Éric Bouvet _ Tchétchénie

INVITÉ D’HONNEUR EN 2008

BIOGRAPHIE

Après des études à l’école Estienne, Éric Bouvet devient en 1982, reporter photographe.

Son intérêt pour la photographie s’est éveillé quand, à l’âge de 8 ans, il a regardé les premières images télévisées en direct de la mission Apollo 11 atterrissant sur la lune. C’est alors qu’il s’est rendu compte de l’importance des nouvelles et des moments historiques.

Bouvet a travaillé comme photographe salarié au sein de l’agence photo française Gamma dans les années 1980, et a commencé sa carrière en tant que photographe indépendant en 1990. Il a d’abord obtenu une reconnaissance internationale avec ses photos de 1986 des efforts de sauvetage à la suite de l’éruption d’un volcan à Omeyra, en Colombie. Depuis lors, Bouvet a couvert les conflits en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Tchétchénie, au Soudan, en Somalie, en ex-Yougoslavie, au Liban, en Israël. Irlande du Nord, Kurdistan, Surinam, Burundi, Libye et Ukraine.

Il a couvert des événements internationaux majeurs tels que les funérailles de l’ayatollah Khomeini en Iran, la place Tiananmen en Chine, la chute du mur de Berlin, la révolution de velours à Prague, l’attaque américaine contre la Libye, la libération de Nelson Mandela, les Jeux olympiques et la crise des migrants en Europe.

Il a également travaillé sur de nombreuses histoires de société, notamment la vie dans les prisons russes, de jeunes marins sur des porte-avions, la police française travaillant en banlieue parisienne, les derniers mineurs de charbon français et la vie dans une clinique pédiatrique pour enfants atteints de cancer.

Bouvet a reçu cinq World Press Awards, ainsi que deux Visa d’Or, la médaille d’or du 15ème anniversaire de la photographie, le Bayeux-Calvados Award for War Correspondents, le Prix du Public de Bayeux-Calvados, le Front Line Club Award et le Paris-Match Award.

Eric Bouvet et son exposition sur la Rainbow Family 2008 © Gérard Truffandier

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Tchétchénie

Il y a des guerres, on ne sait pas pourquoi l’on décide de s’y rendre une première fois, sans savoir pourquoi l’on y retourne, sans savoir pourquoi…

La Tchéchénie 1995-1996 puis 2000-2001, chaque fois un peu plus d’une année, mais une dizaine de voyages.

Un moyen format sur du conflit ? Quelle drôle d’idée ! Une des nombreuses fois où l’on m’a traité de fou, ou bien genre « ça y est on a encore perdu Bouvet… »

Pourquoi du moyen format avec l’Hasselblad ? Pourquoi du carré ? Pourquoi du noir et blanc ? Et Pourquoi pourquoi ? Parce que dans la vie l’on fait des choix depuis sa petite enfance, et tout du long nous décidons de ce que nous allons devenir, faire de notre vie en faisant des choix. J’ai donc travaillé avec une nonchalance de mon regard, en survolant l’actualité, un laisser-aller sur les obligations commerciales de ma photographie, mais toujours avec respect envers l’humain. L’homme est au cœur de tous mes sujets depuis 38 ans que je suis photographe. Ici en Tchétchénie, il peut être beau et magnifique comme il peut aussi être laid et horrible. En Tchétchénie comme dans n’importe quel autre pays du monde.

Michel Bernatets

INVITÉ D’HONNEUR EN 2006

BIOGRAPHIE

Michel Bernatets, né en 1944, est le fils d’un portraitiste et retoucheur sur négatif.
Il est le père de trois enfants, dont deux, Éric et Véronique, sont photographes reconnus.
Sa vie professionnelle s’oriente sur trois axes qu’il mène en même temps.

Il est à la tête d’une entreprise de photo comprenant quinze assistants. Il aime à dire : « profession : créateur d’emplois en photographie ». La plupart de ses assistants
sont restés dans l’entreprise de l’apprentissage à la retraite. C’était une équipe soudée, conviviale et professionnelle.

En même temps, il s’est donné comme devoir de transmettre : il a donc été enseignant en photographie en CFA au LEP Tregey de Bordeaux, et au Centre d’Enseignement spécialisé pour Déficients Auditifs, rue de Marseille à Bordeaux. Il a été nommé 24 ans Conseiller de
l’Enseignement Technologique dans l’Académie de Bordeaux.

À partir de 17 ans, il a adhéré au Groupement National de la Photographie Professionnelle, et a gravi tous les postes jusqu’à être nommé Secrétaire Général pendant plus de vingt ans, puis Président National. Il a été Président de la Chambre Syndicale de la photographie scolaire pendant 19 ans.

Pendant toute sa carrière, il réalise des images pour des tour-opérateurs, en Asie
et en Amérique centrale. Il a fait également des photos pour l’armée.

Actuellement à la retraite depuis 15 ans, il se repose en faisant de la luminographie, une pose longue avec déplacement des sources lumineuses ou de l’appareil de prise de vue, et réalise de la recherche graphique avec des lumières colorées, passion qu’il avait commencées lorsqu’il avait 14 ans.

Photographe Michel Bernatets © archive BarroPhoto 2006

Patrick Bard _ El dia de los muertos

INVITÉ D’HONNEUR EN 2010

BIOGRAPHIE

Membre de l’agence Signatures, Patrick Bard est photographe et romancier. Ses travaux ont été exposées en France, en Espagne, en Belgique, en Angleterre, au Mexique et aux USA et publiés dans la presse internationale. Il est l’auteur de plus de vingt ouvrages photographiques et de neuf romans traduits en espagnol, italien, grec, anglais (USA) pour lesquels il a reçu de nombreux prix. L’Amérique Latine, les frontières, la question des femmes sont au centre de son travail. En 2015, il a publié « Mon neveu Jeanne » (Ed. Loco), un essai documentaire sur le genre. Son roman sur l’embrigadement, « Et mes yeux se sont fermés » (Syros, 2016), a été récompensé par douze prix. Il a également publié une monographie sur la forêt en 2018, «Promenons-nous dans le bois » (Imogene) dont les images seront présentées à l’automne 2019 au musée Zadkine à Paris.

Photographe Patrick Bard © Marie-Berthe Ferrer

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : El dia de los muertos

2015. « Spectre », l’un des tout derniers épisodes de James Bond, débute par une impressionnante scène tournée à Mexico durant la Fête des morts, au beau milieu des chars et d’une foule grimée en squelettes. Plus mexicain, tu meurs. Sauf que l’instant doit tout à la fiction. Qu’importe, on ne montre pas impunément la mort aux Mexicains qui trouvent l’idée excellente et achètent les chars à la production, à l’issue du tournage. Le défilé de cinéma devient réalité dès l’année suivante. En 2016, 200 000 personnes le suivent ou y participent à l’occasion de la fête des Morts. En 2017, ils sont plus d’un million. Cette capacité mexicaine à donner vie aux mythes est, sans nul doute, à l’origine de la ferveur dont le peuple fait montre chaque année et de manière croissante, deux semaines durant, aux alentours de la Toussaint.

Pour comprendre, il faut revenir à la période qui suit la conquête. Si l’Église a bien intégré la fête pré-hispanique des morts, elle en a déplacé le temps. Auparavant, elle avait lieu au mois d’août, son déroulement coïncidant avec la fin du cycle agricole du maïs, de la courge, des pois et des haricots. Elle commençait avec la coupe du xócotl, un arbre dont on retirait l’écorce et que l’on décorait de fleurs. Les familles lui apportaient des offrandes vingt jours durant. Ces festivités étaient dédiées aux défunts proches. Elles étaient célébrées entre le neuvième et le dixième mois du calendrier solaire mexica correspondant aux mois de juillet et d’août et étaient placées sous la protection de Micteccacihuatl, épouse du Seigneur de la terre des morts, Mictlantecuhtli. Les crânes des sacrifiés étaient exposés sur des tzompantlis, des murs-autels de crânes. Mais la conquête change la donne.

Dans le courant du siècle qui suit la colonisation, la Fête des Morts est déplacée vers la Toussaint. Sa célébration est encore marquée par des offrandes de monnaie, de cacao, de cire pour les cierges, d’oiseaux, de fruits, ainsi que de grandes quantités de graines et de nourriture. Le premier jour est dédié aux enfants morts, le lendemain aux adultes. Des autels sont dressés – dans les foyers autochtones, surtout, au centre et au sud du pays. On y dispose les représentations des ancêtres, les quelques objets qu’ils affectionnaient, ainsi que leurs plats et boissons préférés. On se rend au cimetière pour les visiter et disposer un bouquet de fleurs. Une façon de perpétuer rituels et croyances pré-coloniaux tout en respectant à minima les traditions chrétiennes de la Nouvelle-Espagne.

Le temps passe encore. Nous sommes au début du XIXème siècle. La fête des Morts aztèque est pratiquement tombée dans l’oubli. Seules les communautés autochtones isolées du Chiapas ou de Oaxaca la célèbrent encore de façon plus traditionnelle, comme c’est toujours le cas chez les Mazatèques de Huautla de Jimenez, avec des masques de bois, en fondant des cierges en cire d’abeille, en buvant force aguardiente à base d’agave. L’indépendance du Mexique en 1821, la séparation d’avec le Guatemala en 1823, la guerre de 1836 avec les États-Unis, la perte de la moitié des territoires cédés au nord aux Américains en 1848, enfin, l’invasion française, improbable aventure impériale qui s’achève par la victoire mexicaine et l’exécution de Maximilien 1er en 1867 vont faire émerger progressivement un ardent désir d’identité nationale chez les Mexicains. En 1858, Benito Juarez, un Zapotèque originaire de Oaxaca, devient le premier président indigène de l’histoire de son pays et du continent américain. Après avoir résisté aux Français, il rétablit la république. Hélas, la démocratie est bien vite confisquée par le dictateur Porfirio Diaz, lequel sera renversé par la révolution mexicaine de 1910.

C’est à ce moment charnière que les intellectuels ressuscitent les racines autochtones du pays, s’en emparent et les revendiquent, quitte à tordre quelque peu la vérité historique. Qu’importe, le Mexique se forge déjà une réputation de géant culturel, qui, elle, est tout sauf usurpée. La Fête des morts et ses origines pré-hispaniques resurgissent un peu à la manière dont, pendant la guerre de 1870, les Français exhument la figure de Jeanne d’Arc oubliée depuis le Moyen-Âge pour réveiller un patriotisme anesthésié par Napoléon III.

Étendard de cette résurrection, la Catrina ou Catrina garbancera voit le jour en 1912 sous le crayon imaginatif de José Guadalupe Posada, un caricaturiste qui la dessine sous la forme d’un squelette coiffé d’un chapeau à voilette, parfois habillé de vêtements féminins. Le succès est immédiat. Le personnage devient très vite une figure populaire, bientôt reprise et déclinée sous de nombreuses variantes par les artistes des années 20, Diego Rivera en tête. C’est en effet lui qui la baptise Catrina (synonyme d’une élégance parfois exagérée en castillan mexicain) et l’intègre dans une fresque murale. Reproduite en masse, elle deviendra rapidement une figure consubstantielle de la mexicanité et sa popularité ira croissante jusqu’à nos jours, d’autant que le commerce s’en mêlera vite et que l’Halloween des voisins gringos s’invitera à la fête. Reflet de l’âme mexicaine, la fête des morts, ressuscitée au tournant des années 1910, est aujourd’hui tout à la fois l’incarnation d’un syncrétisme joyeux et d’un événement à la fois culturel commercial.

Définitivement, au Mexique, pays où selon Paz « La mort est la mère des formes », mourir, c’est renaître.

Patrick Bard

SOIRÉE PROJECTION VIDÉO : Mon neveu Jeanne

Dimanche 15 septembre à 20h30 projection vidéo qui traite de la question du genre « Mon neveu Jeanne » de Patrick BARD ,

Jeanne, lors de la soirée de Noël 2005, à Savigny-sur-Orge. © Patrick Bard

Jane Evelyn Atwood – Trop de peines, femmes en prison

INVITÉE D’HONNEUR EN 2012

BIOGRAPHIE

Jane Evelyn Atwood est née à New York et vit en France depuis 1971. Son œuvre traduit la profonde intimité qu’elle entretient avec ses sujets sur de longues périodes. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer.

L’œuvre de Jane Evelyn Atwood a été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux, dont : la première bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980; un Prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987 ; en 1990, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme ainsi que le Grand Prix du Portfolio de la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) ; le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997 ; et un Prix Alfred Eisenstaedt en 1998. En 2005, elle s’est vue décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts and Letters de Bard College, U.S.A. Jane Evelyn Atwood a exposé internationalement et en 2011, La Maison Européenne de la Photographie à Paris présente plus de 200 de ses images dans une première rétrospective, Jane Evelyn Atwood : 1975 – 2011.
Dernièrement du 25 janvier au 21 avril 2019 à la Maison de la Photographie Robert Doisneau

Jane Evelyn Atwood lors de sa conférence à Barro en 2012
© Gérard Truffandier

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Trop de peines, femmes en prison

J’ai commencé à photographier les femmes incarcérées en 1989. Pendant dix ans, je me suis concentrée sur les criminelles de droit commun dans quarante prisons – maisons d’arrêt, centres de détention et pénitentiaires – dans neuf pays en Europe, Europe de l’Est et les États-Unis jusque dans des couloirs de la mort. Au départ, la curiosité était mon principal motif. La surprise, le choc et la stupeur ont pris le relais. La rage m’a portée jusqu’au bout. Dés le début, j’ai été frappée par l’immense manque affectif des prisonnières. Elles avaient été écrasées non seulement par l’ignorance, la pauvreté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque tous les détenus, mais aussi par des années – quand ce n’est pas une vie entière – d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes.

Souvent, ces même femmes purgeaient une peine pour des actes qu’un homme avait commis, ou pour des actes qu’elles n’auraient jamais commis toute seule. Trop souvent, la politique mise en œuvre dans les prisons de femmes consiste à humilier plutôt qu’à réhabiliter. Des femmes qui étaient brisées dehors continuent, en prison, à être traitées comme des citoyennes de seconde zone.

Un large pourcentage des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents. Est-ce vraiment nécessaire de les mettre en prison ? Une fois incarcérées, elles ont moins de chances de s’en sortir que les hommes, les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limités et débilitants.

Pour chaque femme qui a accepté de participer à ce travail, des centaines ont refusé : elles craignaient les représailles des gens à extérieur, ou des gardiens·nes à l’intérieur, si elles disaient la vérité. Dans le monde entier, les administrateurs de prison prétendent protéger les détenues de l’exploitation ; en vérité, ils font tout leur possible pour les empêcher de s’exprimer sur la réalité de ce qu’elles vivent derrière les barreaux. La honte empêche certaines femmes de parler. Pour beaucoup d’autres, c’est la peur. Mais la grande majorité d’entre elles est tout simplement réduite au silence.

Ce travail de dix ans s’est terminé avec la publication de Trop de peines, femmes en prison (Editions Albin Michel, 2000) et Too Much Time,Women in Prison (Phaidon Press Ltd., 2000).

Christopher Anderson

INVITÉ D’HONNEUR EN 2003

BIOGRAPHIE

Christopher Anderson est né en 1970 au Canada et a grandi dans l’ouest du Texas. Il vit entre Brooklyn et Barcelone

En 2000, en mission pour le New York Times Magazine, il est monté à bord d’un petit bateau en bois avec 44 Haïtiens qui tentaient de se rendre en Amérique. Le bateau a coulé dans les Caraïbes. Les photographies ont reçu la médaille d’or Robert Capa et ont marqué le début d’une période de 10 ans en tant que photographe contractuel pour Newsweek Magazine et National Geographic Magazine.

En 2005 il rentre à l’agence Magnum Photos.

En 2011, il est le premier photographe en résidence du New York Magazine.

Christopher est l’auteur de quatre monographies :

Nonfiction, 2003 (livre de poche en boîte publié par De.MO, Millbrook, 2004). HB, 179 x 196 mm, 104 pp, 54 photos couleur.

Capitolio. Editorial RM, Mexico City, 2009. HB, 298 x 332 mm, 132 pp, 89 photos noir et blanc.

Fils. Kehrer Verlag, Heidelberg, 2013. HB, 245 x 200 mm, 96 pp, 44 photos couleur.

Stump. Editorial RM, Mexico City, 2014.

Photographe Christopher Anderson © Spencer Ostrander

Patrick Mesner _ Les Princes de juillet

INVITÉ D’HONNEUR EN 2007

BIOGRAPHIE

Patrick Mesner est né à Alger en 1953. Il est un photographe documentaire et portraitiste. Grand reporter pour France Télévisions de 1985 à 2017, membre de la Société Des Océanistes (S.D.O – Quai Branly), il a édité de nombreux carnets de voyages, notamment : l’Algérie, l’Arménie, Marseille, New York, Kanak- portrait de groupe, Chroniques du pays Kanak (encyclopédie en quatre volumes sur la culture mélanésienne, travail de groupe), Histoire du peuplement de la Nouvelle Calédonie.

Photographe Patrick Mesner

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Les Princes de juillet

                                                  Carnets de notes (extrait)

…un vieux Parker à plume bleue…des souvenirs du pays de l’ailleurs…Grand père, grand père, apprends moi à parler oiseaux…

Dans l’air résonnent les magnifiques chansons d’auteurs célèbres; «les vacances au bord de la mer…» qu’un Michel Jonas, merveilleux a su si bien chanter. Le bonheur du bord de l’océan et l’imaginaire enfantin fait de poésie. Les artistes, dans toutes les disciplines, ont traité, à un moment de leur vie, ce thème si délicat. Je m’y aventure, à mon tour, à pas feutrés, gourmand de ce que je vais cueillir avec ma boite à images. Je suis père de trois enfants; ils savent que je suis photographe, un chasseur de papillons…alors sans contraintes je comprends que je peut être accepté sur leur terrain de jeux – la grande plage où tous les possibles sont possibles.

…écrire sur ces possibles, c’est partir loin. Et la photographie, écriture fulgurante offre ce dépaysement.

C’est de la côte Atlantique à la Méditerranée que j’ai posé mon regard sans vraiment appréhender ce qui m’attendait.

Migrateur estival, gourmet et gourmand d’images de bonheur, je m’en suis allé au pays des elfes et des fées. Un pays sans frontière fait de soleil, de vent, de cabrioles, de sable et d’air iodé avec pour projet d’observer le comportement des enfants en vacances au bord de la mer. Là où les jeux emplissent le paysage et conquièrent de vastes territoires peuplés de méduses, oursins, algues, coquillages et crustacés.

Ambition osée que de se mettre dans le bermuda de l’ethnologue, chaussé d’espadrilles et équipé d’une machine à photographier. Cette histoire est faite de sel et de sable chaud, de bouée canard, de pomme d’amour, de maquillage d’indiens et de fraternité enfantine.

Au plus fort de l’été, de la Méditerranée à l’île d’Oléron, du Cap Ferret à la Bretagne et vers les plages du nord les populations sont multipliées par dix. Le temps est un acteur majeur. Mais qu’il pleuve, vente ou fasse grand soleil, les aventuriers du bord de mer sont équipés de pelles et de râteaux pour aller à la pêche aux crabes.

Le temps? ; c’est «nuage/soleil» comme sur les appareils photo en plastique, jadis utilisés. Pour être bien sûr de l’exposition, il faut positionner l’objectif sur la bonne pose :«nuage» ou «soleil:» comme le font les amateurs de souvenirs de famille. Des photographies dentelées, au format carré, un peu jaunies, un peu sépia, collées dans les albums de mémoire en attestent. Parfait pour les consigner dans mes carnets d’humeur.

…à suivre

Patrick MESNER pour Barrobjectif, les 20 ans.

Olivier Laban-Mattei

INVITÉ D’HONNEUR EN 2015

BIOGRAPHIE

Olivier Laban-Mattei est membre permanent de l’Agence M.Y.O.P. depuis 2013.

Il a commencé à travailler comme photojournaliste indépendant en 1999 après des études de géographie et de sociologie. Il devient correspondant de l’AFP en Corse, d’où la famille Mattei, du côté de sa mère, est originaire.

Après dix ans à l’AFP, couvrant les événements mondiaux (guerres en Irak, Gaza, Géorgie, insurrection en Iran, tremblement de terre en Haïti, cyclones à Java et en Birmanie), Olivier Laban-Mattei se tourne vers la photographie indépendante. Tout en continuant à suivre certains sujets d’actualité (le printemps arabe, la guerre en Libye), il se concentre désormais sur des projets à long terme. Pour « The Mongolian Project« . Olivier a voyagé plusieurs fois en Mongolie avant de s’y installer pendant un an. Le projet a abouti à un livre, Mongols (Neus, 2013), et à une exposition « Mongolia, the Eldorado does not exist » présentée à Visa pour l’Image en 2014. Il dépeint Oulan-Bator comme une ville proche de l’asphyxie, qui connaît une expansion débridée tout en vivant sous la menace permanente d’un séisme. Un deuxième livre est actuellement en production.

Olivier Laban-Mattei travaille également à de nombreuses reprises avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). En 2014 et 2015, il a rendu compte de la crise centrafricaine et des traumatismes liés aux conflits.

Son travail a reçu plusieurs prix, dont trois World Press Awards, deux Paris Match Awards, deux Pictures of the Year International (POYi).

Photographe Olivier Laban Mattei © Remi Ochlik/ IP3 Press

EXPOSITION POUR LE 20 ANS DE BARROBJECTIF 2019 : L’Eldorado n’existe pas

Il n’y a aucun doute là-dessus : La Mongolie n’est pas une terre bénie par les dieux, une terre riche qui offre des richesses à tout chasseur de fortune, comme les médias internationaux voudraient nous le faire croire. Bien au contraire. Alors que les ressources minières ont pu apporter de vastes richesses financières à l’État, les inégalités sociales ont été considérablement aggravées par l’exploitation minière intensive, avec de graves effets sur la santé humaine et l’environnement. Et les premières victimes sont les Mongols. La pollution de l’air, de l’eau et de la terre, le manque d’hygiène et d’assainissement et les problèmes de santé se sont aggravés. Les autorités refusent de reconnaître les faits, déterminées à promouvoir une image idyllique du pays afin d’attirer toujours plus d’investisseurs et de touristes étrangers.

Depuis la fin du régime communiste, depuis que la Mongolie s’est tournée vers la démocratie et l’économie de marché, de nombreuses entités publiques se sont effondrées faute de financement continu. Le système de santé et le système éducatif, qui s’effondrent tous deux, sont des exemples du mépris de l’État pour ces secteurs et de son manque d’intérêt à mettre en œuvre une politique de développement véritable et durable au profit de la population.

La corruption a miné toutes les composantes de la société. Elle peut être très organisée, comme c’est le cas dans les échelons supérieurs où les décisions sur les ressources minérales apportent des fortunes personnelles aux quelques élus, ou pour les classes moyennes, elle peut être un moyen de survivre avec de faibles salaires. Avec l’inflation galopante et l’augmentation constante du coût de la vie, ce système sournois est maintenant bien établi. Ironiquement, à mesure que les capitaux affluent des sociétés minières qui contribuent à la richesse du pays, la pauvreté s’est répandue et est maintenant endémique dans les deux villes et dans la steppe. La promesse électorale d’une part de la richesse du pays n’a pas été tenue et le mécontentement se fait jour.

Depuis le début des années 2000, de nombreuses communautés ont abandonné les zones rurales pour la ville, surpeuplant Oulan-Bator, le centre économique et politique du pays. Chaque année, 60 000 autres migrants s’installent à la périphérie de la ville. Avec les embouteillages dans le centre-ville et l’utilisation généralisée du charbon pour le chauffage, c’est aujourd’hui l’une des villes les plus polluées du monde.

Dans les zones rurales, la situation n’est guère meilleure. Dans certaines régions, les pratiques traditionnelles d’élevage ont été abandonnées au profit de systèmes d’élevage intensif, dans le seul but d’en tirer un profit immédiat, et sans tenir compte des conséquences de l’empiétement du désert sur des vallées entières et de la mise en danger des écosystèmes par les mines, comme dans le désert de Gobi où les nappes phréatiques peuvent se tarir.

La situation est urgente. La Mongolie doit réagir, développer une politique de développement durable large et diversifiée, tout mettre en œuvre pour éviter que l’exploitation minière ne prenne le relais et soutenir d’autres secteurs susceptibles de créer des perspectives d’emploi.

Avec une population de moins de trois millions d’habitants, un tiers seulement travaillant et beaucoup souffrant de graves problèmes de santé, il est difficile de comprendre pourquoi l’État ne s’intéresse pas davantage aux populations si essentielles à la croissance et au développement national.

La Mongolie est aujourd’hui un pays fragile, comme la capitale elle-même, en équilibre sur une faille sismique et menacée de destruction.

Bénédicte Kurzen

INVITÉE D’HONNEUR 2017

BIOGRAPHIE

Bénédicte Kurzen a commencé sa carrière photographique en 2003 en allant en Israël pour couvrir l’actualité chaude dans la Bande de Gaza, en Irak et au Liban.
En 2004, elle passe du «news» à la photographie documentaire avec un projet sur les femmes kamikazes volontaires et les veuves palestiniennes dans la Bande de Gaza. Ce travail fait partie d’un projet collectif plus ample intitulé « Violences faites aux femmes », en collaboration avec Amnesty International et Médecins Sans Frontières.
Bénédicte a une maîtrise d’histoire contemporaine de la Sorbonne, Paris. Son mémoire est consacré au « Mythe du photographe de guerre », ce qui l’inspira pour devenir journaliste d’image.
Au cours des dix dernières années, elle a couvert les conflits et les changements socio-économiques en Afrique. De l’Afrique du Sud (2015–2013), sa base, elle explore certains des plus douloureux défis de la société post-apartheid. Elle produit “Next of Kin” (Plus proche parent), “The Boers Last Stand” (Les Boers aux abois) et « Amaqabane ». Ce dernier projet consacré aux vétérans de la lutte anti-apartheid fut produit dans le cadre du prestigieux Joop Swart Masterclass en 2009. En 2011, elle reçoit une bourse du Pulitzer Centre qui lui permet de produire un travail complexe au Nigeria, “A Nation Lost to Gods” (Une Nation perdue des dieux), exposé à Visa pour l’Image, et qui lui a valu une nomination pour le Visa d’Or 2012.
Elle devient membre de l’agence NOOR, en 2012, et déménage à Lagos l’année d’après. De là elle continue à couvrir l’Afrique, avec une attention toute particulière pour le Nigeria, qui la passionne depuis longtemps. Son travail nigérian fait l’objet d’une exposition à Londres et à Lagos en collaboration avec Robin Maddock et Cristina de Middel : “Shine Ur Eye”. Enfin elle fut aussi professeur à l’Université américaine du Nigeria.

Photographe Bénédicte Kurzen © Robin-maddock

Emin Özmen – Invité d’honneur 2018

Emin ÖzmenEmin ÖZMEN – TURQUIE
Photojournaliste, Emin est né à Sivas en 1985. Après cinq années passées à étudier la physique à Samsun, il décide de se consacrer à sa passion, la photographie. Il est alors admis à la Faculté des Beaux-Arts Marmara d’Istanbul, où il étudie la photographie durant quatre ans. Il obtient ensuite un diplôme en photographie documentaire à l’Université d’Art et de Design de Linz – Autriche.

En 2011, son travail sur la sécheresse en Somalie est publié. La même année, il se rend au Japon pour couvrir le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku. Il couvre également les grandes manifestations économiques en Grèce. L’année suivante, il commence un long travail sur la guerre en Syrie, où il s’est rendu à de nombreuses reprises. En 2014, il documente la crise liée à l’Etat Islamique en Irak.

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits. Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capturer” leurs vécus à travers son travail. En Décembre 2015, Magnum Photos a accordé une bourse à Emin Özmen afin qu’il complète ce projet, intitulé “Les Limbes”.

Son travail a notamment été publié par TIME Magazine, New York Times, BBC, CNN, Der Spiegel, The Guardian, Le Monde, Paris Match, Libération, L’Obs, Telegraph, Bild, etc.

Emin Özmen a remporté plusieurs prix, parmi lesquels le World Press Photo (à deux reprises) et le Prix du public au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre en 2014.

En 2017 il a rejoint l’Agence Magnum Photos en tant que nominé.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018  – Les Limbes – Exode
(Limbo – Exodus)

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits.

Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capter” leurs vécus à travers son travail.

Avec cette série de photographies, Emin Özmen a cherché à saisir l’état dans lequel tous ces gens, dont la vie a basculé, sont plongés. Un abîme d’émotions.

Comme tous les jours depuis des semaines, des réfugiés syriens attendent près de la frontière turco-syrienne leurs familles restées à Kobané. Suruç – Turquie, Septembre 2014.
En septembre 2014, l’État islamique a attaqué Kobané et a assiégé la ville en octobre de la même année. Dans la ville, des milliers de personnes ont essayé de survivre. Pour échapper aux affrontements, même les enfants et les personnes âgées n’ont pas hésité à traverser les champs de mines qui séparent Kobané de la frontière turque. Selon le HCR, 170 000 habitants de Kobané se sont réfugiés dans les camps en Turquie lors des affrontements.

La vie de toutes ces personnes, aux histoires et aux destins bien distincts, semble suspendue dans un entre-deux. Un entre-deux où l’attente, l’espoir, l’anxiété, la confusion et l’angoisse s’entremêlent, s’entrechoquent jusqu’à les attirer dans un état vague et confus : les limbes. Cela se manifeste par différents sentiments que l’on peut lire sur leurs visages, que l’on peut deviner dans leurs postures, que l’on peut entrevoir dans un geste.

Leur vie, rude, dans les camps de réfugiés. La peur, le froid parfois. L’attente, encore. L’espoir aussi. Les familles entières qui risquent tout sur des embarcations de fortune dans l’espoir d’une vie meilleure. L’humiliation, souvent. Le regard des autres, pesant. Les arrestations. L’indifférence. La culpabilité parfois, quand on a laissé toute sa famille derrière soi dans l’espoir de les retrouver plus tard dans un ailleurs plus sûr.

Des civils tentent de fuir les combats en traversant le Tigre à bord de petites embarcations, au sud-est de Mossoul. Irak, Novembre 2016.

Cette série photographique nous emmène dans un territoire aux marges floues, où le temps semble suspendu, où l’issue parait incertaine, où tout est encore possible. À travers ce travail, Emin Özmen nous embarque dans le quotidien de ces gens perdus dans les limbes.

Texte : Cloé Kerhoas

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 – Turquie – La guerre cachée (Turkey’s Hidden War)

En juin 2015, lors des élections législatives, le parti pro-kurde du HDP a remporté 13% des suffrages et privé le parti au pouvoir (celui du président Erdoğan, l’AKP) de sa majorité absolue.

Turquie. Derik. Décembre 2015. Zahide Onen, 23 ans, est dans sa chambre détruite. La maison de la famille Onen a été ciblée par l’armée turque. Une fusée a frappé leur chambre tôt le matin lorsque le couple et ses deux enfants dormaient à la maison. Personne n’a été blessé mais ils ont tout perdu.

Après ces élections, le bruit des bombes se fait de nouveau entendre et une vague d’attentats secoue la Turquie: Suruç, Diyarbakir, Ankara. Dans le sud-est, à majorité kurde, le fragile cessez-le-feu, obtenu en 2013, entre l’État turc et les combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation « terroriste » par Ankara, Bruxelles et Washington a volé en éclats.

Des combats quotidiens font rage et les civiles kurdes se retrouvent une nouvelle fois otages d’un conflit vieux de 30 ans, qui a déjà couté la vie à plus de 40 000 personnes.

Turquie. Cizre. Mars 2016. La famille de Kasim, 17 ans, pleure sa mort après avoir été tué par les forces spéciales turques pendant le couvre-feu. Juste après qu’ils soient entrés dans le sous-sol où leur fils a été tué, la famille de Kasim, totalement dévastée, s’est effondrée en larmes.

Pour venir à bout du PKK, alors solidement enracinés dans les centres urbains peuplés, les autorités ne lésinent pas sur les moyens. Des dizaines d’élus locaux, suspectés de soutenir le terrorisme sont arrêtés ou mis à pied. Une à une, les villes kurdes sont placées sous-couvre feu : des dizaines de milliers d’habitants forcés de vivre terrés chez eux.

Un enfant se tient près d’un bâtiment détruit. Cizre, Turquie, Mars 2016.
En décembre 2015, l’armée et les forces spéciales de la police turque ont bouclé tous les accès de la ville et lancé une vaste offensive pour en déloger des partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, considéré comme une organisation terroriste) qui y avaient érigé barricades et tranchées et défié l’État turc en décrétant « l’autonomie ».

D’après l’ONU, les opérations menées par les forces turques entre juillet 2015 et la fin de 2016 ont touché plus de 30 localités, dont certains quartiers ont été rasés, et ont contraint entre 335 000 et 500 000 personnes à fuir, en majorité des Kurdes.

Bénédicte Kurzen – Une nation perdue des dieux

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Une nation perdue des dieux

Au Nigeria on n’a jamais fini de compter les morts. Chaque jour voit de nouvelles victimes, de nouvelles attaques, encore des attaques, contre des églises, des casernes de police, des écoles. Ce conflit sans nom fait rage dans un arc de cercle qui traverse une grande partie du Nigeria septentrional. Maiduguri, Kano, Damturu, Gome sont les villes d’une région dévastée dont chaque quartier paraît écrasé par ce conflit.
Mais de quel conflit s’agit-il au juste ?
Dans ce reportage, qu’il nous a fallu plus un an entier à rassembler, nous essayons, avec l’oeil lucide et impitoyable du Nord, d’examiner les symptômes de la violence sectaire. Après les élections présidentielles d’avril 2011, une vague de tension politique, expression de la frustration d’un peuple las de la corruption politicienne, a trouvé son exutoire : huit
cents morts en quelques jours. Mais le conflit ethno-religieux qui se poursuit dans la région du centre semble être aussi aux premières lignes d’une guerre religieuse, aggravée par les suites du onze septembre 2001.

Les policiers et les agents de sécurité civile se trouvent devant un drapeau PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.

Ici, le global s’est fait local. Qu’on soit Berom, Hausa, Fulani, Ngas, indigène ou pas, chaque crise accentue la réaction religieuse. Plus récemment pourtant, le Nord voit des hostilités plus profondes et plus féroces. Les attaques salafistes ont fait depuis 2009 un millier de victimes. Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad, plus connu sous le nom qu’on lui donne en hausa, Boko Haram, a plongé le Nigeria dans la peur.

Ces hommes sont engagés pour divertir et promouvoir le parti au pouvoir, PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.
Le PDP a été au pouvoir depuis ces douze dernières années.

Le Nigeria semble au plus haut point étranger, mais l’évolution du chaos pose une question brûlante : comment des gens qui n’ont rien de commun peuvent-ils cohabiter à l’intérieur d’une unité nationale qu’on leur a imposée, alors que l’injustice, la corruption profonde des puissants érodent chaque jour le contrat social, d’où leur colère, leur frustration ? À essayer d’expliquer ce qui se passe au Nigeria du nord, on se heurte
à un mur. On se trouve en face de généralisations et de simplifications, mais au Nigeria rien n’est simple. Le renouveau des tensions religieuses date de la fin du régime militaire en 1999. Libéré du poids de la dictature, le Nigeria s’est encore une fois scindé en deux. Cette société hétéroclite de plus de deux cents ethnies fut pourtant unifiée en 1914 à l’époque où la colonie anglaise était gouvernée par Lord Lugard. Plus d’un siècle après, l’amalgame n’a jamais paru aussi dépassé, aussi obscur.

Une nation perdue des dieux-3

Deux soldats des Forces spéciales, de service en tant que vice-président nouvellement élu, Namadi Sambo, démontrent leurs compétences au photographe, à Kaduna, au Nigéria, le 28 avril 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes