Cette année encore, c’est le regard des visiteurs qui a désigné le Prix du Public de BarrObjectif.
Parmi les 30 expositions présentées lors de cette 25e édition, c’est la série de Béatrice Royer, Tendresse silencieuse dans le camp Mundari, qui a recueilli le plus de suffrages.
Le palmarès des 3 premières expositions préférées du public

1e Prix
Dès le deuxième jour, je pénètre le camp au lever du jour vers 5 h 30. Les personnes et les animaux dorment blottis les uns contre les autres au milieu des cendres et des fumées blanches tout est paisible enveloppé de douceur feutrée ; c’est le souvenir de cette matinée qui a inspiré le titre « Tendresse silencieuse »

2e place
Un radeau de la méduse ubuesque qui voit les côtes reculées sans cesse par une accélération de l’érosion.
L’été s’ra chaud
Une exposition qui interroge notre rapport aux fortes chaleurs et aux bouleversements liés au changement climatique.

3e place
AMAZIGHES
« Femmes libres »
Leur force et leur détermination m’ont convaincue de leur apporter mon regard photographique, avec bienveillance et respect, pour préserver la mémoire collective de la société Amazighe dont elles sont le pilier depuis la nuit des temps.
À la rencontre de Béatrice Royer, lauréate du Prix du Public 2026

Photographe amatrice passionnée de voyages et de rencontres, Béatrice Royer s’est formée au fil de stages en France et à l’étranger. Depuis quatre ans, elle explore particulièrement le continent africain, attirée par la diversité de ses peuples, de leurs cultures et de leur histoire.
Sa démarche s’inscrit dans une approche documentaire, tout en accordant une grande importance à l’esthétique de l’image. Pour Tendresse silencieuse dans le camp Mundari, elle nous emmène au Soudan du Sud, à la rencontre des Mundari et de leur quotidien auprès de leurs troupeaux.

© LL/ Barrophoto
Nous lui avons proposé de revenir sur ce voyage, sur sa rencontre avec les Mundari, sur la naissance de cette série et sur ce que représente pour elle cette première sélection dans un festival de photographie, suivie du Prix du Public.
- Qu’est-ce qui vous a donné envie de consacrer un reportage aux Mundari ?
Mon envie de partir au Soudan du Sud est née tout d’abord de l’envie d’aller à la rencontre des Mundari. Je trouve leurs vaches Ankole-Watusi d’une beauté incroyable, avec leurs cornes démesurées.
J’avais découvert ce peuple à travers un reportage dans Géo, et j’avais été très touché par ce que j’avais découvert. Cela m’a donné envie d’aller sur place, de les rencontrer et de découvrir leur quotidien.- Combien de temps avez-vous consacré à ce reportage et comment êtes vous entrée en contact avec les Mundari?
Bien sur pour rentrer dans le camp il faut être accompagné d’un guide car il y a la barrière de la langue. Il n’y a aucune infrastructure touristique sur place, ni hôtel ni autre hébergement. Nous avons donc installé notre propre campement à proximité du campement des Mundari et sommes restés sur place pendant quatre jours.- Comment s’est passée votre première rencontre avec eux et comment avez-vous établi cette relation de confiance ?
La première visite se fait en fin d’après-midi, au moment où le bétail revient du pâturage. Pénétrer dans le camp à cet instant est impressionnant : toutes ces vaches arrivent et semblent connaître leur place. Chacune se dirige naturellement vers son lieu de repos, sans presque aucune intervention de la part de son propriétaire.
Les Mundari peuvent être intimidants au premier abord, car les hommes comme les femmes sont très grands, certains mesurant entre 1,90 m et 2 m. Mais derrière cette stature impressionnante, j’ai découvert des personnes d’une très grande gentillesse. Tout le monde est curieux de l’autre, eux comme moi.
Une fois le premier contact établi, je commence à me promener dans le camp. La scène paraît presque irréelle : les feux commencent à s’allumer, le camp s’enveloppe peu à peu de fumée, et les sourires et les gestes remplacent les mots. Une forme de communication s’installe naturellement.
Dès le deuxième jour, je pénètre dans le camp au lever du jour, vers 5 h 30. Les personnes et les animaux dorment blottis les uns contre les autres, au milieu des cendres et des fumées blanches. Tout est paisible, enveloppé d’une douceur feutrée.
C’est le souvenir de cette matinée, de cette atmosphère si particulière et de cette proximité entre les hommes et les animaux, qui m’a inspiré le titre « Tendresse silencieuse ».- Qu’aimeriez-vous que le public retienne de ce reportage, au-delà des images et de la découverte de cette communauté ?
J’espère avoir réussi à transmettre au public toute la douceur que j’ai pu ressentir à ce moment-là, malgré des conditions de vie parfois très rudes : dormir à la belle étoile, supporter la chaleur, la poussière, les insectes… À la saison des pluies, les inondations peuvent également être importantes : le Nil Blanc peut alors se transformer en un gigantesque lac. Les troupeaux peuvent aussi être exposés aux attaques d’autres peuples.
Mais au-delà de toutes ces difficultés, j’ai été frappé par l’incroyable quiétude qui régnait au sein de ce peuple, du moins telle que je l’ai ressentie avec mon regard de visiteur et de photographe.
Pendant ces quelques jours, j’ai partagé une petite partie de leur quotidien. Ils se sont volontiers prêtés au jeu de la photographie. Je crois même qu’ils en étaient fiers.
L’après-midi, ceux qui ne partent pas avec le bétail au pâturage organisent des combats de lutte. Chez les Mundari, la lutte est considérée comme le sport national. Chaque équipe a ses supporters et l’ambiance est particulièrement animée. Les femmes sont vivement invitées à participer, en tant que spectatrices et supportrices.- C’était votre première participation à un festival de photographie ?
À mon retour, j’ai décidé pour la première fois de présenter une série dans un festival de photographie. D’abord pour aller au bout de ce voyage et construire quelque chose à partir de toutes ces images, mais aussi pour soumettre mon travail au regard de personnes averties et de professionnels.
Pour une première expérience, je suis très émue : d’abord d’avoir été sélectionnée, puis d’avoir reçu le Prix du public. C’est à la fois très gratifiant et très encourageant. Jusqu’à présent, je n’avais présenté mon travail que dans des expositions, sans jamais passer par la sélection d’un jury.- Votre Prix du public vous permettra de revenir exposer à BarrObjectif l’année prochaine : avez-vous déjà une idée du sujet ou de la série que vous aimeriez nous proposer ?
J’ai profité de ce voyage pour aller à la rencontre d’autres communautés : les Larim, les Lopit, les Jie et les Toposa. Je suis revenu de ce périple avec près de 5 000 photos. D’autres sujets, différents de celui que je présente aujourd’hui, seront progressivement mis en forme et présentés au fil du temps.
Pour ma venue l’année prochaine, je pense proposer une série consacrée à la culture du teff en Éthiopie, cette plante emblématique qui constitue une base importante de l’alimentation. Il me reste encore à y réfléchir et à construire le projet… Les photos, elles, sont déjà faites !