Brice Le Gall – Contre la « loi Travail » et son monde

Né à Paris en 1981, Brice Le Gall est spécialisé initialement dans la photographie nature.

Depuis quelques années, il oriente son activité vers la photographie sociale et humaniste. Tout en enseignant et poursuivant ses recherches en sociologie, il a couvert de nombreuses mobilisations sociales en France.
Il travaille régulièrement pour la presse associative et militante, notamment pour l’association Attac (Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens).

Son site internet : http://www.bricelegall.com/

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Contre la « loi Travail » et son monde

Cette banderole portée par des « autonomes » symbolise l’espoir d’amplifier le mouvement. Elle témoigne aussi de la réflexivité de certains manifestants quand à l’absence relative des classes populaires dans les cortèges parisiens.
À proximité de la place de la République, Paris, 26 mai 2016.

En février 2016 débute en France une longue et intense mobilisation en réaction à un projet de loi qui vise à réformer en profondeur le code du travail. Pendant plus de six mois, les manifestations se succèdent et prennent une ampleur particulière lorsque le gouvernement socialiste au pouvoir décide d’adopter son texte sans le soumettre au vote des députés (article « 49-3 »).

Manifestants pris en nasse par les policiers. Alors que la panique gagne la foule et que des personnes suffoquent , il implore le policier de laisser avancer le cortège.
Boulevard des Invalides, Paris, 14 juin 2016.

Ce mouvement social est remarquable à plusieurs titres : d’abord, parce qu’il émerge dans une conjoncture improbable. La France est en effet en « état d’urgence » suite aux attentats du 13 novembre 2015 et les formes traditionnelles de mobilisation collective semblent en déclin depuis 2011, date du dernier mouvement de grande ampleur contre la réforme des retraites. Ensuite, parce que la contestation des manifestants s’élargit rapidement et agrège des revendications beaucoup plus larges que celles relatives à la précarisation du travail. Si le cœur du mouvement est constitué des syndicats, il attire aussi de jeunes lycéens ou étudiants, des retraités, des cadres, des professions intermédiaires, des artisans… Les messages portés par ces différents groupes sont ainsi très variés. Ils prennent parfois une tonalité écologiste, féministe, anti raciste, mais c’est la tonalité anticapitaliste qui l’emporte dans les cortèges parisiens sous l’effet notamment de l’arrivée d’éléments « autonomes » français et étrangers dont la culture politique sert de lien entre les classes populaires et les classes moyennes du secteur public traditionnellement mobilisées sur ces questions.

Le kit du manifestant. Image prise juste après un départ de manifestation sauvage contrôlée à l’aide des gaz lacrymogènes.
Paris, 26 mai 2016.

La vingtaine de photographies présentées ici est tirée d’une longue série d’images prises à Paris entre les mois de février et septembre 2016. Le parti pris a consisté à sélectionner les photos qui me semblaient les plus intéressantes d’un point de vue documentaire afin de renseigner un mouvement beaucoup plus large et riche que la représentation qu’on en a parfois donné. Si certaines de ces images rappellent la violence de la mobilisation, elles entendent aussi faire une place à l’humour, aux références culturelles, à la réflexivité, à l’auto-défense et finalement à « l’intelligence collective » d’un mouvement qui est parvenu à contrôler ses tensions internes et qui a affiché une rare détermination. Une façon pour moi de témoigner que derrière des formes de contestation parfois radicales se jouait surtout le rêve d’une profonde transformation du monde social. Bien qu’il n’ait pas été à la hauteur de toutes les espérances, on peut dire que ce mouvement a représenté un réveil : celui d’un esprit de révolte et de résistance porté par des idéaux indispensables à la construction d’un autre monde.