Tony Hayère – Rien ne bouge

Tony Hayère a grandi à Angoulême, une petite ville de Charente dont les remparts enferment mais donnent à voir loin. Il vit depuis quatre ans à Paris où il progresse dans divers domaines artistiques tels que la réalisation d’œuvres radiophoniques, la réalisation de documentaires de création et la photographie.

Il commence la pratique de cette dernière en 2007 au club-photo argentique d’Angoulême où il apprend à développer et à tirer ses propres clichés. Longtemps tourné vers une écriture auto-biographique, il se tourne plus tard vers les autres.

Diplômé d’un Master d’Écriture Documentaire de Création à Angoulême, son travail tend aujourd’hui à exprimer, au travers de dispositifs et d’outils de fiction, la complexité du réel. Il aime particulièrement le paradoxe, car celui-ci est le signe d’une présence humaine, mais aussi parce que seul sera capable de le saisir un regard qui prend le temps et qui lentement s’approche : l’acceptation de celui-ci est, selon lui, le plus grand des défis lancé au XXIème siècle.

EXPOSITION BARROBJECTIF : Rien ne bouge

Ce travail photographique a commencé en Août 2012 pour se terminer en Août 2013. Il est réalisé à l’abattoir de Confolens, en Charente, avec ses employé(e)s (les photographies présentées ici ont fait l’objet d’une exposition au sein des murs de l’abattoir, en partenariat avec la communauté de commune du Confolentais).

Ces clichés sont d’abord l’oeuvre du temps ; le temps d’une relation, la recherche d’une posture et d’un regard envers des hommes, des femmes, leur espace. Ce travail est fait, avant tout, avec eux.

Je sais que j’avais besoin de rencontrer l’autre sur un terrain difficile, compliqué, hostile.

Au début, je ne fais qu’osciller entre deux états contraires, que bouger entre deux points de vue : avec eux, sur la chaîne, dans la technique, dans le travail de la chair, dans les rires et la besogne; et puis parfois mon oeil accroche le regard d’un animal pris de stupeur, ou l’un de ses mouvements de résistance face à la mort, alors le sens de mon travail se perd et avec lui, moi.

Et puis j’oublie l’animal, ou plutôt non, il reste toujours là, plus présent même, comme la trame de fond, persistante, d’une rencontre humaine qui se veut aux limites, à l’extrême. Les éclats d’Hervé, la jeunesse de Yoan, la joie de Christelle, la timidité de Sébastien… Le sang est là, mais l’humanité des hommes l’efface et c’est la dureté du travail qui surgit, c’est la « mine ».
L’empathie est une feignante, elle prend les routes, s’épargnant les chemins.

Rien ne bouge lorsque l’on tue. Rien ne s’effondre, rien n’apparaît. Rien, ni même la sensation que quelque chose s’élève ou s’en va. Dans la recherche permanente de la bonne distance, mon regard comprend que sans ces hommes dans mon cadre, il ne reste que le vide, car eux seuls sauvent la vie.

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