Philippe Rochot _ Liban : au commencement était la guerre : il y a 50 ans

Philippe Rochot _ Liban : au commencement était la guerre : il y a 50 ans

Grand reporter à France2 durant une quarantaine d’années, Philippe ROCHOT a couvert une bonne partie des événements majeurs de notre histoire contemporaine : les conflits du Proche-Orient, la révolution iranienne, la guerre d’Afghanistan, l’Afrique en mouvement, de la Somalie au Rwanda, mais aussi la chute du mur de Berlin et la montée en puissance de la Chine où il a été correspondant durant six ans. Sa passion première est pourtant restée la photographie, son « carnet de notes » comme il dit, qui lui permet « d’éterniser l’instant. » Il s’est toujours efforcé de faire ses images personnelles en marge des événements vécus.

Ancien otage à Beyrouth en 1986, il est lauréat du Prix Albert Londres pour l’ensemble de ses reportages sur la guerre du Liban. Il est aussi l’auteur de « Vivre avec les Chinois », « Dans l’islam des révoltes » et d’un livre de photographies : « Reportages pour mémoire ».

Ses photos des premières années du conflit libanais qui éclata en 1975 nous rappellent ce que fut la nature de cette guerre dont on mesure aujourd’hui encore les conséquences désastreuses.

La guerre de Gaza déclenchée en octobre 2023, a ravivé les plaies des conflits du Proche-Orient à commencer par celui du Liban. Il y a cinquante ans, à Beyrouth, éclatait la guerre civile qui déchira le pays du cèdre durant plus de dix ans, de 1975 à 1989. Elle marqua à jamais cette terre que l’on disait « de lait et de miel ».

Liban © Philippe Rochot

Philippe Rochot a vécu cette période en tant que reporter pour France Inter et Antenne 2. Il a lui-même été otage à Beyrouth durant quatre mois avec son équipe de reportage en 1986. Il a voulu garder en mémoire par la photographie, ces scènes qui ont marqué les sources du conflit : chrétiens et musulmans mobilisés, jeunes Palestiniens en arme, quartiers dévastés, intervention d’une armée syrienne qui alimenta le conflit pour ensuite se présenter en force de paix.

Durant ce conflit, l’appartenance religieuse condamnait d’avance hommes et femmes qui se présentaient aux multiples barrages tenus la plupart du temps par de très jeunes miliciens. La religion était en effet marquée sur la carte d’identité. Il était convenu que les musulmans soutenaient les Palestiniens tandis que les chrétiens voulaient chasser du pays les quelque 400 000 réfugiés des guerres israélo-arabes qui s’étaient installés au Liban. On parla de 200 000 morts dans la série de massacres qui frappa le pays dans ses enclaves, ses villages ou ses camps de réfugiés. La loi d’amnistie de 1991 qui fit suite aux accords de paix de Taëf, ne permit pas d’aller plus loin dans la recherche des responsables et des criminels.

Ces premières années de guerre hantent encore toute une génération de Libanais qui n’osent guère les évoquer.

Liban © Philippe-Rochot