elle offre de tendre et de cruel. En moi l’âpreté de l’hiver et la torpeur de l’été, en moi nourriture, vie, repos, mort. Si l’on veut m’aimer, que l’on me prenne pour ce que je suis, rien d’autre.

J’ondule, indifférente à la crainte et à l’admiration ; je suis, et cela doit nous être suffisant.

Il est des âmes qui viennent à moi sans craindre cette nudité. Elles s’écorchent les pieds à ma rencontre, restent accroupies au bord de mes flancs, frissonnent sous mes embruns. Ainsi exposées, vulnérables contre ma force, elle ont abandonné leur fardeau pour mieux s’abreuver. Elles s’unissent en moi sans jamais se confondre, deviennent paysage en observant mon portrait, et leur unité grandit quand à travers elles je me fais multiple.

L’homme les a appelées nymphes parce qu’il pensait que seul le divin était capable de se montrer nu. Dieu est mort, et la vêture a pris sa place, mais pas la mienne. Je reste là, au milieu de moi-même, au milieu d’elles, insensibles au dédain que la marche du monde nous porte, à nous autres aqueuses. »

Laure Vouters – Serge et Jacqueline

Laure-VoutersLaure VOUTERS – FRANCE  Née à Arras en 1962, elle vit à Lille. Après des études d’arts appliqués, j’ai travaillé dans la communication en tant que directrice artistique pendant une trentaine d’années. Depuis 5 ans, je suis engagée dans la photographie d’auteur renouant avec un apprentissage de création liée à mon besoin de partage et d’ouverture. Pour commencer, j’ai travaillé en noir et blanc sur des séries liées au voyage (Berlin, Tokyo, Porto…), puis mon rapport au monde m’est réapparu “en couleur”, un lien évident avec ma pratique initiale de peintre.

Autodidacte et curieuse des parcours des gens d’images, j’ai participé à différents workshops avec Christian Caujolle, Cédric Gerbehay, Frédéric Lecloux, Jane Evelyn Atwood et Denis Dailleux.
Poussée au plus profond de moi-même par un “appel à voir”, je vais là où l’intuition m’emmène capter une atmosphère, une émotion, une particularité qui perturbe ou retient mon attention. Je cherche à mettre en place une esthétique simple qui donne à voir le spectacle lumineux d’un quotidien à l’apparence souvent modeste. Cette esthétique se déploie dans mon travail “Serge et Jacqueline” et dans un autre projet en cours autour de l’univers intime de “René”, forain en Belgique…

Je travaille avec un Leica MP240

Exposition :

– “Là-bas” 2e Nuit contemporaine de la photographie Paris, octobre 2014
– “L’Ombre Nécessaire” lauréate du Concours Hélio, Galerie Nadar Tourcoing, mai 2015
– “L’Ombre Nécessaire” Galerie Rastoll, exposition collective Urbanitas 4, février 2016
– “Saudade” sélectionnée dans le parcours Off d’Images Singulières, mai 2016
– “La ligne 13” Médiathèque de Rosult, septembre/octobre 2016
-“Saudade” Galerie Rastoll, exposition collective Urbanitas 5, février 2017
– ”Serge et Jacqueline” lauréate du prix Sophot 2018
– Exposition Galerie Fait & Cause 15 mai/13 juillet 2018

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Serge et Jacqueline

L'histoire de Serge et Jacqueline

Le 10 avril 2015, j’ai ouvert une porte, ou plutôt une porte s’est ouverte à moi sur un espace inconnu. C’était si fort que j’y suis restée. Avec le temps, je suis rentrée dans quelque chose qui dépasse le sujet, une vie attachante. Serge et Jacqueline me donnent tout ce qu’ils ont, une présence et une disponibilité. Mon geste photographique coule dans leur quotidien. Le couple, la religion, le mariage, la famille, la maladie, les animaux, le déménagement…

Mon regard devient englobant et bienveillant sur cette réalité portée par une certaine sensibilité mystique qui me renvoie aux premiers mots de Jacqueline :

C’est le Seigneur qui vous envoie  !

La liberté témoignée par Serge et Jacqueline s’inscrit dans un vrai travail photographique. Les préjugés, les étiquettes, les stéréotypes tombent. C’est un message de tolérance et d’acceptation que j’ai reçu et que je souhaite partager. Leur histoire devient la mienne. En images et en dires, le récit d’un échange lumineux et bienveillant, la trace des petits fils tissés entre nos humanités.

Thomas Morel-Fort – Une vie à servir

Autoportrait-Thomas-Morel-FortThomas MOREL-FORT – FRANCE
Après des études à l’institut National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS) à Bruxelles et un parcours universitaire à la Sorbonne (Licence en Philosophie) et à la Sorbonne Nouvelle (Licence de Cinéma). Thomas décide de se consacrer pleinement à la photographie. En 2012, il est diplômé de Icart Photo, promotion Remi Ochilk et obtient l’European Bachelor of Photography. La même année il travaille chez Sipa Press puis au journal Le Parisien. Basé à Parie, il est membre du studio Hans Lucas depuis 2015. Son travail a été publié dans Grazia, Le Parisien, l’Express, L’Obs, Paris Match, La Croix, Le Figaro, Épic Stories.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Une vie à servir

Plus de 50 000 Philippins vivent en France. Plus de la moitié d’entre eux sont des travailleurs clandestins sans-papiers. Ce reportage se concentre sur les femmes de ménage surnommées « Filipinas » qui représentent 80 % de cette main-d’œuvre domestique et qui travaillent le plus souvent dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien et dans des villas de la Côte d’Azur.

Filipinas

Octobre 2016. Paris 16e. Myrna travaille dans un des appartements de ses employeurs qu’ils louent en air’bn’b.
Myrna , 48 ans, est arrivée à Paris il y a six ans . Elle travaillait pour une princesse saoudienne en Arabie Saoudite. Pendant les vacances de la famille de sa patronne à Courchevel, elle s’est enfuie avec une autre employée philippine de leur chalet. Après s’être cachée pendant quelques mois dans un foyer de sans abri elle a pu se rendre à Paris.

Pendant trois ans, j’ai pu suivre au plus près le quotidien de plusieurs « Filipinas » Donna, Tita, Myrna et Jhen.  Donna et ses amies ont laissé leurs familles et leurs enfants aux Philippines pour travailler dans les beaux quartiers à Paris. La condition de domestique est leur «  destin » disent ces jeunes femmes. Je me suis fait embaucher pendant 1 mois et demi avec elles.

Stéphane Brouchoud – Soldats inconnus…retrouvons la mémoire

Stephane Brouchoud

Stéphane BROUCHOUD – FRANCE
L’aventure commence dans le début des années 90, le jour ou j’ai emprunté et jamais rendu le konica TCX de mon père, en couleur au début, puis très vite, en noir et blanc.
Un peu frustré et mécontent de mes premiers résultats, je décide d’intégrer le photo club de Salaise-sur-Sanne, s’ensuit alors une intense activité photographique et une pratique assidue du labo. Dans les effluves acétiques, je découvre la difficulté de l’art du tirage. Quelques voyages plus loin, au bout de ces nuits noires et de ces rêves barytés, nous créons en 1998 avec 3 amis photographes, le collectif en marge qui nous permet de mettre au point de nombreux projets d’exposition. Le collectif existe toujours aujourd’hui et réalise des travaux d’illustration et d’exposition.
Dans les années 2000, ma pratique photographique évolue et devient plus locale, plus de proximité, elle permet ainsi de mettre au point plusieurs projets en relation avec le territoire qui m’entoure. Adepte du noir et blanc argentique, je mixe souvent les procédés analogique et numérique afin de mener à bien mes travaux.
Depuis 2011, je suis membre de l’association autochtone, structure grâce à laquelle j’ai pu mener à bien différents projets d’exposition, et qui me permet aujourd’hui de travailler sur plusieurs sujets, le fleuve Rhône et les « terres froides en Isère » notamment.
En activité salariée dans le privé, je suis un « photographe ouvrier » ou un « ouvrier photographe », et ma pratique photographique tend à révéler les émotions, et quand bien même cela n’arrive pas, je m’imagine sous l’ovule pâle du jour doué d’existence.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Soldats inconnus…retrouvons la mémoire

« Soldats inconnus… retrouvons la mémoire » est un projet photographique sur la Première Guerre mondiale. Porté par l’association Autochtones et conçu par Stéphane Brouchoud, ce travail de mémoire a été labellisé en mars 2016 par la mission centenaire sur la guerre 14-18 au niveau national.

Au début de l’année 2014, la première partie du projet m’a entrainé dans une quête photographique à la recherche de visages de soldats isérois morts pendant la Première Guerre mondiale. J’ai visité plus de 300 cimetières en Isère, et trouvé peu de traces existantes. Beaucoup de ces témoignages visuels sont aujourd’hui à peine visibles, car les traits des visages s’estompent et se confondent avec la couleur de fond du support. Parfois, la rouille trace des trainées couleur de sang le long du portrait, parfois la céramique a éclaté à la manière d’un impact de balle. Cent ans que cela dure, cent ans que les éléments s’acharnent sur le visage de nos aïeux : c’est l’ultime témoignage d’une génération qui s’évapore. Fini le temps des bombes, fini le temps des regrets, oubliée la blancheur des os, bienvenue dans l’inconnu. Mémoire soldats inconnus

La prise de vues des lieux de combat et de décès de ces hommes formait la deuxième partie du projet. Après de longues recherches, j’ai pu déterminer le plus précisément possible le lieu des paysages linceuls et parcourir l’ancien front, de Belgique en Alsace. J’ai traversé les champs de boue de Champagne, erré dans les mornes plaines de la Somme, marché dans les forêts de Verdun nourries du sang des soldats, à la recherche d’un indice m’indiquant le passage de ces hommes et j’ai peut-être mis mes pas dans leurs pas.

Nous sommes des « machines à oublier ». Le sujet s’est imposé à moi comme une évidence, il fallait témoigner pour préserver le souvenir. Tous ces regards sortis du passé nous interrogent sur notre rapport à la mémoire et notre faculté d’oubli. Rendre hommage à cette génération sacrifiée, conserver le souvenir de ces hommes en leur redonnant une identité visuelle, une réalité, tels sont les buts du projet. Chaque visage photographié est une tragédie dans la tragédie : des centaines de destins se sont liquéfiés dans la masse confuse de l’histoire. Aujourd’hui, je pense aux autres, à ceux d’Artois, des Vosges, de l’Aisne, de Champagne, à ceux que je n’ai pas pu photographier et dont les âmes errent en quête de gratitude.

Le 10 juin 2016, je suis de passage au cimetière d’Izeaux en Isère, pour refaire le portrait de Justin Marchand qui ne me plait pas. Je connais l’emplacement de sa tombe, je m’y rends directement et je trouve la place nette, débarrassée de la vieille croix en ferraille et du portrait qui y était accroché : des graviers blancs reflètent désormais l’écume des jours. Justin, tu n’es pas mort glorieusement, tu es mort à 26 ans de maladie pendant la guerre, pauvre piou-piou, pauvre vie insignifiante, « mort pour la France ». Le passant ne s’arrêtera plus devant ton portrait, bienvenue dans l’inconnu…

Stéphane Brouchoud

Alexandre Sattler – Monde de beauté – éclats de joie

« Le voyage et l’immersion culturelle occupent une place déterminante dans les photographies et les documentaires sonores réalisés par Alexandre Sattler.

Né en 1980, Alexandre a grandi dans les montagnes. Son terrain de jeu était la forêt et les fermes avoisinantes. Très vite, il a développé le goût du vivant. Son amour de la nature l’a amené à suivre des études de naturaliste. Par soif de découverte, il décide de partir en Afrique à 20 ans, puis il rentre en France pour finir ses études d’accompagnateur en montagne et de guide naturaliste et reprend la route dès que possible. Alexandre décide en 2002 de partir 6 mois en Australie à la rencontre des peuples aborigènes. Il obtient une bourse de Jeunesse et Sport pour mettre en place une conférence diaporama sur les espèces animales et végétales australiennes.

Dès lors, les voyages et missions en tant qu’expatrié à l’étranger se sont enchaînés, sur les 10 dernières années. Alexandre, photographe voyageur humaniste, a été plus de la moitié de son temps sur les routes à la découverte de la planète et de ses habitants (Japon, Australie, Birmanie, Inde, Népal, Mongolie, Togo, Ghana, Russie, Corée, Laos, Vietnam, Bangladesh, Chine, Maroc, etc.). Dans ses nombreuses pérégrinations, Alexandre s’est toujours appliqué à partager ses expériences de vie à travers la photographie ou la création d’émissions radio.

En 2006, il fonde l’association Regard’Ailleurs, toujours dans l’idée de partager les différences qui nous éloignent et nous unissent.

Quand il est en France, il travaille pour une radio libre et se forme au journalisme pour les radios indépendantes. Il produit des documentaires sonores, interviews et reportages diffusés sur plus de 50 radios en France. Carbone Zéro et Regard’Ailleurs sont ses émissions diffusées les plus connues.

Que ce soit pour la photographie ou la radio, son studio est le terrain sur lequel il évolue avec son regard curieux et ses oreilles attentives aux rencontres et aux différences.

2014, 2015, 2017 finaliste du concours « Les photographies de l’année » dans la catégorie reportage.

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Monde de beauté – éclat de joie

« L’exposition “éclats de joie” accompagne la sortie du livre du même nom. Le livre est le projet de deux citoyens du monde : Alexandre, photographe globe-trotter, et Stéphanie, petite plume intrépide.

Tous deux croient en une idée simple : aimer ce monde nous donne l’énergie de le rendre meilleur.

Vieille dame de l’éthnie des Xi en Chine dans la province du Yunann.

Les images colorées, pleines d’humanité d’Alexandre et la poésie lumineuse de Stéphanie s’unissent alors pour partager leurs plus belles émotions. Des sourires, des paysages, des regards, de l’amour et de la joie…

Alexandre part à la rencontre de cette joie que nous avons oubliée, dans sa sincérité. Les personnes qu’il photographie lui partagent ce qu’ils ont de plus vrai : leur cœur. Car c’est un véritable moment de complicité que cet artiste crée avant de prendre une image. Au-delà d’une simple photo, il saisit chaque instant dans la pureté de la relation.
C’est au travers de toutes les cultures qu’il a côtoyées qu’il nous livre aujourd’hui son bel ouvrage. De ces liens qu’il crée naturellement et avec bienveillance, Alexandre réapprend la joie et nous la transmet avec tendresse et poésie. »

MBirmanie, trois moines se promène dans une pagode avec leur ombrelle pour se protéger des rayons du soleil, au Myanar, dans la ville de Bagan

Étienne Mariaud – Crazy stripes

Étienne Mariaud, 34 ans, originaire d’Angoulême.

Passionné par la photographie depuis très jeune et depuis 5 ans, c’est en autodidacte que j’aime immortaliser certains moments de vie.
J’aime tout particulièrement la street photographie, mais j’ai un faible pour l’exercice de l’autoportrait.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Crazy stripes

Cette idée de série d’autoportraits a commencé en 2014 après une simple première photo prise un peu pour des essais et qui m’a tout de suite donné l’idée de continuer chaque semaine avec un nouvel autoportrait, en jouant avec des trompe l’œil , puis par la suite de ces photos, jouer avec les lignes de cette marinière, en essayant tout simplement de faire vivre cette marinière et lui donner sa propre histoire .


J’ai fait cette série pour le fun, j’ai toujours voulu rester décalé et dans une certaine forme d’humour !

Olivier Avez – À 20 cm de l’âme

Olivier Avez, photographe nordiste amoureux de sa région, aime surprendre. Ses clichés sont remarquables par leur sensibilité. Dans l’objectif de cet artiste autodidacte, des scènes de vie commune prennent des dimensions de spectacles émouvants, et des passants anonymes deviennent des sujets puissants, voire parfois dérangeants.
Pour lui, chaque photo est une histoire à partager pour découvrir un lieu, une personne, une situation.
Shoots instinctifs mais aussi posés comme ces portraits de SDF.
Son crédo : donner à sa composition l’expression d’une émotion à partager.
Pour ce nouvel exercice, l’appareil photo en bandoulière, il a glané les attitudes, les postures de ces hommes et femmes de la rue, devant un magasin, sous un porche, ou ailleurs.
Il en a fait des portraits sans fard, sans mise en scène, loin des clichés photoshopés, lisses et maquillés. Il en ressort de très beaux visages.
Un bel hommage à tous ces invisibles rendus visibles, à qui il rend leur beauté, leur humanité.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : À 20 cm de l’âme

Chaque portrait est photographié à vingt centimètres du visage.
Comme j’étais tellement près de son visage, un de mes modèles m’a dit un jour, « Tu veux photographier mon âme ! », d’où le titre de cette série.