
Laurent BLANDIN, né en 1982, réside à Nantes.
C’est par un concours de circonstances, la veille de son départ pour un tour du monde, qu’il fait l’acquisition d’un appareil photo. Ce moment marquera un tournant décisif dans sa vie, éveillant une passion qui ne le quittera plus.
Ancien graffeur, il retrouve dans la photographie une nouvelle forme d’expression, où il allie la recherche de compositions graphiques à une dynamique visuelle intense. Attiré par les rencontres lors de ses voyages et animé d’une curiosité profonde pour son environnement, son travail photographique s’articule aujourd’hui autour de deux axes principaux : la découverte du monde et les enjeux sociétaux.
Autodidacte, Laurent Blandin trouve son inspiration auprès de photographes qui s’inscrivent dans les traditions du photojournalisme et de la photographie humaniste. L’humain dans sa singularité et sa propension à lutter est au cœur de ses projets personnels.
EXPOSITION BARROBJECTIF 2026 : Madagascar – de briques et de sueurs
La capitale de Madagascar ne ressemble à aucune ville au monde. Ses habitations sont construites en brique et s’étalent sur un ensemble de collines qui dominent des rizières. Le bois étant rare sur les hautes terres, les Malgaches ont très tôt développé la briqueterie.
Deux types de terre sont utilisés pour la fabrication : l’argile et la latérite. La technique est traditionnellement restée la même. On prépare d’abord la pâte à base d’argile ou de latérite mélangée avec de l’eau. La terre est calibrée dans des moules en forme de parallélépipèdes, puis séchée au soleil. Les briques en argile nécessitent une cuisson d’environ 48 heures, elles sont superposées dans un four et cuites avec l’écorce de riz, le paddy.
Aujourd’hui certains paysans préfèrent fabriquer les briques, qui offrent une source de revenus rapide, plutôt que d’entretenir les rizières, qui imposent des mois de patient labeur et dont le rendement est aléatoire.

Même si la brique est une constante des campagnes au centre de l’île, elle répond essentiellement à une demande urbaine. De ce fait, les fours se concentrent à proximité des villes et sur les axes de communication où leur profusion commence d’ailleurs à poser de sérieux problèmes de concurrence avec le domaine des rizières. Le travail du briquetier est saisonnier, c’est pendant la morte-saison que les paysans louent leurs rizières. Pour éviter le surcreusement des sols, l’argile est exploitée sur environ un mètre de profondeur.
Pour s’offrir un complément de revenus, nombreux sont les Malgaches à faire des briques. Activité physique et répétitive, même les enfants s’y attellent. Une brique pèse en moyenne 2,5 kilos, lorsqu’un enfant porte 8 briques c’est alors une charge de 20 kilos. Les plus jeunes portent environ 200 briques par jour, tandis que les adultes environ 600. Pour chaque brique, le porteur reçoit 9 ariarys (0,0018 €). La pauvreté pousse parfois les parents à faire travailler leurs progénitures au détriment de leurs scolarités.
La briqueterie a beau porter le poids des années, rien n’y a vraiment changé : les gestes demeurent rudes, les risques omniprésents, et la paie dérisoire.
Pourtant, au cœur de cette austérité, persiste une lumière tenace. On y rencontre une résilience presque désarmante : un accueil sincère, une spontanéité intacte, des sourires qui surgissent comme des éclats de chaleur dans la poussière et le bruit.
