Angélique Boissière _ Marée

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Marée

« Ils disent que je suis aqueuse.

Aqueuse est en leur bouche un mot tranchant car ils ne savent plus se baigner nus, et pour mieux vivre, ils ont fait de ma nudité un défaut. Ils disent que je suis instable, que je vais et que je viens pour abolir dès le lendemain l’ouvrage de la veille. Par moi pourtant furent accomplies des myriades de renaissances, mais l’orgueil des enfants déborde : il leur cache jusqu’au voile qui les aveugle. Ils crient si je tarde, ils crient si je me montre froide, sans comprendre que leur cœur est abstrait de la mesure du monde, et qu’ils ne lui commandent pas.

Ils ne me commandent pas.

J’abreuve et me retire avec ou sans eux : je les précède, leur survis, et ma muette leçon n’a nul besoin d’être entendue. Je porte la vie comme le sang maintient la leur. Je porte leur reflet et leur négation, et ils ferment les yeux face au paradoxe. Leurs paupières sont vides quand je suis le plein. En moi, la vérité pure, l’innocence dans ce qu’elle offre de tendre et de cruel. En moi l’âpreté de l’hiver et la torpeur de l’été, en moi nourriture, vie, repos, mort. Si l’on veut m’aimer, que l’on me prenne pour ce que je suis, rien d’autre.

J’ondule, indifférente à la crainte et à l’admiration ; je suis, et cela doit nous être suffisant.

Il est des âmes qui viennent à moi sans craindre cette nudité. Elles s’écorchent les pieds à ma rencontre, restent accroupies au bord de mes flancs, frissonnent sous mes embruns. Ainsi exposées, vulnérables contre ma force, elle ont abandonné leur fardeau pour mieux s’abreuver. Elles s’unissent en moi sans jamais se confondre, deviennent paysage en observant mon portrait, et leur unité grandit quand à travers elles je me fais multiple.

L’homme les a appelées nymphes parce qu’il pensait que seul le divin était capable de se montrer nu. Dieu est mort, et la vêture a pris sa place, mais pas la mienne. Je reste là, au milieu de moi-même, au milieu d’elles, insensibles au dédain que la marche du monde nous porte, à nous autres aqueuses. »

BIOGRAPHIE

À 27 ans, Angélique Boissière présente son premier livre : Marée. L’occasion pour elle de se dévoiler, de dépasser sa nature un peu réservée. L’occasion pour vous de mieux la connaître, de découvrir la femme derrière la photographe. Elle est bercée dès son plus jeune âge dans une culture artistique. Esthète dans l’âme, elle fait ses études littéraires et une école d’arts appliqués. Par la suite elle devient graphiste. En 2014, elle se lance dans la photographie argentique, avec de nombreuses inspirations en tête. Sally Mann, Francesca Woodman ou quelques grands noms de la haute-couture Paolo Roversi, Helmut Newton…Si elle a d’abord posé, elle s’est sentie plus photographe que modèle. Parce qu’on fond d’elle sommeillent des histoires…
Et quelles histoires nous raconte-telle ? Angélique nous parle de l’énigme du temps. Un temps épais, long, qui traine, et ce, alors même que nous vivons dans une ère de l’immédiat. L’argentique lui permet de prendre ce temps, de choisir minutieusement cette seconde durant laquelle elle appuie sur le déclencheur. Une photographie, ce n’est jamais un instant. Un simple fragment. Et pourtant, il est suffisamment long pour évoquer l’infini, la solitude, le silence, le mystère, peut-être même la mort…Ce faisant, ses portraits en noir et blanc au moyen format ressemblent à des souvenirs, empreints de nostalgie.
La jeune femme nous donne à voir une élégance surannée, sans pourtant qu’on puisse précisément la dater. Une élégance qui lui vient de ses longues années de danse classique et des heures passées à dessiner des modèles vivants. Elle transmet simplement une certaine conception de la beauté, sans la prétention d’élaborer un discours théorique rationnel.
Angélique une des rares femmes photographes à se consacrer essentiellement au nu féminin. Selon ses propres mots, elle fait du « portrait nu « . Mais si la nudité est présente dans ses travaux, elle n’est jamais qu’une manière de s’approcher d’une forme d’essence de l’Homme, dans la lignée de la longue tradition artistique du nu en Occident. Elle donne à voir ces femmes dans leur seule beauté, dépouillées de tout artifice, ramenées dans une espèce d’égalité originelle. Reste alors la pureté de l’émotion cristallisée par le grand noir et blanc.
Malgré ses débuts relativement récents, son travail a été remarqué lors de nombreuses expositions : au festival Beijing Photo à Pékin (2016), durant sa rétrospective à la Peep Art galerie à Bruxelles (2017), pendant le festival européen de la photographie de nu à Arles (2017), à la Galerie Claude Samuel à Paris et à la Maison de photographie de Lille, dans le cadre de l’exposition 30 under 30 women photographer (2018).
Loin d’être grisée par ses premiers succès, elle avoue humblement qu’elle ne considère jamais son travail achevé. Une éternelle perfectionniste : la jeune femme concède au bas mot qu’il manque encore des clichés à son livre. Dans sa pratique photographique, elle se cherche, inlassablement. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ses travaux disent beaucoup d’elle. Elle aime à répéter parfois les propos d’Oscar Wilde : « tout portrait peint avec sincérité est le portrait de l’artiste et non du modèle… ». Alors au fond, à quoi bon cette note biographique ?

Benoit Courti _ Deep Black

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Deep Black

La série « Deep Black » propose de révéler des moments gorgés d’émotions dans une esthétique minimale et graphique. Une mise en lumière de sujets simples, de compositions épurées tout en essayant de conserver une forte symbolique. Toutes les images sont baignées dans un fond noir profond afin de perdre les notions d’espace et de temps. L’abstraction de l’environnement, de toute référence temporelle permet de mieux focaliser sur le sujet. J’aime la façon dont on peut utiliser ce fond noir sans limites, jouer avec la profondeur, comme si ces instants étaient transposés dans un infini.

BIOGRAPHIE

Benoit Courti est un photographe et musicien français autodidacte qui donne au noir et blanc une saveur particulière. Ses clichés véhiculent un spectre de sensations inattendues tant ils donnent à voir des atmosphères particulières.

Après quelques années de France à l’Allemagne, il a posé ses valises au bord de l’océan Atlantique où il balance entre musique et travail photographique.

Emmanuel Tardy _ Wild in Black

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Wild in Black

La nature offre de très belles lumières. Le principe même de la photographie est de retranscrire au mieux celles-ci à travers les sujets et les ambiances observés. Partant de ce constat, je prends le parti inverse afin de proposer un concept à dominante noire suggérant seulement les animaux rencontrés.

Reconnaître un animal uniquement à partir de sa silhouette, mettre en valeur un sujet sur la base d’une ombre ou d’un fond noir en occultant son environnement, tel est le crédo de cette exposition. Entre photo et peinture, il n’y a qu’un pas, celui de dessiner avec la lumière naturelle les sujets observés.

BIOGRAPHIE

Bourguignon de naissance, ce sont pourtant les océans qui auront raison de moi. Entre 1998 et 2005, je prends part à plusieurs travaux scientifiques au sein d’une station de recherches sur les mammifères marins, et participe à plusieurs expéditions en mer de Cortez, en Norvège et en Patagonie. Après plusieurs séjours aux Açores, j’accompagne durant une saison des éco-volontaires sur l’île de Pico comme guide naturaliste.

Aujourd’hui, équipé de mes boîtiers Canon, je continue à parcourir le monde en quête de face-à-face avec la faune locale. Des ours de Finlande aux insectes d’Amazonie, il n’y a qu’un pas… celui de l’émotion d’une observation, où l’homme et l’animal se considèrent mutuellement. La photographie me permet ainsi de sensibiliser le public face à la beauté des paysages de notre planète et des espèces rencontrées. Passer du rêve d’une rencontre à la réalité de la vivre, je cherche avant tout à partager mes connaissances, ma passion et mon expérience des voyages naturalistes.

Mais le plus beau reste à venir… Mon prochain voyage, avec de nouvelles rencontres !

Javier ARCENILLAS _ Prix Lucas Dolega 2019_ Latidoamerica : La violence en Amérique Latine

Herman Omar Benegas Palma membre de la Mara MS, abattu à l’intérieur de sa voiture sur la route du Miracle à Villanueva San Pedro Sula, son véhicule reçoit 40 coups de feu.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Latidoamerica – La violence en Amérique Latine

Un essai sociologique sur l’Amérique Latine, la zone la plus violente du monde, avec tous les drames et misères qu’elle engendre. L’impuissance de la douleur et l’enfer vécu par les victimes d’assassins dans ce décor quotidien qu’est la guerre, où la violence fait toujours la une sanglante de l’actualité.

Il est absolument nécessaire de montrer et d’expliquer cette histoire pour montrer la vraie nature de la violence, car les journaux, la télévision et les magazines ne le font pas actuellement. C’est vraiment dommage, car il est malheureusement nécessaire que ces histoires trouvent leur voix dans la société.

L’Amérique Centrale est considérée comme étant un des endroits les plus violents du monde. Chaque jour, dans les rues de villes comme San Pedro Sula, Guatemala City, Tegucigalpa, San Salvador et Mexico City, meurtres, vols, et autres actes de violence, sont de plus en plus fréquents.

Les derniers maillons grotesques de cette chaîne de violence sont le narco-tourisme en Colombie, et le tourisme extrême en Amérique Centrale, qui transforment ces territoires déjà tâchés de sang et de larmes en cirque.

Les politiques internes de ces régions sont inefficaces et instables, le trafic de drogue vers les États-Unis incontrôlable et dangereux, sous la houlette des Maras, ou le contrôle de la frontière par les Zetas, ce qui fait de l’endroit une zone de guerre quotidienne. Le rapport de l’Organisation des États-Unis montre que dans un pays comme le Honduras, il y a une mort violente toutes les 74 minutes, alors que le pays n’est pas en état de guerre. En 2012, c’était le pays le plus violent du monde, avec un total de 7104 meurtres rapportés à la police.

Dans ces endroits, c’est un travail courant pour des enfants et des jeunes que d’être utilisés et entraînés à devenir des Sicarios (hommes de main). Ils sont attirés par l’argent facile et se sentent respectés et craints. Cette formation de jeunes tueurs, venus des strates les plus basses de la société, ne fait qu’augmenter le nombre de morts. Le peu de protection et de défense des enfants dans ces sociétés et dans ces situations de violence est alarmant.

EXPOSITION PARTENAIRE : Prix Lucas Dolega

Le Prix Lucas Dolega est destiné à soutenir les photographes qui exercent leur activité dans des conditions souvent difficiles et sur des zones pouvant comporter des risques pour assurer la diffusion d’une information libre et indépendante. Il a pour essence de récompenser un photographe qui par son engagement personnel, son implication sur le terrain, ses prises de position et la qualité de son travail, aura su témoigner de son attachement à la liberté de l’information.

Javier Acenillas à reçu le prix Lucas Dolega 2019

BIOGRAPHIE

Humaniste, psychologue à l’Université Complutense de Madrid. Javier Arcenillas enseigne le photojournalisme et la photographie à l’école Internationale PICA.

Il développe des essais humanitaires où les personnages principaux sont intégrés dans des sociétés qui cloisonnent et attaquent la raison et les droits de l’homme, dans un monde de plus en plus indifférent.

Plusieurs récompenses lui ont été attribuées, pour en citer quelques-unes :
– Le prix Art Press, KODAK, Jeune photographe
Le prix Atlanta Journalism (meilleur photographe)
Une bourse du Fonds Social Européen
Le prix Fujifilm Fotopress
POYi
Le prix Sony World Photographic, 2010
Fotoevidence 2011
Le Terry O’Neill Award, 2012 et 2014
Photographe de l’année 2014, Moscou Photo Award 2014
Bourse Getty Image 2015
POYi Latam 2017
Photo de presse mondiale 2018

Tout au long de ces années, il a réalisé des projets sur l’Amérique Latine, comme “Territorios”, en JamaÏque, un travail qui se rapproche de “Traffic of Marihuana” ou de celui sur l’école Olympique de Boxe de La Havane. En 2013, il entre dans le dictionnaire des photographes espagnols. Il a publié quatre livres, “City Hope” sur les villes satellites qui émergent près des décharges d’Amérique Latine, “Welcome”, qui raconte l’histoire de réfugiés Rohingya de Myanmar dans le camp Kutupalong, “Sicarios”, sur les hommes de main en Amérique Centrale et UFOPRESENCES en 2018. En 2016, La Fabrica publie un Photobolsillo dans la collection des Photographes Espagnols. Ses articles les plus complets en dehors de la presse espagnole peuvent se trouver dans Time, CNN, iL Magazine, Leica Magazine, Der Spiegel, Stern, GEO, VICE News, National Geographic, TRIP, El Mundo, El Pais Semanal, Planeta Futuro, Zazpika, El Periodico de Guatemala, pour les magazines les plus importants. En ce moment, il travaille sur un projet pour Photographie Humanitaire. Ses articles et publications se retrouvent dans El Pais et El Mundo, El Confidential et Libero.

Pierre Faure – France périphérique

Portrait Pierre FaurePierre FAURE – FRANCE
Né en 1972 et vit en France, il a étudié les sciences économiques.
De 2012 à 2014 il aborde les thèmes de la grande précarité et de l’exclusion. Il passe une année sur un bidonville « Tziganes », en 2012 et deux années en centre d’hébergement d’urgence et centre d’hébergement et de réinsertion sociale « Les Gisants », 2013, « Le Bateau », 2014. Devenu membre du studio Hans Lucas en 2013, il documente la montée de la pauvreté en France, en parcourant l’ensemble du pays depuis 2015.
Prix Roger Pic, 2016 I Prix I shot it, 2017 I Prix Albert Kahn, 2018 I Prix Fidal, 2018

Association Camille LeapgePierre Faure à reçu le prix Camille Lepage en 2017

L’association Camille Lepage – On est ensemble décerne depuis 2015 un prix aux photographes engagé(e)s dans un projet au long cours. Ce prix doté de 8OOO€ est remis durant le festival  » Visa pour l’image « . Depuis 2 ans la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF) s’engage aux côtés de l’Association Camille Lepage – On est ensemble pour financer le prix .

EXPOSITION PARTENAIRE : France périphérique

Montée de la pauvreté en France, témoignage photographique.

Depuis 2015, je documente la montée de la pauvreté en France en privilégiant les zones rurales et péri-urbaines. Ce travail a pour but de rendre visibles et concrètes les conditions de vie d’une partie de nos compatriotes.

Le titre « France Périphérique » est emprunté à l’ouvrage éponyme du géographe Christophe Guilluy qui aborde les problématiques politiques, sociales et culturelles de la France contemporaine par le prisme du territoire. Il s’intéresse à l’émergence d’une « France périphérique » qui s’étend des marges périurbaines les plus fragiles des grandes villes jusqu’aux espaces ruraux en passant par les petites villes et villes moyennes. Il souligne que désormais 60 % de la population — et les trois quarts des nouvelles classes populaires — vit dans cette « France périphérique », à l’écart des villes mondialisées.

La France compte 8,8 millions de pauvres (INSEE, 2016) et 2,3 millions de personnes vivent au mieux individuellement avec 672 euros par mois. Comble pour l’un des premiers producteurs agricoles mondiaux, pour manger, près de deux millions de personnes auraient eu recours à l’aide alimentaire en 2015 (Observatoire des inégalités).

Économiste de formation, je m’intéresse aux évolutions qui modifient la société française en profondeur, sur le long terme. La pauvreté a baissé à partir des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990. Elle est ensuite restée plutôt stable jusqu’au début des années 2000 avant d’augmenter.

Depuis 2004, le nombre de personnes pauvres a progressé de 1,2 million (+ 30 %). Ce mouvement de hausse constitue un tournant dans l’histoire sociale de notre pays. La dégradation économique enregistrée depuis 2008 pèse tout particulièrement sur les moins favorisés (source : L’Observatoire des inégalités).

Mon objectif est donc de réaliser un témoignage photographique de la hausse structurelle de la pauvreté dans l’hexagone.
Montée de la pauvreté en France

Au-delà des statistiques, le phénomène est peu visible. Pourquoi  ? Les analyses de Pierre Bourdieu et Michel Legros peuvent nous éclairer. Selon le premier, l’invisibilité sociale est un effet de la domination. L’espace social est un espace clivé, divisé entre dominants et dominés. Dans la conception la plus large, l’invisibilité concerne tous ceux que les dominants estiment ne pas relever d’une vie normale et accomplie.
Pour Michel Legros (Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale), l’invisibilité peut constituer un mode de régulation de la pauvreté. Il s’agit alors de rendre les pauvres invisibles. Les politiques urbaines visent notamment à « nettoyer » l’espace public en évitant que les pauvres ne l’occupent trop massivement pour ne pas déranger le reste de la population. La rénovation urbaine a pu conduire à repousser les pauvres toujours plus loin en périphérie, et la politique de mixité sociale passe en réalité par l’expulsion plus ou moins directe et négociée de catégories que l’on ne souhaite plus voir dans les espaces rénovés. (ONPES).
Je souhaite que ce témoignage rende visibles et concrètes les conditions de vie d’une partie de nos compatriotes. Que des visages se substituent aux statistiques afin d’apporter au public des éléments de sensibilisation et de compréhension.
Car le regard des Français sur les pauvres se fait plus dur. Selon une enquête du Crédoc (1) portant sur un échantillon représentatif de 2 000 personnes, effectuée de décembre 2013 à janvier 2014, et publiée le 12 septembre 2014, 37 % des Français pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n’ont pas fait d’efforts pour s’en sortir alors qu’ils n’étaient que 25 % en 2009, au déclenchement de la crise.

(1) CREDOC : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

Exposition hommage – Stanley Greene by NOOR

© Charlie Abad

Stanley GREENE USA/FRANCE Né en 1949 à Brooklin (New-York).
Photojournaliste légendaire, membre de l’Agence VU de 1991 à 2007, et membre fondateur de l’agence NOOR, créé en 2007.
Stanley a commencé sa carrière dans les années 1970 en photographiant pour des magazines et a travaillé comme photographe temporaire pour le New York Newsday.
En 1986, il s’installe à Paris et commence à couvrir les événements et les conflits à travers le monde. Il à travaillé pour Libération , Paris Match, TIME, The New York Times Magazine et Newsweek, entre autres connu pour sa couverture du conflit en Tchétchénie (1994-2001).
Auteur des livres : The Western Front (André Frère Éditions, Roquevaire, 2013), Black Passport (Schilt Publishing, Amsterdam, 2010), Open Wound : Chechnya 1994-2003
(Trolley Books, London, 2003) et Dans les Montagnes où vivent les aigles (Actes Sud, Arles, 1995).
Il a reçu de nombreuses subventions et reconnaissances, y compris le Prix d’Or pour l’ensemble de ses réalisations (2016), le Prix W. Eugene Smith (2004) et cinq prix World
Press Photo.
Stanley Greene est décédé à Paris le 19 mai 2017.

EXPOSITION HOMMAGE –  Stanley Greene by NOOR

Prima ballerina Anna Zharova of the Novosibirsk Opera and Ballet Theatre.
Stanley Greene / NOOR

 

 

 

Grozny

Grozny. Janvier 1995. L’approvisionnement en vivres et en eau s’est arrêté quelques jours après l’agression. Des hommes et des femmes cherchaient à se nourrir parmi les obus qui explosaient. Gagner le contrôle de Grozny n’a pas pris aux Russes des heures, mais des semaines. Les Tchétchènes étaient difficiles à battre parce qu’ils ne participaient pas à une guerre conventionnelle. Pendant le siège, la plupart des rebelles s’entraînaient au sud de la ville car Le général Maskhadov savait qu’une importante force mal armée aurait pu être bouclée et piégée avec une relative facilité. Plus important encore, les anciens arpenteurs de la ville et les urbanistes étaient maintenant des combattants, donnant au commandement tchétchène une connaissance intime des artères cachées et des conduits des systèmes de gaz et d’eau de la ville. Jour et nuit, ils ont infiltré les lignes russes avec des centaines d’équipes de trois hommes qui sortaient de nulle part, généralement deux carabiniers protégeant un combattant avec des roquettes antichars. D’innombrables véhicules blindés de transport de troupes russes ont été détruits aux intersections et aux points stratégiques avec d’énormes pertes.

 

 

 

 

 

Cher Stanley,

Vous m’avez dit une fois lors de l’une de nos conversations secrètes Skype: « Vous savez à quel point une fleur sent bon quand tu as senti la mort« .

Vous nous avez quittés il y a quelques semaines maintenant, et vos mots sont toujours dans mon esprit et j’en suis sûr, dans beaucoup d’esprits.

À cause de gens comme vous, j’ai développé un fort intérêt et je crois en la narration et au photojournalisme. Comme vous l’avez dit à plusieurs reprises, « certaines choses doivent simplement être vues. »

J’ai vu ton travail et je me suis dit, c’est exactement ce que je veux faire et c’est ainsi que je veux que ma vie soit: utile et significative. L’un de vos collègues de NOOR dit: « Nous sommes ici pour faire et raconter des histoires qui auront un impact sur l’humanité ».

Je me suis toujours demandé, pourquoi vous et certains de vos collègues de cette industrie, des amis de NOOR faisaient ce travail. Maintenant, je connais la raison pour laquelle, vous aimez tous l’odeur des fleurs. Je crois que vous et quelques autres avez créé NOOR parce que vous étiez des gens vraiment romantiques à propos de la vie, parce que vous étiez au-delà de la recherche de la »Lumière » parce que vous étiez, et vous êtes toujours tous, à la recherche de l’amour dans cette vie.

Un bon ami à moi a écrit ces quelques lignes quand il a entendu que vous étiez parti: «Ce que j’ai appris de Stanley, c’est l’appréciation, la gentillesse, l’altruisme et ce que je crois être la partie la plus importante de son héritage monumental – la capacité d’ouvrir complètement son cœur et d’écouter la mélodie de ce monde. Pour savoir comment trouver la magie du monde. La capacité d’entendre et de danser au son des feuilles bruissant dans une brise légère, un orchestre de voitures klaxonner sauvagement dans les rues, ou le bruit de l’eau qui bout. Juste en l’écoutant et en étant en sa présence, j’ai appris comment voir et sentir la vie partout. C’est la leçon la plus importante qu’il m’a apprise. « 

Merci Stanley et à bientôt de l’autre côté.

Clément Saccomani
NOOR Directeur Général Amsterdam,
Juillet 2017

Patrice Mariolan – Plumes

Patrice MoriolanPatrice MARIOLAN – FRANCE
De l’horizon lointain à l’œilleton étroit, de l’émotion de l’instant à la maitrise du « clic« , la photo a changé mon regard sur la vie qui m’entoure et tout devient image. La lumière redessine à chaque instant le paysage, jamais à l’identique.
Elle rythme la vie animale, actrice de cet enchantement quotidien.

J’ai choisi le noir et blanc pour épurer l’image et conduire le regard à l’essentiel de l’attitude, du mouvement, de l’action.

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Plumes

« Fascinants oiseaux ! Ils ressentent, expriment, réagissent, en êtres singuliers.

Jet de lumière dans la transparence des barbules déployées, virtuoses des turbulences, ils sont à chaque instant notre inaccessible rêve d’Icare.

Dans l’épure du noir et blanc et la poésie des mots, PLUMES rend hommage à cette élégante fragilité. »

 

SON LIVRE SERA EN VENTE SUR LE FESTIVALLIVRE PLUMES

Camilo León-Quijano – Les Rugbywomen : plaquer les stéréotypes

Camilo LEÓN-QUIJANO – COLOMBIE – Né Camilo León -Quijanoen 1991 à Bogotá. Il est titulaire de deux Masters en sociologie et vit en France depuis 2012. Photographe autodidacte, il explore les liens entre photographie et recherche en sciences sociales au sein d’un doctorat en sociologie visuelle à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales depuis 2015. En 2017 il a été lauréat du Prix du Diaporama Sonore (Libération et Fisheye Magazine). Cette même année il a été sélectionné pour la Nikon-NOOR Academy à Paris et a reçu le Prix Robert Lemelson de la Society for Visual Anthropology (American Anthropological Association). En 2018, il a été lauréat (1st Prize) du Rachel Tanur Prize for Visual Sociology, finaliste du LUMIX Festival for Young Photojournalism et du Days Japan International Photojournalism Awards.

EXPOSITION BARROBJECTIF2018 : Les Rugbywomen – plaquer les stéréotypesSport féminin à Sarcelles

Sarcelles est une ville de banlieue située à 15 kilomètres au nord de Paris. Cette ville nouvelle est à présent une ville marquée par une forte stigmatisation socio-spatiale. La ville compte environ 60 000 habitants, une population jeune (presque 50 % a moins de 29 ans), un taux de chômage supérieur à 23 % et un revenu moyen de 16 891 € annuel. 35 % de la population est non diplômée et 50,7 % vit dans des HLM (INSEE, 2015). Le décompte de la population immigré-e-s est d’environ 18 000 individus, la plupart venue de l’Afrique du Nord, de l’Afrique Sub-saharienne et de la Turquie.

J’ai voulu explorer la ville sous l’angle du sport et de la jeunesse. De ce fait, en 2017 j’ai photographié le quotidien d’un groupe de jeunes joueuses de rugby inscrites à l’UNSS du Collège Chantereine de Sarcelles, l’un des centres éducatifs le plus stigmatisés de la ville. En photographiant leur quotidien, j’ai découvert la manière dont elles vivaient et interagissaient dans la ville.

En me plongeant dans leur vie personnelle et collective, j’ai appris l’importance de ce sport dans leur vie quotidienne : le rugby est un moyen de « plaquer » certains stéréotypes sociaux (filles de banlieue) mais aussi de genre (un « sport de garçons »).

Regarder la ville en chaussant les lunettes de ces jeunes joueuses a été l’occasion de photographier la banlieue autrement. Bien que des problématiques sociales persistent, le sport est un moyen de s’émanciper et de retrouver une dignité très souvent reniée par les institutions et les médias.
À la fin du projet et en vue mettre en valeur l’engagement sportif des jeunes rugbywomen du collège Chantereine, nous avons réalisé une exposition photographique «  éphémère » dans leur collège : 22 images en grand format ont été collées sur les murs de l’établissement pour mettre en valeur cette expérience.

Anthony Hamidovic – New Black in NYC

Anthony HamidovicAnthony HAMIDOVIC – FRANCE Je suis photographe autodidacte, né en 1976. Je voyage avec mon appareil photo dans les villes qui captent mon attention esthétique et émotionnelle (Paris, Lisbonne, New York, etc.).
Entre photos de rue ou clichés architecturaux, ses photographies se composent d’un minimum de détails temporels.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : New Black in NYC

NYC 21e siècle

Série photographique qui nous plonge en apnée dans les rues new-yorkaises. Cette traversée en noir et blanc capte le mouvement d’une ville américaine atypique, bloquée entre le fleuve Hudson et l’océan.
Souvent caractérisée comme surdimensionnée et cosmopolite, NYC se découvre réfractaire à l’ordre établi pour devenir une ville sanctuaire en perpétuelle réinvention.

Stéphane Brouchoud – Soldats inconnus…retrouvons la mémoire

Stephane Brouchoud

Stéphane BROUCHOUD – FRANCE
L’aventure commence dans le début des années 90, le jour ou j’ai emprunté et jamais rendu le konica TCX de mon père, en couleur au début, puis très vite, en noir et blanc.
Un peu frustré et mécontent de mes premiers résultats, je décide d’intégrer le photo club de Salaise-sur-Sanne, s’ensuit alors une intense activité photographique et une pratique assidue du labo. Dans les effluves acétiques, je découvre la difficulté de l’art du tirage. Quelques voyages plus loin, au bout de ces nuits noires et de ces rêves barytés, nous créons en 1998 avec 3 amis photographes, le collectif en marge qui nous permet de mettre au point de nombreux projets d’exposition. Le collectif existe toujours aujourd’hui et réalise des travaux d’illustration et d’exposition.
Dans les années 2000, ma pratique photographique évolue et devient plus locale, plus de proximité, elle permet ainsi de mettre au point plusieurs projets en relation avec le territoire qui m’entoure. Adepte du noir et blanc argentique, je mixe souvent les procédés analogique et numérique afin de mener à bien mes travaux.
Depuis 2011, je suis membre de l’association autochtone, structure grâce à laquelle j’ai pu mener à bien différents projets d’exposition, et qui me permet aujourd’hui de travailler sur plusieurs sujets, le fleuve Rhône et les « terres froides en Isère » notamment.
En activité salariée dans le privé, je suis un « photographe ouvrier » ou un « ouvrier photographe », et ma pratique photographique tend à révéler les émotions, et quand bien même cela n’arrive pas, je m’imagine sous l’ovule pâle du jour doué d’existence.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Soldats inconnus…retrouvons la mémoire

« Soldats inconnus… retrouvons la mémoire » est un projet photographique sur la Première Guerre mondiale. Porté par l’association Autochtones et conçu par Stéphane Brouchoud, ce travail de mémoire a été labellisé en mars 2016 par la mission centenaire sur la guerre 14-18 au niveau national.

Au début de l’année 2014, la première partie du projet m’a entrainé dans une quête photographique à la recherche de visages de soldats isérois morts pendant la Première Guerre mondiale. J’ai visité plus de 300 cimetières en Isère, et trouvé peu de traces existantes. Beaucoup de ces témoignages visuels sont aujourd’hui à peine visibles, car les traits des visages s’estompent et se confondent avec la couleur de fond du support. Parfois, la rouille trace des trainées couleur de sang le long du portrait, parfois la céramique a éclaté à la manière d’un impact de balle. Cent ans que cela dure, cent ans que les éléments s’acharnent sur le visage de nos aïeux : c’est l’ultime témoignage d’une génération qui s’évapore. Fini le temps des bombes, fini le temps des regrets, oubliée la blancheur des os, bienvenue dans l’inconnu. Mémoire soldats inconnus

La prise de vues des lieux de combat et de décès de ces hommes formait la deuxième partie du projet. Après de longues recherches, j’ai pu déterminer le plus précisément possible le lieu des paysages linceuls et parcourir l’ancien front, de Belgique en Alsace. J’ai traversé les champs de boue de Champagne, erré dans les mornes plaines de la Somme, marché dans les forêts de Verdun nourries du sang des soldats, à la recherche d’un indice m’indiquant le passage de ces hommes et j’ai peut-être mis mes pas dans leurs pas.

Nous sommes des « machines à oublier ». Le sujet s’est imposé à moi comme une évidence, il fallait témoigner pour préserver le souvenir. Tous ces regards sortis du passé nous interrogent sur notre rapport à la mémoire et notre faculté d’oubli. Rendre hommage à cette génération sacrifiée, conserver le souvenir de ces hommes en leur redonnant une identité visuelle, une réalité, tels sont les buts du projet. Chaque visage photographié est une tragédie dans la tragédie : des centaines de destins se sont liquéfiés dans la masse confuse de l’histoire. Aujourd’hui, je pense aux autres, à ceux d’Artois, des Vosges, de l’Aisne, de Champagne, à ceux que je n’ai pas pu photographier et dont les âmes errent en quête de gratitude.

Le 10 juin 2016, je suis de passage au cimetière d’Izeaux en Isère, pour refaire le portrait de Justin Marchand qui ne me plait pas. Je connais l’emplacement de sa tombe, je m’y rends directement et je trouve la place nette, débarrassée de la vieille croix en ferraille et du portrait qui y était accroché : des graviers blancs reflètent désormais l’écume des jours. Justin, tu n’es pas mort glorieusement, tu es mort à 26 ans de maladie pendant la guerre, pauvre piou-piou, pauvre vie insignifiante, « mort pour la France ». Le passant ne s’arrêtera plus devant ton portrait, bienvenue dans l’inconnu…

Stéphane Brouchoud