Pierre Faure – France périphérique

Portrait Pierre FaurePierre FAURE – FRANCE
Né en 1972 et vit en France, il a étudié les sciences économiques.
De 2012 à 2014 il aborde les thèmes de la grande précarité et de l’exclusion. Il passe une année sur un bidonville « Tziganes », en 2012 et deux années en centre d’hébergement d’urgence et centre d’hébergement et de réinsertion sociale « Les Gisants », 2013, « Le Bateau », 2014. Devenu membre du studio Hans Lucas en 2013, il documente la montée de la pauvreté en France, en parcourant l’ensemble du pays depuis 2015.
Prix Roger Pic, 2016 I Prix I shot it, 2017 I Prix Albert Kahn, 2018 I Prix Fidal, 2018

Association Camille LeapgePierre Faure à reçu le prix Camille Lepage en 2017

L’association Camille Lepage – On est ensemble décerne depuis 2015 un prix aux photographes engagé(e)s dans un projet au long cours. Ce prix doté de 8OOO€ est remis durant le festival  » Visa pour l’image « . Depuis 2 ans la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF) s’engage aux côtés de l’Association Camille Lepage – On est ensemble pour financer le prix .

EXPOSITION PARTENAIRE : France périphérique

Montée de la pauvreté en France, témoignage photographique.

Depuis 2015, je documente la montée de la pauvreté en France en privilégiant les zones rurales et péri-urbaines. Ce travail a pour but de rendre visibles et concrètes les conditions de vie d’une partie de nos compatriotes.

Le titre « France Périphérique » est emprunté à l’ouvrage éponyme du géographe Christophe Guilluy qui aborde les problématiques politiques, sociales et culturelles de la France contemporaine par le prisme du territoire. Il s’intéresse à l’émergence d’une « France périphérique » qui s’étend des marges périurbaines les plus fragiles des grandes villes jusqu’aux espaces ruraux en passant par les petites villes et villes moyennes. Il souligne que désormais 60 % de la population — et les trois quarts des nouvelles classes populaires — vit dans cette « France périphérique », à l’écart des villes mondialisées.

La France compte 8,8 millions de pauvres (INSEE, 2016) et 2,3 millions de personnes vivent au mieux individuellement avec 672 euros par mois. Comble pour l’un des premiers producteurs agricoles mondiaux, pour manger, près de deux millions de personnes auraient eu recours à l’aide alimentaire en 2015 (Observatoire des inégalités).

Économiste de formation, je m’intéresse aux évolutions qui modifient la société française en profondeur, sur le long terme. La pauvreté a baissé à partir des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990. Elle est ensuite restée plutôt stable jusqu’au début des années 2000 avant d’augmenter.

Depuis 2004, le nombre de personnes pauvres a progressé de 1,2 million (+ 30 %). Ce mouvement de hausse constitue un tournant dans l’histoire sociale de notre pays. La dégradation économique enregistrée depuis 2008 pèse tout particulièrement sur les moins favorisés (source : L’Observatoire des inégalités).

Mon objectif est donc de réaliser un témoignage photographique de la hausse structurelle de la pauvreté dans l’hexagone.
Montée de la pauvreté en France

Au-delà des statistiques, le phénomène est peu visible. Pourquoi  ? Les analyses de Pierre Bourdieu et Michel Legros peuvent nous éclairer. Selon le premier, l’invisibilité sociale est un effet de la domination. L’espace social est un espace clivé, divisé entre dominants et dominés. Dans la conception la plus large, l’invisibilité concerne tous ceux que les dominants estiment ne pas relever d’une vie normale et accomplie.
Pour Michel Legros (Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale), l’invisibilité peut constituer un mode de régulation de la pauvreté. Il s’agit alors de rendre les pauvres invisibles. Les politiques urbaines visent notamment à « nettoyer » l’espace public en évitant que les pauvres ne l’occupent trop massivement pour ne pas déranger le reste de la population. La rénovation urbaine a pu conduire à repousser les pauvres toujours plus loin en périphérie, et la politique de mixité sociale passe en réalité par l’expulsion plus ou moins directe et négociée de catégories que l’on ne souhaite plus voir dans les espaces rénovés. (ONPES).
Je souhaite que ce témoignage rende visibles et concrètes les conditions de vie d’une partie de nos compatriotes. Que des visages se substituent aux statistiques afin d’apporter au public des éléments de sensibilisation et de compréhension.
Car le regard des Français sur les pauvres se fait plus dur. Selon une enquête du Crédoc (1) portant sur un échantillon représentatif de 2 000 personnes, effectuée de décembre 2013 à janvier 2014, et publiée le 12 septembre 2014, 37 % des Français pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n’ont pas fait d’efforts pour s’en sortir alors qu’ils n’étaient que 25 % en 2009, au déclenchement de la crise.

(1) CREDOC : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

Moland Fengkov – Navy Metal

Moland FengkovMoland FENGKOV – FRANCE Photojournaliste indépendant français formé à l’EMI-CFD. Parmi ses travaux, il couvre les troubles politiques ayant précédé le coup d’état en Thaïlande de mai 2014, publie un reportage sur Phuket, paradis des lascars français, ou encore approche un club de tir 100 % féminin au Texas. Par ailleurs, amateur de heavy metal, il couvre le Hellfest, le plus grand festival consacré à ce genre musical en France, et va jusqu’à embarquer pour une croisière de luxe avec à bord 3000 métalleux.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Navy Metal

Chaque année, depuis 2011, Miami (Floride, États-Unis) voit débarquer sur ses plages une population toute de noir vêtue. Venus des quatre coins du monde (75 nationalités différentes en 2018), ces quelque 3000 touristes d’un genre particulier embarquent sur un bateau de croisière pour une escapade en mer de quelques jours dont aucun ne revient indemne.

L'Independence of the Seas

Belly flop contest, concours de plat (saut dans une piscine en tentant de créer les plus grandes éclaboussures d’eau) à bord de L’Independence of the Seas, bateau de croisière au large de la mer des Caraïbes embarquant une croisière consacrée au heavy metal. Un jury composé de musiciens décerne des points, à la manière d’une épreuve de patinage artistique, en fonction de la beauté du saut et de l’ampleur des gerbes d’eau générées par le saut. Le vainqueur gagne une bouteille de champagne et une médaille. Nombre de compétiteurs viennent déguisés. Pendant cette 8e édition de 70000 Tons of Metal, le nom de ce festival flottant, quelques 3000 fans de heavy metal vont faire la fête et assister aux concerts d’une soixantaine de groupes (chaque groupe se produit 2 fois sur différentes scènes, dont une sur le pont supérieur, en extérieur) tout en jouissant des services d’une croisière de luxe classique.

70000 Tons of Metal, le nom de cette croisière de luxe, est exclusivement consacrée aux amateurs de heavy metal. Depuis sa création, il a vu fleurir des émules, mais se targue de rester le 1er et le plus grand festival de heavy metal sur mer.

Exposition hommage – Stanley Greene by NOOR

© Charlie Abad

Stanley GREENE USA/FRANCE Né en 1949 à Brooklin (New-York).
Photojournaliste légendaire, membre de l’Agence VU de 1991 à 2007, et membre fondateur de l’agence NOOR, créé en 2007.
Stanley a commencé sa carrière dans les années 1970 en photographiant pour des magazines et a travaillé comme photographe temporaire pour le New York Newsday.
En 1986, il s’installe à Paris et commence à couvrir les événements et les conflits à travers le monde. Il à travaillé pour Libération , Paris Match, TIME, The New York Times Magazine et Newsweek, entre autres connu pour sa couverture du conflit en Tchétchénie (1994-2001).
Auteur des livres : The Western Front (André Frère Éditions, Roquevaire, 2013), Black Passport (Schilt Publishing, Amsterdam, 2010), Open Wound : Chechnya 1994-2003
(Trolley Books, London, 2003) et Dans les Montagnes où vivent les aigles (Actes Sud, Arles, 1995).
Il a reçu de nombreuses subventions et reconnaissances, y compris le Prix d’Or pour l’ensemble de ses réalisations (2016), le Prix W. Eugene Smith (2004) et cinq prix World
Press Photo.
Stanley Greene est décédé à Paris le 19 mai 2017.

EXPOSITION HOMMAGE –  Stanley Greene by NOOR

Prima ballerina Anna Zharova of the Novosibirsk Opera and Ballet Theatre.
Stanley Greene / NOOR

 

 

 

Grozny

Grozny. Janvier 1995. L’approvisionnement en vivres et en eau s’est arrêté quelques jours après l’agression. Des hommes et des femmes cherchaient à se nourrir parmi les obus qui explosaient. Gagner le contrôle de Grozny n’a pas pris aux Russes des heures, mais des semaines. Les Tchétchènes étaient difficiles à battre parce qu’ils ne participaient pas à une guerre conventionnelle. Pendant le siège, la plupart des rebelles s’entraînaient au sud de la ville car Le général Maskhadov savait qu’une importante force mal armée aurait pu être bouclée et piégée avec une relative facilité. Plus important encore, les anciens arpenteurs de la ville et les urbanistes étaient maintenant des combattants, donnant au commandement tchétchène une connaissance intime des artères cachées et des conduits des systèmes de gaz et d’eau de la ville. Jour et nuit, ils ont infiltré les lignes russes avec des centaines d’équipes de trois hommes qui sortaient de nulle part, généralement deux carabiniers protégeant un combattant avec des roquettes antichars. D’innombrables véhicules blindés de transport de troupes russes ont été détruits aux intersections et aux points stratégiques avec d’énormes pertes.

 

 

 

 

 

Cher Stanley,

Vous m’avez dit une fois lors de l’une de nos conversations secrètes Skype: « Vous savez à quel point une fleur sent bon quand tu as senti la mort« .

Vous nous avez quittés il y a quelques semaines maintenant, et vos mots sont toujours dans mon esprit et j’en suis sûr, dans beaucoup d’esprits.

À cause de gens comme vous, j’ai développé un fort intérêt et je crois en la narration et au photojournalisme. Comme vous l’avez dit à plusieurs reprises, « certaines choses doivent simplement être vues. »

J’ai vu ton travail et je me suis dit, c’est exactement ce que je veux faire et c’est ainsi que je veux que ma vie soit: utile et significative. L’un de vos collègues de NOOR dit: « Nous sommes ici pour faire et raconter des histoires qui auront un impact sur l’humanité ».

Je me suis toujours demandé, pourquoi vous et certains de vos collègues de cette industrie, des amis de NOOR faisaient ce travail. Maintenant, je connais la raison pour laquelle, vous aimez tous l’odeur des fleurs. Je crois que vous et quelques autres avez créé NOOR parce que vous étiez des gens vraiment romantiques à propos de la vie, parce que vous étiez au-delà de la recherche de la »Lumière » parce que vous étiez, et vous êtes toujours tous, à la recherche de l’amour dans cette vie.

Un bon ami à moi a écrit ces quelques lignes quand il a entendu que vous étiez parti: «Ce que j’ai appris de Stanley, c’est l’appréciation, la gentillesse, l’altruisme et ce que je crois être la partie la plus importante de son héritage monumental – la capacité d’ouvrir complètement son cœur et d’écouter la mélodie de ce monde. Pour savoir comment trouver la magie du monde. La capacité d’entendre et de danser au son des feuilles bruissant dans une brise légère, un orchestre de voitures klaxonner sauvagement dans les rues, ou le bruit de l’eau qui bout. Juste en l’écoutant et en étant en sa présence, j’ai appris comment voir et sentir la vie partout. C’est la leçon la plus importante qu’il m’a apprise. « 

Merci Stanley et à bientôt de l’autre côté.

Clément Saccomani
NOOR Directeur Général Amsterdam,
Juillet 2017

Jeoffrey Guillemard – Frontière Sud

Jeoffrey GuillemardJeoffrey GUILLEMARD – FRANCE
Né en 1986 à Nancy, il a passé son enfance entre la Nouvelle-Calédonie et les Landes. Depuis 2006, il parcourt le continent américain en conservant comme lieu d’attache le Mexique et la Bretagne. Lors de son retour en France, en 2014, il suit la formation photojournaliste de L’EMI-CFD à Paris. Jusqu’à aujourd’hui, son travail documentaire s’est focalisé sur des thématiques telles que l’expression multiple de la sexualité, les pratiques religieuses contemporaines ainsi que le portrait et l’analyse de différents groupes communautaires. Il est membre du collectif HAYTHAM PICTURES qui est distribué par l’Agence REA.
Il est basé au Mexique depuis janvier 2016.

Principales publications : Le Monde, Libération / 6Mois / Society / So Foot, VSD / Pèlerin, La Croix / Arte, VICE France / Causette / Le Parisien Magazine / Les Échos / Sans_A / Bloomberg Businessweek Magazine (USA) / El País (España) / L’Actualité (Quebec) / Het Financieele Dagblad (Netherlands)…

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Frontière Sud

La Bestia

Des migrants Centraméricains attendent le départ du train de marchandise pour continuer leur chemin vers les États Unis.
28/03/18
Arriaga, Chiapas, Mexique.

«La frontière des États-Unis commence au sud du Mexique». C’est comme cela que les migrants Centre-Américains racontent leur voyage pour atteindre le rêve américain.

Tout commence à la frontière du Mexique et du Guatemala sur des radeaux de fortune lancés sur le rio Suchiate. Ils doivent ensuite marcher pendant des jours entiers avant de s’aventurer sur «La Bestia» (La Bête), ce fameux train de marchandises qui traverse le pays. Malgré la longueur du voyage et les nombreux dangers, des milliers de migrants du Honduras, du Salvador et du Guatemala empruntent chaque jour cette route pour fuir les gangs et la violence qui frappent leurs pays respectifs. Ils y perdent leur argent, leur dignité et parfois même la vie.

Anthony Hamidovic – New Black in NYC

Anthony HamidovicAnthony HAMIDOVIC – FRANCE Je suis photographe autodidacte, né en 1976. Je voyage avec mon appareil photo dans les villes qui captent mon attention esthétique et émotionnelle (Paris, Lisbonne, New York, etc.).
Entre photos de rue ou clichés architecturaux, ses photographies se composent d’un minimum de détails temporels.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : New Black in NYC

NYC 21e siècle

Série photographique qui nous plonge en apnée dans les rues new-yorkaises. Cette traversée en noir et blanc capte le mouvement d’une ville américaine atypique, bloquée entre le fleuve Hudson et l’océan.
Souvent caractérisée comme surdimensionnée et cosmopolite, NYC se découvre réfractaire à l’ordre établi pour devenir une ville sanctuaire en perpétuelle réinvention.

Otto de la Paillère – Fête de l’ours

Otto-de-la-PaillereOtto de la PAILLÈRE
– FRANCE
Photographe autodidacte né au Pays basque en 1971, je vis aujourd’hui à Saint Laurent de Cerdans, petit village des Pyrénées Catalanes. J’ai découvert la pratique de la photographie il y a une trentaine d’années avec l’argentique noir et blanc. À la fois auteur et photographe-artisan, un peu touche-à-tout, je me promène depuis 30 ans à travers tous les domaines de la photographie. La curiosité et le besoin permanent d’être là où je ne suis pas sont des moteurs formidables pour aller rechercher de nouvelles sources d’inspiration trop exaltantes pour être ignorées.
Pourtant, je reviens régulièrement vers quelques sujets de réflexion qui ne sont jamais loin de mes préoccupations photographiques, ceux qui, notamment, questionnent les relations humaines.
Depuis 2006, je photographie les événements et les personnalités du Haut-Vallespir, petite région isolée des Pyrénées Catalanes en essayant de témoigner d’un mode de vie singulier, empreint de traditions séculaires et d’un savoir-vivre ensemble tout à fait particulier.
À la fin de l’année 2017, je deviens micro-entrepreneur et je mets maintenant cette expérience à disposition de ceux qui le désirent.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Fêtes de l’ours

Les traditions dans les Pyrénées Catalanes

Dans les Pyrénées Catalanes, que ce soit à Prats-de-Mollo, à Saint-Laurent-de-Cerdans ou à Arles-sur-Tech, les trois villages du Haut-Vallespir où cette pratique perdure, la Fête de l’Ours est un témoignage de la relation profonde d’un peuple à son territoire.

L’Homme tente d’exorciser ses peurs, d’exprimer ses angoisses pour mieux les conjurer dans un jeu de rôle déconcertant, parfois violent, souvent terrifiant.

Face à une nature jugée menaçante, l’Homme tente d’exorciser ses peurs, d’exprimer ses angoisses pour mieux les conjurer dans un jeu de rôle déconcertant, parfois violent, souvent terrifiant. Il s’agit ici de recréer les conditions de l’existence rude des habitants de ce petit pays isolé. L’ours entre dans le village et vient y jeter le chaos dans une mise en scène baroque ou s’affrontent bien et mal, noir et blanc, humains et animaux, hommes et femmes. Mais ici, les événements de cette existence sont codifiés à l’extrême. On sait d’emblée que les hommes seront finalement libérés de leur peur. Tous les événements qui ne mènent pas à cette délivrance ne sont que contingences. L’ours sera finalement capturé et rasé, dévoilant ainsi la nature humaine de la bête. L’ours ne fait plus peur, car il est redevenu un être civilisé. L’Homme a enfin, le temps de cette chasse débridée, le contrôle absolu et maîtrise totalement son univers.

Mais dès le lendemain, il devra retourner vivre dans la nature en étant tout aussi vulnérable. Pourtant, pour les habitants de ces villages, les lendemains de la Fête de l’Ours ne ressemblent en rien aux jours qui la précèdent.

Sidney Léa Le Bour – Al-Minya, Égypte – L’enfer blanc

Sidney Lea- Le BourSidney Léa LE BOUR – FRANCE
Née en 1990 à Paris. Vit à Nantes. D’abord diplômée en architecture, elle intègre l’ENS Louis Lumière Section photographie jusqu’en 2014. Depuis, photoreporter irrépressiblement attirée vers l’Est, elle parcourt les Balkans, l’Asie Centrale et les pays d’ex-URSS à multiples reprises. Traversée du continent eurasien en autostop. Reportage hivernal au long cours en Sibérie. Elle enchaine les défis et les épopées pour photographier des peuples aux antipodes les uns des autres. En quelques années, ses photographies lui ont permis de travailler avec de nombreux organismes et groupes de presse. La surprise est le moteur de sa création photographique et un élément clé dans le choix de ses projets.

L’insolite l’attire et c’est en voulant montrer ce qui l’étonne et la fascine qu’elle fabrique de l’image.

Les corps humains burinés, mous et froissés. Les méandres du calcaire. Les aspérités de la glace. Chaque série d’images qu’elle produit pousse un peu plus loin son exploration de la matière et de la couleur. Générateurs de curiosité, les traditions incongrues sont un autre de ces sujets de prédilection.
Son travail a été montré lors de plusieurs expositions collectives, dont récemment au festival de la Quinzaine Photographique Nantaise. Elle est actuellement représentée par l’agence Hans Lucas et la galerie Hegoa.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 :  Al-Minya, Égypte – L’enfer blanc

4 h 30 du matin.

Des minibus déversent des hommes en djellaba par dizaines. Ils s’interpellent, gesticulent et tuent le temps en dévorant des falafels et en sirotant du thé. En moins d’une heure, le carrefour est noir de monde. Tous attendent la même chose : l’arrivée des pick-up qui les amèneront sur les carrières de calcaire. À Al-Minya, c’est la source principale de travail. Presque tous les hommes en âge de travailler dans la région s’y rendent 6 jours sur 7. La route est cahoteuse et labyrinthique. Et le jour n’étant pas encore levé, il fait très froid. Certains se protègent du vent sous des bâches, d’autres s’emmaillotent dans des couvertures. Les hommes s’entassent à l’arrière des véhicules et se serrent les uns contre les autres pour 30 à 45 minutes de route.

Carrière de calcaire en Égypte

Une des nombreuses carrières de calcaire autour de la ville d’Al-Minya, en Égypte.

L’arrivée sur les carrières est surréaliste. Une lumière violacée teinte le ciel et les paysages blancs immaculés qui nous entourent. Des étincelles éclaboussent la nuit. Aux premières lueurs du jour, les hommes affutent les scies circulaires. C’est l’amorce d’un ballet bien rodé où chacun à sa place et sait ce qu’il a à faire. Mettre en place les rails et les décaler au fur et à mesure des découpes, manœuvrer les machines, écarter les briques désolidarisées du sol et recommencer à nouveau. L’air est irrespirable et la lumière aveuglante. Des nuages de particules enveloppent les silhouettes fantomatiques. À chaque inspiration, le silice s’engouffre dans les poumons des ouvriers. Pour limiter les ravages et à défaut de masque de protection, ils tentent de se protéger avec des foulards et des cagoules en tissu. Mais, cela n’arrête pas la maladie : embolie pulmonaire et cataracte, entre autres, sont monnaie courante.

Pour 5 ou 6 euros par jour et malgré les risques, les hommes de la région continuent donc à produire du calcaire et à s’exposer au pire.

Les hommes le savent. Les risques pour la santé et les accidents sont nombreux sur les carrières. Il suffit d’une scie qui dérape ou d’un éclat de lame qui se détache pour lacérer la chair et causer des dommages irréparables. Les fils électriques à nu serpentant sur le sol sont à l’origine de nombreuses électrocutions. Et pour couronner le tout, la plupart de ces ouvriers ne sont pas assurés. Les propriétaires des carrières n’arrivent pas à obtenir les licences qui permettraient de garantir à leurs employés une retraite et une assurance maladie. L’armée ne délivre qu’au compte-goutte les fameux sésames. Il faut se plier à des règles très strictes et payer des taxes exorbitantes, souvent bien plus élevées que le bénéfice réel de ces entreprises.

Camilo León-Quijano – Les Rugbywomen : plaquer les stéréotypes

Camilo LEÓN-QUIJANO – COLOMBIE – Né Camilo León -Quijanoen 1991 à Bogotá. Il est titulaire de deux Masters en sociologie et vit en France depuis 2012. Photographe autodidacte, il explore les liens entre photographie et recherche en sciences sociales au sein d’un doctorat en sociologie visuelle à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales depuis 2015. En 2017 il a été lauréat du Prix du Diaporama Sonore (Libération et Fisheye Magazine). Cette même année il a été sélectionné pour la Nikon-NOOR Academy à Paris et a reçu le Prix Robert Lemelson de la Society for Visual Anthropology (American Anthropological Association). En 2018, il a été lauréat (1st Prize) du Rachel Tanur Prize for Visual Sociology, finaliste du LUMIX Festival for Young Photojournalism et du Days Japan International Photojournalism Awards.

EXPOSITION BARROBJECTIF2018 : Les Rugbywomen – plaquer les stéréotypesSport féminin à Sarcelles

Sarcelles est une ville de banlieue située à 15 kilomètres au nord de Paris. Cette ville nouvelle est à présent une ville marquée par une forte stigmatisation socio-spatiale. La ville compte environ 60 000 habitants, une population jeune (presque 50 % a moins de 29 ans), un taux de chômage supérieur à 23 % et un revenu moyen de 16 891 € annuel. 35 % de la population est non diplômée et 50,7 % vit dans des HLM (INSEE, 2015). Le décompte de la population immigré-e-s est d’environ 18 000 individus, la plupart venue de l’Afrique du Nord, de l’Afrique Sub-saharienne et de la Turquie.

J’ai voulu explorer la ville sous l’angle du sport et de la jeunesse. De ce fait, en 2017 j’ai photographié le quotidien d’un groupe de jeunes joueuses de rugby inscrites à l’UNSS du Collège Chantereine de Sarcelles, l’un des centres éducatifs le plus stigmatisés de la ville. En photographiant leur quotidien, j’ai découvert la manière dont elles vivaient et interagissaient dans la ville.

En me plongeant dans leur vie personnelle et collective, j’ai appris l’importance de ce sport dans leur vie quotidienne : le rugby est un moyen de « plaquer » certains stéréotypes sociaux (filles de banlieue) mais aussi de genre (un « sport de garçons »).

Regarder la ville en chaussant les lunettes de ces jeunes joueuses a été l’occasion de photographier la banlieue autrement. Bien que des problématiques sociales persistent, le sport est un moyen de s’émanciper et de retrouver une dignité très souvent reniée par les institutions et les médias.
À la fin du projet et en vue mettre en valeur l’engagement sportif des jeunes rugbywomen du collège Chantereine, nous avons réalisé une exposition photographique «  éphémère » dans leur collège : 22 images en grand format ont été collées sur les murs de l’établissement pour mettre en valeur cette expérience.

Patrice Mariolan – Plumes

Patrice MoriolanPatrice MARIOLAN – FRANCE
De l’horizon lointain à l’œilleton étroit, de l’émotion de l’instant à la maitrise du « clic« , la photo a changé mon regard sur la vie qui m’entoure et tout devient image. La lumière redessine à chaque instant le paysage, jamais à l’identique.
Elle rythme la vie animale, actrice de cet enchantement quotidien.

J’ai choisi le noir et blanc pour épurer l’image et conduire le regard à l’essentiel de l’attitude, du mouvement, de l’action.

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Plumes

« Fascinants oiseaux ! Ils ressentent, expriment, réagissent, en êtres singuliers.

Jet de lumière dans la transparence des barbules déployées, virtuoses des turbulences, ils sont à chaque instant notre inaccessible rêve d’Icare.

Dans l’épure du noir et blanc et la poésie des mots, PLUMES rend hommage à cette élégante fragilité. »

 

SON LIVRE SERA EN VENTE SUR LE FESTIVALLIVRE PLUMES

Anthony Micallef – Iran : les caravanes de lumière

Anthony MicallefAnthony MICALLEF – FRANCE Photoreporter, membre de l’agence HAYTHAM PICTURES. Il aime s’immerger dans des communautés durant plusieurs mois, pour les raconter de l’intérieur. Il a notamment travaillé sur les jeunes militants du FN, sur un sosie d’Elvis Presley, sur les Urgences, sur le siège des Nations-Unies et sur les Beaux-Arts de Paris.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Iran – les caravanes de lumière

caravanes de lumière-Iran

Des pancartes en carton representant des photos d’archive de la guerre jalonnent le parcours. Pelerinage de Rahian-e Noor sur le memorial de Talaieh en Iran.

En Iran, chaque année lors du printemps, des milliers de familles prennent la route pour se rendre sur les lieux de bataille de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Ces pèlerinages, appelés “Royan-e Noor” en persan (les caravanes de lumière), sont motivés par l’attachement personnel des pèlerins à leurs proches morts au combat, ce conflit ayant fait plus d’un demi-million de morts côté iranien. Mais il est également porté et organisé par le régime, qui y voit l’occasion de diffuser sa doctrine de manière très efficace : la vingtaine de lieux de mémoires répartis à la frontière irakienne sont en effet tenus par les Gardiens de la Révolution, l’organisation paramilitaire créée par Khomeyni en 1979 pour assoir son pouvoir et surveiller la population de l’intérieur. Sur place, c’est tout le pouvoir iranien qui mobilise habilement le passé pour assoir son emprise sur la population actuelle, notamment les jeunes iraniens. Reportage sur les mémoriaux de Shalamcheh, de Talaieh et d’Arwandkenar lors de la période de Nowrouz, le Nouvel An iranien.

Des centaines de cars sont affrétés depuis Téhéran et les principales villes du pays pour transporter les familles jusqu’aux mémoriaux. Sur place, les visiteurs parcourent des lieux d’affrontement réels, mais également largement mis en scène (reproduction récente de bunkers, positionnement précis de carcasses de tanks, cheminement au milieu de barbelés et de fausses mines…). L’émotion des pèlerins est surtout amplifiée par trois éléments très maitrisés : d’abord par l’emplacement même sur la ligne de front et ainsi la proximité extrême avec l’ex-ennemi irakien, la frontière n’étant parfois qu’a cinquante mètres des visiteurs. Ensuite par l’omniprésence des photos des Iraniens tués sur le front, toujours désignés comme « martyrs ». Enfin par l’intervention sur place de vétérans de la guerre, qui racontent aux pèlerins rassemblés l’ampleur des atrocités commises par les soldats de Saddam Hussein, en usant d’anecdotes morbides répétées quotidiennement, mais qui insistent aussi sur l’héroïsme des Iraniens, tant de ses militaires professionnels que via les afflux de jeunes bassidjis, dont la réalité historique a surtout été l’utilisation massive comme chair à canon, en les envoyant au front par vagues aussi nombreuses qu’inexpérimentées.

Sur place, le devoir de mémoire et l’hommage légitime masquent difficilement un endoctrinement puissant : le régime assimile en effet toutes les victimes iraniennes à la figure du martyr (chahid), et leur combat sur le front a la notion de djihad. Ces deux notions coraniques, sacrées pour l’Islam et particulièrement centrales chez les chiites iraniens (compte tenu de leur histoire et du martyre de l’Imam Hossein, référence absolue en Iran), mêlent et superposent ainsi les dimensions militaires et religieuses. Cette guerre n’a d’ailleurs jamais été présentée à la population comme un conflit militaire entre deux états, mais comme une « Défense sacrée ».

Ces pèlerinages, en réactualisant la douleur d’une guerre achevée depuis 30 ans, servent des enjeux très actuels. La théâtralisation des lieux et la dimension religieuse omniprésente n’ont qu’un objectif : mobiliser la population, notamment les jeunes Iraniens, et s’assurer de leur soutien indéfectible contre ceux qui seraient désignés comme les nouveaux ennemis du régime.