
Samuel SAADA
Je découvre la photographie par le voyage.
En 2015, je m’immerge durant quatre années au Proche-Orient. J’explore des territoires en périphérie, à la lisière des cadres établis, dans une approche documentaire et sensible.
Se développe alors une pratique rigoureuse, attentive aux lieux et à celles et ceux qui les habitent. La rencontre avec Didier Ben Loulou m’initie à une temporalité lente, méditative.
Mon travail explore la rue — espace de frottement, de passage, d’inattendu — et des lieux plus intimes, liés à la terre et aux communautés.
J’y cherche des présences en tension, traversées par l’absence ou la solitude.
Initié au tirage argentique par Thomas Consani, je poursuis cette pratique en chambre noire, dans un temps de silence et d’exigence.
EXPOSITION BARROBJECTIF 2026 : Je / Tu / Nous

Dieu n’a cessé de rendre la lumière fragile.
Hébreu et arabe se confondent parfois, comme un murmure ancien sur une terre partagée.
Entre 2015 et 2019, j’ai traversé Israël de l’intérieur, à distance des lignes de front, à la recherche de ce qui relie malgré les fractures.
Partir n’était pas un voyage.
C’était une nécessité.
Quitter, me délester, abandonner ce que je connaissais.
Venir sans langue, ou presque.
Un hébreu balbutiant, aucun ancrage, peu de moyens.
Dans cet écart, quelque chose s’est ouvert.
Le langage s’effaçait. L’image prenait le relais.
Ce projet est une traversée des visages, des gestes et des silences.
Il explore une coexistence fragile, là où les identités se croisent, se heurtent, parfois se mêlent.
J’ai rencontré des fragments d’humanité : Juifs, Palestiniens, travailleurs sans papiers.
Des vies côte à côte, hors des récits dominants.
Je ne cherchais pas à affirmer une identité.
Instabilité — étranger, dedans et dehors.
Photographier devenait une manière de rester.
De ne pas disparaître dans le bruit des discours.
Chercher la lumière dans les interstices :
là où les langues se croisent,
où les visages résistent,
où l’humain persiste.
Celui que je rencontre me déplace,
devient une part de moi que je ne connaissais pas encore.
Une cartographie sensible du réel,
au plus près de la cohabitation fragile
et de la persistance du vivant.
