Antoni Lallican _ L’offensive russe dans le Donbass

Antoni Lallican _ L’offensive russe dans le Donbass

Le photojournaliste Antoni Lallican a Irpin, le 10 mars 2022.

Antoni LALLICAN était un photojournaliste français, travaillant en France et à l’étranger, avec un intérêt particulier pour les questions sociales et sociétales dans les zones de conflit.

Antoni Lallican commence la pratique du reportage à l’âge de 30 ans, alors qu’il assiste à des affrontements entre séparatistes et forces de sécurité indiennes lors d’un voyage au Cachemire indien.

L’année suivante, il perfectionne sa pratique en France en suivant le mouvement des Gilets jaunes. Il couvre ensuite d’importants mouvements sociaux à Hong Kong et en Inde.

Un nouveau chapitre de sa carrière débute fin 2020 lorsqu’il couvre la seconde guerre du Haut-Karabakh en Arménie. Il se rend également au Moyen-Orient et à Haïti, animé par le désir de faire entendre la voix des populations touchées par ces conflits.

À travers ces expériences, Antoni Lallican développe une approche duale de la photographie, mêlant images d’actualité percutantes et moments plus calmes et intimes du quotidien.

En mars 2022, il se rend en Ukraine aux premiers jours de l’invasion à grande échelle par la Russie. Durant quatre ans, il a documenté les conséquences de la guerre dans le pays et notamment à travers un travail au long cours aux côtés des habitants du bassin minier du Donbass, dans le sud-est de l’Ukraine.

Le 3 octobre 2025, Antoni Lallican est assassiné par une frappe de drone russe FPV, alors qu’il documentait la construction de fortifications dans la région de Kramatorsk (Donbass).

Légende de l’image d’entête

Son chien dans les bras, une habitante de Druzhkivka s’éloigne de son immeuble, en flammes, à la suite d’une frappe de drone russe Italmas, selon la police locale. Située dans l’oblast de Donetsk, Druzhkivka est quotidiennement visée par des bombes planantes et des drones kamikazes russes. Les troupes du Kremlin se trouvent à une quinzaine de kilomètres à l’est de la ville, et continuent leur progression. Druzhkivka, Ukraine, 26 septembre 2025 © Antoni Lallican.

Dans le centre de Bakhmout, un soldat de la Garde Nationale ukrainienne tire sur des positions russes situées à l’est de la ville, à l’aide d’un mortier de 120 mm de fabrication iranienne. Bakhmout, Ukraine, 15 janvier 2023.

Hissée au rang de symbole du prolétariat et de la révolution ouvrière sous l’URSS, le bassin minier du Donbass a maintenu d’importants liens avec la Russie après la chute de l’Union soviétique. Un héritage industriel et linguistique à l’origine de l’identité singulière de ses habitants et parfois source de marginalisation au sein de la population ukrainienne.

C’est dans cette région de l’Est de l’Ukraine, que la guerre contre les séparatistes pro-russes a commencé en 2014. Et c’est dans cette même région que l’armée russe concentre ses efforts 4 ans après le début de l’invasion à grande échelle du pays.
Objet de convoitise pour le Kremlin, ce pôle industriel, déjà marqué par huit années de guerre d’attrition, se vide de sa population au fil de l’avancée des troupes russes.

Certains choisissent pourtant de rester, au risque de renforcer la réputation de sympathisants russes qui colle à la région, depuis la sécession d’ une partie de sa population et la création des Républiques populaires de Lougansk et de Donetsk.

Un homme marche sur une plateforme de fortune pour traverser la rivière Bakhmoutka et se rendre à l’est de la ville de Bakhmut. Bakhmut,
Ukraine, 11 janvier 2023 © Antoni Lallican


Les raisons qui poussent ces femmes et ces hommes à rester prennent souvent racine dans la peur de l’inconnu. À l’approche du front, la population se raréfie et la jeunesse disparaît. Ne reste alors que les plus âgés, les plus démunis, les plus isolés. Privés d’eau et d’électricité, ils cohabitent avec les soldats ukrainiens venus se battre pour la défense de leur pays, sur un territoire qui leur semble parfois étranger. Passés les ordres d’évacuations, les deux populations finissent par s’éviter. Pour les habitants, l’arrivée des chars ukrainiens précède l’intensification des bombardements. Les soldats doivent eux composer avec la présence de civils, parfois amenés à collaborer avec l’ennemi.


Cette série documente 4 années de guerre dans le Donbass à travers le quotidien des civils qui sont restés malgré les combats et des soldats qui y prennent part.

Ensemble, ils écrivent, peut-être, les dernières pages de l’histoire du Donbass libre.

Dans le centre de Bakhmout, un soldat de la Garde Nationale ukrainienne tire sur des positions russes situées à l’est de la ville, à l’aide d’un mortier de 120 mm de fabrication iranienne. Bakhmout, Ukraine, 15 janvier 2023. © Antoni Lallican