Mojahed Abo Al-Jood – Goodbye Aleppo

Portrait-Mojahed-Abo-Al-JoodMojahed ABO AL-JOOD (Ahmad Mojahed Attar) – SYRIE
Je suis né il y a 23 ans, dans le quartier ouest d’Alep, au Nord-est de Damas. Mon père est fabricant de tissus (entreprise familiale). J’ai trois sœurs, et deux frères. Mon frère ainé a été tué par la police du régime.
J’ai rejoint les manifestants, devenus insurgés lors du « printemps arabe » en 2011. Je préparais alors mon bac. Je suis un des membres fondateurs de l’AMC «  Aleppo Media Center  » créé pour témoigner contre la propagande officielle d’une opposition à la dictature. Par la suite, il a fallu témoigner de la violence de la répression, d’une opposition civile non armée, et démonter la propagande du régime qui la présentait dans un amalgame de terrorisme et d’islamisme. C’est ainsi que je suis devenu journaliste, et que j’ai travaillé pour plusieurs chaines (ITV, CNN, BBC).
J’ai été cameraman dans plusieurs films sur la Syrie tels que « Last men in Aleppo» qui a remporté 35 prix dans le monde (Sundance Festival, Copenhagen Festival, nominé aux oscars 2018).
J’ai gagné le «  Rory Peck Trust  » pour le film «  Goodbye Aleppo  » en 2017 et le prix «  Best off short » du festival « Middle east now  » à Florence en 2018.
Arrivée à Blagnac en novembre 2017, la France m’a accordé le droit d’asile en mars 2018.
J’étudie assidument le français depuis mon arrivée, dans l’objectif de parfaire ma formation dans le domaine des médias, en université à la rentrée 2018.

EXPOSITION PARTENAIRE : Les journées du reportage de Bourisp

Le petit village de Bourisp dans les Hautes Pyrénnées a exposé Mojahed Abo Al-Jood et seize autres photoreportages en plein air du 6 au 15 juillet 2018. Une formule à l’identique du festival de Barro.

EXPOSITION PARTENAIRES 2018 : Goodbye Aleppo

Le choc de perdre son fils après les bombardements – Alep

La révolution syrienne avait commencé en mars 2011, pour demander la liberté d’expression et les droits démocratiques.
Le régime de Al-Assad a attaqué les militants civils, et il a détenu la plupart d’entre eux.
En 2012 à Alep, la capitale économique de la Syrie, le régime a commencé à attaquer l’est de ville par des roquettes d’avions, cela a causé la mort de milliers et de milliers de citoyens.
Grâce à la Russie et à l’Iran, Al-Assad a pu assiéger l’est d’Alep, ce qui a conduit à une nouvelle catastrophe humaine.
Depuis 2012, le régime syrien a détruit la plus grande partie d’Alep, et à la fin de 2016, il a fait évacuer la population afin qu’elle reste en vie.

Matthieu Chazal – Mossoul, après les combats : chroniques du Nord de l’Irak

Matthieu Chazal

Matthieu CHAZAL – FRANCE – Photographe indépendant français, je suis diplômé en géographie, philosophie et journalisme. Après des reportages en Afrique de l’Ouest et sur les Tziganes en Turquie, je mène un projet au long cours sur les points de liaisons et de ruptures entre Est et Ouest, Orient et Occident. Je voyage fréquemment en Turquie, dans le Caucase, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient. J’ai suivi entre autres la crise migratoire (Turquie, Balkans) ou la libération de Mossoul.
Je développe une photographie documentaire en une approche non littérale, essayant de composer des récits photographiques dans lesquels une silhouette, une gestuelle, un détail apparemment insignifiants donnent au spectateur une place à son imagination.

Mes photos ont été publiées dans diverses publications en France et à l’étranger (Politis, El Mundo, National Geographic – Out of Eden Walk, L’Œil de la Photographie, Agos)… et ont été exposées au Musée de l’Immigration, au Centre culturel turc Elele (Paris), aux Nuits noires de la photographie (Bordeaux), au festival Barrobjectif (Charente), à la galerie Hafriyat et à l’université de Bilgi (Istanbul)…

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Mossoul, après les combats – Chroniques du Nord de l’Irak

En juillet dernier, la bataille de Mossoul se termine. La partie ouest de la ville, autour de son centre historique où s’étaient retranchés les derniers combattants de l’État islamique, est une cité fantôme, dévastée par 9 mois de combats.

Ces photos ont été prises lors de trois séjours en Irak : en décembre 2016, pendant la bataille de Mossoul, à la libération de la ville en juillet et septembre 2017 et au printemps dernier.

Après Mossoul, Irak

Faire face à la désolation : celle des hommes, des civils surtout, premières victimes de ce conflit. Faire face à la destruction : celle des villes et villages tenus par l’État islamique pendant trois ans. Dans sa folie dévastatrice, l’État islamique a même voulu éradiquer l’Histoire en détruisant la cité assyrienne de Nimroud. Cette série Mossoul, après les combats dessine les conséquences immédiates du conflit, son tragique, son absurdité.

Au milieu des ruines de la vieille ville de Mossoul, ce sont les cadavres des djihadistes et le va-et-vient des soldats irakiens. Les secouristes tirent des décombres, les dépouilles des civils, victimes des combats rapprochés et des bombardements de la coalition internationale. C’est l’heure des enterrements, du deuil. Du repos aussi, pour les soldats qui posent enfin leurs armes.

La reconstruction des villes et villages occupés par l’État islamique et détruits pendant les combats sera longue. Les différentes communautés qui composent la région du Nord de l’Irak, Kurdes, Chrétiens, Arabes sunnites, Yézidis, tentent eux aussi, après la tyrannie islamique, de se reconstruire lors de célébrations qui resserrent les liens du clan.

Matthieu Chazal 2017: Mouharram et Achoura : le temps des pénitents
Matthieu Chazal 2017: La dame à la robe fleurie et autres chronique au Sud Caucase
Matthieu Chazal 2014 : Les apprentis

Exposition hommage – Stanley Greene by NOOR

© Sarah Shatz

Stanley GREENE USA/FRANCE Né en 1949 à Brooklin (New-York).
Photojournaliste légendaire, membre de l’Agence VU de 1991 à 2007, et membre fondateur de l’agence NOOR, créé en 2007.
Stanley a commencé sa carrière dans les années 1970 en photographiant pour des magazines et a travaillé comme photographe temporaire pour le New York Newsday.
En 1986, il s’installe à Paris et commence à couvrir les événements et les conflits à travers le monde. Il à travaillé pour Libération , Paris Match, TIME, The New York Times Magazine et Newsweek, entre autres connu pour sa couverture du conflit en Tchétchénie (1994-2001).
Auteur des livres : The Western Front (André Frère Éditions, Roquevaire, 2013), Black Passport (Schilt Publishing, Amsterdam, 2010), Open Wound : Chechnya 1994-2003
(Trolley Books, London, 2003) et Dans les Montagnes où vivent les aigles (Actes Sud, Arles, 1995).
Il a reçu de nombreuses subventions et reconnaissances, y compris le Prix d’Or pour l’ensemble de ses réalisations (2016), le Prix W. Eugene Smith (2004) et cinq prix World
Press Photo.
Stanley Greene est décédé à Paris le 17 mai 2017.

EXPOSITION HOMMAGE –  Stanley Greene by NOOR

Prima ballerina Anna Zharova of the Novosibirsk Opera and Ballet Theatre.
Stanley Greene / NOOR

 

 

 

Grozny

Grozny. Janvier 1995. L’approvisionnement en vivres et en eau s’est arrêté quelques jours après l’agression. Des hommes et des femmes cherchaient à se nourrir parmi les obus qui explosaient. Gagner le contrôle de Grozny n’a pas pris aux Russes des heures, mais des semaines. Les Tchétchènes étaient difficiles à battre parce qu’ils ne participaient pas à une guerre conventionnelle. Pendant le siège, la plupart des rebelles s’entraînaient au sud de la ville car Le général Maskhadov savait qu’une importante force mal armée aurait pu être bouclée et piégée avec une relative facilité. Plus important encore, les anciens arpenteurs de la ville et les urbanistes étaient maintenant des combattants, donnant au commandement tchétchène une connaissance intime des artères cachées et des conduits des systèmes de gaz et d’eau de la ville. Jour et nuit, ils ont infiltré les lignes russes avec des centaines d’équipes de trois hommes qui sortaient de nulle part, généralement deux carabiniers protégeant un combattant avec des roquettes antichars. D’innombrables véhicules blindés de transport de troupes russes ont été détruits aux intersections et aux points stratégiques avec d’énormes pertes.

 

 

 

 

 

Cher Stanley,

Vous m’avez dit une fois lors de l’une de nos conversations secrètes Skype: « Vous savez à quel point une fleur sent bon quand tu as senti la mort« .

Vous nous avez quittés il y a quelques semaines maintenant, et vos mots sont toujours dans mon esprit et j’en suis sûr, dans beaucoup d’esprits.

À cause de gens comme vous, j’ai développé un fort intérêt et je crois en la narration et au photojournalisme. Comme vous l’avez dit à plusieurs reprises, « certaines choses doivent simplement être vues. »

J’ai vu ton travail et je me suis dit, c’est exactement ce que je veux faire et c’est ainsi que je veux que ma vie soit: utile et significative. L’un de vos collègues de NOOR dit: « Nous sommes ici pour faire et raconter des histoires qui auront un impact sur l’humanité ».

Je me suis toujours demandé, pourquoi vous et certains de vos collègues de cette industrie, des amis de NOOR faisaient ce travail. Maintenant, je connais la raison pour laquelle, vous aimez tous l’odeur des fleurs. Je crois que vous et quelques autres avez créé NOOR parce que vous étiez des gens vraiment romantiques à propos de la vie, parce que vous étiez au-delà de la recherche de la »Lumière » parce que vous étiez, et vous êtes toujours tous, à la recherche de l’amour dans cette vie.

Un bon ami à moi a écrit ces quelques lignes quand il a entendu que vous étiez parti: «Ce que j’ai appris de Stanley, c’est l’appréciation, la gentillesse, l’altruisme et ce que je crois être la partie la plus importante de son héritage monumental – la capacité d’ouvrir complètement son cœur et d’écouter la mélodie de ce monde. Pour savoir comment trouver la magie du monde. La capacité d’entendre et de danser au son des feuilles bruissant dans une brise légère, un orchestre de voitures klaxonner sauvagement dans les rues, ou le bruit de l’eau qui bout. Juste en l’écoutant et en étant en sa présence, j’ai appris comment voir et sentir la vie partout. C’est la leçon la plus importante qu’il m’a apprise. « 

Merci Stanley et à bientôt de l’autre côté.

Clément Saccomani
NOOR Directeur Général Amsterdam,
Juillet 2017

Emin Özmen – Invité d’honneur 2018

Mis en avant

Emin ÖzmenEmin ÖZMEN – TURQUIE
Photojournaliste, Emin est né à Sivas en 1985. Après cinq années passées à étudier la physique à Samsun, il décide de se consacrer à sa passion, la photographie. Il est alors admis à la Faculté des Beaux-Arts Marmara d’Istanbul, où il étudie la photographie durant quatre ans. Il obtient ensuite un diplôme en photographie documentaire à l’Université d’Art et de Design de Linz – Autriche.

En 2011, son travail sur la sécheresse en Somalie est publié. La même année, il se rend au Japon pour couvrir le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku. Il couvre également les grandes manifestations économiques en Grèce. L’année suivante, il commence un long travail sur la guerre en Syrie, où il s’est rendu à de nombreuses reprises. En 2014, il documente la crise liée à l’Etat Islamique en Irak.

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits. Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capturer” leurs vécus à travers son travail. En Décembre 2015, Magnum Photos a accordé une bourse à Emin Özmen afin qu’il complète ce projet, intitulé “Les Limbes”.

Son travail a notamment été publié par TIME Magazine, New York Times, BBC, CNN, Der Spiegel, The Guardian, Le Monde, Paris Match, Libération, L’Obs, Telegraph, Bild, etc.

Emin Özmen a remporté plusieurs prix, parmi lesquels le World Press Photo (à deux reprises) et le Prix du public au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre en 2014.

En 2017 il a rejoint l’Agence Magnum Photos en tant que nominé.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018  – Les Limbes – Exode
(Limbo – Exodus)

Depuis 2012, Emin Özmen a engagé un long travail de documentation photographique auprès des populations emportées dans le tourbillon des conflits.

Il s’est rendu à de nombreuses reprises en Syrie, en Turquie, en Irak et en Europe à la rencontre de ces gens, devenus “réfugiés” par la force des choses. Il a ainsi pu recueillir leurs témoignages et tenter de “capter” leurs vécus à travers son travail.

Avec cette série de photographies, Emin Özmen a cherché à saisir l’état dans lequel tous ces gens, dont la vie a basculé, sont plongés. Un abîme d’émotions.

Comme tous les jours depuis des semaines, des réfugiés syriens attendent près de la frontière turco-syrienne leurs familles restées à Kobané. Suruç – Turquie, Septembre 2014.
En septembre 2014, l’État islamique a attaqué Kobané et a assiégé la ville en octobre de la même année. Dans la ville, des milliers de personnes ont essayé de survivre. Pour échapper aux affrontements, même les enfants et les personnes âgées n’ont pas hésité à traverser les champs de mines qui séparent Kobané de la frontière turque. Selon le HCR, 170 000 habitants de Kobané se sont réfugiés dans les camps en Turquie lors des affrontements.

La vie de toutes ces personnes, aux histoires et aux destins bien distincts, semble suspendue dans un entre-deux. Un entre-deux où l’attente, l’espoir, l’anxiété, la confusion et l’angoisse s’entremêlent, s’entrechoquent jusqu’à les attirer dans un état vague et confus : les limbes. Cela se manifeste par différents sentiments que l’on peut lire sur leurs visages, que l’on peut deviner dans leurs postures, que l’on peut entrevoir dans un geste.

Leur vie, rude, dans les camps de réfugiés. La peur, le froid parfois. L’attente, encore. L’espoir aussi. Les familles entières qui risquent tout sur des embarcations de fortune dans l’espoir d’une vie meilleure. L’humiliation, souvent. Le regard des autres, pesant. Les arrestations. L’indifférence. La culpabilité parfois, quand on a laissé toute sa famille derrière soi dans l’espoir de les retrouver plus tard dans un ailleurs plus sûr.

Des civils tentent de fuir les combats en traversant le Tigre à bord de petites embarcations, au sud-est de Mossoul. Irak, Novembre 2016.

Cette série photographique nous emmène dans un territoire aux marges floues, où le temps semble suspendu, où l’issue parait incertaine, où tout est encore possible. À travers ce travail, Emin Özmen nous embarque dans le quotidien de ces gens perdus dans les limbes.

Texte : Cloé Kerhoas

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 – Turquie – La guerre cachée (Turkey’s Hidden War)

En juin 2015, lors des élections législatives, le parti pro-kurde du HDP a remporté 13% des suffrages et privé le parti au pouvoir (celui du président Erdoğan, l’AKP) de sa majorité absolue.

Turquie. Derik. Décembre 2015. Zahide Onen, 23 ans, est dans sa chambre détruite. La maison de la famille Onen a été ciblée par l’armée turque. Une fusée a frappé leur chambre tôt le matin lorsque le couple et ses deux enfants dormaient à la maison. Personne n’a été blessé mais ils ont tout perdu.

Après ces élections, le bruit des bombes se fait de nouveau entendre et une vague d’attentats secoue la Turquie: Suruç, Diyarbakir, Ankara. Dans le sud-est, à majorité kurde, le fragile cessez-le-feu, obtenu en 2013, entre l’État turc et les combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation « terroriste » par Ankara, Bruxelles et Washington a volé en éclats.

Des combats quotidiens font rage et les civiles kurdes se retrouvent une nouvelle fois otages d’un conflit vieux de 30 ans, qui a déjà couté la vie à plus de 40 000 personnes.

Turquie. Cizre. Mars 2016. La famille de Kasim, 17 ans, pleure sa mort après avoir été tué par les forces spéciales turques pendant le couvre-feu. Juste après qu’ils soient entrés dans le sous-sol où leur fils a été tué, la famille de Kasim, totalement dévastée, s’est effondrée en larmes.

Pour venir à bout du PKK, alors solidement enracinés dans les centres urbains peuplés, les autorités ne lésinent pas sur les moyens. Des dizaines d’élus locaux, suspectés de soutenir le terrorisme sont arrêtés ou mis à pied. Une à une, les villes kurdes sont placées sous-couvre feu : des dizaines de milliers d’habitants forcés de vivre terrés chez eux.

Un enfant se tient près d’un bâtiment détruit. Cizre, Turquie, Mars 2016.
En décembre 2015, l’armée et les forces spéciales de la police turque ont bouclé tous les accès de la ville et lancé une vaste offensive pour en déloger des partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, considéré comme une organisation terroriste) qui y avaient érigé barricades et tranchées et défié l’État turc en décrétant « l’autonomie ».

D’après l’ONU, les opérations menées par les forces turques entre juillet 2015 et la fin de 2016 ont touché plus de 30 localités, dont certains quartiers ont été rasés, et ont contraint entre 335 000 et 500 000 personnes à fuir, en majorité des Kurdes.

Aude Osnowycz – Ukraine, une jeunesse entre guerre et paix

Portrait de la photojournaliste Aude OsnowyczAude OSNOWYCZ – FRANCE Diplômée d’un master en géopolitique, elle a exercé différents métiers avant de se tourner vers la photographie. Passionnée par les grands bouleversements internationaux, mais aussi par leur impact sur le quotidien des populations civiles, elle décide en 2011 de devenir photojournaliste. Basée à Tunis, elle passera 4 ans à documenter les impacts des printemps arabes au Maghreb et au Moyen-Orient pour différents magazines français et étrangers. Elle a ainsi mené de nombreux travaux sur les problématiques liées aux femmes, aux minorités religieuses, chrétiennes ou athées ainsi qu’à la question LGBT.

Elle a été publiée dans de nombreux magazines tels que le Monde, Marie Claire, GEO, l’OBS, le New York Times, etc.

Depuis deux ans, elle a décidé de s’éloigner de l’actualité et d’entreprendre des projets de long terme. Elle travaille actuellement sur les frontières occidentales de la Russie, dont sa famille est originaire, un travail plus artistique et plus intime, questionnant à la fois l’âme slave et son passé familial.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Ukraine, une jeunesse entre guerre et paix

Depuis plus de trois ans, l’Ukraine est en proie à un conflit sans fin entre les territoires du Donbass et le gouvernement de Kiev. Malgré les accords de cesser le feu, la guerre continue et s’enlise transformant en profondeur l’ensemble de la société ukrainienne et en premier lieu la jeunesse.
Loin des reportages de guerre, la série « un été ukrainien » tente de dresser le portrait d’une génération perdue entre guerre et paix.

À l’est, dans la république autoproclamée de Donetsk, la société est minée par la propagande de russe, Poutine est porté aux nues, on y acclame les républiques indépendantistes d’Ossétie du Sud, d’Abkhazie ou de Transnistrie et les jeunes se ruent vers les « military games », des jeux de guerre grandeur nature organisés chaque dimanche par le ministère de la Défense.

À l’ouest, les fantômes du passé ressurgissent, un passé nationaliste aux héros parfois sulfureux, à l’image de Bandera qui pactisa autrefois avec l’Allemagne nazie.

Les écoles militaires font salle comble et les enfants sont envoyés par centaines dans des camps de jeunesse cosaques ou paramilitaires. On y réinvente l’histoire, chantant la main sur le cœur de vieux chants nationalistes, mais surtout on y apprend à se battre, à manier la kalachnikov et à détester l’influence russe sous toutes ses formes.

Jeunesse Ukrainienne

Jeunes garçons posant en uniforme dans un pensionnat militaire, Kiev, janvier 2017. Depuis le début du conflit le nombre d’enfants envoyés par leur parents dans ce pentionnat a décuplé.

Pourtant des deux côtés de la ligne de front, les jeunes ukrainiens rêvent tout simplement de retrouver une vie normale à l’instar de ces jeunes filles profitant des joies d’un été aux bords de la rivière Kalmius à Donetsk, de ces danseuses de l’Opéra de Donetsk qui tentent malgré tout de vivre leur passion ou encore de ces jeunes « underground » riant aux éclats durant une soirée organisée sur un pont désaffecté de Kiev.

De Donetsk à Kiev en passant par Cherkassy, « un été ukrainien » met donc en avant une autre facette du conflit en Ukraine à travers le quotidien complexe d’une jeunesse dont le futur reste incertain.

Brennan O’Connor – Prix Lucas Dolega – Paix et développement

Brennan O’ Connor  a travaillé pour les grands médias de son pays avant de se consacrer aux événements négligés par la presse. C’est en 2010 qu’il est parti dans le sud-est de l’Asie, poursuivant ses travaux sur les ethnies minoritaires de la Birmanie. Voyageant ainsi dans toute la région, il a photographié rebelles, migrants et réfugiés aux marges de cette société. N’acceptant que rarement des commissions, il s’autofinance et se concentre sur ce projet.
Son travail a été vu aux festivals photo d’Angkor et de Yangon, et inclus dans les journées photographiques Fotograf Vakfı en 2016. Ses photos des marges birmanes feront l’objet d’une publication en livre.
Il a reçu le Prix Lucas Dolega 2017

www.brennanoconnor.photoshelter.com

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Paix et développement

Paix et développement -1

Les enfants soldats qui ont quitté l’armée de Birmanie sont détenus à Laiza, siège de l’Armée de l’Indépendance de Kachin (KIA) situé près de la frontière chinoise. Le KIA s’est battu avec le gouvernement depuis son licenciement de dix-sept ans en 2011, la même année, des réformes ont été introduites.

Le combat que depuis plus de soixante ans l’armée de Birmanie mène contre les ethnies minoritaires a fracturé ce pays. Les réformes tentées par le régime quasi-civil qui a remplacé la dictature militaire n’ont pas abouti à une paix durable. Le nombre de réfugiés qui fuient devant les combats, se poursuivant en grande partie dans le nord du pays, crée une situation grave, situation qui n’a pas vu d’amélioration depuis l’accession au pouvoir du gouvernement NLD sous la tutelle d’Aung San Suu Ky.

Ce projet trace le processus de réforme depuis ses débuts en Birmanie, et montre une image saisissante des efforts vers la paix dans ce pays troublé. Des lignes de démarcation entre les groupes armés, dont certains ont cessé le feu, d’autres non, qui se battent contre l’armée et quelquefois entre eux, jusqu’aux camps où des milliers de villageois déplacés et oubliés contemplent un avenir incertain, privé des subventions des agences de l’ONU.
Là où un cessez-le-feu a ouvert la voie aux finances internationales, ces photos montrent les effets que, sous le nom de développement, ces projets miniers ou énergétiques pourront avoir sur les minorités ethniques.

Paix et développement-2

Un soldat de l’armée de l’indépendance de Kachin détient des mines terrestres qu’il a faites dans un camp de l’armée de première ligne. Deux semaines plus tard, il a été tué après avoir explosé en la plantant dans la jungle.

Bénédicte Kurzen – Invitée d’honneur 2017

Portrait de Bénédicte Kurzen invitée d'honneur deu festival Barrobjectif

Bénédicte Kurzen a commencé sa carrière photographique en 2003 en allant en Israël pour couvrir l’actualité chaude dans la Bande de Gaza, en Irak et au Liban.
En 2004, elle passe du «news» à la photographie documentaire avec un projet sur les femmes kamikazes volontaires et les veuves palestiniennes dans la Bande de Gaza. Ce travail fait partie d’un projet collectif plus ample intitulé Violences faites aux femmes, en collaboration avec Amnesty International et Médecins Sans Frontières.
Bénédicte a une maîtrise d’histoire contemporaine de la Sorbonne, Paris. Son mémoire est consacré au « Mythe du photographe de guerre », ce qui l’inspira pour devenir journaliste d’image.
Au cours des dix dernières années, elle a couvert les conflits et les changements socio-économiques en Afrique. De l’Afrique du Sud (2015–2013), sa base, elle explore certains des plus douloureux défis de la société post-apartheid. Elle produit “Next of Kin” (Plus proche parent), “The Boers Last Stand” (Les Boers aux abois) et « Amaqabane ». Ce dernier projet consacré aux vétérans de la lutte anti-apartheid
fut produit dans le cadre du prestigieux Joop Swart Masterclass en 2009. En 2011, elle reçoit une bourse du Pulitzer Centre qui lui permet de produire un travail complexe au Nigeria, “A Nation Lost to Gods” (Une Nation perdue des dieux), exposé à Visa pour l’Image, et qui lui a valu une nomination pour le Visa d’Or 2012.
Elle devient membre de l’agence NOOR, en 2012, et déménage à Lagos l’année d’après. De là elle continue à couvrir l’Afrique, avec une attention toute particulière pour le Nigeria, qui la passionne depuis longtemps. Son travail nigérian fait l’objet d’une exposition à Londres et à Lagos en collaboration avec Robin Maddock et Cristina de Middel : “Shine Ur Eye”. Enfin elle fut aussi professeur à l’Université américaine du Nigeria.

Bénédicte Kurzen nous présentera trois reportages de son travail sur le Nigéria « Giving birth, giving death« (Naissances mortelles), « Sign warfare » ( La guerre des signes), et « A nation lost to gods » (Une nation perdue des dieux).

 

Bénédicte Kurzen – Une nation perdue des dieux

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Une nation perdue des dieux

Au Nigeria on n’a jamais fini de compter les morts. Chaque jour voit de nouvelles victimes, de nouvelles attaques, encore des attaques, contre des églises, des casernes de police, des écoles. Ce conflit sans nom fait rage dans un arc de cercle qui traverse une grande partie du Nigeria septentrional. Maiduguri, Kano, Damturu, Gome sont les villes d’une région dévastée dont chaque quartier paraît écrasé par ce conflit.
Mais de quel conflit s’agit-il au juste ?
Dans ce reportage, qu’il nous a fallu plus un an entier à rassembler, nous essayons, avec l’oeil lucide et impitoyable du Nord, d’examiner les symptômes de la violence sectaire. Après les élections présidentielles d’avril 2011, une vague de tension politique, expression de la frustration d’un peuple las de la corruption politicienne, a trouvé son exutoire : huit
cents morts en quelques jours. Mais le conflit ethno-religieux qui se poursuit dans la région du centre semble être aussi aux premières lignes d’une guerre religieuse, aggravée par les suites du onze septembre 2001.

Les policiers et les agents de sécurité civile se trouvent devant un drapeau PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.

Ici, le global s’est fait local. Qu’on soit Berom, Hausa, Fulani, Ngas, indigène ou pas, chaque crise accentue la réaction religieuse. Plus récemment pourtant, le Nord voit des hostilités plus profondes et plus féroces. Les attaques salafistes ont fait depuis 2009 un millier de victimes. Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad, plus connu sous le nom qu’on lui donne en hausa, Boko Haram, a plongé le Nigeria dans la peur.

Ces hommes sont engagés pour divertir et promouvoir le parti au pouvoir, PDP, lors du dernier rassemblement politique avant les élections, à Eagle Square, Abuja, Nigéria, le 26 mars 2011.
Le PDP a été au pouvoir depuis ces douze dernières années.

Le Nigeria semble au plus haut point étranger, mais l’évolution du chaos pose une question brûlante : comment des gens qui n’ont rien de commun peuvent-ils cohabiter à l’intérieur d’une unité nationale qu’on leur a imposée, alors que l’injustice, la corruption profonde des puissants érodent chaque jour le contrat social, d’où leur colère, leur frustration ? À essayer d’expliquer ce qui se passe au Nigeria du nord, on se heurte
à un mur. On se trouve en face de généralisations et de simplifications, mais au Nigeria rien n’est simple. Le renouveau des tensions religieuses date de la fin du régime militaire en 1999. Libéré du poids de la dictature, le Nigeria s’est encore une fois scindé en deux. Cette société hétéroclite de plus de deux cents ethnies fut pourtant unifiée en 1914 à l’époque où la colonie anglaise était gouvernée par Lord Lugard. Plus d’un siècle après, l’amalgame n’a jamais paru aussi dépassé, aussi obscur.

Une nation perdue des dieux-3

Deux soldats des Forces spéciales, de service en tant que vice-président nouvellement élu, Namadi Sambo, démontrent leurs compétences au photographe, à Kaduna, au Nigéria, le 28 avril 2011.

Bénédicte KURZEN 2017 : GIVING BIRTH , GIVING DEATH – Naissances mortelles
Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes

Bénédicte Kurzen – Naissances mortelles

EXPOSITION BARROBJECTIT 2017 : Naissances mortelles

Voici l’histoire de trois femmes, Sylvia, Promise, et Sipathi.

C’est une histoire d’ambiguïté et de dénégation à l’échelle nationale à la suite d’une foudroyante épidémie de sida.

Ces trois femmes vivaient dans le township de Tembisa, toutes les trois ont appris au cours de leur grossesse qu’elles étaient séropositives.
Ces images ne racontent que la moitié de l’histoire. Les femmes et leurs filles étaient prêtes à partager davantage. Promise voulait que le reportage documente la naissance de sa fille. Sipathi était en train de mourir quand je l’ai rencontrée, mais sa famille voulait que je photographie la dernière visite de son fils, et ses dernières heures chez elle.
J’avais voulu aussi montrer comment l’hôpital public la négligeait, les heures qu’elle a passées couchée dans son vomi, jamais lavée. Malgré l’aval du Comité éthique de Pretoria, les autorités m’ont refusé la permission.
C’était à l’époque de Mbeki, c’était à l’époque de Manto Tshabalala- Msimang, époque où, malgré les morts de Sipathi et de Badalo, on m’a soutenu que le sida n’existait pas.

Un marqueur sort d’une tombe d’enfant au cimetière de Tembisa, en Afrique du Sud, en juillet 2006.

Bénédicte KURZEN 2017 : SIGN WARFARE – La guerre des signes
Bénédicte KURZEN 2017 : A NATION LOST TO GODS – Une nation perdue des dieux

Bénédicte Kurzen – La guerre des signes

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : La guerre des signes

Au-dessus des arbres, le bourdonnement du MI–8, insecte bouffi, le ventre gros, blanc comme un cachalot mythique qui aurait quitté les mers pour le ciel. Son ombre passe légèrement sur la cime des arbres. Par des ouvertures, un vent fripon traverse l’intérieur ; la portière du poste de pilotage, mal assujettie, laisse voir l’équipage ukrainienne, le cou épais, rougi. L’hélico est loué, avec des subsides américains, par l’UPDF, Force de défense du peuple ougandais. Sur une banquette, deux officiers, leur kalache entre les genoux, déchargée, crosse en l’air. Un lieutenant de la section aérienne, les écouteurs scotchés aux oreilles, guide le vol, malgré le vacarme. Devant lui, des piles de caisses : des boîtes de singe, de la farine de mil, des bouteilles d’eau.
A travers le hublot de la portière, on regarde la forêt en bas, vaste océan ses nuances de vert toujours changeantes, que traversent de pâles méandres de terrain dénudé d’arbres. Au loin, la masse grise des nuages pèse sur les arbres, nuages porteurs de pluie qui relie terre et ciel.
L’hélico est quelque part entre le Soudan du sud et le Congo. Rien ne signale une frontière, rien ne laisse soupçonner la vie, ni feu, ni lopin cultivé, ni cabane.

Pendant l’expédition, il est interdit de parler: les voix humaines sont des vagues rapides et peuvent alerter l’ennemi de la présence de l’armée, Pasi Forest, RDC, le 15 mai 2011.

C’est ici que se cache l’ennemi. Il suffit de jeter un œil pour comprendre à quel point ces missions de dépistage sont impossibles. Ce que les Ougandais appellent « Opération Foudre Éclair » se passe dans une région grande comme l’Allemagne, entièrement boisée, presque sans routes.
L’ennemi, c’est-à-dire l’Armée de résistance de Lord, des rebelles ougandais, refoulés au-delà de la frontière il y a plusieurs années mais qui continuent à tuer, à piller, à enlever de jeunes esclaves dans les trois pays environnants.
Il doit en rester quelques centaines : allez- donc les trouver !

Pendant la pause du matin, un groupe d’hommes quitte le batallion pour se mettre en veille. Quand ils reviennent, l’officier en charge les interroge sur leurs résultats, afin de déterminer le prochain déménagement, le 16 mai 2011.

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