Dorothée Machabert _ L’été s’ra chaud

Dorothée Machabert _ L’été s’ra chaud

Dorothée MACHABERT est photographe autrice. Son travail, à la frontière entre engagement et écriture visuelle, explore les tensions intimes et sociales qui traversent nos existences.

À travers la photographie, mais aussi l’écriture et la vidéo, elle interroge la construction identitaire et les mécanismes de résilience.

Formée en psychologie, elle porte une attention particulière à l’inconscient, à la mémoire du corps et à la manière dont les individus se débattent avec leurs contradictions, leurs blessures ou leurs métamorphoses. Ses séries explorent la santé mentale, le genre et les formes de déni, notamment face au dérèglement climatique, en exposant nos zones d’aveuglement.

Ses œuvres proposent une lecture sensible et critique du monde, à travers des images qui dérangent doucement, où l’humour, l’ironie ou la poésie deviennent des outils de résistance face à l’angoisse, au silence ou à la norme.

En 2023, elle est titrée Portraitiste de France. En 2024, elle reçoit le Borso de Cristal à l’Été des Portraits, ainsi qu’une médaille d’argent et le prix « Attitudes ». Elle développe également un projet avec la Déléguée aux droits des femmes et la Ville de Saint-Étienne autour de la prévention des violences conjugales, diffusé dans l’espace public. En 2025, elle est sélectionnée en équipe de France pour la Coupe du Monde de Photographie.

“L’été s’ra chaud” mêle mise en scène et réalité du territoire pour aborder l’éco-anxiété, le déni climatique et nos contradictions face au dérèglement.
 Les images prennent la forme de petites fictions, personnages absurdes, situations décalées, iconographies détournées.

Le travail s’appuie sur les paysages de Charente-Maritime et questionne la manière dont on continue à vivre comme si de rien n’était, malgré les signaux visibles de l’effondrement écologique.

Long long is the way
© Dorothée Machabert

Dorothée Machabert, photographe autrice, dans son travail à la fois documentaire et récit, scénarise le réel. Elle construit des images à la frontière entre observation et mise en tension, où le quotidien bascule, légèrement, vers une forme d’inquiétante banalité.

La série s’ancre dans des lieux marqués, érosion du littoral, zones inondables, traces d’incendies, mais sans jamais les montrer frontalement comme des catastrophes. Au contraire, tout se joue dans le décalage, dans ces gestes ordinaires rejoués à côté du désastre, dans ces scènes qui poussent le réel jusqu’à la caricature.

Ce déplacement du regard agit comme un révélateur.

Des cultivateurs qui peinent à faire pousser autre chose que des carottes en plastique dans un champs inondés en pleine saison de pousse
© Dorothée Machabert

Il ne s’agit pas de documenter l’effondrement, mais de rendre visible notre capacité à ne pas le voir.

“L’été s’ra chaud” naît en 2022, dans un été marqué par les canicules et les incendies, notamment celui de la dune du Pilat. Ce contexte agit comme un déclencheur, rendant plus visibles des angoisses déjà présentes.

La série ne relève pas du photoreportage, mais s’ancre dans une actualité brûlante et partagée. Elle interroge la manière dont nous composons avec ce que nous savons, entre lucidité, déni et formes de dissonance cognitive qui nous permettent de continuer à vivre.

Les images convoquent des références à la culture populaire et à l’histoire de l’art, figures rejouées, détournées, déplacées. Une sauveteuse sans rien à sauver, une Vénus confrontée à l’érosion, des gestes absurdes dans des paysages altérés.

Entre réalité anxiogène et échappées fictionnelles, la série met en tension notre besoin de voir et notre capacité à détourner le regard.

“L’été s’ra chaud” propose ainsi une lecture sensible et critique de notre époque, où l’image devient un espace de friction entre lucidité et déni.


Légende de l’image d’entête

Un radeau de la méduse ubuesque qui voit les côtes reculées sans cesse par une accélération de l’érosion. © Dorothée Machabert