Émeric Fohlen _ Peuple du silence

Émeric Fohlen

Né en 1985, Émeric FOHLEN découvre la photographie durant ses études de communication à Paris. Après avoir voyagé pendant un an à travers l’Asie de Pekin à Bangkok, il confirme sa passion pour le reportage photo. Son approche immersive du journalisme lui permet de développer un travail complet sur des questions sociales, économiques et politiques importantes dans différents territoires tels que la Tunisie où il questionne le rôle des jeunes dans les récents changements politiques.

Au cours des 10 dernières années, Emeric Fohlen a travaillé sur des projets à court et à moyens termes tels que la situation des camps Roms en France en 2013, la révolution ukrainienne en 2014, le festival Burning Man aux Etats-Unis en 2015-2017, la notion de sécularité au Maghreb en 2016-2017 et la situation des chrétiens au Pakistan en 2018, la guerre civile au Kasai en République Démocratique du Congo ou encore la situation des Amérindiens en Amazonie en 2019. Son travail est publié et commandé régulièrement par des magazines et quotidien français et internationaux, dont Paris Match, VSD, M le Monde, D la Repubblica, Le Figaro, etc.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Peuple du silence..

Emeric Fohlen
Jour 3, le 19 mars 2020 Gardes républicains dans le 8ème arrondissement.  » Notre mission consiste à la protection des populations » / La place de la concorde. © Émeric Fohlen

Alors que les citoyens sont appelés à se confiner, la crise du Corona Virus les a révélés : caissiers, livreurs, agents de nettoyage, commerçants de proximité ou encore soignants, ces travailleurs apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des rouages essentiels à la vie du pays.

« Nous sommes en guerre », Emmanuel Macron ne mâche pas ses mots lors de son allocation du 16 mars 2020. A l’aube de la pandémie de Corona Virus, le président annonce des mesures sanitaires strictes pour réduire les déplacements et contacts humains dans tout le pays. La période de confinement national est déclenchée et durera plusieurs semaines.

Alors que le pays se fige, pas de télétravail possible pour ces boulangers, ces caissiers, ces soignants, ces agents d’entretien, ou encore ces policiers. Durant cette crise sanitaire inédite, ces petites mains s’activent chaque jour pour assurer la continuité de l’activité de la nation. Loin du monde de la performance et de la compétition qui régit habituellement notre société, leur présence est plus que jamais nécessaire au bon fonctionnement du pays.

En pleine période de confinement, je suis allé à la rencontre de ces travailleurs ordinaires pour mettre un visage sur ces maillons essentiels à notre société. Alors que le silence règne dans les rues de la capitale durement touchée par l’épidémie, ces héros de l’essentiel assurent les besoins des confinés.

Isabeau de Rouffignac _Marbre à tout prix

..COUP DE CŒUR DU FESTIVAL .. 

Photographe exposant à Barrobjectif

Graphiste de formation, Isabeau de ROUFFIGNAC a longtemps travaillé en agence en tant que directrice artistique puis en indépendante, découvrant la photographie au début des années 2000. C’est une révélation, et bientôt une évidence. Depuis, elle photographie les univers lointains ou proches, entre approche documentaire et démarche résolument artistique. Une ligne de conduite, comme un fil qui traverse ses travaux et leur donne leur cohérence : approcher l’autre, l’apprivoiser, prendre le temps, apprendre sa langue, se faire oublier.

Isabeau de Rouffignac est une discrète et une tenace. 
Depuis quelques années, elle se consacre entièrement à la photographie et explore la complexité d’autres cultures sur lesquelles elle porte un regard très personnel, toujours curieux, et fondamentalement empathique. C’est ainsi qu’elle a suivi, dans ses tournées aux confins du désert, un facteur indien, découvert la médecine traditionnelle akha en Thaïlande, remonté les traces du génocide des Khmers rouges au Cambodge.

Il y a, chez Isabeau de Rouffignac, une révolte sourde qui emprunte la photographie pour dire le sort des plus fragiles. Que cela soit son travail à Bhopal en Inde, sur les traces de la pire catastrophe chimique que le monde ait connue, ou ce dernier travail sur les mineurs du Rajasthan ce sont des plaidoyers pour celles et ceux, souvent sans voix, qui luttent toujours pour faire reconnaître leurs droits. Elle les raconte avec pudeur, nous offrant une photographie documentaire inédite, dans laquelle elle embarque ses sujets. Et nous avec eux.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Marbre à tout prix ..

Marbre, translucide dans les palais, veiné d’orangé, comme une feuille légère et fragile. Marbre. Autour de nos baignoires et de nos piscines, dans nos halls somptueux, dans nos aménagements récents comme au temps de nos rois. L’inde est un des plus gros exportateurs de marbre et le Rajasthan fournit 90% du marbre qui quitte le pays. Dans cette région, les carrières à ciel ouvert s’étendent à perte de vue, créant dans le paysage aride de gigantesques escaliers blancs où s’activent hommes et machines.

carrière de marbre
Les machines sont arretées, C’est la fin de la journée de travail. © Isabeau De Rouffignac

Depuis quelques années, la demande en marbre n’a fait que s’accroitre, rendant toujours plus difficiles et dangereuses les conditions de travail. Dans les mines de marbre indiennes, de pauvres payes, pas de contrats de travail, pas plus d’assurances.

Dans cette série, j’interroge l’univers des ouvriers du marbre sur leur lieu de travail, à travers les paysages, des portraits, des détails. Les mineurs sont vêtus de leurs vêtements quotidiens blanchis par la poussière de marbre qui s’incruste partout. Souvent, ils ne sont chaussés que de sandales. Ils devraient porter casques, gants et chaussures de protection, mais il fait chaud et, surtout, ces équipements de sécurité sont rarement fournis ou leur port n’est pas obligatoire. Quand il l’est, aucune vérification officielle ne vient s’assurer que les ouvriers soient correctement protégés. Tout au long de ce travail, je n’ai jamais vu d’ouvriers correctement protégés.

Au Rajasthan, la moitié des emplois sont fournis par le secteur du marbre. Sa présence en sous-sol a fait disparaître une part trop importante de l’agriculture. Son exploitation assèche les terres et il faut bien vivre de quelque chose. Certains travaillent là, comme leurs parents avant eux. Comment changer de vie quand on ne sait ni lire ni écrire et que l’on ignore ses propres droits ? Alors, on travaille au jour le jour. Faute de pouvoir épargner, quand arrivent les quatre mois de mousson et que l’exploitation des mines s’arrête le temps des fortes pluies, le seul moyen de s’en sortir est souvent d’emprunter à son employeur de quoi tenir jusqu’à la reprise du travail. Avec un taux d’usurier autour de 25 %, ils se retrouvent souvent pieds et poings liés avec les propriétaires des mines qui ont toute liberté pour imposer les conditions de travail.

Avant d’extraire le marbre, certains d’entre eux étaient agriculteurs et propriétaires de leur terre. Mal informés de sa valeur réelle, ils l’ont souvent cédée à vil prix et se retrouvent à travailler pour celui qui l’a acquise ainsi. Il y a aussi ceux qui sont venus d’autres régions de l’Inde pour travailler ici et retourneront chez eux pendant les mois de mousson.

Les conditions de travail sont telles que beaucoup souffrent de déshydratation, de blessures mal soignées, de problèmes auditifs. Surtout, les pathologies respiratoires sont très fréquentes, notamment la très dangereuse silicose provoquée par l’inhalation de particules de poussière de silice qui détruit les poumons. Elle ne se soigne pas. En 2016, une étude a évalué qu’un mineur de marbre sur deux serait (ou sera un jour) atteint de silicose ou de silico-tuberculose. Cela représente plus de 800 000 personnes.

L’état a mis en place des mesures pour améliorer les conditions de travail et prévenir les risques sanitaires, mais elles restent généralement lettre morte. Pendant ce temps, le marbre continue de détruire les corps et de tuer, mais il faut bien, chaque jour, aller travailler…

Thomas Morel-Fort _ Filipinas – de Paris à Manille, une diaspora de la domesticité

..PRIX CAMILLE LEPAGE 2019..

Photographe prix Camille Lepage

Thomas MOREL-FORT est basé à Paris, il est membre du Studio Hans Lucas depuis 2015.

Après des études à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle
( INSAS ) à Bruxelles et un parcours universitaire à la Sorbonne ( licence en Philosophie) et à la Sorbonne Nouvelle ( licence de Cinéma Audiovisuel ), Thomas Morel-Fort décide de se consacrer pleinement à la Photographie.

© Axelle de Russé / studio Ambratype

En 2012, il travaille chez SIPA PRESS puis au journal Le Parisien pour couvrir l’actualité nationale entre 2012 et 2015.

  • 2016 il est finaliste du Days Japan International Photojournalism pour sa couverture des attentats parisien du 13 novembre 2015
  • 2018 Lauréat du Prix des Photographies de l’année catégorie « Humaniste » pour sa couverture de la crise des réfugiés rohingyas au Bangladesh
  • 2019 Lauréat du Prix des Photographies de l’année catégorie « Reportage » pour sa couverture du mouvement des gilets jaunes
  • 2019 Il reçoit le Prix Camille Lepage au festival VISA POUR L’IMAGE pour son enquête de 5 ans sur les employées domestiques philippines

L’association Camille Lepage — On est ensemble a été créée en septembre 2014, quelques mois après la mort de Camille Lepage en Centrafrique. Elle a pour but de promouvoir la mémoire, l’engagement, et le travail de Camille. Le Prix vise à encourager un photojournaliste engagé dans un projet au long cours. Le prix Camille Lepage soutenu par la SAIF permet aux photographes de poursuivre leur travail au long cours. C’est ainsi que Thomas à pu prolonger son reportage « Une vie à servir » exposé en 2018 à Barro.

Avril 2016, une employée domestique philippine fait la vaisselle à bord d’une péniche, le long de la Seine.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Filipinas – de Paris à Manille, une diaspora de la domesticité.. 

L’exil des femmes des pays en développement, qui vont travailler au service de familles aisées dans les pays riches, est une tendance qui ne fait que s’accentuer au XXI siècle. Elle est le reflet du renforcement des inégalités entre ces pays. L’émigration des femmes philippines en est un parfait exemple. Avec près de 10 millions de Philippins qui vivent et travaillent à l’étranger, soit environ 10 % dela population de l’archipel, les Philippines sont considéré comme un des premiers pays exportateur de main-d’oeuvre au monde. Cette activité s’inscrit depuis des dizaines d’années dans la stratégie des gouvernements qui se sont succédés, comme un levier essentiel de l’économie nationale : les transferts d’argent envoyés par cette diaspora y représentent autour de 10 % du PIB. Mais à quel prix ?

En France, ils sont près de 50 000, main-d’oeuvre quasi invisible, souvent sans papiers, dont 80% de femmes, les Filipinas. Autant de vies d’exil, de vies de famille sacrifiées pour gagner et transmettre de quoi améliorer le quotidien de ceux qui sont restés, et plus encore, financer la scolarité et les études des enfants pour un avenir enfin meilleur. Toutes employées domestiques ou nourrices, les Filipinas en France travaillent essentiellement dans l’ouest parisien ou dans des villas de la Côte d’Azur pour des familles venant des Pays du Golfe. Le plus souvent exploitées par des employeurs qui bénéficient de l’immunité diplomatique et soumises à la précarité de leur statut de sans papiers, elles affrontent ces obstacles grâce à l’organisation et la solidarité de la communauté philippine en France, sorte de monde invisible où elles retrouvent des éléments de leur culture et nouent des liens d’amitié.

6. Mai 2016, Côte d’Azur. Donna s’assure que chaque porte et fenêtre de la villa soient closes avant que le jour ne tombe. De mai à août 2016.

J’ai voulu témoigner de l’histoire intime de ces Filipinas, aux vies déchirées, scindées en deux par ce long exil entre leur pays d’accueil et leur terre natale.

En France, leurs conditions de travail dans les appartements parisiens, le climat d’exploitation de leur clandestinité dans une villa de la Côte d’Azur, les moments de réconfort apportés aussi par leur communauté parisienne. Aux Philippines, à la rencontre de leurs familles, parents, maris, enfants restés au pays dans la pauvreté en montrant les améliorations plus ou moins effectives obtenues grâce à leurs transferts d’argent. Ces familles payent un prix exorbitant aux séparations qui résultent de l’exil: le sacrifice des mères pour la génération suivante, prive les enfants de leur présence et de leurs soins. Le seul remède pour tenter de compenser cette absence est d’utiliser d’autres relais, essentiellement l’usage devenu rituel du téléphone portable. Depuis 5 ans j’ai ainsi suivi dans l’intimité le parcours de ces Filipinas, et grâce à une relation de confiance nouée au fil des ans, j’ai pu me rendre aux Philippines, rencontrer la famille de Donna.

Donna , 42 ans, vient d’une famille de paysans pauvres installée dans un village rural des montagnes à 300 km de Manille. Ses parents ont toujours cultivé la terre. Elle s’est mariée très jeune et a 4 enfants. Elle rêvait de devenir infirmière mais s’est exilée pour payer les études de ses enfants. Avant d’arriver à Paris il y a 8 ans elle a dû payer un passeur 13000 euros et a fait des ménages au Danemark et en Islande. À son arrivée à Paris, sans papiers, elle travaillait à plein temps pour une riche famille des pays du golfe, dans le 16eme arrondissement et dans une villa de la côte d’azur. Elle avait prévu de récolter suffisamment d’argent pour fonder une entreprise de taxi avec ses frères mais les dépenses quotidiennes pour sa famille et les frais de scolarité de ses enfants l’ont obligée à abandonner ce projet. Aujourd’hui c’est sa fille ainée, Nicole, 21 ans qui a réussi à décrocher son diplôme d’infirmière, une grande fierté pour Donna. Elle ne sait toujours pas quand elle pourra rentrer aux Philippines. Cela fait 8 ans qu’elle n’a pas vu ses enfants ni sa famille.

Joseph Melin _ Ikejime, la revanche du Miyabi

BIOGRAPHIE

Joseph MELIN, photographe indépendant basé à Paris, je suis spécialisé en reportage et portrait.

J’ai étudié l’histoire et la géographie avant de découvrir la photographie. Mes images traitent de l’humain, du savoir-faire et de la mémoire. Je réalise des commandes photographiques pour la presse et pour la communication des entreprises, tout en produisant des sujets personnels comme celui présenté. Passionné d’apnée, je vais souvent dans le Morbihan explorer les fonds marins. C’est là-bas que j’ai entendu parler de ce pêcheur à la technique étonnante. À la suite d’une chute d’escalade de 8 mètres, je m’étais promis de réaliser un reportage sur Daniel Kerdavid dès que je remarchais.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Ikejime, la revanche du Miyabi

Pêche au nord de l’île de Houat le 03/05/2017. Le Miyabi est un bateau ligneur de 9 mètres appartenant à Daniel Kerdavid, jeune marin pêcheur basé à Quiberon dans le Morbihan.

Le Miyabi est un bateau ligneur de 9 mètres appartenant à Daniel Kerdavid, jeune marin pêcheur basé à Quiberon dans le Morbihan. À la suite d’un grave accident de pêche, entraînant la mort d’un de ses coéquipiers, Daniel a décidé d’acheter ce bateau en 2016 et de devenir son propre patron. Il y pratique une pêche responsable et d’excellence basée sur une tradition japonaise : la méthode ikejime.

Moins cruelle, moins douloureuse et moins stressante, cette méthode consiste à tuer instantanément le poisson (via un poinçon nommé tegaki) et à neutraliser son système nerveux (via une longue tige d’acier). La traditionnelle asphyxie est ainsi évitée. Le poisson est ensuite rapidement saigné. La chair d’un poisson ikejime se conserve mieux et est supérieure gustativement. Les cuisiniers ne s’y trompent pas et Daniel vend ses poissons (merlans, lieux jaunes…) en direct à de grands restaurants à des tarifs beaucoup plus intéressants que la traditionnelle criée.

Daniel essaie de valoriser avec sa technique des poissons moins cotés que le traditionnel bar et propose aux pêcheurs amateurs ou confirmés de venir découvrir son travail à bord. L’idée est simple : changer le regard du grand public sur la pêche professionnelle afin de changer les pratiques.

La revanche de Daniel a pour nom « ikejime » et il mène son combat sur le Miyabi.

Sabrina Mariez _ Solange

BIOGRAPHIE

Sabrina MARIEZ est une photographe française autodidacte née en région Centre en 1976, je vis et travaille aujourd’hui aux alentours de Paris. Elle est représentée par le studio Hans Lucas.

De père ouvrier et de mère au foyer, j’endosse mon personnage de petite fille modèle et ne le quitte plus jusqu’à la fin de mes études supérieures en chimie. L’existence me semble banale et sans fantaisie. Ce qui compte à mes yeux, c’est ma vie intérieure, celle qui fourmille de personnages aux destins singuliers.

De père ouvrier et de mère au foyer, j’endosse mon personnage de petite fille modèle et ne le quitte plus jusqu’à la fin de mes études supérieures en chimie. L’existence me semble banale et sans fantaisie. Ce qui compte à mes yeux, c’est ma vie intérieure, celle qui fourmille de personnages aux destins singuliers.

Arrivée dans la capitale, je me lance à la recherche de ces personnages, de ces artistes ; ces poètes ; ces hommes ces femmes aux destins différents : souvent des marginaux et des délaissés. Je consacre alors mon temps à les photographier chez eux dans leur environnement, ou dans des mises en scène. Je porte également une attention toute particulière aux appareils photographiques que j’utilise. Je travaille en argentique et moyen format afin d’augmenter la proximité et l’intimité avec mon sujet.

Peu de temps après, je remporte le premier prix du concours Hensel (2013) du magazine Réponse photo. C’est alors que poussée par Sylvie Hugues, je présente ma série « L’homme est une femme comme les autres » à différents festivals photographiques. Celui-ci a été présélectionné aux festivals MAP et les Boutographies (2014), mes portraits d’enfants aussi ont été primés et exposés au festival MAP(2015), d’autres ont été édités aux Éditions Xavier Barral, dans le beau livre photo Estée Lauder Pink Ribbon Photo Awards (2017). Ces prix sont prolongés par diverses publications en tant que portraitiste dans différents journaux et magazines dont Libération, L’œil de la photographie, Réponse Photo, Fisheye…

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Solange

J’ai rencontré Solange en bas de chez moi, dans son camion, sur le périphérique. Elle, parmi tant d’autres femmes ayant pratiquement vécu la même histoire.

Nées en Algérie dans les années 60-70, mariées toutes très jeunes, sans aucune éducation scolaire, elles ont fui leur pays, leurs vies, leurs maris.

En France, leurs conditions de vie ne se sont guère améliorées.

Mères de famille et femmes battues, elles se sont tournées vers la prostitution pour quitter leurs nouveaux époux et élever leurs enfants. Gagner de l’argent, le plus possible et le plus vite possible.

Elles mènent une double vie et sont effrayées à l’idée que l’on puisse les identifier. Elles vivent souvent dans des quartiers sensibles et craignent d’être violentées par les habitants s’ils venaient à apprendre leur métier : la prostitution.

J’ai dû composer ce travail en faisant face à de nombreux aléas. D’abord des rendez-vous manqués, puis la sensation d’importuner ces femmes sur leur lieu de travail (rivalité, peur de perdre des clients…), et enfin j’ai dû endurer le regard des hommes porté sur moi et même, parfois, leur violence verbale à mon égard.

Pour mener à bien ce projet, j’ai régulièrement rendu visite à Solange pendant plusieurs mois. Je montais à l’arrière de sa camionnette quand il n’y avait pas de client et je restais là, avec elle, à discuter de tout et de rien. Lorsqu’un client arrivait, Solange me donnait un tabouret et je m’asseyais dehors en attendant la fin de la passe.

Sans fard et parfois crûment, Solange me parle de son travail et des clients, de sa famille. Elle m’a aussi invitée chez elle, une fois, unique. Je l’ai retrouvée dans son appartement où elle vit avec ses proches, un matin à cinq heures, avant qu’elle ne parte au travail. J’ai pu constater sa générosité. Tous ses enfants, petits-enfants et belles-filles vivaient chez elle. Ils dormaient à même le sol, ou entassés sur des lits. Certains étaient sans-papiers, d’autres sans-travail. Solange pouvait être fière, elle faisait vivre toute sa famille, seule, « grâce, me dit-elle, à la prostitution. » Chez elle, elle était reine, autonome et revendiquait l’absence de tout contrôle masculin.

Voici ces instantanés d’une vie entre intimité, et précarité. Ils vous interrogeront, sans doute. Le débat est connu. Faut-il condamner la prostitution ? Faut-il priver ces femmes de leurs clients ? Ou au contraire faut-il leur permettre de travailler dans la dignité ? Je ne prétends pas ici apporter une réponse. J’espère seulement, apporter un regard sans jugement. Un regard humain. À hauteur de femme.

Julien Hazemann _ Min Gong Style

BIOGRAPHIE

Julien HAZEMANN est né en 1978. Il est basé à Paris. Julien est membre du studio Hans Lucas depuis 2015.

Il vient du cinéma. Il a commencé dans les années 2000 à travailler sur des films comme assistant-réalisateur, puis comme repéreur de décors. Des sous-sols aux toits des immeubles, il explore la région parisienne, un appareil photo à la main. Il s’intéresse donc aux lieux. Il les regarde à travers les histoires qu’ils portent. Un visage, pour lui, raconte quelque chose, un mur aussi. l cultive ainsi le goût d’explorer et de raconter des histoires jusqu’à prendre son appareil photo et un billet d’avion et partir se balader un peu plus loin. Il cherche des lieux, des univers. Il passe par Le Caire en pleine révolution, par New York où il regarde la modernité du XXe siècle, et par Shanghai où il découvre celle du XXIe siècle. Et de Shanghai, il s’enfonce dans la Chine et ses transformations. Il y retourne plusieurs fois et publie ses premières photos dans Géo. À photographier les lieux, il s’est mis en fait à travailler sur les gens qui les habitent. Il s’intéresse très vite à la manière dont les transformations urbaines changent les gens, produisent les modes de vie. Pour lui, les hommes font les villes, bien sûr. Mais en même temps que les villes font les hommes. Des lieux aux gens, il se passionne finalement pour les comportements et pour les perspectives sociales, politiques et historiques qui les traversent.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Min Gon Style

Yang Zhongliang fait danser son fils pour célébrer l’acheminement à bon port de sa plus grosse cargaison de l’année: 10 000 sacs de céréales jouant sur les marchandises qu’ils ont acheminé à Chongqing. La famille Yang est propriétaire de sa péniche qui navigue sur le Yangtze entre Chongqing et Shanghai.

Deng Xiao Ping a lancé l’ouverture économique de la Chine dans les années quatre-vingt. En quelques années, des classes modernes se sont constituées dans les villes. Leurs conditions de vie ont fait un bond considérable, mais au prix d’une mobilisation de moyens économiques et humains phénoménales. En trente ans, des centaines de millions de villageois sont venus dans les villes pour les raser et les reconstruire. Une masse « d’ouvriers paysans », les min gongs, ont désertés les bourgs et les villages, y laissant les vieux s’occuper des enfants. Ils vivent et travaillent sur les chantiers, à peu près dans les mêmes conditions qu’à la campagne. En marge de la vie citadine.

Les min gongs sont le bras armé du développement chinois. Acquérant des compétences au fil des années, leurs salaires sont désormais souvent équivalents à ceux des citadins. Mais plutôt que mettre du confort dans leur quotidien, ils consacrent essentiellement leurs revenus au village, notamment pour reconstruire leur maison, dont ils profiteront à leur retraite. Ces min gongs vieilliront au village quand ce sera leur tour de s’occuper de leurs petits-enfants.

Mais surtout, grâce à cet argent, ce n’est plus dans les champs que les enfants vont travailler, mais à l’école. Souvent jusqu’au collège. Cette nouvelle génération ne découvre pas le monde moderne par le travail, mais enfant par les chaussures à la mode que leurs parents leur offrent quand ils reviennent au village. En plus d’apporter sa sueur à la ville, la première génération min gong apporte dans les zones rurales le goût de la modernité. La transformation de la ville change aussi la campagne.

Pour les jeunes, la ville n’est pas tant un moyen d’améliorer les conditions du village qu’un lieu où faire sa vie. Devenant à leur tour min gong, un peu plus familiarisés que leurs parents quelques années plus tôt avec la vie urbaine et mieux formés, ils arrivent à la ville avec un autre projet de vie. Ils ont encore en mémoire ce monde fade où tout le monde portait la même veste et la même coupe de cheveux. Maintenant, ils peuvent tout essayer. Les conditions matérielles nouvelles ont permis à tous de plonger dans la société de consommation. D’ériger le choix en civilisation. Tout est nouveau. Tout est possible. Même ce rêve que leurs parents n’ont pas osé faire : faire partie de la Chine nouvelle.

Sauf que la ville, ce n’est pas tout à fait chez eux. Les jeunesses citadines et rurales ne se mélangent pas. Un peu perdus entre deux mondes, les migrants de la nouvelle génération ne sont plus vraiment des ruraux, mais pas tout à fait citadin non plus. Ils ont du mal à se définir. C’est dans la nouvelle société de consommation qu’ils vont inventer leur identité. Les jeunes min gongs ont besoin de faire corps, de se rassembler. De se ressembler. Ils inventent leurs propres codes, leurs uniformes. Ils ont toujours la même coupe de cheveux, mais maintenant avec de nouvelles formes et des couleurs. C’est le Min gong style.

La nouvelle génération construit autre chose de la ville. Les parents ont érigé des murs. Eux sont en train d’inventer des manières de vivre dedans. Ils mettent aussi de l’argent de côté, continuent de se marier entre gens du village et de confier leurs enfants à leurs parents. Mais c’est à la ville qu’ils vieilliront. À peine vingt pour cent de la population chinoise vivait dans les villes en 1980. Elle en a dépassé les cinquante pour cent en 2012. La nouvelle génération min gong est confrontée à la difficulté de trouver sa place dans des villes qui n’existaient pas il y a trente ans. Les hommes font les villes, et les villes font les hommes.

Benjamin Filarski_ Lallubhai Compound

BIOGRAPHIE

Benjamin FILARSKI est un photographe franco-polonais, né en 1993. Il est distribué par studio Hans Lucas depuis 2015 et basé à Paris. Après une licence en sciences humaines et sociales (sociologie et sciences politiques) à l’université Paris 8, Benjamin travaille désormais en tant que photographe documentaire indépendant, en France et à l’étranger, sur des thématiques sociétales et l’actualité.

Déjà, au cours de ses études, il avait été amené à couvrir l’actualité internationale telle que la révolution ukrainienne de 2014 (lauréat du Grand Prix Paris Match du photoreportage étudiant) et le tremblement de terre au Népal en 2015 (finaliste du même concours). Aujourd’hui, il se concentre principalement sur deux projets au long cours autour des thématiques de la migration, l’intégration et la jeunesse : le premier concerne le processus d’intégration de deux jeunes frères syriens qui ont trouvé l’asile en Allemagne. Le second trace l’histoire d’un jeune travailleur népalais à travers laquelle Benjamin va pouvoir raconter le phénomène de la migration de travail qui touche la population népalaise. Au-delà de l’image en tant que telle, Il est avant tout animé par le sujet qu’il va aborder. La photographie est le médium qu’il va utiliser et qui le conduira à témoigner de la condition humaine.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Lallubhai Compound

Inde, Bombay, migration
Entourés de béton, aucune infrastructure n’a été mise en place pour que les enfants puissent jouer en plein air. Ces derniers trouvent ce qu’ils peuvent dans la rue pour tuer le temps qu’ils ne passent pas sur les bancs de l’école. L’un d’entre s’est trouvé une nouvelle occupation en sautant par dessus des tiges de bambou. Mankhurd, Bombay, Inde – 26 mai 2017.

À Bombay, plus de 40% de la population vit dans des bidonvilles. Depuis une quinzaine d’années, les autorités indiennes ont décidé de mettre en place un plan de « réhabilitation des bidonvilles » qui consiste à déplacer les pauvres vivant dans les bidonvilles du centre de Bombay vers la périphérie. Mais derrière ce projet se cache en réalité un marché immobilier très juteux pour les promoteurs qui marchent main dans la main avec le gouvernement. Le terrain vaut de l’or. Bien évidemment, ces derniers tentent de vanter les mérites du projet : remplacer les bidonvilles par des centres commerciaux, des quartiers d’affaires ou tout type d’infrastructures pour développer et embellir la capitale économique de l’Inde. Mais afin d’expulser les habitants, les autorités n’ont pas hésité à employer la force et falsifier des autorisations pour accélérer la procédure. Dans un système encore régi par les castes, les pauvres sont bien souvent dépourvus de droits car considérés comme des moins que rien.

Ainsi, cette spéculation immobilière qui ne dit pas son nom a laissé apparaître des dizaines de colonies de réinstallation autour de Bombay. Lallubhai Compound, l’une des plus grandes colonies de réinstallation de l’agglomération de Bombay, est sorti de terre en 2004. Ce sont près de 8 000 familles venant de différents quartiers de la ville qui vivent désormais dans ce bidonville vertical de 65 barres. Ces bâtiments, endommagés par les moisissures en raison de l’humidité et des hautes chaleurs, mais surtout en raison des mauvais matériaux de construction, semblent avoir été construits il y a 60 ans. Cependant, le principal problème reste les conditions de vie avec le manque d’accès à l’eau courante et l’absence de système de collecte d’ordures. En outre, le chômage chez les jeunes est l’une des causes principales de la délinquance.

En essayant de faire passer ce projet économique pour un projet social de relogement de la population vivant en bidonville, le gouvernement n’a fait que déplacer le problème. Les bidonvilles d’hier du centre de Bombay sont devenus les ghettos d’aujourd’hui en périphérie.

Hervé Chatel _ Gardians – Un choix de vie

BIOGRAPHIE

Hervé CHATEL installé à Vincennes. Autodidacte, il apprend la photographie en pratiquant la street photography en 2014. En octobre 2016, après 15 années dans le domaine du graphisme et du webdesign, il intègre l’Emi-Cfd pour suivre la formation reporter photographe – photojournaliste documentaire.

Il est le lauréat du Grand-prix photo reportage étudiant / Paris Match 2017

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Gardians – Un choix de vie

À quelques kilomètres de Montpellier, le mistral balaye cette terre sauvage habitée de chevaux à la robe gris clair, lorsque « Benben », 25 ans, se lève tôt pour commencer sa longue journée de travail.

Il s’occupe d’une cinquantaine de chevaux, entretient la manade. Depuis tout petit, il est passionné par la nature et les animaux et pour rien au monde, il ne changerait de vie.
Les vacances, lui il ne connaît pas, c’est un gardian.

Mais pour combien de temps ce mode de vie va-t-il encore perdurer ?

Avec le réchauffement climatique, la Camargue risque de disparaître progressivement sous les eaux, il y a aussi les enfants héritiers qui ne souhaitent pas forcement reprendre ce métier.

Thomas Morel-Fort – Une vie à servir

Autoportrait-Thomas-Morel-FortThomas MOREL-FORT – FRANCE
Après des études à l’institut National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS) à Bruxelles et un parcours universitaire à la Sorbonne (Licence en Philosophie) et à la Sorbonne Nouvelle (Licence de Cinéma). Thomas décide de se consacrer pleinement à la photographie. En 2012, il est diplômé de Icart Photo, promotion Remi Ochilk et obtient l’European Bachelor of Photography. La même année il travaille chez Sipa Press puis au journal Le Parisien. Basé à Parie, il est membre du studio Hans Lucas depuis 2015. Son travail a été publié dans Grazia, Le Parisien, l’Express, L’Obs, Paris Match, La Croix, Le Figaro, Épic Stories.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Une vie à servir

Plus de 50 000 Philippins vivent en France. Plus de la moitié d’entre eux sont des travailleurs clandestins sans-papiers. Ce reportage se concentre sur les femmes de ménage surnommées « Filipinas » qui représentent 80 % de cette main-d’œuvre domestique et qui travaillent le plus souvent dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien et dans des villas de la Côte d’Azur.

Filipinas

Octobre 2016. Paris 16e. Myrna travaille dans un des appartements de ses employeurs qu’ils louent en air’bn’b.
Myrna , 48 ans, est arrivée à Paris il y a six ans . Elle travaillait pour une princesse saoudienne en Arabie Saoudite. Pendant les vacances de la famille de sa patronne à Courchevel, elle s’est enfuie avec une autre employée philippine de leur chalet. Après s’être cachée pendant quelques mois dans un foyer de sans abri elle a pu se rendre à Paris.

Pendant trois ans, j’ai pu suivre au plus près le quotidien de plusieurs « Filipinas » Donna, Tita, Myrna et Jhen.  Donna et ses amies ont laissé leurs familles et leurs enfants aux Philippines pour travailler dans les beaux quartiers à Paris. La condition de domestique est leur «  destin » disent ces jeunes femmes. Je me suis fait embaucher pendant 1 mois et demi avec elles.

Sidney Léa Le Bour – Al-Minya, Égypte – L’enfer blanc

Sidney Lea- Le BourSidney Léa LE BOUR – FRANCE
Née en 1990 à Paris. Vit à Nantes. D’abord diplômée en architecture, elle intègre l’ENS Louis Lumière Section photographie jusqu’en 2014. Depuis, photoreporter irrépressiblement attirée vers l’Est, elle parcourt les Balkans, l’Asie Centrale et les pays d’ex-URSS à multiples reprises. Traversée du continent eurasien en autostop. Reportage hivernal au long cours en Sibérie. Elle enchaine les défis et les épopées pour photographier des peuples aux antipodes les uns des autres. En quelques années, ses photographies lui ont permis de travailler avec de nombreux organismes et groupes de presse. La surprise est le moteur de sa création photographique et un élément clé dans le choix de ses projets.

L’insolite l’attire et c’est en voulant montrer ce qui l’étonne et la fascine qu’elle fabrique de l’image.

Les corps humains burinés, mous et froissés. Les méandres du calcaire. Les aspérités de la glace. Chaque série d’images qu’elle produit pousse un peu plus loin son exploration de la matière et de la couleur. Générateurs de curiosité, les traditions incongrues sont un autre de ces sujets de prédilection.
Son travail a été montré lors de plusieurs expositions collectives, dont récemment au festival de la Quinzaine Photographique Nantaise. Elle est actuellement représentée par l’agence Hans Lucas et la galerie Hegoa.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 :  Al-Minya, Égypte – L’enfer blanc

4 h 30 du matin.

Des minibus déversent des hommes en djellaba par dizaines. Ils s’interpellent, gesticulent et tuent le temps en dévorant des falafels et en sirotant du thé. En moins d’une heure, le carrefour est noir de monde. Tous attendent la même chose : l’arrivée des pick-up qui les amèneront sur les carrières de calcaire. À Al-Minya, c’est la source principale de travail. Presque tous les hommes en âge de travailler dans la région s’y rendent 6 jours sur 7. La route est cahoteuse et labyrinthique. Et le jour n’étant pas encore levé, il fait très froid. Certains se protègent du vent sous des bâches, d’autres s’emmaillotent dans des couvertures. Les hommes s’entassent à l’arrière des véhicules et se serrent les uns contre les autres pour 30 à 45 minutes de route.

Carrière de calcaire en Égypte

Une des nombreuses carrières de calcaire autour de la ville d’Al-Minya, en Égypte.

L’arrivée sur les carrières est surréaliste. Une lumière violacée teinte le ciel et les paysages blancs immaculés qui nous entourent. Des étincelles éclaboussent la nuit. Aux premières lueurs du jour, les hommes affutent les scies circulaires. C’est l’amorce d’un ballet bien rodé où chacun à sa place et sait ce qu’il a à faire. Mettre en place les rails et les décaler au fur et à mesure des découpes, manœuvrer les machines, écarter les briques désolidarisées du sol et recommencer à nouveau. L’air est irrespirable et la lumière aveuglante. Des nuages de particules enveloppent les silhouettes fantomatiques. À chaque inspiration, le silice s’engouffre dans les poumons des ouvriers. Pour limiter les ravages et à défaut de masque de protection, ils tentent de se protéger avec des foulards et des cagoules en tissu. Mais, cela n’arrête pas la maladie : embolie pulmonaire et cataracte, entre autres, sont monnaie courante.

Pour 5 ou 6 euros par jour et malgré les risques, les hommes de la région continuent donc à produire du calcaire et à s’exposer au pire.

Les hommes le savent. Les risques pour la santé et les accidents sont nombreux sur les carrières. Il suffit d’une scie qui dérape ou d’un éclat de lame qui se détache pour lacérer la chair et causer des dommages irréparables. Les fils électriques à nu serpentant sur le sol sont à l’origine de nombreuses électrocutions. Et pour couronner le tout, la plupart de ces ouvriers ne sont pas assurés. Les propriétaires des carrières n’arrivent pas à obtenir les licences qui permettraient de garantir à leurs employés une retraite et une assurance maladie. L’armée ne délivre qu’au compte-goutte les fameux sésames. Il faut se plier à des règles très strictes et payer des taxes exorbitantes, souvent bien plus élevées que le bénéfice réel de ces entreprises.