Jérémy Lempin – De sang et d’or

Après un bac professionnel photographie à Orthez, je me suis engagé dans la Marine Nationale en tant que photographe. Au cours des dix années passées au sein du ministère de la Défense, j’ai passé quatre ans sur le porte-avions Charles-de-Gaulle et cinq ans au sein de l’ECPAD (Etablissement de Communication et Production Audiovisuelle de la Défense). Cette carrière militaire m’a mené vers différents théâtres d’opérations comme l’Afghanistan, le Mali et la Centrafrique. Mon travail lors de ces opérations sera, entre autres, publié dans Le Figaro, Washington Post, Times, 20 minutes et sera repris par différentes agences.

En 2015, j’ai été décoré des mains du Président de la République de la médaille militaire. Mais après dix ans passés au service de la Marine Nationale, j’ai posé ma casquette de sous-officier pour me réorienter vers le photojournalisme. Depuis je collabore régulièrement pour l’agence de presse Européan Pressphoto Agency (EPA) et pour différents magazines : VSD, Le Nouvel Observateur, Le Parisien, Rendez-Vous Photos…

Jérémy Lempin

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : De sang et d’or

Que serait un match de football sans sifflet, sans gronde, sans chant qui soulèvent les cœurs parfois et qui accablent d’autre fois les moindres faux pas des joueurs.

Pendant 90 minutes, il en est de ceux qui, sans cesse, chantent, sifflent et parfois fustigent leurs couleurs et leurs dirigeants.

22/07/2016 Anthony dit Frappard discute avec le Président du groupe Pessimiste (à gauche) avant d’embarquer dans le bus qui les conduira en Angleterre pour disputer un tournoi de football inter-supporters à Preston. Ils représenteront la seule équipe française admise dans ce tournoi.

En plein cœur du Pas-de-Calais trône une arène où les gladiateurs ne s’affrontent pas sur le sable, mais dans les tribunes. Cette arène, c’est le stade Bollaert qui tremble et gronde à chaque rencontre, mais la tanière de la bête humaine est la Marek : la tribune des Red Tigers 94, les Ultras du Racing Club de Lens. Ne les traitez pas d’hooligans,  ils ne saccagent pas les stades. Ne les appelez pas supporters, car ils sont beaucoup plus que çà.

Ils et elles sont 400 à chanter, crier, éructer hymnes et slogans à la gloire de leur club à domicile et en déplacement. Mais au-delà de l’image sulfureuse de ces hommes et femmes, drogués à leur club et à leur région, il est des moments où la tempête se calme. Des moments où, après un week-end noyé dans le groupe aux couleurs sang et or, l’individu reprend sa place dans son quartier, dans sa maison seul ou en couple. En attendant le prochain match.

21/09/2015 « Valenciennes on les déteste pas autant que Lille mais quand même.. « 
Pour les humilier et montrer sa suprématie sur le département Pas de Calais, les Ultras « Red Tigers » du Racing club de Lens ont défilé dans le centre ville de Valenciennes, à la gloire des sang et or qui remporteront le Derby.

19/10/2015  » Tu vois moi j’ai passé mes premières vacances, trouvé ma femme et mon boulot grâce aux ultras et au Racing club de Lens. Je lui dois tout à ce club » Anthony dit Croquefer (à droite) est membre des ultras « Red Tigers » du Racing Club de Lens depuis 7 ans. Ici sur le perchoir du stade « Félix Bollaert Dellelis » accompagné de Florent dit « Wesh » .

Alain Lefebvre – À la découverte d’un oiseau : le Guêpier d’Europe

Portrait de Alain LebebvreAlain Lefebvre est photographe amateur depuis le labo noir&blanc et les boitiers mécaniques jusqu’au numérique actuel qui est devenu l’outil idéal avec lequel il prend un réel plaisir à composer ses clichés.

Retraité de l’Éducation Nationale, la photo animalière est devenue pour moi un but et une réelle passion. J’aime partager mes clichés entre amis et sur Internet. Je m’efforce au possible de transmettre un climat, une attitude, un sentiment ou une ambiance naturelle à travers l’image en essayant de faire au mieux pour le plaisir des yeux. Je suis et observe une colonie de guêpiers depuis une dizaine d’années.

EXPOSITION BARROJECTIF 2017: À la découverte d’un oiseau : le guêpier d’Europe

Ainsi appelé parce qu’il naît en Europe, le guêpier d’Europe arrive en mai chez nous, mais peu nombreux en Charente. Il se reproduit, puis migre en août pour hiverner dans la savane africaine.

Agressifs défenseurs du territoire individuel, les guêpiers s’organisent en sociétés complexes, constituant des clans dont les membres maintiennent le contact par la voix, se retrouvant pour chasser, et passant la nuit dans leurs dortoirs, en haut des arbres.

Le Guêpier d'Europe-2

Cet oiseau, au bec particulièrement long, capture des insectes venimeux contre lequel il est partiellement immunisé. Attiré par les espèces de grande taille, il choisit ses proies en fonction de leur abondance. En période de reproduction, il lui faut par jour quelque 400 insectes de la taille d’une abeille.Pour son nid, il creuse un terrier. Dans une falaise de sable ou la berge d’un cours d’eau, toute une colonie d’une dizaine de couples déblaient chacun une quarantaine de centimètres carrés par jour, les conjoints se relayant sans arrêt. Quatre ou cinq œufs sont pondus, et couvés alternativement par les deux parents. Pendant environ vingt-huit jours, les parents s’affairent à apporter environ douze repas par heure à la couvée de nouveau-nés.Vers la fin juillet arrive le jour de l’envol, les petits doivent tout apprendre, et se muscler pour le grand départ.

Brice Le Gall – Contre la « Loi Travail » et son monde

Né à Paris en 1981, Brice Le Gall est spécialisé initialement dans la photographie nature.

Depuis quelques années, il oriente son activité vers la photographie sociale et humaniste. Tout en enseignant et poursuivant ses recherches en sociologie, il a couvert de nombreuses mobilisations sociales en France.
Il travaille régulièrement pour la presse associative et militante, notamment pour l’association Attac (Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens).

Son site internet : http://www.bricelegall.com/

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Contre la Loi Travail et son monde

Cette banderole portée par des « autonomes » symbolise l’espoir d’amplifier le mouvement. Elle témoigne aussi de la réflexivité de certains manifestants quand à l’absence relative des classes populaires dans les cortèges parisiens.
À proximité de la place de la République, Paris, 26 mai 2016.

En février 2016 débute en France une longue et intense mobilisation en réaction à un projet de loi qui vise à réformer en profondeur le code du travail. Pendant plus de six mois, les manifestations se succèdent et prennent une ampleur particulière lorsque le gouvernement socialiste au pouvoir décide d’adopter son texte sans le soumettre au vote des députés (article « 49-3 »).

Manifestants pris en nasse par les policiers. Alors que la panique gagne la foule et que des personnes suffoquent , il implore le policier de laisser avancer le cortège.
Boulevard des Invalides, Paris, 14 juin 2016.

Ce mouvement social est remarquable à plusieurs titres : d’abord, parce qu’il émerge dans une conjoncture improbable. La France est en effet en « état d’urgence » suite aux attentats du 13 novembre 2015 et les formes traditionnelles de mobilisation collective semblent en déclin depuis 2011, date du dernier mouvement de grande ampleur contre la réforme des retraites. Ensuite, parce que la contestation des manifestants s’élargit rapidement et agrège des revendications beaucoup plus larges que celles relatives à la précarisation du travail. Si le cœur du mouvement est constitué des syndicats, il attire aussi de jeunes lycéens ou étudiants, des retraités, des cadres, des professions intermédiaires, des artisans… Les messages portés par ces différents groupes sont ainsi très variés. Ils prennent parfois une tonalité écologiste, féministe, anti raciste, mais c’est la tonalité anticapitaliste qui l’emporte dans les cortèges parisiens sous l’effet notamment de l’arrivée d’éléments « autonomes » français et étrangers dont la culture politique sert de lien entre les classes populaires et les classes moyennes du secteur public traditionnellement mobilisées sur ces questions.

Le kit du manifestant. Image prise juste après un départ de manifestation sauvage contrôlée à l’aide des gaz lacrymogènes.
Paris, 26 mai 2016.

La vingtaine de photographies présentées ici est tirée d’une longue série d’images prises à Paris entre les mois de février et septembre 2016. Le parti pris a consisté à sélectionner les photos qui me semblaient les plus intéressantes d’un point de vue documentaire afin de renseigner un mouvement beaucoup plus large et riche que la représentation qu’on en a parfois donné. Si certaines de ces images rappellent la violence de la mobilisation, elles entendent aussi faire une place à l’humour, aux références culturelles, à la réflexivité, à l’auto-défense et finalement à « l’intelligence collective » d’un mouvement qui est parvenu à contrôler ses tensions internes et qui a affiché une rare détermination. Une façon pour moi de témoigner que derrière des formes de contestation parfois radicales se jouait surtout le rêve d’une profonde transformation du monde social. Bien qu’il n’ait pas été à la hauteur de toutes les espérances, on peut dire que ce mouvement a représenté un réveil : celui d’un esprit de révolte et de résistance porté par des idéaux indispensables à la construction d’un autre monde.

Bénédicte Kurzen – Une nation perdue des dieux

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Une nation perdue des dieux

Au Nigeria on n’a jamais fini de compter les morts. Chaque jour voit de nouvelles victimes, de nouvelles attaques, encore des attaques, contre des églises, des casernes de police, des écoles. Ce conflit sans nom fait rage dans un arc de cercle qui traverse une grande partie du Nigeria septentrional. Maiduguri, Kano, Damturu, Gome sont les villes d’une région dévastée dont chaque quartier paraît écrasé par ce conflit.
Mais de quel conflit s’agit-il au juste ?
Dans ce reportage, qu’il nous a fallu plus un an entier à rassembler, nous essayons, avec l’oeil lucide et impitoyable du Nord, d’examiner les symptômes de la violence sectaire. Après les élections présidentielles d’avril 2011, une vague de tension politique, expression de la frustration d’un peuple las de la corruption politicienne, a trouvé son exutoire : huit
cents morts en quelques jours. Mais le conflit ethno-religieux qui se poursuit dans la région du centre semble être aussi aux premières lignes d’une guerre religieuse, aggravée par les suites du onze septembre 2001.

Les policiers et les agents de sécurité civile se trouvent devant un drapeau PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.

Ici, le global s’est fait local. Qu’on soit Berom, Hausa, Fulani, Ngas, indigène ou pas, chaque crise accentue la réaction religieuse. Plus récemment pourtant, le Nord voit des hostilités plus profondes et plus féroces. Les attaques salafistes ont fait depuis 2009 un millier de victimes. Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad, plus connu sous le nom qu’on lui donne en hausa, Boko Haram, a plongé le Nigeria dans la peur.

Ces hommes sont engagés pour divertir et promouvoir le parti au pouvoir, PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.
Le PDP a été au pouvoir depuis ces douze dernières années.

Le Nigeria semble au plus haut point étranger, mais l’évolution du chaos pose une question brûlante : comment des gens qui n’ont rien de commun peuvent-ils cohabiter à l’intérieur d’une unité nationale qu’on leur a imposée, alors que l’injustice, la corruption profonde des puissants érodent chaque jour le contrat social, d’où leur colère, leur frustration ? À essayer d’expliquer ce qui se passe au Nigeria du nord, on se heurte
à un mur. On se trouve en face de généralisations et de simplifications, mais au Nigeria rien n’est simple. Le renouveau des tensions religieuses date de la fin du régime militaire en 1999. Libéré du poids de la dictature, le Nigeria s’est encore une fois scindé en deux. Cette société hétéroclite de plus de deux cents ethnies fut pourtant unifiée en 1914 à l’époque où la colonie anglaise était gouvernée par Lord Lugard. Plus d’un siècle après, l’amalgame n’a jamais paru aussi dépassé, aussi obscur.

Une nation perdue des dieux-3

Deux soldats des Forces spéciales, de service en tant que vice-président nouvellement élu, Namadi Sambo, démontrent leurs compétences au photographe, à Kaduna, au Nigéria, le 28 avril 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes

Bénédicte Kurzen – Naissances mortelles

EXPOSITION BARROBJECTIT 2017 : Naissances mortelles

Voici l’histoire de trois femmes, Sylvia, Promise, et Sipathi.

C’est une histoire d’ambiguïté et de dénégation à l’échelle nationale à la suite d’une foudroyante épidémie de sida.

Ces trois femmes vivaient dans le township de Tembisa, toutes les trois ont appris au cours de leur grossesse qu’elles étaient séropositives.
Ces images ne racontent que la moitié de l’histoire. Les femmes et leurs filles étaient prêtes à partager davantage. Promise voulait que le reportage documente la naissance de sa fille. Sipathi était en train de mourir quand je l’ai rencontrée, mais sa famille voulait que je photographie la dernière visite de son fils, et ses dernières heures chez elle.
J’avais voulu aussi montrer comment l’hôpital public la négligeait, les heures qu’elle a passées couchée dans son vomi, jamais lavée. Malgré l’aval du Comité éthique de Pretoria, les autorités m’ont refusé la permission.
C’était à l’époque de Mbeki, c’était à l’époque de Manto Tshabalala- Msimang, époque où, malgré les morts de Sipathi et de Badalo, on m’a soutenu que le sida n’existait pas.

Un marqueur sort d’une tombe d’enfant au cimetière de Tembisa, en Afrique du Sud, en juillet 2006.

Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes
Bénédicte KURZEN 2017 : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Bénédicte Kurzen – La guerre des signes

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : La guerre des signes

Au-dessus des arbres, le bourdonnement du MI–8, insecte bouffi, le ventre gros, blanc comme un cachalot mythique qui aurait quitté les mers pour le ciel. Son ombre passe légèrement sur la cime des arbres. Par des ouvertures, un vent fripon traverse l’intérieur ; la portière du poste de pilotage, mal assujettie, laisse voir l’équipage ukrainienne, le cou épais, rougi. L’hélico est loué, avec des subsides américains, par l’UPDF, Force de défense du peuple ougandais. Sur une banquette, deux officiers, leur kalache entre les genoux, déchargée, crosse en l’air. Un lieutenant de la section aérienne, les écouteurs scotchés aux oreilles, guide le vol, malgré le vacarme. Devant lui, des piles de caisses : des boîtes de singe, de la farine de mil, des bouteilles d’eau.
A travers le hublot de la portière, on regarde la forêt en bas, vaste océan ses nuances de vert toujours changeantes, que traversent de pâles méandres de terrain dénudé d’arbres. Au loin, la masse grise des nuages pèse sur les arbres, nuages porteurs de pluie qui relie terre et ciel.
L’hélico est quelque part entre le Soudan du sud et le Congo. Rien ne signale une frontière, rien ne laisse soupçonner la vie, ni feu, ni lopin cultivé, ni cabane.

Pendant l’expédition, il est interdit de parler: les voix humaines sont des vagues rapides et peuvent alerter l’ennemi de la présence de l’armée, Pasi Forest, RDC, le 15 mai 2011.

C’est ici que se cache l’ennemi. Il suffit de jeter un œil pour comprendre à quel point ces missions de dépistage sont impossibles. Ce que les Ougandais appellent « Opération Foudre Éclair » se passe dans une région grande comme l’Allemagne, entièrement boisée, presque sans routes.
L’ennemi, c’est-à-dire l’Armée de résistance de Lord, des rebelles ougandais, refoulés au-delà de la frontière il y a plusieurs années mais qui continuent à tuer, à piller, à enlever de jeunes esclaves dans les trois pays environnants.
Il doit en rester quelques centaines : allez- donc les trouver !

Pendant la pause du matin, un groupe d’hommes quitte le batallion pour se mettre en veille. Quand ils reviennent, l’officier en charge les interroge sur leurs résultats, afin de déterminer le prochain déménagement, le 16 mai 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Nathalie Hamm – In the shadow of the giants

Nathalie Hamm, jeune quadra, née à Lyon, mariée, deux enfants. Active à temps
complet (comptabilité). Je suis très attirée par l’art sous toutes ses formes (photographie, peinture, dessin) depuis toujours. J’ai débuté avec un réflex argentique, que je possède encore, à l’âge de vingt ans. Ensuite passage obligé au numérique. Mes enfants ont grandi : ayant un peu plus de temps devant moi, j’ai décidé de développer ma passion et ma curiosité. Portrait de Nathalie Hamm
Hyperactive et introvertie, j’ai trouvé dans la photographie, la possibilité d’écarter les pensées négatives. Un véritable exutoire qui m’a permis de développer naturellement des contacts. Cette passion, au risque de me répéter, se révèle être un vrai moment de partage et d’échange. Elle permet de faire ressentir mes découvertes, mes émotions, mes rencontres au monde qui m’entoure. La passion, l’observation, notre environnement, tous ces éléments concourent à faire évoluer notre œuvre. Le travail et la régularité dans l’effort consolident cette progression malgré des périodes de doutes. Ne jamais lâcher, donner de soi, s’ouvrir aux autres afin de partager, toutes ces raisons relancent l’inspiration.

EXPOSITION BARROBJECTIF : In the shadow of the giantscontact-6intersection-3Étant fan d’architecture et d’urbanisme, je me retrouve souvent la tête en l’air à photographier des bâtiments, des lignes, et des courbes.
Dans mon angle de vue, certains « Géants » ont su s’imposer au fil de
mes découvertes !
Ils sont tout simplement majestueux, graphiques, élégants, et se marient agréablement avec leur environnement.
Sur cette série, ce sont eux qui vous raconteront leur histoire, car moi je serai dans l’ombre.

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Jean-Daniel Guillou – L’Ukuli : un rite millénaire

Portrait de Jean-Daniel GuillouNé en 1963 à Dakar, Jean-Daniel Guillou vit en Charente. Photographe freelance il est l’auteur du livre 18, Appels d’urgence (éditions Arléa) sur les sapeurs-pompiers, qui a nécessité deux ans de travail. Il a notamment réalisé pour Géo un témoignage photographique sur les derniers Tziganes vivants en roulotte dans le Limousin. Passionné de l’Afrique, où il a réalisé un reportage sur l’Association de l’arche de Zoé, et emprisonné au Tchad pendant 2 semaines, Jean-Daniel s’est retrouvé au coeur de l’actualité. Curieux des univers les plus variés, il est un observateur patient du quotidien, photojournaliste au long cours, qui réalise des sujets complexes, ou nécessitant une approche précautionneuse.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : L’Ukuli, un rite millénaire

La vallée de l’Omo, encore peu accessible, est l’un des berceaux de l’humanité. Plus de vingt ethnies se partagent cette vallée : Karo, Musi, Ari, Hamar, Dorzé, ethnies qui ont longtemps vécu en marge de l’histoire éthiopienne. J’ai passé une journée avec l’ethnie des Hamar, qui sont des pasteurs nomades, vivant de l’élevage, et de la culture du sorgho.

Les Hamar amorcent des danses et des chants traditionnels. Ils sautent en joignant les deux pieds. Leurs cris se mêlent aux coup de trompettes qui raisonnent.

Les rites traditionnels structurent l’existence des Hamar. Le plus connu est l’Ukuli : il symbolise l’entrée du jeune homme dans l’âge adulte. Chez les Hamar, ce rite initiatique pour passer du statut de garçon à celui d’homme prêt à se marier est immuable depuis des siècles. Le futur initié (l’aïké) est désigné par son chef de clan, puis se prépare longuement.

Des jeunes Maz déjà initiés, ils accompagnent le jeune novice (l’aïké) tout au long de la cérémonie.

La dernière étape de ce rite de passage prend la forme d’une cérémonie, chants, danses, flagellations, et enfin le saut de vache pour devenir un homme. Dans ce reportage, le jeune initié passe la plus grande épreuve de sa vie, celle qui lui permettra de devenir un adulte. S’il réussit, il pourra se marier, posséder un troupeau, participer au conseil des anciens, et enfin, porter une Kalachnikov et partir à la guerre contre les tribus ennemies, surtout les Mursi, qui leur volent femmes et bétail.

Elle fait face au jeune Maz, pour lui montrer son courage, elle secoue ses tresses enduites de glaise et l’insulte.

Quelques images peuvent choquer, les jeunes femmes soutiennent le jeune initié à leur façon, elles s’apprêtent à subir volontairement des flagellations. Les femmes dansent, hurlent dans leur trompette, boivent de la bière de sorgho qu’elles se passent de bouche en bouche pour vaincre la peur mais aussi la douleur.

Christophe Guery – Ailleurs

Ma démarche photo : Regarder le paysage tel qu’il est, là où je suis, souvent à travers la panoramique 6×17 utilisée à main levée, surexposer ma pellicule pour adoucir le rendu. Explorer les territoires, librement, en pensant toujours à la place de l’homme dans ces lieux. Aborder mes sujets avec empathie, permettre au regardeur de prendre position ou pas. L’architecture, l’eau, les territoires sont mes sujets.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Ailleurs

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Regarder le paysage tel qu’il est, là où je suis. C’est l’histoire d’une industrie qu’on n’aime pas voir, installée au bord de mer, et reliée à la planète par des milliers de bateaux. C’est l’histoire d’une plage blonde, ses coquillages et ses palmiers, et les tankers toujours présents sur la ligne d’horizon, comme des fantômes. C’est une histoire de raffinerie qui nourrit notre quotidien à tous. Nous sommes à Fos-sur-Mer avec ses sites Seveso et ses emplois, ses habitants et ses touristes.

Yulia Grigoryants – Les habitants du vide

Portrait de la photographe Yulia Grigoryants exposant Les habitants du vide à barrœjectif 2017Yulia Grigoryants est photographe et productrice indépendante, basée actuellement en France, Yulia Grigoryants a développé son talent de conteur dans ses documentaires sur des questions sociales, culturelles, humanitaires, partout dans le monde, y compris dans des zones de conflit.

Née à Baku, Azerbaïdjan en 1984, elle a fui avec sa famille la violence contre la population arménienne en 1988. En grandissant, elle a traversé une période de guerre, de secousses politiques et sociales, de grands changements et de dures épreuves.

Ses reportages couvrent la vie des zones de transition, des minorités ethniques, et ont été exposés et publiés dans plusieurs pays. Ses photos ont été exposées deux fois à Erevan à la Maison de l’ONU. En 2015, elle a créé une exposition personnelle dans la région frontalière de l’Arménie, racontant son histoire du conflit.

En 2016 Yulia a été nommée Best New Talent aux International Photography Awards, et a remporté le premier prix dans la catégorie Editorial. Nominée aux Lucie en 2016, elle a également exposé en France, en Chine, aux Philippines, et en Russie.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Les habitants du vide

Syuzanna (9) assise dans un «refuge» en pièces rouillées anciennes en face du bâtiment abandonné, elle vit à Gyumri, en Arménie. Il y a dix jours, le père de Syuzanna s’est suicidé, comme on dit, en raison des dettes.

En 1988, un important séisme (7 à l’échelle de Richter) frappa le nord de l’Arménie, faisant au moins 25 000 morts. Les blessés et les maisons démolies se comptaient aussi par milliers. Deuxième ville d’Arménie, Gyumri a été la plus touchée. Dès les années 1990, la guerre, la chute de l’Union soviétique, la pénurie d’énergie, et un blocus qui ne laissait que deux frontières ouvertes à ce pays enclavé, ont contribué à aggraver ses sérieux problèmes sociaux et économiques.

Lusine – La mère de Syuzanna, à l’âge de 30 ans , mère de 5 enfants dans son appartement d’une seule pièce, sans soutien après que son mari s’est suicidé quelques jours auparavant.

Vingt-cinq ans après, le taux de pauvreté à Gyumri, 47,7%, est le plus élevé du pays. La ville a vu partir en masse ses travailleurs, perdant ainsi la moitié des habitants. Des milliers vivent toujours dans des abris de fortune, attendant les secours. D’autres que le séisme avait épargnés ne seront pas relogés pour cette raison. Un quart de siècle plus tard, ils attendent toujours la remise en état de leurs logis.

A l’époque soviétique, ces deux immenses cités-dortoirs de la banlieue de Gyumri abritaient chacune une soixantaine de familles. Aujourd’hui, entre ces murs croulants et ces couloirs dilapidés, elles ne sont plus que quatre.

La survivante du tremblement de terre de Gyumri, Karine Hovannisyan (57), qui résiste à ce bâtiment pendant 26 ans, a lancé un feu à partir de buissons secs et de branches devant sa maison.
– « Je vais brûler tout ici! Tout! » – Elle crie avec un sourire.