Denis Meyer _ Les derniers Illyriens

Albania, October 15, 2018. Paysanne sur le lit de la rivière Ljpusa. Avec l’impact des centrales hydroélectriques, les conduites forcées en sous-sol ont complètement asséché les cours d’eau des rivières du nord de l’Albanie. Budace, Albanie, 15 octobre 2018.

EXPOSITION BARROBJETIF 2019 : Les derniers Illyriens

Dans le Kelmend, région montagneuse la plus septentrionale du nord de l’Albanie, dotée d’une rare biodiversité naturelle et culturelle, vivent les derniers descendants du peuple illyrien. Leur mode de pensée, leur manière d’être et d’agir évolue en harmonie avec la nature tout en s’inscrivant dans une pensée et une sagesse traditionnelles dynamiques intégrées dans la modernité. L’équilibre entre les gens et la nature façonne l’ordre social et culturel.

Ils ne se sont jamais assimilés aux agresseurs successifs (slaves et ottomans) et ont maintenu leurs traditions ancestrales malgré la sévère répression qu’ils ont subi durant le régime communiste. Ils ont toujours œuvré à préserver ce patrimoine qu’ils considèrent comme étant don de Dieu, à le protéger et à le transmettre, en payant souvent ce combat de leur propre sang.

Alors même que l’écotourisme naissant apparaissait devenir une perspective de développement pour la région, tout comme la nourriture biologique et les vertus exceptionnelles guérissantes des plantes médicinales, qui sont le fruit du travail des bergers transhumants et de leurs troupeaux, un environnement exceptionnel est ébranlé, toute une culture plurimillénaire et un peuple autochtone sont menacés de disparition.

Près de 3 000 barrages hydroélectriques et ouvrages de dérivation sont prévus dans les Balkans et 188 sont déjà en construction. C’est dans cette région que bat « le cœur bleu de l’Europe« , les dernières rivières sauvages, et que recèle l’un des plus riches écosystèmes du continent européen. Ce patrimoine écoculturel est mis en péril par une véritable course à l’or bleu. Des milliers de kilomètres de rivières, des millions de personnes et des centaines d’espèces sont menacés.

Au Kelmend, plusieurs rivières sont complètement à sec à cause des conduites forcées. Rien que le long de la rivière Cemi, longue de 65 kilomètres, 14 centrales hydroélectriques sont en projet ou en cours d’exploitation. Les barrages, tout comme les détournements des bassins versants des rivières, sont dévastateurs pour les écosystèmes et les personnes qui vivent à proximité. Ils représentent de véritables bombes écologiques, sociales et culturelles. Toute la vie de la communauté des bergers est liée à la rivière. Pour eux, il ne peut y avoir de vie une fois que la rivière, déviée et mise en tubes, se transforme en désert.

BIOGRAPHIE

Après avoir travaillé pendant 20 ans dans le secteur de l’Économie Sociale et Solidaire, notamment auprès de publics en situation de handicap, et œuvré en tant qu’activiste dans des collectifs de luttes liées à la désobéissance civile, je me suis reconverti dans la photographie documentaire et le photojournalisme en 2016. J’ai intégré le studio Hans Lucas après une formation en Photographie Documentaire et Écritures Transmédia.

Ma pratique photographique s’appuie sur une écriture intuitive qui questionne l’humain et son rapport à l’environnement.