Hervé Chatel _ Gardians – Un choix de vie

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Gardians – Un choix de vie

À quelques kilomètres de Montpellier, le mistral balaye cette terre sauvage habitée de chevaux à la robe gris clair, lorsque « Benben », 25 ans, se lève tôt pour commencer sa longue journée de travail.

Il s’occupe d’une cinquantaine de chevaux, entretient la manade. Depuis tout petit, il est passionné par la nature et les animaux et pour rien au monde, il ne changerait de vie.
Les vacances, lui il ne connaît pas, c’est un gardian.

Mais pour combien de temps ce mode de vie va-t-il encore perdurer ?

Avec le réchauffement climatique, la Camargue risque de disparaître progressivement sous les eaux, il y a aussi les enfants héritiers qui ne souhaitent pas forcement reprendre ce métier.

BIOGRAPHIE

Hervé Chatel installé à Vincennes. Autodidacte, il apprend la photographie en pratiquant la street photography en 2014.

En octobre 2016, après 15 années dans le domaine du graphisme et du webdesign, il intègre l’Emi-Cfd pour suivre la formation reporter photographe – photojournaliste documentaire.

Il est le lauréat du Grand-prix photo reportage étudiant / Paris Match 2017

Patrick Bard _ El dia de los muertos

INVITÉ D’HONNEUR EN 2010

BIOGRAPHIE

Membre de l’agence Signatures, Patrick Bard est photographe et romancier. Ses travaux ont été exposées en France, en Espagne, en Belgique, en Angleterre, au Mexique et aux USA et publiés dans la presse internationale. Il est l’auteur de plus de vingt ouvrages photographiques et de neuf romans traduits en espagnol, italien, grec, anglais (USA) pour lesquels il a reçu de nombreux prix. L’Amérique Latine, les frontières, la question des femmes sont au centre de son travail. En 2015, il a publié « Mon neveu Jeanne » (Ed. Loco), un essai documentaire sur le genre. Son roman sur l’embrigadement, « Et mes yeux se sont fermés » (Syros, 2016), a été récompensé par douze prix. Il a également publié une monographie sur la forêt en 2018, «Promenons-nous dans le bois » (Imogene) dont les images seront présentées à l’automne 2019 au musée Zadkine à Paris.

Photographe Patrick Bard © Marie-Berthe Ferrer

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : El dia de los muertos

2015. « Spectre », l’un des tout derniers épisodes de James Bond, débute par une impressionnante scène tournée à Mexico durant la Fête des morts, au beau milieu des chars et d’une foule grimée en squelettes. Plus mexicain, tu meurs. Sauf que l’instant doit tout à la fiction. Qu’importe, on ne montre pas impunément la mort aux Mexicains qui trouvent l’idée excellente et achètent les chars à la production, à l’issue du tournage. Le défilé de cinéma devient réalité dès l’année suivante. En 2016, 200 000 personnes le suivent ou y participent à l’occasion de la fête des Morts. En 2017, ils sont plus d’un million. Cette capacité mexicaine à donner vie aux mythes est, sans nul doute, à l’origine de la ferveur dont le peuple fait montre chaque année et de manière croissante, deux semaines durant, aux alentours de la Toussaint.

Pour comprendre, il faut revenir à la période qui suit la conquête. Si l’Église a bien intégré la fête pré-hispanique des morts, elle en a déplacé le temps. Auparavant, elle avait lieu au mois d’août, son déroulement coïncidant avec la fin du cycle agricole du maïs, de la courge, des pois et des haricots. Elle commençait avec la coupe du xócotl, un arbre dont on retirait l’écorce et que l’on décorait de fleurs. Les familles lui apportaient des offrandes vingt jours durant. Ces festivités étaient dédiées aux défunts proches. Elles étaient célébrées entre le neuvième et le dixième mois du calendrier solaire mexica correspondant aux mois de juillet et d’août et étaient placées sous la protection de Micteccacihuatl, épouse du Seigneur de la terre des morts, Mictlantecuhtli. Les crânes des sacrifiés étaient exposés sur des tzompantlis, des murs-autels de crânes. Mais la conquête change la donne.

Dans le courant du siècle qui suit la colonisation, la Fête des Morts est déplacée vers la Toussaint. Sa célébration est encore marquée par des offrandes de monnaie, de cacao, de cire pour les cierges, d’oiseaux, de fruits, ainsi que de grandes quantités de graines et de nourriture. Le premier jour est dédié aux enfants morts, le lendemain aux adultes. Des autels sont dressés – dans les foyers autochtones, surtout, au centre et au sud du pays. On y dispose les représentations des ancêtres, les quelques objets qu’ils affectionnaient, ainsi que leurs plats et boissons préférés. On se rend au cimetière pour les visiter et disposer un bouquet de fleurs. Une façon de perpétuer rituels et croyances pré-coloniaux tout en respectant à minima les traditions chrétiennes de la Nouvelle-Espagne.

Le temps passe encore. Nous sommes au début du XIXème siècle. La fête des Morts aztèque est pratiquement tombée dans l’oubli. Seules les communautés autochtones isolées du Chiapas ou de Oaxaca la célèbrent encore de façon plus traditionnelle, comme c’est toujours le cas chez les Mazatèques de Huautla de Jimenez, avec des masques de bois, en fondant des cierges en cire d’abeille, en buvant force aguardiente à base d’agave. L’indépendance du Mexique en 1821, la séparation d’avec le Guatemala en 1823, la guerre de 1836 avec les États-Unis, la perte de la moitié des territoires cédés au nord aux Américains en 1848, enfin, l’invasion française, improbable aventure impériale qui s’achève par la victoire mexicaine et l’exécution de Maximilien 1er en 1867 vont faire émerger progressivement un ardent désir d’identité nationale chez les Mexicains. En 1858, Benito Juarez, un Zapotèque originaire de Oaxaca, devient le premier président indigène de l’histoire de son pays et du continent américain. Après avoir résisté aux Français, il rétablit la république. Hélas, la démocratie est bien vite confisquée par le dictateur Porfirio Diaz, lequel sera renversé par la révolution mexicaine de 1910.

C’est à ce moment charnière que les intellectuels ressuscitent les racines autochtones du pays, s’en emparent et les revendiquent, quitte à tordre quelque peu la vérité historique. Qu’importe, le Mexique se forge déjà une réputation de géant culturel, qui, elle, est tout sauf usurpée. La Fête des morts et ses origines pré-hispaniques resurgissent un peu à la manière dont, pendant la guerre de 1870, les Français exhument la figure de Jeanne d’Arc oubliée depuis le Moyen-Âge pour réveiller un patriotisme anesthésié par Napoléon III.

Étendard de cette résurrection, la Catrina ou Catrina garbancera voit le jour en 1912 sous le crayon imaginatif de José Guadalupe Posada, un caricaturiste qui la dessine sous la forme d’un squelette coiffé d’un chapeau à voilette, parfois habillé de vêtements féminins. Le succès est immédiat. Le personnage devient très vite une figure populaire, bientôt reprise et déclinée sous de nombreuses variantes par les artistes des années 20, Diego Rivera en tête. C’est en effet lui qui la baptise Catrina (synonyme d’une élégance parfois exagérée en castillan mexicain) et l’intègre dans une fresque murale. Reproduite en masse, elle deviendra rapidement une figure consubstantielle de la mexicanité et sa popularité ira croissante jusqu’à nos jours, d’autant que le commerce s’en mêlera vite et que l’Halloween des voisins gringos s’invitera à la fête. Reflet de l’âme mexicaine, la fête des morts, ressuscitée au tournant des années 1910, est aujourd’hui tout à la fois l’incarnation d’un syncrétisme joyeux et d’un événement à la fois culturel commercial.

Définitivement, au Mexique, pays où selon Paz « La mort est la mère des formes », mourir, c’est renaître.

Patrick Bard

SOIRÉE PROJECTION VIDÉO : Mon neveu Jeanne

Dimanche 15 septembre à 20h30 projection vidéo qui traite de la question du genre « Mon neveu Jeanne » de Patrick BARD ,

Jeanne, lors de la soirée de Noël 2005, à Savigny-sur-Orge. © Patrick Bard

Otto de la Paillère – Fête de l’ours

Otto-de-la-PaillereOtto de la PAILLÈRE
– FRANCE
Photographe autodidacte né au Pays basque en 1971, je vis aujourd’hui à Saint Laurent de Cerdans, petit village des Pyrénées Catalanes. J’ai découvert la pratique de la photographie il y a une trentaine d’années avec l’argentique noir et blanc. À la fois auteur et photographe-artisan, un peu touche-à-tout, je me promène depuis 30 ans à travers tous les domaines de la photographie. La curiosité et le besoin permanent d’être là où je ne suis pas sont des moteurs formidables pour aller rechercher de nouvelles sources d’inspiration trop exaltantes pour être ignorées.
Pourtant, je reviens régulièrement vers quelques sujets de réflexion qui ne sont jamais loin de mes préoccupations photographiques, ceux qui, notamment, questionnent les relations humaines.
Depuis 2006, je photographie les événements et les personnalités du Haut-Vallespir, petite région isolée des Pyrénées Catalanes en essayant de témoigner d’un mode de vie singulier, empreint de traditions séculaires et d’un savoir-vivre ensemble tout à fait particulier.
À la fin de l’année 2017, je deviens micro-entrepreneur et je mets maintenant cette expérience à disposition de ceux qui le désirent.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Fêtes de l’ours

Les traditions dans les Pyrénées Catalanes

Dans les Pyrénées Catalanes, que ce soit à Prats-de-Mollo, à Saint-Laurent-de-Cerdans ou à Arles-sur-Tech, les trois villages du Haut-Vallespir où cette pratique perdure, la Fête de l’Ours est un témoignage de la relation profonde d’un peuple à son territoire.

L’Homme tente d’exorciser ses peurs, d’exprimer ses angoisses pour mieux les conjurer dans un jeu de rôle déconcertant, parfois violent, souvent terrifiant.

Face à une nature jugée menaçante, l’Homme tente d’exorciser ses peurs, d’exprimer ses angoisses pour mieux les conjurer dans un jeu de rôle déconcertant, parfois violent, souvent terrifiant. Il s’agit ici de recréer les conditions de l’existence rude des habitants de ce petit pays isolé. L’ours entre dans le village et vient y jeter le chaos dans une mise en scène baroque ou s’affrontent bien et mal, noir et blanc, humains et animaux, hommes et femmes. Mais ici, les événements de cette existence sont codifiés à l’extrême. On sait d’emblée que les hommes seront finalement libérés de leur peur. Tous les événements qui ne mènent pas à cette délivrance ne sont que contingences. L’ours sera finalement capturé et rasé, dévoilant ainsi la nature humaine de la bête. L’ours ne fait plus peur, car il est redevenu un être civilisé. L’Homme a enfin, le temps de cette chasse débridée, le contrôle absolu et maîtrise totalement son univers.

Mais dès le lendemain, il devra retourner vivre dans la nature en étant tout aussi vulnérable. Pourtant, pour les habitants de ces villages, les lendemains de la Fête de l’Ours ne ressemblent en rien aux jours qui la précèdent.

Christian Belloteau – La journée du cochon

Christian-BelloteauChristian BELLOTEAU – FRANCE
Photographe amateur dans l’âme, j’ai toujours pratiqué la photographie. En me laissant guider par les réflexes du cœur. Fixer l’instant qui procure l’émotion est primordial dans ma démarche.
Un paysage, une fleur, un nuage sur l’horizon, le sourire d’un enfant ou celui d’un visage marqué par la vie sont autant de sujets auxquels je m’attache.
Depuis quarante ans j’essaie de marcher dans les pas des grands maîtres qui ont contribué à construire et faire fructifier mon regard. Henri Cartier-Bresson, Doisneau, Willy Ronis, Izis sans oublier Diane Arbus ou Ansel Adams pour le paysage ont et bercent encore mes yeux de leurs merveilleuses images.

La photographie noir et blanc a ma prédilection, car elle mène à l’essentiel. Ce qui est loin d’être acquis pour l’amateur que je suis.
Pour conclure je ferai mienne cette pensée de Démocrite, philosophe grecque :

 La vie est un passage,
le monde une salle de spectacle.
On entre, on regarde, on sort .    

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 – La journée du cochon

Autrefois, comme sans doute encore dans quelques fermes de nos campagnes profondes, la journée du cochon était l’occasion de réunir famille et amis pour le cuisiner et préparer les victuailles pour les beaux jours. La cochonnaille faisant partie des repas quotidiens ou presque. Jambon, grillon, boudins ou saucisses accompagnaient souvent les casse-croûtes de l’agriculteur qui se prenaient au bout du champ sous l’ombrage bienfaisant d’un cerisier ou d’un noyer.

Tout est bon dans le cochon disaient-ils.

Ce sont ces souvenirs d’enfance qui m’ont conduit à mettre en images ce presque cérémonial encore pratiqué par une bande de vieux copains à la faconde certaine.Je me souviens encore de ces hurlements horribles qui me faisaient boucher les oreilles jusqu’à ce qu’une lame bien effilée vienne en éteindre les couinements.
Peur encore, quand je voyais la carcasse suspendue dans la pénombre de la remise.         Le lendemain de cette mise à mort se transformait en fête où chacun jouait sa partition.Tout le monde était affairé telles des abeilles dans la ruche. La longue table de la cuisine se graissait, avec des zébrures de sang au fur et à mesure que la journée avançait. Le parfum poivré de la cuisine flattait les narines en même temps que la chaleur de l’âtre faisait oublier la froidure du dehors.Le jour du cochon
Il faut dire que le jour du cochon se passait toujours au cœur de l’hiver afin que la viande ne se gâte pas. En effet, la bête était engraissée afin que son poids optimum soit atteint en février. La plupart des fermiers des alentours suivaient ce rite quasiment immuable.
Aujourd’hui, tout ceci s’est perdu au fil du temps, mais quelques irréductibles perpétuent cette tradition pour leur consommation personnelle.

C’est la raison pour laquelle vous avez devant vous cette bande de copains qui, en toute convivialité vont se transformer en charcutiers hors pair le temps d’une journée, La journée du Cochon.