Benjamin FILARSKI _ Lallubhai Compound

Inde, Bombay, migration
Entourés de béton, aucune infrastructure n’a été mise en place pour que les enfants puissent jouer en plein air. Ces derniers trouvent ce qu’ils peuvent dans la rue pour tuer le temps qu’ils ne passent pas sur les bancs de l’école. L’un d’entre s’est trouvé une nouvelle occupation en sautant par dessus des tiges de bambou. Mankhurd, Bombay, Inde – 26 mai 2017.

BARROBJECTIF 2019 : Lallubhai Compound

À Bombay, plus de 40% de la population vit dans des bidonvilles. Depuis une quinzaine d’années, les autorités indiennes ont décidé de mettre en place un plan de « réhabilitation des bidonvilles » qui consiste à déplacer les pauvres vivant dans les bidonvilles du centre de Bombay vers la périphérie. Mais derrière ce projet se cache en réalité un marché immobilier très juteux pour les promoteurs qui marchent main dans la main avec le gouvernement. Le terrain vaut de l’or. Bien évidemment, ces derniers tentent de vanter les mérites du projet : remplacer les bidonvilles par des centres commerciaux, des quartiers d’affaires ou tout type d’infrastructures pour développer et embellir la capitale économique de l’Inde. Mais afin d’expulser les habitants, les autorités n’ont pas hésité à employer la force et falsifier des autorisations pour accélérer la procédure. Dans un système encore régi par les castes, les pauvres sont bien souvent dépourvus de droits car considérés comme des moins que rien.

Ainsi, cette spéculation immobilière qui ne dit pas son nom a laissé apparaître des dizaines de colonies de réinstallation autour de Bombay. Lallubhai Compound, l’une des plus grandes colonies de réinstallation de l’agglomération de Bombay, est sorti de terre en 2004. Ce sont près de 8 000 familles venant de différents quartiers de la ville qui vivent désormais dans ce bidonville vertical de 65 barres. Ces bâtiments, endommagés par les moisissures en raison de l’humidité et des hautes chaleurs, mais surtout en raison des mauvais matériaux de construction, semblent avoir été construits il y a 60 ans. Cependant, le principal problème reste les conditions de vie avec le manque d’accès à l’eau courante et l’absence de système de collecte d’ordures. En outre, le chômage chez les jeunes est l’une des causes principales de la délinquance.

En essayant de faire passer ce projet économique pour un projet social de relogement de la population vivant en bidonville, le gouvernement n’a fait que déplacer le problème. Les bidonvilles d’hier du centre de Bombay sont devenus les ghettos d’aujourd’hui en périphérie.

Benjamin Filarski est un photographe franco-polonais, né en 1993. Il est distribué par studio Hans Lucas depuis 2015 et basé à Paris.

Après une licence en sciences humaines et sociales (sociologie et sciences politiques) à l’université Paris 8, Benjamin travaille désormais en tant que photographe documentaire indépendant, en France et à l’étranger, sur des thématiques sociétales et l’actualité. Déjà, au cours de ses études, il avait été amené à couvrir l’actualité internationale telle que la révolution ukrainienne de 2014 (lauréat du Grand Prix Paris Match du photoreportage étudiant) et le tremblement de terre au Népal en 2015 (finaliste du même concours). 

Aujourd’hui, il se concentre principalement sur deux projets au long cours autour des thématiques de la migration, l’intégration et la jeunesse : le premier concerne le processus d’intégration de deux jeunes frères syriens qui ont trouvé l’asile en Allemagne. Le second trace l’histoire d’un jeune travailleur népalais à travers laquelle Benjamin va pouvoir raconter le phénomène de la migration de travail qui touche la population népalaise. 

Au-delà de l’image en tant que telle, Il est avant tout animé par le sujet qu’il va aborder. La photographie est le médium qu’il va utiliser et qui le conduira à témoigner de la condition humaine. 

Julien Hazemann _ Min Gong Style

Yang Zhongliang fait danser son fils pour célébrer l’acheminement à bon port de sa plus grosse cargaison de l’année: 10 000 sacs de céréales jouant sur les marchandises qu’ils ont acheminé à Chongqing. La famille Yang est propriétaire de sa péniche qui navigue sur le Yangtze entre Chongqing et Shanghai.

BARROBJECTIF 2019 : Min Gon Style

Deng Xiao Ping a lancé l’ouverture économique de la Chine dans les années quatre-vingt. En quelques années, des classes modernes se sont constituées dans les villes. Leurs conditions de vie ont fait un bond considérable, mais au prix d’une mobilisation de moyens économiques et humains phénoménales. En trente ans, des centaines de millions de villageois sont venus dans les villes pour les raser et les reconstruire. Une masse « d’ouvriers paysans », les min gongs, ont désertés les bourgs et les villages, y laissant les vieux s’occuper des enfants. Ils vivent et travaillent sur les chantiers, à peu près dans les mêmes conditions qu’à la campagne. En marge de la vie citadine.

Les min gongs sont le bras armé du développement chinois. Acquérant des compétences au fil des années, leurs salaires sont désormais souvent équivalents à ceux des citadins. Mais plutôt que mettre du confort dans leur quotidien, ils consacrent essentiellement leurs revenus au village, notamment pour reconstruire leur maison, dont ils profiteront à leur retraite. Ces min gongs vieilliront au village quand ce sera leur tour de s’occuper de leurs petits-enfants.

Mais surtout, grâce à cet argent, ce n’est plus dans les champs que les enfants vont travailler, mais à l’école. Souvent jusqu’au collège. Cette nouvelle génération ne découvre pas le monde moderne par le travail, mais enfant par les chaussures à la mode que leurs parents leur offrent quand ils reviennent au village. En plus d’apporter sa sueur à la ville, la première génération min gong apporte dans les zones rurales le goût de la modernité. La transformation de la ville change aussi la campagne.

Pour les jeunes, la ville n’est pas tant un moyen d’améliorer les conditions du village qu’un lieu où faire sa vie. Devenant à leur tour min gong, un peu plus familiarisés que leurs parents quelques années plus tôt avec la vie urbaine et mieux formés, ils arrivent à la ville avec un autre projet de vie. Ils ont encore en mémoire ce monde fade où tout le monde portait la même veste et la même coupe de cheveux. Maintenant, ils peuvent tout essayer. Les conditions matérielles nouvelles ont permis à tous de plonger dans la société de consommation. D’ériger le choix en civilisation. Tout est nouveau. Tout est possible. Même ce rêve que leurs parents n’ont pas osé faire : faire partie de la Chine nouvelle.

Sauf que la ville, ce n’est pas tout à fait chez eux. Les jeunesses citadines et rurales ne se mélangent pas. Un peu perdus entre deux mondes, les migrants de la nouvelle génération ne sont plus vraiment des ruraux, mais pas tout à fait citadin non plus. Ils ont du mal à se définir. C’est dans la nouvelle société de consommation qu’ils vont inventer leur identité. Les jeunes min gongs ont besoin de faire corps, de se rassembler. De se ressembler. Ils inventent leurs propres codes, leurs uniformes. Ils ont toujours la même coupe de cheveux, mais maintenant avec de nouvelles formes et des couleurs. C’est le Min gong style.

La nouvelle génération construit autre chose de la ville. Les parents ont érigé des murs. Eux sont en train d’inventer des manières de vivre dedans. Ils mettent aussi de l’argent de côté, continuent de se marier entre gens du village et de confier leurs enfants à leurs parents. Mais c’est à la ville qu’ils vieilliront. À peine vingt pour cent de la population chinoise vivait dans les villes en 1980. Elle en a dépassé les cinquante pour cent en 2012. La nouvelle génération min gong est confrontée à la difficulté de trouver sa place dans des villes qui n’existaient pas il y a trente ans. Les hommes font les villes, et les villes font les hommes.

Julien Hazemann est né en 1978. Il est basé à Paris.

Il vient du cinéma. Il a commencé dans les années 2000 à travailler sur des films comme assistant-réalisateur, puis comme repéreur de décors. Des sous-sols aux toits des immeubles, il explore la région parisienne, un appareil photo à la main. Il s’intéresse donc aux lieux. Il les regarde à travers les histoires qu’ils portent. Un visage, pour lui, raconte quelque chose, un mur aussi.

Il cultive ainsi le goût d’explorer et de raconter des histoires jusqu’à prendre son appareil photo et un billet d’avion et partir se balader un peu plus loin. Il cherche des lieux, des univers. Il passe par Le Caire en pleine révolution, par New York où il regarde la modernité du XXe siècle, et par Shanghai où il découvre celle du XXIe siècle. Et de Shanghai, il s’enfonce dans la Chine et ses transformations. Il y retourne plusieurs fois et publie ses premières photos dans Géo.

À photographier les lieux, il s’est mis en fait à travailler sur les gens qui les habitent. Il s’intéresse très vite à la manière dont les transformations urbaines changent les gens, produisent les modes de vie. Pour lui, les hommes font les villes, bien sûr. Mais en même temps que les villes font les hommes. Des lieux aux gens, il se passionne finalement pour les comportements et pour les perspectives sociales, politiques et historiques qui les traversent.

Julien Hazemann est membre du studio Hans Lucas depuis 2015.

Seif Kousmate _ La jeunesse rwandaise, 25 ans après le génocide

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : La jeunesse rwandaise, 25 ans après le génocide

25 ans après le dernier génocide du XXème siècle, le Rwanda commence à rayonner à l’échelle africaine et internationale. Le pardon et la réconciliation sont les bases de ce développement. Un énorme travail d’accompagnement a été réalisé auprès de la population pour aller au-delà des traumatismes des événements de 1994 et cohabiter ensemble dans le Rwanda d’aujourd’hui. 

La jeunesse du pays fait aussi partie des chantiers prioritaires, car 60% de la population a moins de 25ans. Ils sont enfants d’exilés, enfants de génocidaires, enfants de rescapés, jeunes nés suite aux viols et porteurs du VIH, ou encore orphelins du génocide, ils cohabitent malgré leurs histoires personnelles. En plus de cet héritage lourd qu’ils portent sur les épaules, ils doivent trouver des solutions face au chômage, la pauvreté, et les études trop chères… Après avoir passé plus de deux mois auprès de la jeunesse Rwandaise, je vous livre le portrait d’une jeunesse optimiste sur son avenir, consciente de l’effort qu’elle doit fournir pour le développement du pays, mais n’assume pas souvent son passé, malgré les efforts du gouvernement pour l’unité.

Seif Kousmate est un photojournaliste autodidacte spécialisé dans les questions sociales, né en 1988 à Essaouira, Maroc. Depuis 2016, Seif travaille sur différente thématique en Afrique, la migration, la jeunesse, l’esclavage… il a vécu plusieurs semaines dans le Mont Gourougou afin de reporter la vie des migrants subsahariens attendant de passer la frontière terrestre entre l’Europe et l’Afrique. En mars 2018, il a commencé à travailler sur l’esclavage traditionnel en Mauritanie une question taboue et censurée.

Pour lui, la photographie est sa contribution à changer le monde qui l’entoure et à développer les mentalités.

En 2017, il a été sélectionné pour participer à l’atelier NOOR-Nikon lors des Rencontres du Prix Bayeux-Calvados et du festival des correspondants de guerre.

En 2018, il a été nominé pour le Joop Swart Masterclass et le 6X6 Africa Global Talent Program par World Press Photo.

Fin 2018, il a eu une bourse de National Geographic Society pour continuer son travail au long cours sur la migration terrestre en Afrique du Nord.

Son travail a été reconnu et publié dans plusieurs magazines et journaux internationaux (Newsweek, The Guardian, El pais, NZZ, Libération, Le point, Le Vif…)

Il est représenté par le studio Hans Lucas.

Sébastien Leban _ L’île perdue

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : L’Île perdue

L’île de Tangier est une métaphore de l’absurde. C’est la chronique de la mort annoncée d’une des communautés les plus reculées de l’est des États-Unis. Ses habitants, climatosceptiques convaincus, voient leurs terres s’enfoncer peu à peu dans l’océan et refusent la réalité qui s’écrit sous leurs yeux.

Aux commandes de son bateau à moteur, James Eskridge, maire de Tangier, s’éloigne du dock. La rive s’estompe et une seule pensée le hante : la crainte de voir disparaître son île, qui accueille les siens depuis près de deux siècles. James sait que les jours de Tangier sont comptés. La menace, c’est la montée des eaux, couplée à l’érosion. L’océan qui fait vivre les insulaires depuis des générations les condamne aujourd’hui à une disparition certaine.

Punition divine, fatalité ou réchauffement climatique ? Le maire récuse cette dernière possibilité : “L’érosion emportera l’île bien avant la montée des eaux. Je ne crois pas dans le changement climatique, ni personne ici d’ailleurs. Ni que l’homme soit la cause de quelconque dérèglement. Je pense simplement que ces changements sont des cycles naturels”.

Depuis les premiers relevés cartographiques vers 1850, l’île a perdu les deux tiers de sa superficie. Plantée au milieu de la baie de Chesapeake, à 160 km de Washington DC, Tangier culmine à 94 centimètres au-dessus du niveau de la mer. C’est la pêche du crabe qui nourrit la très conservatrice et religieuse communauté de 460 habitants. Lors de l’élection présidentielle de 2016, Tangier a accordé au candidat Donald Trump 87% de ses voix.

David Schulte est biologiste marin et travaille sur le cas de Tangier depuis quinze ans. Il a publié en 2015 un rapport alarmant dans la revue américaine “Nature”: “Chaque année, l’océan gagne près de quatre mètres sur le rivage et les zones marécageuses s’élargissent. Ces deux phénomènes sont accélérés par la montée des eaux et le réchauffement climatique. Dans la baie de Chesapeake, le niveau de l’océan augmente de cinq millimètres par an, c’est près de deux fois la moyenne mondiale”. Devenus malgré eux les symboles du dérèglement climatique sur le continent américain, les habitants rejettent en bloc cette théorie.

Chaque matin, les hommes du village refont le monde, assis sur le dock, face à l’océan. Devant eux, un bateau aux allures de QG de campagne de Trump affiche fièrement stickers et drapeaux. Sur toutes les lèvres, comme chaque jour : l’avenir de Tangier. D’autres îles habitées ont déjà disparu, comme Holland Island : en 2010 à quelques miles de là, la dernière maison s’est effondrée dans les eaux.

Alors que certains placent leurs espoirs en Donald Trump, d’autres préfèrent s’en remettre à Dieu. Pas un dimanche ne passe sans que les deux chapelles de l’île n’affichent complet pour le sermon du dimanche au cours duquel on distille de fermes positions anti mariage gay, pro-life et un soutien indéfectible à Israël (les évangélistes s’en remettent à la Bible et affirment que les juifs sont le peuple élu). Mais la volonté divine se rappelle au souvenir des fidèles lors des grandes marées. Plusieurs fois par mois, la mer recouvre alors le rivage, envahit les routes et les jardins, offrant pour quelques heures un avant-goût de la catastrophe annoncée.

Si Washington ne propose pas une solution rapidement, accompagnée de millions de dollars pour la construction de digues, Tanger pourrait disparaître dans les eaux d’ici 25 ans. Ses habitants compteront alors parmi les premiers réfugiés climatiques des États-Unis.

Sébastien Leban est un photojournaliste indépendant français né en 1987. Il a grandi en Lorraine dans un bassin minier et sidérurgique. L’univers prolétaire et laborieux qui l’entoure pendant son enfance influence les sujets qu’il aborde. Il réalise un premier projet sur sa ville natale de Florange puis s’intéresse aux Roms de Roumanie.

Autodidacte, il s’installe en 2013 en Israël. De retour à Paris après deux années au Proche-Orient, il continue de documenter le conflit israélo-palestinien avec une approche qu’il veut sensible et humaine. L’objectif : sonder deux sociétés qui s’opposent depuis près de 70 ans à travers des sujets comme les objecteurs de conscience dans l’armée israélienne, la problématique de l’énergie à Gaza, les réfugiés africains à Tel Aviv ou encore la vie des colons en Cisjordanie.

Son travail s’articule autour des thèmes sociaux et sociétaux qui lui sont chers. En 2015, Sébastien s’est intéressé à l’île de Kihnu en Estonie et à son matriarcat hors du commun. Toujours avec une approche humaine et dans le désir de documenter la vie quotidienne des populations locales, il s’intéresse en 2016 à la problématique énergétique à Gaza. Depuis 2018, il aborde la question du dérèglement climatique et de son impact direct sur les populations.

Sébastien Leban est membre de l’association de photographes Divergence et travaille régulièrement en commande pour plusieurs titres comme Le Monde, L’Obs, Le Point, Paris Match, L’Équipe Magazine, Grazia, Le Parisien Week-End, etc. Son travail a été exposé et récompensé dans plusieurs festivals, notamment au Lumix Festival for Young Photojournalism, Kolga Tbilisi Photo ou Istanbul Documentary Photography Days.

Jérémy Lempin _ Ils pissent vert et rouge

30/06/2017 Première sortie et découverte du centre ville de Calvi pour les jeunes légionnaires brevetés parachutistes du 2ème REP. Arrivés quinze jours auparavant ils n’avaient pas l’autorisation de sortir le temps de leurs préparations au saut qui valide leur intégration définitive au sein du 2ème REP.

BARROBJECTIF 2019 : Ils pissent vert et rouge

Dans l’armée française, la Légion Étrangère est un corps à part. Composée d’engagés volontaires étrangers, elle est régie par ses propres règles de tradition et animée d’un très fort esprit de cohésion. Les hommes qui la composent sont donc difficiles à approcher en profondeur.

Le 2ème Régiment Étranger de Parachutiste (REP) m’a pourtant permis de le faire en m’ouvrant ses portes. Depuis sa création en 1948, ce régiment d’élite est envoyé sur tous les champs de bataille où sa dimension aéroportée le rend nécessaire. Il est installé depuis 50 ans à Calvi, en Corse, et fait désormais partie du paysage local.

Des jeunes volontaires étrangers fraîchement engagés jusqu’aux anciens du régiment qui ont pris leur retraite sur place, je tente de suivre et de comprendre le fil invisible du quotidien, qui conduit ces soldats à faire de l’île de Beauté leur Patrie, de Calvi leur capitale, et du 2ème REP, leur éternelle famille.

« Fils d’un père ouvrier mécanique et d’une mère aide-soignante en réanimation, ce chtimi au sourire « bright » ne laisse personne indifférent, surtout les protagonistes de ses reportages. Qu’il s’agisse de vivre le quotidien d’un pompier urgentiste, d’intégrer le groupe très fermé des ultras du Racing Club de Lens, ou de jouer des coudes dans le tumulte de manifestations étudiantes, Jérémy Lempin, n’a de cesse d’ « aller voir », de confronter les regards pour contrer les idées reçues. Ses armes, il les a faites dans la Marine Nationale en tant que photographe à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle puis à l’ECPAD. Sur les océans, il aura à cœur de témoigner des conditions de vie de l’équipage et notamment lors des opérations Agapanthe au large de l’Afghanistan et Harmattan près des côtes libyennes. À terre, il participera  notamment à l’opération Serval au Mali et à l’opération Sangaris en République centrafricaine. Là aussi, il s’imposera toujours de garder son regard à la hauteur de l’Homme. Au-delà des commandes, il témoignera du quotidien du soldat engagé, dans des conditions précaires, sur ces théâtres d’opérations; ce qui lui vaudra l’honneur de recevoir la médaille militaire des mains du Président de la République François Hollande. Après dix années passées dans les armées et toujours avide d’histoires d’homme, il posera sa casquette de marin pour endosser pleinement le gilet de photojournaliste.

Toujours en mouvement, cet explorateur insatiable n’hésite pas à regarder au-delà, à poser un œil indiscret, mais honnête sur les faits de société qu’il traite ou sur les groupes sociaux qu’il intègre. Sa dernière immersion au sein des légionnaires du prestigieux, mais fermé 2ème REP le prouve. Par son allant, il parvient à séduire pour montrer ce qu’il y a de mieux chez l’humain et comprendre, à travers lui, notre société.

Membre de l’agence Divergence Images. Il ne s’interdit aucun sujet au nom d’une curiosité qu’il place à la hauteur de sa passion pour le reportage. Sa méthode, le travail au long cours. Et pour cause, s’il réussit à montrer des choses différentes, c’est que son travail s’apparente plus au documentaire photographique qu’au seul pris sur le vif.

Il collabore régulièrement avec de nombreux magazines  » Le Figaro, VSD, L’Équipe Magazine, Le Parisien, Management, Capital, Rendez-Vous Photos, 24h01, Le Nouvel OBS « 

Marie Magnin _ Chez Totor – À la croisée des solitudes

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Chez Totor – À la croisée des solitudes

C’est un rendez-vous que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. On y vient pomponné, bien sapé, le dimanche après-midi, c’est bal musette Chez Totor. Rompre l’isolement du temps qui passe, draguer pour snober les années, danser pour surmonter le deuil, se rencontrer et s’aimer. Ces seniors le disent tous, Chez Totor, c’est la famille. Une histoire de famille, démarrée en 1962. Un simple juke-box d’abord, et peu à peu l’étable familiale est muée en thé dansant à succès. Victor Maurice, alias Totor, est le plus ancien gérant de dancing en France. Il a même été honoré d’une médaille de la SACEM. Après 57 ans d’activité, il vient pourtant de passer la main à sa fille Nathalie. La relève est assurée, mais les jeunes boudent le bal musette. La clientèle peine à se renouveler et le rendez-vous dominical de Chez Totor pourrait bien s’éteindre avec ses derniers habitués.

Après une formation en droit puis en journalisme, Marie Magnin travaille d’abord pendant une dizaine d’années comme journaliste reporter d’images et chef monteuse pour la télévision avant de devenir photojournaliste.

Basée à Paris, et membre du studio Hans Lucas depuis 2017, elle suit l’actualité sociale et développe des projets photographiques documentaires.

Son travail, qu’il soit au côté des migrants de Calais ou de Mayotte, ou encore en immersion aux urgences ou auprès des seniors, questionne la vulnérabilité, l’isolement, la rudesse de la société.

En parallèle, Marie Magnin est photographe dans le domaine de la musique et collabore avec des artistes, festivals et salles de concerts.

Sabrina Mariez _ Solange

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Solange

J’ai rencontré Solange en bas de chez moi, dans son camion, sur le périphérique. Elle, parmi tant d’autres femmes ayant pratiquement vécu la même histoire.

Nées en Algérie dans les années 60-70, mariées toutes très jeunes, sans aucune éducation scolaire, elles ont fui leur pays, leurs vies, leurs maris.

En France, leurs conditions de vie ne se sont guère améliorées.

Mères de famille et femmes battues, elles se sont tournées vers la prostitution pour quitter leurs nouveaux époux et élever leurs enfants. Gagner de l’argent, le plus possible et le plus vite possible.

Elles mènent une double vie et sont effrayées à l’idée que l’on puisse les identifier. Elles vivent souvent dans des quartiers sensibles et craignent d’être violentées par les habitants s’ils venaient à apprendre leur métier : la prostitution.

J’ai dû composer ce travail en faisant face à de nombreux aléas. D’abord des rendez-vous manqués, puis la sensation d’importuner ces femmes sur leur lieu de travail (rivalité, peur de perdre des clients…), et enfin j’ai dû endurer le regard des hommes porté sur moi et même, parfois, leur violence verbale à mon égard.

Pour mener à bien ce projet, j’ai régulièrement rendu visite à Solange pendant plusieurs mois. Je montais à l’arrière de sa camionnette quand il n’y avait pas de client et je restais là, avec elle, à discuter de tout et de rien. Lorsqu’un client arrivait, Solange me donnait un tabouret et je m’asseyais dehors en attendant la fin de la passe.

Sans fard et parfois crûment, Solange me parle de son travail et des clients, de sa famille. Elle m’a aussi invitée chez elle, une fois, unique. Je l’ai retrouvée dans son appartement où elle vit avec ses proches, un matin à cinq heures, avant qu’elle ne parte au travail. J’ai pu constater sa générosité. Tous ses enfants, petits-enfants et belles-filles vivaient chez elle. Ils dormaient à même le sol, ou entassés sur des lits. Certains étaient sans-papiers, d’autres sans-travail. Solange pouvait être fière, elle faisait vivre toute sa famille, seule, « grâce, me dit-elle, à la prostitution. » Chez elle, elle était reine, autonome et revendiquait l’absence de tout contrôle masculin.

Voici ces instantanés d’une vie entre intimité, et précarité. Ils vous interrogeront, sans doute. Le débat est connu. Faut-il condamner la prostitution ? Faut-il priver ces femmes de leurs clients ? Ou au contraire faut-il leur permettre de travailler dans la dignité ? Je ne prétends pas ici apporter une réponse. J’espère seulement, apporter un regard sans jugement. Un regard humain. À hauteur de femme.

Photographe française autodidacte née en région Centre en 1976, je vis et travaille aujourd’hui aux alentours de Paris. Elle est représentée par le studio Hans Lucas.

De père ouvrier et de mère au foyer, j’endosse mon personnage de petite fille modèle et ne le quitte plus jusqu’à la fin de mes études supérieures en chimie. L’existence me semble banale et sans fantaisie. Ce qui compte à mes yeux, c’est ma vie intérieure, celle qui fourmille de personnages aux destins singuliers.

Arrivée dans la capitale, je me lance à la recherche de ces personnages, de ces artistes ; ces poètes ; ces hommes ces femmes aux destins différents : souvent des marginaux et des délaissés. Je consacre alors mon temps à les photographier chez eux dans leur environnement, ou dans des mises en scène. Je porte également une attention toute particulière aux appareils photographiques que j’utilise. Je travaille en argentique et moyen format afin d’augmenter la proximité et l’intimité avec mon sujet.

Peu de temps après, je remporte le premier prix du concours Hensel (2013) du magazine Réponse photo. C’est alors que poussée par Sylvie Hugues, je présente ma série « L’homme est une femme comme les autres » à différents festivals photographiques. Celui-ci a été présélectionné aux festivals MAP et les Boutographies (2014), mes portraits d’enfants aussi ont été primés et exposés au festival MAP (2015), d’autres ont été édités aux Éditions Xavier Barral, dans le beau livre photo Estée Lauder Pink Ribbon Photo Awards (2017).

Ces prix sont prolongés par diverses publications en tant que portraitiste dans différents journaux et magazines dont Libération, L’œil de la photographie, Réponse Photo, Fisheye…

Joseph Melin _ Ikejime, la revanche du Miyabi

Pêche au nord de l’île de Houat le 03/05/2017. Le Miyabi est un bateau ligneur de 9 mètres appartenant à Daniel Kerdavid, jeune marin pêcheur basé à Quiberon dans le Morbihan.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Ikejime, la revanche du Miyabi

Le Miyabi est un bateau ligneur de 9 mètres appartenant à Daniel Kerdavid, jeune marin pêcheur basé à Quiberon dans le Morbihan. À la suite d’un grave accident de pêche, entraînant la mort d’un de ses coéquipiers, Daniel a décidé d’acheter ce bateau en 2016 et de devenir son propre patron. Il y pratique une pêche responsable et d’excellence basée sur une tradition japonaise : la méthode ikejime.

Photographe indépendant basé à Paris, je suis spécialisé en reportage et portrait.

J’ai étudié l’histoire et la géographie avant de découvrir la photographie. Mes images traitent de l’humain, du savoir-faire et de la mémoire. Je réalise des commandes photographiques pour la presse et pour la communication des entreprises, tout en produisant des sujets personnels comme celui présenté. Passionné d’apnée, je vais souvent dans le Morbihan explorer les fonds marins. C’est là-bas que j’ai entendu parler de ce pêcheur à la technique étonnante. À la suite d’une chute d’escalade de 8 mètres, je m’étais promis de réaliser un reportage sur Daniel Kerdavid dès que je remarchais.

Moins cruelle, moins douloureuse et moins stressante, cette méthode consiste à tuer instantanément le poisson (via un poinçon nommé tegaki) et à neutraliser son système nerveux (via une longue tige d’acier). La traditionnelle asphyxie est ainsi évitée. Le poisson est ensuite rapidement saigné. La chair d’un poisson ikejime se conserve mieux et est supérieure gustativement. Les cuisiniers ne s’y trompent pas et Daniel vend ses poissons (merlans, lieux jaunes…) en direct à de grands restaurants à des tarifs beaucoup plus intéressants que la traditionnelle criée.

Daniel essaie de valoriser avec sa technique des poissons moins cotés que le traditionnel bar et propose aux pêcheurs amateurs ou confirmés de venir découvrir son travail à bord. L’idée est simple : changer le regard du grand public sur la pêche professionnelle afin de changer les pratiques.

La revanche de Daniel a pour nom « ikejime » et il mène son combat sur le Miyabi.

Denis Meyer _ Les derniers Illyriens

Albania, October 15, 2018. Paysanne sur le lit de la rivière Ljpusa. Avec l’impact des centrales hydroélectriques, les conduites forcées en sous-sol ont complètement asséché les cours d’eau des rivières du nord de l’Albanie. Budace, Albanie, 15 octobre 2018.

EXPOSITION BARROBJETIF 2019 : Les derniers Illyriens

Dans le Kelmend, région montagneuse la plus septentrionale du nord de l’Albanie, dotée d’une rare biodiversité naturelle et culturelle, vivent les derniers descendants du peuple illyrien. Leur mode de pensée, leur manière d’être et d’agir évolue en harmonie avec la nature tout en s’inscrivant dans une pensée et une sagesse traditionnelles dynamiques intégrées dans la modernité. L’équilibre entre les gens et la nature façonne l’ordre social et culturel.

Ils ne se sont jamais assimilés aux agresseurs successifs (slaves et ottomans) et ont maintenu leurs traditions ancestrales malgré la sévère répression qu’ils ont subi durant le régime communiste. Ils ont toujours œuvré à préserver ce patrimoine qu’ils considèrent comme étant don de Dieu, à le protéger et à le transmettre, en payant souvent ce combat de leur propre sang.

Alors même que l’écotourisme naissant apparaissait devenir une perspective de développement pour la région, tout comme la nourriture biologique et les vertus exceptionnelles guérissantes des plantes médicinales, qui sont le fruit du travail des bergers transhumants et de leurs troupeaux, un environnement exceptionnel est ébranlé, toute une culture plurimillénaire et un peuple autochtone sont menacés de disparition.
Près de 3 000 barrages hydroélectriques et ouvrages de dérivation sont prévus dans les Balkans et 188 sont déjà en construction. C’est dans cette région que bat « le cœur bleu de l’Europe« , les dernières rivières sauvages, et que recèle l’un des plus riches écosystèmes du continent européen. Ce patrimoine écoculturel est mis en péril par une véritable course à l’or bleu. Des milliers de kilomètres de rivières, des millions de personnes et des centaines d’espèces sont menacés.

Au Kelmend, plusieurs rivières sont complètement à sec à cause des conduites forcées. Rien que le long de la rivière Cemi, longue de 65 kilomètres, 14 centrales hydroélectriques sont en projet ou en cours d’exploitation. Les barrages, tout comme les détournements des bassins versants des rivières, sont dévastateurs pour les écosystèmes et les personnes qui vivent à proximité. Ils représentent de véritables bombes écologiques, sociales et culturelles. Toute la vie de la communauté des bergers est liée à la rivière. Pour eux, il ne peut y avoir de vie une fois que la rivière, déviée et mise en tubes, se transforme en désert.

Après avoir travaillé pendant 20 ans dans le secteur de l’Économie Sociale et Solidaire, notamment auprès de publics en situation de handicap, et œuvré en tant qu’activiste dans des collectifs de luttes liées à la désobéissance civile, je me suis reconverti dans la photographie documentaire et le photojournalisme en 2016. J’ai intégré le studio Hans Lucas après une formation en Photographie Documentaire et Écritures Transmédia.

Ma pratique photographique s’appuie sur une écriture intuitive qui questionne l’humain et son rapport à l’environnement.

Gérard Staron _ Hom(m)es

André cultive ses carrés de poireaux dans son potager

EXPOSITION BARROBJECTIF 2019 : Hom(m)es

Un territoire est d’abord la signature d’une collectivité, une commune, un département, une région.

Dans ce projet, je me suis intéressé à la plus petite division du territoire, la maison, comme expression d’une l’individualité. J’ai donc cherché dans les habitations des signes du caractère de leur habitant, chacun laissant ainsi son empreinte sur le monde. L’étude est vue comme un inventaire, permettant d’identifier des catégories, des « Tiny house », jusqu’aux «néo- châteaux ».Si la méthodologie s’inspire de l’école de Dusseldorf, l’objectif de la série est bien différent. Il ne s’agit pas là d’objectivisme, mais au contraire de laisser la subjectivité du regardeur rencontrer celle de l’auteur.

Chaque image d’habitation sera complétée d’une vue d’intérieur qu’on attribuera au propriétaire des lieux. Ces objets appartiennent en fait au photographe, un lien s’établit alors entre l’auteur et le sujet, et par transitivité entre l’auteur et le regardeur..

Gérard Staron est né en 1962 à Alger. Il grandit en France entouré des œuvres de son grand-oncle Henry Caillet, peintre du début du 20ème siècle.

À 30 ans, à l’occasion d’un voyage au Mali, il emprunte le Polaroid de son père, lui-même passionné de photographie, afin de pouvoir laisser une photo aux enfants des écoles du pays Dogon. Il ne lui a jamais rendu.

Fin 2013, Il décide de s’investir totalement dans la photographie. Il a participé de 2014 à 2018 à de nombreuses manifestations nationales et internationales.

Gérard Staron travaille sur le rapport au temps et à l’espace du médium photographique.

Ancrée dans le réel et cantonnée à l’instantané, la photographie doit briser ses carcans pour devenir subjective, jouer l’illusion.

Il parle alors du temps qui passe, de la nostalgie (Les bains de mer, Ma vie en Haddock), de la mémoire (Cauchemar, Rêves d’enfance), de la nature éphémère du monde (Lost, Faire-Parts, La boule à neige, Flower Timegram).

Il parle d’espaces qui n’existent plus, ou qui existeront, ou qui existent et qui sont au-delà de la réalité (Les nuits sans lune, Hom(m)es, Faux-Semblants).