
Laurent OUISSE est né à Nantes en 1963.
Photographe indépendant depuis les années 1990, j’ai développé mon travail en contact étroit avec des plasticiens, peintres, danseurs et metteurs en scène. J’ai photographié la scène du théâtre de rue avec des compagnies comme Royal de Luxe, Magma Performing Théâtre.
Mon goût pour les voyages, la curiosité de l’« Ailleurs et de l’Autre » m’a amené petit à petit à parcourir le monde, les mégapoles. Elles deviendront le sujet principal de ma première monographie publiée en 2015 Delhi & Mumbai, livre de photographies accompagné de textes d’écrivains indiens de renom.
Ailleurs en Inde, loin des villes tentaculaires, j’ai pu faire des rencontres déterminantes notamment dans le Rajasthan. Convaincu qu’une approche documentaire et poétique peut nous renseigner de manière ouverte sur les pulsations du monde, j’ai poursuivi mes déambulations urbaines à New York, Athènes et dernièrement Istanbul.
À l’instar de la peinture, la photographie est une poésie muette qu’il s’agit de donner à voir de manière inspirée. Les images sont autant de moyens pour partager un regard sensible sur cette humanité vibrante de mille nécessités, de mille désirs et de quelques rencontres inoubliables.
EXPOSITION BARROBJECTIF 2026 : Le désert du Thar
Nous voici dans l’État du Rajasthan, en Inde, non loin de Jaisalmer, la cité des sables. Comme j’y suis allé plusieurs fois, j’y avais quelques amis. Nous partions dans le désert, le désert du Thar, à la rencontre des gens qui vivent encore du passage des touristes ou d’étrangers comme moi qui leur rendent visite.
J’avais un petit avantage : j’étais seul. Nous partions à trois ou quatre maximum avec Shagan et son frère Prakash. Alors la balade se transformait en promenade où l’on rend visite aux amis.

J’avais l’impression très nette, et très juste, de me retrouver avec les acteurs d’un film de Tony Gatlif. D’ailleurs, certains d’entre eux ont tourné dans le film Latcho Drom, dont les premières scènes se déroulent précisément là, dans le désert du Thar, pays d’origine de ceux que l’on a appelés plus tard, en Roumanie, les Gypsies.
Le fait que je sois photographe ne les dérangeait pas et ne les intéressait pas davantage que ça. Nous étions ensemble quelques jours et nous étions bien, c’est tout.
J’aime les gens du désert ! Leur présence, leur mode de vie fait de quelques chansons, de quelques verres de trop, de grands éclats de rire qui filent dans le vent du désert et, aussi, de quelques subsides du gouvernement.
Dans toute la région se racontent en secret des histoires, des histoires d’amour, et certaines sont vraies. Ces femmes gypsies rendent les hommes fous, paraît-il. Je veux bien le croire.
Nombre d’hommes ont tout quitté pour les retrouver la nuit dans les dunes. Des reines de l’amour ! Les enfants, nombreux, ne sont pas tous du même père, et alors…
Les maris filent doux, les amants se succèdent, et voilà tout. On n’y trouve rien à redire. De toute façon, personne ne peut leur résister : elles donnent la vie, l’amour, la folie et tout le reste.
Leur beauté vous emporte, vous oubliez tout, et c’est très bien comme ça.
