Franck Têtu – Une Saison en Ukraine

Né en 1966, je découvre la photographie à 23 ans. À la même période, je découvre le cinéma et plonge dans les univers de Bergman, Tarkovski, Cassavetes…

Après des études de lettres étrangères, je fais le choix de voyager, ce que de multiples et très divers travaux alimentaires m’ont permis de faire. La photographie a toujours été le prétexte et le moteur de ces voyages. J’ai cherché au cours de ces vingt dernières années à affiner mon regard et à lui chercher un lien intime avec moi-même.

Depuis quelques années, ma recherche s’est orientée vers des univers sombres, des villes grises et polluées, des gens tristes. Non tant pour rendre compte de leur vie, mais de la mienne — ou d’une partie de la mienne, de ce désespoir qui m’étreint parfois et que je ne sais traduire autrement.

Je ne me suis décidé à montrer mon travail qu’il y a peu. Sélectionné pour le festival Circulation(s) en 2012, j’y ai exposé une série intitulée Une saison en Ukraine.

Que voici…

EXPOSITION BARROBJECTIF 2013 : Une Saison en Ukraine

C’est vers des villes industrielles— ici Kryvyï Rih et Dnipropetrovsk, en Ukraine — qu’un besoin impérieux me porte. Ces deux villes, au cœur d’une région minière exploitée à plein régime à l’ère soviétique, s’étalent encore à la (dé)mesure du projet qu’elles servaient. Elles sont l’une et l’autre d’une laideur à couper le souffle. Il est difficile de dire à quel point la vie y semble sinistre, laide, absurde.

Ce n’est que très récemment que j’ai découvert ce que j’allais y chercher ; le sens de cette fuite à l’Est. Au Nord. Au froid. Au noir. Au noir, oui. C’est bien la recherche d’une couleur qui m’anime. Elle est le filtre que je glisse —involontairement — entre mon appareil photo et le monde. Ou bien est-ce l’inverse ? Allez savoir…

Je me sens appelé vers d’autres espaces, d’autres sujets, d’autres gens, d’autres situations, dont le désespoir, peut-être moins criard, ne saura pour autant manquer de sourdre dans mes images.

Mais pour le moment, j’ai bien l’intention de profiter encore de ce noir éclatant, de cette matière brute que je trouve presque telle quelle dans ces villes industrielles des pays de l’est, profiter encore de ces paysages qui parlent, d’emblée, la même langue que moi.

Ici, on l’aura compris, nul concept, nulle approche intellectuelle : à travers ces images, c’est de moi-même que je parle. Tout au moins de cette part de moi que je ne sais traduire autrement.

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