Laurent Van Der Stockt

INVITÉ D’HONNEUR EN 2005

BIOGRAPHIE

Laurent Van der Stockt, français, est né en Belgique en 1964. Il est journaliste et photographe indépendant. Son premier reportage photographique à l’étranger est un voyage clandestin dans la Roumanie du dictateur Nicolae Ceaucescu. Il en rapporte les images d’une population plongée dans la terreur et la misère. Il y retourne pendant l’insurrection de 1990 et rejoint l’agence française Gamma, puis le magazine américain Newsweek en 2001 et l’agence Getty en 2010.

Il a effectué des reportages dans toutes les guerres importantes et surtout l’ex-Yougoslavie, la Tchétchénie et l’Irak. Ses reportages ont été publiés dans la plupart des magazines et quotidiens internationaux.

Depuis 2012, Il collabore principalement au quotidien français Le Monde avec de longs reportages en Syrie et en Irak.

Son travail a été régulièrement récompensé et plus récemment par le prix Bayeux Calvados des correspondants de guerre et par le Visa d’Or du photojournalisme à Perpignan en 2013 pour les photographies de l’utilisation des armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad et en 2017 par le World Press Photo pour la bataille de Mossoul. Il a reçu en septembre 2017 le Visa d‘or News au festival international du photojournalisme Visa pour l‘image.

Ses travaux ont été fréquemment exposés ou acquis par des musées et des institutions.

Photographe Laurent Van Der Stockt / L’œil de la photographie

Hans Silvester

INVITÉ D’HONNEUR EN 2013

BIOGRAPHIE

Né le 2 octobre 1938 à Lörrach en Allemagne, Hans Silvester se découvre très tôt une passion pour la photographie. Il réalise ses premiers clichés vers l’âge de quatorze ans quand ses parents lui offrent son premier appareil. À partir de 1955, jeune diplômé de l’école de Fribourg, il effectue un voyage à travers l’Europe, notamment en Camargue, et s’intéresse rapidement au reportage. Son premier succès sera un reportage de 1960 accompagné de textes de Jean Giono. Tombé amoureux de la région, le photographe allemand s’installe en Provence en 1962.

1964 marque le début d’un long périple à travers le monde avec un reportage en Amérique du Sud pour une organisation caritative. Il parcourt les États-Unis où il s’établit pendant 6 mois, puis l’Amérique Centrale, le Japon, l’Égypte, le Portugal… Il rejoint l’agence Rapho en 1965.

En 1977, il inaugure la revue Géo en publiant un reportage sur un village du pays basque. Hans Silvester s’intéresse à tout : de la pétanque aux oiseaux en passant par les chevaux évidemment, pour lesquels il sera primé à la Foire du Livre de Leipzig.

Peu à peu, dans les années 80, il s’attache à défendre l’environnement et publie des reportages consacrés parcs naturels d’Europe, dénonce les ravages de la déforestation en Amazonie, réalise un long reportage sur la rivière Calavon sous le titre La rivière assassinée et enfin s’intéresse à l’exploitation de la forêt en Amérique du Nord. Entre deux reportages à l’autre bout du monde, Hans Silvester photographie toujours les animaux : chevaux, chats et pigeons… Après avoir publié un reportage sur les cerfs-volants du monde entier, il termine en 2006 un travail saisissant de plusieurs années sur les peuples de la Vallée de l’Omo, en Éthiopie.

Premier militant écologiste à s’être emparé de l’outil photographique comme d’une arme de persuasion, il est aussi un photographe animalier reconnu comme en témoigne l’immense succès de son livre Les Chats du soleil. Son œuvre acquiert aussi une dimension sociologique et patrimoniale lorsqu’il chronique la vie des habitants d’un village basque sur trente ans, ou saisit les éphémères peintures corporelles des peuples de l’Omo en Éthiopie.

Photographe Hans Silvester

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : La beauté source de joie

C’est un hommage à la beauté des femmes africaines. La tribu Hamer du sud-ouest de l’Éthiopie au traditions séculaires vit d’élevage de chèvres, d’artisanat, et de selfies pour les touristes. Hans Silvester y est retourné 16 ans plus tard après 35 voyages déjà effectués dans cette vallée de l’Omo qu’il voit comme le cœur de l’humanité. Lors de son dernier séjour, il constate l’arrivée de nouveaux objets comme le téléphone portable qui fonctionne à l’énergie solaire et grâce aux antennes installées par les Chinois, les kalachnikovs aussi qui sont échangées avec les Soudanais et dont les maris refusent de se séparer malgré l’interdiction faite par le gouvernement.

Hans montre la beauté des femmes Hamer, leur joie et l’organisation de leurs activités quotidiennes : la cueillette des plantes, l’éducation des enfants, aller chercher de l’eau, surveiller les cultures, construire les huttes… La préparation des corps et des cheveux où elles s’enduisent de beurre de chèvre et de poudre ocre originaire des pierres volcaniques de la région, pour se faire belle et se protéger du soleil ne fait que renforcer le contraste entre leur esthétique et la rudesse de leur existence.

Les compagnes Hamers ont un bijou en commun, un simple torque en métal massif qu’elle ne pourront jamais enlever, sa pose étant une preuve de vaillance dont elles sont fières. La première femme porte 3 colliers tandis que les secondes et troisième épouses n’en portent que deux. La tradition veut que les futures épouses soient enfermées pendant 3 mois dans une hutte pendant que la mère et la belle-mère les nourrissent de plats riches de beaucoup de sang, de viande et de lait pour gagner du poids avant la nuit nuptiale.

Frédéric Sautereau

INVITÉ D’HONNEUR EN 2011

BIOGRAPHIE

Frédéric Sautereau, né en 1973, commence son activité de photojournaliste en 1993.
La notion de frontière et de division est le thème central de son travail.
Il a été membre de l’agence Oeil Public de 1998 à avril 2009.

De juillet 1997 à avril 2000, il travaille sur les villes divisées : Belfast, Nicosie, Mostar,
Jérusalem et Mitrovica. Ce travail a été exposé au festival Visa pour l’image de Perpignan en 2001 et circule dans les galeries FNAC. Un livre, Des Murs et des Vies, est paru en mai 2002 aux éditions Le Petit Camarguais.

De juin 2000 à août 2003, il se consacre au projet Lisières d’Europe et reçoit le soutien du Label Paris Europe, du Centre national des arts plastiques et de la Fondation Lagardère. Le livre Lisières d’Europe est paru aux Editions Autrement en Avril 2004. Ce travail a été exposé en France et en Espagne.Il reçoit le Prix Fuji en 2003 pour un travail sur le mur érigé entre Israël et la Cisjordanie.

De 2006 à 2008, il montre les exactions des militaires centrafricains contre les populations du Nord du pays. Pour ce travail, il reçoit le Grand Prix Paris-Match du Reportage Photographique en 2008.
D’autre part, son travail réalisé à New York après les attentats du 11 septembre 2001 a été exposé en France, en Allemagne, en Suisse, au Portugal et au Québec.
Un livre, N40°42’42 » W74°00’45 », est paru en septembre 2003 aux éditions 779.
Ce travail fait partie de la collection du Fond National d’Art Contemporain.

En janvier 2009, il réalise un travail photographique dans la bande de Gaza sur les conséquences des trois semaines de guerre sur les populations palestiniennes.

En mars, il travaille au Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, sur les populations déplacées de cette région dévastée par la guerre. Il réalise un documentaire (26’) et un livre, Déplacés, paraît aux éditions Première Urgence.

En janvier 2010, il se rend en Haïti, après le tremblement de terre.

De 2009 à 2012, il travaille sur le Hamas dans la bande de Gaza. Travail qui est exposé au festival de photoreportage de Barrobjectif et qui reçoit un Visa d’Or au festival de photojournalisme de Perpignan. En 2013, Frédéric arrête le photojournalisme afin de se consacrer à ses deux filles.

Photographe Frédéric Sautereau

Emin Özmen _ Les Limbes et de La guerre cachée

INVITÉ D’HONNEUR EN 2018

BIOGRAPHIE

Photojournaliste, Emin est né en 1985 à Sivas en Turquie. Après cinq années passées à étudier la physique à Samsun, il décide de se consacrer à sa passion, la photographie. Il est alors admis à la Faculté des Beaux-Arts Marmara d’Istanbul, où il étudie la photographie durant quatre ans. Il obtient ensuite un diplôme en photographie documentaire à l’Université d’Art et de Design de Linz – Autriche.

En 2011, son travail sur la sécheresse en Somalie est publié. La même année, il se rend au Japon pour couvrir le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku. Il couvre également les grandes manifestations économiques en Grèce. L’année suivante, il commence un long travail sur la guerre en Syrie, où il s’est rendu à de nombreuses reprises. En 2014, il documente la crise liée à l’Etat Islamique en Irak.

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits. Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capturer” leurs vécus à travers son travail. En Décembre 2015, Magnum Photos a accordé une bourse à Emin Özmen afin qu’il complète son projet, intitulé « Les Limbes.

Son travail a notamment été publié par TIME Magazine, New York Times, BBC, CNN, Der Spiegel, The Guardian, Le Monde, Paris Match, Libération, L’Obs, Telegraph, Bild, etc.

Emin Özmen a remporté plusieurs prix, parmi lesquels le World Press Photo (à deux reprises) et le Prix du public au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre en 2014.

En 2017 il a rejoint l’Agence Magnum Photos en tant que nominé.

Photographe Emin Özmen

EXPOSITION POUR LES 20 DU FESTIVAL : Rétrospective des Limbes et de La guerre cachée

Les limbres

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits.

Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capter” leurs vécus à travers son travail.

Turquie : La guerre cachée

En juin 2015, lors des élections législatives, le parti pro-kurde du HDP a remporté 13% des suffrages et privé le parti au pouvoir (celui du président Erdoğan, l’AKP) de sa majorité absolue.

Après ces élections, le bruit des bombes se fait de nouveau entendre et une vague d’attentats secoue la Turquie: Suruç, Diyarbakir, Ankara. Dans le sud-est, à majorité kurde, le fragile cessez-le-feu, obtenu en 2013, entre l’État turc et les combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation « terroriste » par Ankara, Bruxelles et Washington a volé en éclats.

Des combats quotidiens font rage et les civiles kurdes se retrouvent une nouvelle fois otages d’un conflit vieux de 30 ans, qui a déjà couté la vie à plus de 40 000 personnes.

Pour venir à bout du PKK, alors solidement enracinés dans les centres urbains peuplés, les autorités ne lésinent pas sur les moyens. Des dizaines d’élus locaux, suspectés de soutenir le terrorisme sont arrêtés ou mis à pied. Une à une, les villes kurdes sont placées sous-couvre feu : des dizaines de milliers d’habitants forcés de vivre terrés chez eux.

D’après l’ONU, les opérations menées par les forces turques entre juillet 2015 et la fin de 2016 ont touché plus de 30 localités, dont certains quartiers ont été rasés, et ont contraint entre 335 000 et 500 000 personnes à fuir, en majorité des Kurdes.

Jean-Luc Moreau Doleris

INVITÉ D’HONNEUR EN 2001

BIOGRAPHIE

Jean-Luc Moreau Deleris fut photographe et grand reporter de 1996 à 2007.

En 1999, il intègre le staff de l’agence Gamma pour laquelle il couvre de nombreux conflits (Timor, Kosovo, Afghanistan…).
Son goût s’affirme pour les reportages signés « texte et photo » : piraterie en Mer de Chine, Tchernobyl, Tibet, Somalie, Côte d’Ivoire, Djibouti… et Russie. Moscou devient son port d’attache et son terrain de jeu.

Membre du collectif de photographes «Orizon» à partir de 2004 et du cercle de grands reporters, il a signé de nombreuses publications dans la presse magazine française et internationale.

Cédric Gerbehaye

INVITÉ D’HONNEUR 2016

BIOGRAPHIE

Cedric Gerbehaye est un photographe documentaire et journaliste, la photographie s’est imposée à lui comme forme d’écriture privilégiée lorsqu’il s’intéresse au conflit israélo-palestinien. À partir de 2007, il se rend régulièrement en République démocratique du Congo : Congo in Limbo fait l’objet d’un livre et reçoit de nombreuses distinctions internationales.
Sa série Land of Cush sur le Sud Soudan, est publiée dans un livre au titre éponyme et est récompensé par le Prix Scam-Roger Pic. En 2013, il réalise le webdocumentaire Broken Hopes, Oslo’s Legacy et est invité en résidence par le festival ImageSingulières, il publie Sète#13. Avec D’entre eux, présenté au FoMu – Musée de la photographie d’Anvers et publié à l’occasion de Mons 2015, Capitale européenne de la culture, il choisit de photographier en Belgique. Cédric Gerbehaye est membre fondateur de l’Agence MAPS.

Photographe Cédric Gerbehaye

Jean Gaumy

INVITÉ D’HONNEUR EN 2014

BIOGRAPHIE

Né en 1948 à Royan Pontaillac (Charente-Maritime), Jean Gaumy suit des études à Toulouse et Aurillac puis poursuit des études supérieures à Rouen où il a travaillé comme éditeur et photographe indépendant dans la région Paris-Normandie.

Jean Gaumy a été élu à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France en 2016

Il vit à Fécamp, Haute Normandie depuis 1995.
En 1973 il intègre l’agence Gamma à la demande de Raymond Depardon ; en 1975, il initie deux reportages au long terme sur des sujets jamais encore traités en France, le milieu hospitalier (L’Hôpital, 1976) et carcéral (Les Incarcérés, publié en 1983). Il rejoint l’agence Magnum en 1977 après avoir été remarqué aux Rencontres d’Arles en 1976 par Marc Riboud et Bruno Barbey.

Également réalisateur, il explore dans ses films et reportages le monde de la vie rurale et maritime. Il réalise en 1984 son premier film, La Boucane ; d’autres films suivent, souvent primés, tous diffusés par les télévisions françaises et européennes. Cette même année, il commence un cycle d’embarquements hivernaux à bord de chalutiers qu’il poursuivra jusqu’en 1998 et qui donnera lieu en 2001 à la publication du livre Pleine Mer.

Il réalise de nombreux reportages en Afrique, en Amérique centrale et au Moyen-Orient. Son premier voyage en Iran se déroule lors de la guerre avec l’Irak en 1986, où il prendra une photo devenue célèbre de femmes iraniennes s’exerçant à tirer pendant la guerre Iran-Irak. Il se rendra dans ce pays jusqu’en 1997.

Après Jean-Jacques, chronique du bourg d’Octeville-sur-Mer vue par les yeux de l’« idiot du village » en 1987, il réalise son troisième film, Marcel, prêtre, en 1994, tourné en plusieurs années à Raulhac, dans le Cantal. Dès 2005, il engage les repérages et le tournage du film Sous-Marin (2006) pour lequel il passe quatre mois en plongée lors d’une mission à bord d’un sous-marin nucléaire d’attaque. Il entame un travail de reconnaissance photographique qui le conduit des mers arctiques aux territoires contaminés de Tchernobyl en Ukraine. Pour le même projet, il repart en 2010 à bord du plus récent des navires dédié à la dissuasion nucléaire.

Il a reçu le prix Nadar en 2002 pour Pleine Mer puis en 2010 pour D’après nature, une série de paysages de montagne. Il est nommé officiellement Peintre de la Marine en 2008.

En 2013, il a rejoint l’équipe scientifique internationale « BB Polar » avec laquelle il se rend au Spitzberg et au Groenland (2013, 2014 et 2016).

Jean Gaumy © Michelle Gaumy
© Michelle Gaumy

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Paysages arctiques – La science rencontre l’art à la pointe nord de la Terre

« J’aime aller sur des terres hostiles pour être à la limite « , dit Jean Gaumy de Magnum, au sujet de son travail de photographe de l’Arctique, un sujet qui devient de plus en plus urgent – et politisé – à la lumière des débats sur le changement climatique. « J’ai une curiosité pour ces endroits depuis mon enfance, et maintenant que le climat atteint un nouvel écosystème sur la planète, je pense qu’il est important de voir ce que je peux voir à ce sujet. »

En janvier 2017, l’explorateur britannique Sir David Hempleman-Adams a demandé aux politiciens de prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques après un récent voyage en bateau autour de la région polaire par les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest – qui devrait traditionnellement prendre trois ans – qui a été achevé par son équipe en seulement quatre mois et un jour parce que la glace avait tellement fondu. Cela fait suite à la nouvelle de 2016 selon laquelle les scientifiques ont conclu que l’impact de l’homme sur la planète est maintenant si important que la Terre est entrée dans une nouvelle ère – qu’ils appellent Anthropocène.

Depuis 2008, Jean Gaumy a accompagné des scientifiques qui étudient les changements climatiques et le réchauffement de la planète dans l’Arctique dans le cadre de diverses missions de recherche, dont la plus récente est le projet Bebest. Embarqué sur le voilier scientifique Le Vagabond, ainsi que dans plusieurs expéditions internationales de BB Polar, le photographe a eu un accès exceptionnel aux régions reculées de l’Arctique. Parallèlement à ce travail documentaire, Jean Gaumy a poursuivi son travail personnel de longue haleine sur les paysages et les territoires. Le travail en cours qui en résulte est une vision intime et contemplative de l’Arctique, dépeignant une neige blanche désolée, des paysages désertiques et de puissantes vagues océaniques pétrifiées comme de grandes sculptures de glace par des températures sous zéro.

En tant que photographe, Gaumy est très conscient de la subjectivité de la photographie, mais aussi de son pouvoir révélateur – ce qu’elle peut montrer non seulement du monde capturé dans l’image, mais du photographe et du moment où il l’a prise. Pour lui, photographier l’Arctique est autant un exercice d’exploration de sa propre perception que l’étude du paysage lui-même.

« En tant que  » touriste  » professionnel que je suis, dit-il avec ironie, il y a deux choses que je fais quand je vais dans l’Arctique : photographier des paysages, et être avec les gens, observer leur signature, leur marque, sur le lieu. L’une est très contemplative, et je joue avec la représentation de la forme et ma vision du paysage telle que perçue à travers ma culture, mon passé et mes racines, comme je l’ai fait pour mon dernier livre D’après Nature ; l’autre est d’observer comment les autres personnes analysent scientifiquement les éléments de ces parties de la planète. »

Bien qu’il documente un domaine au centre du débat sur le changement climatique, Gaumy souligne les lacunes de la photographie dans sa capacité à saisir des preuves. « Les photos elles-mêmes ne sont pas des preuves du changement climatique. Elle est souvent invisible, impalpable et pourtant, avec le temps, évidente. Un scientifique peut vous dire objectivement qu’il y avait quelque chose il y a 20 ans et qu’il n’y en a plus maintenant. Je ne peux pas. Lorsque les scientifiques utilisent leurs expériences et leurs données pour analyser les changements climatiques et la raison de ces changements, j’envisage – modestement. Mes photos pourraient être vues comme une sorte d’enzyme pour agréger, pour attirer l’attention des gens. C’est ma contribution. »

Marie Dorigny_ Népal, le pays qui n’aimait pas les femmes

INVITÉE D’HONNEUR EN 2002

BIOGRAPHIE

Photo-reporter depuis 30 ans, Marie Dorigny, 59 ans, a d’abord travaillé en tant que journaliste rédactrice. Elle a rejoint la photographie en décembre 1989 lors de la révolution roumaine et a réalisé depuis des reportages engagés sur le travail des enfants, la condition des femmes ou les formes contemporaines d’esclavages.

Son travail, publié dans la presse nationale et internationale, a également été exposé à maintes reprises, dans les galeries photos de la FNAC (l’esclavage domestique), au Festival Visa pour l’Image de Perpignan (travail des enfants et accaparement des terres), en passant par la Bibliothèque Nationale de France (prostitution et immigration clandestine) ou encore le Muséum de Lyon (Cachemire).

Son dernier travail en date, « Displaced, femmes en exil », un reportage réalisé sur commande, en 2016, pour le Parlement Européen, a été exposé durant trois mois à Bruxelles par le Parlementarium ainsi qu’à Visa pour l’Image.

Parmi les récompenses qui lui ont été attribuées, on peut citer :

  • 1991 : un World Press pour son reportage sur les ravages de l’Agent Orange au Vietnam
  • 1998 : le Prix Kodak du jeune photo-reporter pour son travail sur l’esclavage domestique
  • 2013 : elle est lauréate d’une bourse du festival « Photoreporter en baie de St Brieuc », pour un projet de reportage sur les violences faites aux femmes au Népal
  • 2014 : lauréate de la bourse photo AFD/Polka pour son projet « Main basse sur la terre » sur l’accaparement des terres arables dans le monde, travail exposé par la suite à la MEP (Maison Européenne de la Photographie)

Trois monographies présentent également son travail photographique :

« Enfants de l’ombre » aux Éditions Marval, 1993, « Cachemire, le paradis oublié » aux Éditions du Chêne, 2004 et enfin, « L’inde invisible », Éditions CDP, 2008.

Photographe Marie Dorigny © Yonnel Leblanc

EXPOSITION DES 20 ANS DE BARROBJECTIF : Népal, le pays qui n’aimait pas les femmes

En 2009, une étude du ministère de la santé népalais révélait que la première cause de mortalité chez les femmes âgées de 15 à 49 ans était le suicide. Ce triste résultat fait du Népal un cas unique au monde.

Dans l’ancien royaume himalayen, les formes de violences traditionnelles à l’égard des femmes sont légion : violences domestiques, discriminations spécifiques comme le chaupadi , qui les relègue les femmes dans les étables durant les périodes de menstruation, infériorité juridique, consacrée par le fait que seuls le père ou le mari peuvent décider de donner la citoyenneté à leur fille ou épouse. Sans leur bon vouloir, une Népalaise n’a pas même d’existence légale. Dans les provinces de l’ouest du pays, les plus arriérées, plus de 60% des femmes sont dans ce cas.

Le gouvernement central a complètement négligé le développement du Sindhu Palchowk. Le district manque cruellement d’infrastructures de base. Accéder aux rares services de santé est très compliqué pour les femmes qui doivent souvent marcher durant des heures avant de trouver un poste de santé. Certaines arrivent le jour de leur accouchement sans avoir jamais vu un médecin. Golce, Sindhu Palchowk, Nepal 2013.

Mais à ces atteintes anciennes se superposent de nouvelles menaces liées à la situation délétère du pays. Valse des gouvernements, corruption endémique, vide constitutionnel… Depuis la fin de la guerre civile et la chute de la monarchie en 2006, le Népal est en proie à une instabilité chronique. Dans ce chaos politique et institutionnel, la pauvreté et les trafics en tous genres prospèrent, dont les femmes sont devenues les premières victimes.

Minées par l’incurie des autorités en matière de développement économique, et par les premiers effets du réchauffement du climat, les campagnes se vident. Dans des régions entières, les villages ont été désertés par les hommes, partis travailler en Inde ou dans les pays du Golfe. Livrées à elles-mêmes, les femmes croulent sous le double fardeau des tâches domestiques et des travaux agricoles, sur fond d’insécurité alimentaire grandissante (25% de la population est désormais concernée).

Quand elles prennent le chemin de l’exil avec leur famille, c’est pour finir dans les bidonvilles qui se multiplient autour de Katmandou, où chômage et alcoolisme nourrissent la violence domestique.

La misère n’alimente pas simplement les mouvements migratoires, mais aussi le trafic d’êtres humains, dont les femmes sont aussi les premières cibles. Trafic international en pleine expansion : des milliers de Népalaises étaient déjà vendues aux bordels indiens chaque année ; avec l’apparition de nouveaux réseaux mafieux, elles finissent désormais jusque dans ceux du Golfe et de l’Asie.

Trafic interne aussi : elles sont désormais des milliers à vendre leur corps dans les bars et salons de massage de la capitale, alors que la prostitution y était jusque-là quasi inexistante. Une nouvelle source d’inquiétude pour les ONG qui craignent que le Népal devienne la prochaine destination phare pour le tourisme sexuel.

Face à cette situation, ONG et société civile s’organisent, avec souvent des femmes en première ligne : avocates luttant contre l’inégalité juridique, travailleuses sociales gérant des foyers d’aide à la réinsertion des anciennes prostituées, brigade de policières spécialisées dans la violence domestique se battent au quotidien pour leurs concitoyennes… Mais toutes ces initiatives constituent encore de faibles remparts, face à cette vague féminicide.

Marie Dorigny/Marie-Amélie Carpio

Jérôme Delay

INVITÉ D’HONNEUR 2004

BIOGRAPHIE

Jérôme Delay est le photographe en chef d’AP pour l’Afrique, basé à Johannesburg.

Après avoir travaillé à Denver, au Colorado, en tant que pigiste de l’AP et à l’Agence France-Presse (AFP) à Washington, DC, Delay a occupé divers postes au sein de l’AP : photographe en chef à Jérusalem, photographe et éditeur photo international à Paris et photographe international basé à Londres et à Paris. Il a couvert la Maison-Blanche, les Jeux olympiques d’hiver de Calgary et la Coupe du monde de soccer, ainsi que des conflits dans le monde entier : le Moyen-Orient (Israël, Palestine, Liban-Sud, Irak), l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Rwanda, Congo), les Balkans (Bosnie, Kosovo, Albanie, Macédoine, Serbie), Irlande du Nord, Haïti, Kashmir et Afghanistan.

Photographe Jérôme Delay

EXPOSITION POUR LES 20 DE BARROBJECTIF : Congo – Ébola

Des notes prises sur l’Ébola en RDC
Une épidémie d’Ébola a causé la mort de plus de 1 800 personnes dans ces régions du nord-est de la République Démocratique du Congo. C’est la pire épidémie dans le pays, tant en termes de mortalité que de durée, et la deuxième dans le monde après celle qui avait touché l’Afrique de l’Ouest entre décembre 2013 et 2016 faisant plus de 11 000 morts.

L’épidémie frappe principalement les zones de Beni et Butembo-Katwa, prises depuis 25 ans dans la violence. Les soignants sur le terrain se sont heurtés aux résistances des
habitants : déni de la maladie, refus de la vaccination et de l’hospitalisation des proches, ce qui entraine le contrôle des enterrements dignes et sécurisés conduits par la Croix-Rouge pour éviter tout contact avec les fluides du défunt.


L’OMS a fait de l’épidémie d’Ébola une urgence de santé publique de portée internationale après un premier cas mi-juillet à Goma. Un second cas y a été enregistré le 30 juillet, et y est mort quelques heures plus tard, renforçant les inquiétudes.


L’OMS a cependant recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes : elle craint en effet que l’épidémie ne fournisse le prétexte à certains états pour restreindre les déplacements et le commerce, restrictions qui entraveraient le travail des équipes médicales et pénaliseraient doublement les populations locales.

Patrick Chauvel

INVITÉ D’HONNEUR 2000
1er invité d’honneur du festival

BIOGRAPHIE

Patrick Chauvel est né en 1949. Il a, pendant 35 ans, photographié la majeure partie des conflits qui ont sévi dans le monde, du Vietnam à l’Irak. Nourri par Kessel, Monfreid ou Schoendoerffer, il a voulu aller au plus près de l’actualité. Ses images ont fait la une des plus grands médias dans le monde : Paris Match, Time Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prestigieux World Press. Par ailleurs, Patrick Chauvel est réalisateur et producteur de documentaires et reportages.

 

Photographe Patrick Chauvel

EXPOSITION DES 20 ANS DU FESTIVAL : Syrie , la fin de Baghouz ou le début d’une guerre éclatée

« Victoire, c’est fini, Daech est vaincu ! »

Tous les trois jours, la coalition arabo-kurde, les Forces démocratiques syriennes (FDS) annoncent la fin définitive de l’« État islamique ». Tous les quatre jours, ils abordent une trêve pour proposer « aux combattants de se rendre et épargner les civils ». Il s’agit en effet de faire sortir les quelque 5 000 femmes et enfants de djihadistes qui restent dans le camp de tentes et de véhicules mesurant à peine 2 kilomètres carrés.

La victoire serait donc proche. C’est fort de ces déclarations que le 10 février je suis parti en Syrie afin d’assister à la chute du Califat qui menait sa dernière bataille. Les djihadistes sont alors encerclés dans la ville de Baghouz : au sud par les troupes de Bachar El-Assad, à l’ouest et au nord par les Kurdes et les Arabes. Ils se trouvent coincés à l’Est entre le fleuve Euphrate et la frontière irakienne gardée par les milices chiites, bombardés 24 heures sur 24 par l’aviation française et américaine. C’était une question d’heure…

La réalité fut tout autre.

Les 5 000 civils se sont multipliés au rythme des trêves. Un mois, jour pour jour, après mon arrivée, c’étaient plutôt 20 000 « civils » et combattants qui étaient sortis de ce minuscule réduit.

A chaque offensive, les FDS rencontraient la même résistance acharnée. Snipers, tirs de roquette ou encore mines retardaient la victoire tant de fois annoncée. Ceux qui avaient décidé de sortir de « l’enfer de Baghouz » racontaient : « Il y a des blessés mourants par centaines, plus d’eau, plus de nourriture, plus de soins… » Ce fut ce que me confia une jeune Française en pleurant, serrant son petit garçon de 2 ans et demi dans ses bras. Certains voulaient partir d’autres non. Intox ou réalité, impossible de savoir, le mensonge est de mise. Les combattants qui se rendent affirment tous être cuisiniers, jardiniers… En comptant bien, il y aurait donc près de 7 000 cuisiniers ! Baghouz mériterait d’être dans le Michelin, seulement voilà, les femmes affirment qu’on y meurt de faim.

La réalité est effectivement bien plus sordide et explosive. Aucun des hommes capturés n’exprime de regret et les femmes sont les plus virulentes. À Tanek field  au nord de Baghouz, dans le désert où les « civils » sont triés, elles agressent les combattantes kurdes pour leur tenue et l’absence de voile, refusent d’être touchées par les médecins qui tentent de les aider, attaquent les journalistes. Récemment, l’une d’elles s’est fait exploser avec son enfant au milieu de ceux qui voulaient se rendre, tuant les hommes, les femmes, les enfants et quelques FDS venus les chercher. Il ne faut pas tomber dans le piège du genre, ces femmes ne sont pas des civiles. Elles sont djihadistes. Après un tri sommaire, toutes finissent avec leurs enfants au camp de réfugiés d’Al-Hol au nord du Kurdistan syrien, où 60 000 « réfugiés » croupissent dans un espace insalubre prévu pour 15 000 personnes. Meurtres de femmes qui ne suivent plus les règles du Coran, émeutes, tentes incendiées par les réfugiées… ces fantômes en noir sont des bombes à retardement, tandis que les hommes ricanent d’avance de notre faiblesse.