
Xavier BOURDEREAU est un photographe professionnel installé en Charente. Depuis quelques années, il s’intéresse principalement au soin porté à l’autre, au cœur des hôpitaux ou à domicile.
Il est déjà l’auteur de quatre livres photographiques :« Les Hirondelles » (avec Myriam Hassoun), « Sans Rendez-Vous », « Opéra » et « Histoires de CHU » (avec Olive Laporte).
Ainsi que de nombreux reportages et expositions sur le monde de la santé, pour lesquels il est toujours en recherche du bon contact pour mener à bien une immersion dans un service ou une équipe.
Sans sensationnalisme, il cherche à documenter le travail de ceux qui prennent soin des autres.
2026 est l’année de la sortie d’un vaste projet sur le parcours des patients cérébrolésés en Poitou-Charentes. Réalisé avec la plume de Myriam Hassoun, du Samu à la rééducation, en passant par une multitude des services hospitaliers.
En 2026 et 2027, il partira à la rencontre du service de gériatrie de l’hôpital d’Angoulême, pour témoigner, à l’aide d’une danseuse contemporaine, des gestes et des attitudes des patients et soignants du service.
Trois de ses expositions ont été présentées au festival international de photoreportage Barrobjectif (16). Les Hirondelles ont été présentées en 2024 au festival Photos dans l’Erpt (42), et aux journées du photoreportage de Bourisp (65).
EXPOSITION BARROBJECTIF 2026 : La tournée des Porte-en-Ré
Les infirmiers au service des Portingalais
L’île de Ré, c’est un peu le bout du monde. Le bout d’un Monde.
xavier Bourdereau
Un monde qui explose ou s’endort au rythme des saisons et du soleil. Tout le monde connaît l’île de Ré sous le soleil, d’expérience ou de réputation.
Les vélos en abondance, les marais, les oiseaux, les volets verts ou bleus, et ses plages évidemment.
Les Portes-en-Ré, charmant petit village, tout au bout de l’île, avec Saint Clément-des-Baleines, et son phare, tout aussi charmant.
À l’automne, en quelques semaines, on passe du « 21e arrondissement de Paris », à la sérénité d’un village désert, où quelques âmes, plus ou moins âgées, vivent au chaud, à côté des maisons secondaires, qu’on rouvrira au printemps.
Quelques artisans font murmurer un poste radio, pour préparer le retour des touristes dans leurs locations saisonnières.
Certains habitants sont d’ici, ils sont même arrivés avant le pont. D’autres y ont élu domicile plus récemment, pour le contraste saisonnier. Terre d’accueil en été, d’ultime tranquillité en hiver.
J’ai découvert le quotidien des infirmiers à domicile, grâce à Laura, Fabienne et Stéphane.
Laura est une fille du village, elle s’envole régulièrement à un autre bout du monde, en famille, pour assouvir sa passion pour les voyages, et fuir le village, sinon, elle serait sans cesse sollicitée pour un pansement, une prise de sang ou une course à la pharmacie, dès qu’elle mettrait un pied dehors.
Fabienne habite à l’autre bout de l’île, Sainte Marie de Ré. Un ange pour ses patients, elle leur apporte même le surplus qu’elle a cuisiné la veille pour elle et sa fille. Avouez-le, rien ne réchauffe plus le cœur qu’une soupe offerte en hiver.
Stéphane, Rochelais parti quelque temps dans les montagnes briançonnaises, a fini par revenir sur ses terres sablonneuses, pour aller surfer toutes les vagues de l’île entre les tournées du matin et du soir. Et continuer de fonder son cocon familial. Je n’ai jamais rencontré un homme aussi gentil. Même Tatie Danielle ne lui résisterait pas.

Chacun leur tour, dans un ballet de jours de travail et de repos, ils passent de maison en maison, été comme hiver, prendre soin des Portingalais et des villageois de St Clément.
Avant l’aube, et après le crépuscule, ils sont sur le pont.
Ils veillent sur leurs patients comme on veille le lait sur le feu.
Et ils sont aussi les yeux et les oreilles du médecin.
Des soins quotidiens de toutes sortes. Pansements, prises de sang, de tension, retirer les fils d’une suture, mettre des bas de contention, changer une sonde, s’assurer de la bonne prise d’un traitement. Ça, c’est ce que les patients voient.
Il faut aussi s’assurer de choses pratiques, la prise des traitements, les rendez-vous avec le spécialiste au bon moment, l’évolution d’une plaie, retrouver l’ordonnance égarée, mais surtout connaître ces patients, pour déceler n’importe quel changement dans leurs quotidiens.
Cette surveillance se fait avec des critères très variables, en connaissance d’une multitude de facteurs, les humeurs, les événements dans la famille, la visite ou les relations compliquées avec un proche.
Les infirmiers à domicile savent presque tout, du passé et du présent. C’est leur force.
Ils sont accueillis par des visages parfois souriants, accablés, aimants, fatigués, méfiants, qui disent tout ou rien. Leurs membres parlent parfois pour eux. Des jambes gonflées, des pieds meurtris, des bras ouverts.
En retour, Laura, Fabienne et Stéphane font tout. Ils lèvent, accompagnent, soutiennent, soignent, guident, s’interrogent parfois.
Les grandes maisons rétaises sont faites de plusieurs dépendances, pour accueillir aux beaux jours la famille et les amis. Chacun dispose de sa cuisine, de sa chambre, d’une salle de bain, et au milieu de tout ça, un grand salon pour se retrouver. Alors l’hiver, s’il vous prend l’idée de changer de salle de bain pour déjouer l’ennui, c’est possible. Quand Fabienne, pleine d’inquiétude, arpente la maison, et qu’elle trouve monsieur dans une baignoire d’où il ne peut pas se relever, elle pourrait l’engueuler, mais elle est surtout rassurée.
