Yulia Grigoryants – Les habitants du vide

Portrait de la photographe Yulia Grigoryants exposant Les habitants du vide à barrœjectif 2017Yulia Grigoryants est photographe et productrice indépendante, basée actuellement en France, Yulia Grigoryants a développé son talent de conteur dans ses documentaires sur des questions sociales, culturelles, humanitaires, partout dans le monde, y compris dans des zones de conflit.

Née à Baku, Azerbaïdjan en 1984, elle a fui avec sa famille la violence contre la population arménienne en 1988. En grandissant, elle a traversé une période de guerre, de secousses politiques et sociales, de grands changements et de dures épreuves.

Ses reportages couvrent la vie des zones de transition, des minorités ethniques, et ont été exposés et publiés dans plusieurs pays. Ses photos ont été exposées deux fois à Erevan à la Maison de l’ONU. En 2015, elle a créé une exposition personnelle dans la région frontalière de l’Arménie, racontant son histoire du conflit.

En 2016 Yulia a été nommée Best New Talent aux International Photography Awards, et a remporté le premier prix dans la catégorie Editorial. Nominée aux Lucie en 2016, elle a également exposé en France, en Chine, aux Philippines, et en Russie.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Les habitants du vide

Syuzanna (9) assise dans un «refuge» en pièces rouillées anciennes en face du bâtiment abandonné, elle vit à Gyumri, en Arménie. Il y a dix jours, le père de Syuzanna s’est suicidé, comme on dit, en raison des dettes.

En 1988, un important séisme (7 à l’échelle de Richter) frappa le nord de l’Arménie, faisant au moins 25 000 morts. Les blessés et les maisons démolies se comptaient aussi par milliers. Deuxième ville d’Arménie, Gyumri a été la plus touchée. Dès les années 1990, la guerre, la chute de l’Union soviétique, la pénurie d’énergie, et un blocus qui ne laissait que deux frontières ouvertes à ce pays enclavé, ont contribué à aggraver ses sérieux problèmes sociaux et économiques.

Lusine – La mère de Syuzanna, à l’âge de 30 ans , mère de 5 enfants dans son appartement d’une seule pièce, sans soutien après que son mari s’est suicidé quelques jours auparavant.

Vingt-cinq ans après, le taux de pauvreté à Gyumri, 47,7%, est le plus élevé du pays. La ville a vu partir en masse ses travailleurs, perdant ainsi la moitié des habitants. Des milliers vivent toujours dans des abris de fortune, attendant les secours. D’autres que le séisme avait épargnés ne seront pas relogés pour cette raison. Un quart de siècle plus tard, ils attendent toujours la remise en état de leurs logis.

A l’époque soviétique, ces deux immenses cités-dortoirs de la banlieue de Gyumri abritaient chacune une soixantaine de familles. Aujourd’hui, entre ces murs croulants et ces couloirs dilapidés, elles ne sont plus que quatre.

La survivante du tremblement de terre de Gyumri, Karine Hovannisyan (57), qui résiste à ce bâtiment pendant 26 ans, a lancé un feu à partir de buissons secs et de branches devant sa maison.
– « Je vais brûler tout ici! Tout! » – Elle crie avec un sourire.

Corentin Fohlen

Photographe français diffusé par Divergence et travaillant en commande pour:
The New York Times, « M » ( le magazine du Monde ), Paris Match, Libération, Stern, Polka Magazine, The International Herald Tribune, Le Monde, le Figaro, le Point, le Nouvel Observateur, le JDD, l’Express, Marianne, Le Temps, Die Zeit, la Vie, les Inrockuptibles, Afrique Magazine, le Pèlerin, Causette, Long Cours, La Croix, Phosphore, Le Parisien Magazine, Top Santé, Femme Actuelle, Wondereur, Saveur…

Commandes institutionnelles: Handicap International, la Fondation Raoul Follereau…

Né en France en 1981, je découvre la photographie durant mes études de Bandes Dessinées à Bruxelles et change de passion au cours de la dernière année. Après m’être installé à Paris en 2003, je découvre l’univers de l’actualité, l’excitation des manifestations, le défi du journalisme et entre dans une petite agence photo, Wostok Press. Après être passé par les agences Gamma puis Abaca, je deviens totalement indépendant et diffuse à l’association Fédéphoto, devenu depuis Divergence. Jusqu’en 2011 j’ai couvert l’actualité française et internationale : élection présidentielle française en 2007, conflit au Nord-Kivu, Afghanistan, révolution en Ukraine et à Bangkok, émeutes en banlieue parisienne et à Athènes, séisme en Haïti, révolution arabes en Egypte et Libye, premières élections libres en Tunisie, famine dans la Corne de l’Afrique… avant de prendre du recul, du temps et orienter mon travail vers des histoires plus longues et une réflexion plus documentaire.

Depuis 2012 je me suis lancé dans un travail au long cours en Haïti: une réflexion sur les conséquences de la mainmise internationale sur le pays.

Lauréat de plusieurs prix photographiques dont un WORLD PRESS Photo, un VISA d’OR du Jeune Reporter, le Prix du SCOOP d’Anger, Photographie de l’Année…

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IN THE NAME OF HAITI : le tourisme humanitaire au nom de Dieu

Healing Haiti, Food for the Poor ou encore Hope Alive !  sont des organisations américaines chrétiennes installées en Haïti depuis plusieurs années.  A l’instar de centaines d’autres organisations, dont l’activité s’est envolée depuis le séisme du 12 janvier 2010, celles-ci organisent, en dehors de leurs actions humanitaires, du volontariat : chaque semaine une « team » composée d’une dizaine d’américains, débarque en Haïti pour un séjour organisé. Au programme, distribution d’eau dans le bidonville de Cité Soleil – considéré pourtant comme l’une des zones les plus dangereuses du pays – visite d’orphelinats, d’écoles avec distribution de chewing-gum, journée à la plage avec des orphelins, mais surtout des centaines de photos ramenées en souvenirs et de nombreux câlins distribués.

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Jeff Gacek et Alyn Shannon, fondateurs de Healing haiti, ont décidé de se consacrer, au nom de Dieu, à ce pays : «  Nous n’avons pas choisi Haïti…Dieu a choisi Haïti pour nous ».

Selon l’ambassade des Etats-Unis, environ 200 000 américains débarqueraient chaque année en Haïti, se sentant investis d’une mission où charité et prosélytisme font bon ménage. Aucun contrôle de l’Etat n’est effectué : il est très facile pour une organisation étrangère de créer sa propre ONG, église, école ou orphelinat, contribuant ainsi à déresponsabiliser le gouvernement local.

Un humanitaire français, travaillant lui pour une ONG internationale, laisse entendre à leur propos, « qu’au mieux ce qu’ils font est inutile. Au mieux…

Jane Evelyn Atwood-HAITI – Mines anti-personnels – Femmes en prison

Jane Evelyn Atwood est née à New York et vit en France depuis 1971. Son oeuvre traduit la profonde intimité qu’elle entretient avec ses sujets sur de longues périodes. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer.

Elle est l’auteur de dix livres, dont Nächtlicher Alltag (Mahnert-Lueg, 1981), consacré aux prostituées de Paris ; Legionnaires (Hologramme, 1986) ; Extérieur Nuit, sur les aveugles (Actes Sud, Photo Poche Société, 1998) ; Trop de Peines, femmes en prison (Albin Michel) et Too Much Time, Women in Prison (Phaidon, 2000), résultat de 10 années de travail qui reste, jusqu’à aujourd’hui, la référence photographique déterminante sur l’incarcération féminine ; ainsi que Sentinelles de l’ombre (Seuil, 2004), l’aboutissement d’un travail de quatre ans au Cambodge, au Mozambique, en Angola, au Kosovo et en Afghanistan, sur les ravages de mines antipersonnel.

A Contre Coups (avec Annette Lucas),quinze portraits de femmes françaises confrontées à la violence, est publié en 2006 (Xavier Barral). En 2008 est publié Haïti, le résultat de trois années de travail (Actes Sud), ainsi que Badate, une histoire intime sur la phénomène des femmes d’Ukraine qui s’occupent des personnes âgées en Italie (Silvana Editoriale, Milan). En 2010, elle entre dans la prestigieuse série Photo Poche monographie avec Jane Evelyn Atwood #125 (Actes Sud). En 2011, son tout premier travail sur la prostitution est re-édité chez Xavier Barral dans Rue Des Lombards.

L’oeuvre de Jane Evelyn Atwood a été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux, dont : le premier bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980; un Prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987 ; en 1990, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme ainsi que le Grand Prix du Portfolio de la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) ; le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997 ; et un Prix Alfred Eisenstaedt en 1998. En 2005, elle s’est vue décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts and Letters de Bard College, U.S.A.

Jane Evelyn Atwood a exposé internationalement et en 2011, La Maison Européenne de la Photographie à Paris présente plus de 200 de ses images dans une première rétrospective, Jane Evelyn Atwood : 1975 – 2011.

Son site : http://www.janeevelynatwood.com/ 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2012 : HaitiI – Mines anti personnels – Femmes en prison

HAITI

J’ai photographié Haiti entre 2005 – 2008.

Dans les années 2000, la violence a monté d’un cran en Haïti, avec les prises d’otages incluant des journalistes, dont deux ont été sauvagement torturés et tués. Dans ce climat d’insécurité et de terreur, j’ai voulu me concentrer sur la vie quotidienne de la population vivant sur l’île.  La presse se focalisait sur Port au Prince et Cité  Soleil – j’allais partout ailleurs.

Ces photos ont été prises aux Gonaïves, à Jérémie, Port-de-Paix, Anse Rouge, Fatima la Coupe, La Pointe, Anse – à – Foleur, Sainte – Anne, Chansolme, Saint-Louis – du – Nord, Sources Chaudes,  et Bassin Bleu.

J’ai effectuée un dernier voyage six semaines après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a détruit Port-au-Prince, faisant plus de 230.000 morts, 300.000 blessés et 1,2 millions de sans-abris.

MINES ANTI PERSONNELS

« Au cours des vingt dernières années, plus de trois cent soixante types de mines antipersonnel ont été développés. Une fois en place, ces armes restent en sommeil, jusqu’à ce qu’elle explosent, par simple contact, ou sous la pression d’un poids. Les modèles les plus récents sont en plastique, afin d’échapper aux détecteurs de métaux dont se servent les démineurs. Ces mines sont souvent de couleurs vives et attirent les enfants, qui les ramassent. Elles ne visent pas des victimes précises mais elles mutilent sans discrimination. En 2002, plus du 85 % du nombre total de victimes de mines antipersonnel étaient des civils, parmi lesquels de nombreux enfants. Les mines antipersonnel sont conçues pour estropier, non pour tuer. Ceux qui réchappent à ces accidents sont amputés. Les répercussions psychologiques des accidents causés par les mines s’avèrent aussi traumatisantes que leurs effets physiques.

Après une commande pour Handicap International au Cambodge en 2000,  j’ai  voyagé pour moi-même dans quatre autres pays particulièrement dévastés par des mines-antipersonnels. Ce travail m’a conduite au cœur de pays ravagés par des décennies de guerre, de pays infestés de mines par des puissances extérieures, puis de nouveau minés par leur propre population durant des guerres civiles sans merci.

Cambodge, Mozambique, Kosovo, Angola, Afghanistan – ces pays ont été saignés à blanc jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les gens, des êtres humains extraordinaires qui, envers et contre tout, ont réussi à survivre – sans jambes, sans bras, aveugles, les chairs déchiquetées, avec ou sans prothèse, leurs enfants cassés et mutilés pour toujours. »

FEMMES EN PRISON

J’ai commencé à photographier les femmes incarcerées en 1989.

Pendant dix ans,  je me suis concentrée sur les criminelles de droits commun dans quarante prisons – maisons d’arrêts, centres de détention et pénitentiaires  – dans neuf pays en Europe, Europe de l’Est et les Etas-Unis jusque dans des couloirs de la mort. Au départ, la curiosité était mon principal motif. La surprise, le choc et la stupeur ont pris le relais. La rage m’a portée jusqu’au bout.

Dés le début, j’ai été frappée par l’immense manque affectif des prisonnières. Elles avaient été écrasées non seulement par l’ignorance, la pauvrèté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque tous les détenus,  mais aussi par des années – quand ce n’est pas une vie entière – d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes. Souvent, ces même femmes purgeaient une peine pour des actes qu’un homme avait commis, ou pour des actes qu’elles n’auraient jamais commis toute seule.

Trop souvent,  la politique mise en oeuvre dans les prisons de femmes consiste à humilier plutôt qu’à réhabiliter. Des femmes qui étaient brisées dehors continuent, en prison, à être traitées comme des citoyennes de seconde zone.

Une large pourcentage des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents.  Est-ce vraiment nécessaire de les mettre en prison?  Une fois incarcérées, elles ont moins de chances de s’en sortir que les hommes, les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limités et débilitants.

Pour chaque femme qui a accepté de participer à ce travail, des centaines ont refusé : elles craignaient les représailles des gens à l’éxterieur, ou des gardiens (nes) à l’intérieur, si elles disaient la vérité. Dans le monde entier, les administrateurs de prison prétendent protéger les détenues de l’exploitation ; en vérité, ils font tout leur possible pour les empêcher de s’exprimer sur la réalité de ce qu’elles vivent derrière les barreaux. La honte empêche certaines femmes de parler. Pour beaucoup d’autres, c’est la peur. Mais la grande majorité d’entre elles est tout simplement réduite au silence.