Robin Tutenge _ Prix RSF “Lucas Dolega-SAIF” 2025

Robin Tutenge _ Prix RSF “Lucas Dolega-SAIF” 2025

Né en 1995, Robin TUTENGES est un photographe et journaliste français, membre du collectif Hors Format. Il concentre son travail sur les violations des droits humains, avec une attention particulière portée aux enjeux transfrontaliers et ethniques.

Ses reportages au long cours l’ont mené, depuis 2022, à documenter la guerre civile au Myanmar, à travers un travail intitulé Chinland, pour lequel il a reçu plusieurs distinctions, dont le Prix Victor Hugo de la photographie engagée (2023), le Grand Prix du Festival de Sarajevo (2025) et une double sélection au Prix Bayeux des correspondants de guerre (2024, 2025).

En 2023, il part au Kazakhstan avec la journaliste Léa Polverini sur les traces des survivants des camps du Xinjiang, principalement ouïghours. Pour leur engagement sur ce sujet, ils reçoivent le Distinguished Reporting Award de l’European Press Prize (2024), ainsi qu’une bourse du Pulitzer Center (2025) afin de poursuivre ce travail au Kirghizistan, où ils se rendent la même année.

Grâce à une bourse du Centre national des arts plastiques (CNAP), il réalise, en 2023, une série photographique sur la communauté des skateurs dans le pays, et suit cette jeunesse plongée dans les angoisses de la guerre. Un projet finaliste des Sony Awards en 2025.

Fin 2024, il travaille également au Bangladesh, pour enquêter sur la période post-révolutionnaire et les enlèvements secrets perpétrés par le régime Hasina, avant de partir, en mai 2025, dans la région de l’Amhara, en Éthiopie, pour couvrir la guerre en cours. Un travail pour lequel il recevra le Prix Reporters Without Borders (RSF) Lucas Dolega 2025.

Son travail, publié dans des médias tels que The Washington Post, Le Monde, The Guardian ou Amnesty International, a notamment été exposé au Musée national de la photographie à Bogota, au Centre Photographique de Marseille ou encore au Centre Claude Cahun à Nantes.

Ce prix récompense un·e photojournaliste dont le travail, réalisé dans des conditions difficiles ou en zone à risque, contribue à défendre la liberté de la presse. Organisé par Reporters sans frontières en partenariat avec la SAIF, il est doté de 10 000 € et s’accompagne d’une publication dans l’album annuel de RSF.

Depuis 2023, dans les hautes terres du nord-ouest de l’Éthiopie, une insurrection menée par des nationalistes amharas, deuxième groupe ethnique du pays, plonge la région dans un violent conflit. Regroupés sous le nom de Fano, ces anciens soldats et étudiants passés dans le maquis ont pris les armes pour défendre leur communauté, victime de massacres dans les régions voisines, et tenter de regagner une place centrale sur la scène politique — les Amharas ayant longtemps dominé l’Éthiopie impériale.

Montagnes du Lasta, région Amhara (Éthiopie), 12 mai 2025. Les principaux leaders Fano de la zone Nord Wollo, dont Braun (au centre), ancien membre des forces spéciales régionales, partent au combat dans les montagnes du Lasta. Ils dirigent l’insurrection amhara face aux forces fédérales éthiopiennes. © Robin Tutenges / Hors Format.

Face à eux, les troupes fédérales envoyées par Addis-Abeba multiplient les exactions contre les civils. Bombardements ciblés, viols, emprisonnements arbitraires : les crimes de guerre commis en Amhara poussent chaque jour la jeunesse dans les rangs de la rébellion, qui contrôle désormais un vaste territoire rural, faisant basculer des pans entiers du pays dans la terreur de la guerre — à peine deux ans et demi après celle du Tigré voisin, dans laquelle les Fanos ont été accusés de nettoyage ethnique.

En mai 2025, je me suis rendu clandestinement en Amhara, auprès des Fanos, pour suivre cette guérilla, ses camps, ses blessés, et surtout documenter les crimes de guerre impunis, qui ont déjà fait des milliers de victimes.

Délibérément isolé par les autorités éthiopiennes, qui empêchent journalistes et organisations de défense des droits humains de s’y rendre, l’Amhara, peuplé de 23 millions d’habitants, connaît une situation humanitaire catastrophique. Plus de 2,3 millions de personnes dépendent de l’aide alimentaire, le personnel de santé est régulièrement pris pour cible par l’armée fédérale, et les voix dissidentes sont arrêtées.

Ce reportage est un témoignage inédit sur l’un des conflits les plus invisibles au monde.

Front de Kobo, région Amhara (Éthiopie), 12 mai 2025. Un combattant Fano prend position face aux forces fédérales éthiopiennes dans un conflit qui a plongé la région dans une grave crise humanitaire. © Robin Tutenges / Hors Format.
Légende de l’image d’entête

Nord Wollo, région Amhara (Éthiopie), 8 mai 2025. De jeunes recrues Fano suivent un entraînement militaire dans un camp de la rébellion amhara. © Robin Tutenges / Hors Format.