Stéphane Brouchoud – Soldats inconnus…retrouvons la mémoire

Stephane Brouchoud

Stéphane BROUCHOUD – FRANCE
L’aventure commence dans le début des années 90, le jour ou j’ai emprunté et jamais rendu le konica TCX de mon père, en couleur au début, puis très vite, en noir et blanc.
Un peu frustré et mécontent de mes premiers résultats, je décide d’intégrer le photo club de Salaise-sur-Sanne, s’ensuit alors une intense activité photographique et une pratique assidue du labo. Dans les effluves acétiques, je découvre la difficulté de l’art du tirage. Quelques voyages plus loin, au bout de ces nuits noires et de ces rêves barytés, nous créons en 1998 avec 3 amis photographes, le collectif en marge qui nous permet de mettre au point de nombreux projets d’exposition. Le collectif existe toujours aujourd’hui et réalise des travaux d’illustration et d’exposition.
Dans les années 2000, ma pratique photographique évolue et devient plus locale, plus de proximité, elle permet ainsi de mettre au point plusieurs projets en relation avec le territoire qui m’entoure. Adepte du noir et blanc argentique, je mixe souvent les procédés analogique et numérique afin de mener à bien mes travaux.
Depuis 2011, je suis membre de l’association autochtone, structure grâce à laquelle j’ai pu mener à bien différents projets d’exposition, et qui me permet aujourd’hui de travailler sur plusieurs sujets, le fleuve Rhône et les « terres froides en Isère » notamment.
En activité salariée dans le privé, je suis un « photographe ouvrier » ou un « ouvrier photographe », et ma pratique photographique tend à révéler les émotions, et quand bien même cela n’arrive pas, je m’imagine sous l’ovule pâle du jour doué d’existence.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Soldats inconnus…retrouvons la mémoire

« Soldats inconnus… retrouvons la mémoire » est un projet photographique sur la Première Guerre mondiale. Porté par l’association Autochtones et conçu par Stéphane Brouchoud, ce travail de mémoire a été labellisé en mars 2016 par la mission centenaire sur la guerre 14-18 au niveau national.

Au début de l’année 2014, la première partie du projet m’a entrainé dans une quête photographique à la recherche de visages de soldats isérois morts pendant la Première Guerre mondiale. J’ai visité plus de 300 cimetières en Isère, et trouvé peu de traces existantes. Beaucoup de ces témoignages visuels sont aujourd’hui à peine visibles, car les traits des visages s’estompent et se confondent avec la couleur de fond du support. Parfois, la rouille trace des trainées couleur de sang le long du portrait, parfois la céramique a éclaté à la manière d’un impact de balle. Cent ans que cela dure, cent ans que les éléments s’acharnent sur le visage de nos aïeux : c’est l’ultime témoignage d’une génération qui s’évapore. Fini le temps des bombes, fini le temps des regrets, oubliée la blancheur des os, bienvenue dans l’inconnu. Mémoire soldats inconnus

La prise de vues des lieux de combat et de décès de ces hommes formait la deuxième partie du projet. Après de longues recherches, j’ai pu déterminer le plus précisément possible le lieu des paysages linceuls et parcourir l’ancien front, de Belgique en Alsace. J’ai traversé les champs de boue de Champagne, erré dans les mornes plaines de la Somme, marché dans les forêts de Verdun nourries du sang des soldats, à la recherche d’un indice m’indiquant le passage de ces hommes et j’ai peut-être mis mes pas dans leurs pas.

Nous sommes des « machines à oublier ». Le sujet s’est imposé à moi comme une évidence, il fallait témoigner pour préserver le souvenir. Tous ces regards sortis du passé nous interrogent sur notre rapport à la mémoire et notre faculté d’oubli. Rendre hommage à cette génération sacrifiée, conserver le souvenir de ces hommes en leur redonnant une identité visuelle, une réalité, tels sont les buts du projet. Chaque visage photographié est une tragédie dans la tragédie : des centaines de destins se sont liquéfiés dans la masse confuse de l’histoire. Aujourd’hui, je pense aux autres, à ceux d’Artois, des Vosges, de l’Aisne, de Champagne, à ceux que je n’ai pas pu photographier et dont les âmes errent en quête de gratitude.

Le 10 juin 2016, je suis de passage au cimetière d’Izeaux en Isère, pour refaire le portrait de Justin Marchand qui ne me plait pas. Je connais l’emplacement de sa tombe, je m’y rends directement et je trouve la place nette, débarrassée de la vieille croix en ferraille et du portrait qui y était accroché : des graviers blancs reflètent désormais l’écume des jours. Justin, tu n’es pas mort glorieusement, tu es mort à 26 ans de maladie pendant la guerre, pauvre piou-piou, pauvre vie insignifiante, « mort pour la France ». Le passant ne s’arrêtera plus devant ton portrait, bienvenue dans l’inconnu…

Stéphane Brouchoud

Anthony Micallef – Iran : les caravanes de lumière

Anthony MicallefAnthony MICALLEF – FRANCE Photoreporter, membre de l’agence HAYTHAM PICTURES. Il aime s’immerger dans des communautés durant plusieurs mois, pour les raconter de l’intérieur. Il a notamment travaillé sur les jeunes militants du FN, sur un sosie d’Elvis Presley, sur les Urgences, sur le siège des Nations-Unies et sur les Beaux-Arts de Paris.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Iran – les caravanes de lumière

caravanes de lumière-Iran

Des pancartes en carton representant des photos d’archive de la guerre jalonnent le parcours. Pelerinage de Rahian-e Noor sur le memorial de Talaieh en Iran.

En Iran, chaque année lors du printemps, des milliers de familles prennent la route pour se rendre sur les lieux de bataille de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Ces pèlerinages, appelés “Royan-e Noor” en persan (les caravanes de lumière), sont motivés par l’attachement personnel des pèlerins à leurs proches morts au combat, ce conflit ayant fait plus d’un demi-million de morts côté iranien. Mais il est également porté et organisé par le régime, qui y voit l’occasion de diffuser sa doctrine de manière très efficace : la vingtaine de lieux de mémoires répartis à la frontière irakienne sont en effet tenus par les Gardiens de la Révolution, l’organisation paramilitaire créée par Khomeyni en 1979 pour assoir son pouvoir et surveiller la population de l’intérieur. Sur place, c’est tout le pouvoir iranien qui mobilise habilement le passé pour assoir son emprise sur la population actuelle, notamment les jeunes iraniens. Reportage sur les mémoriaux de Shalamcheh, de Talaieh et d’Arwandkenar lors de la période de Nowrouz, le Nouvel An iranien.

Des centaines de cars sont affrétés depuis Téhéran et les principales villes du pays pour transporter les familles jusqu’aux mémoriaux. Sur place, les visiteurs parcourent des lieux d’affrontement réels, mais également largement mis en scène (reproduction récente de bunkers, positionnement précis de carcasses de tanks, cheminement au milieu de barbelés et de fausses mines…). L’émotion des pèlerins est surtout amplifiée par trois éléments très maitrisés : d’abord par l’emplacement même sur la ligne de front et ainsi la proximité extrême avec l’ex-ennemi irakien, la frontière n’étant parfois qu’a cinquante mètres des visiteurs. Ensuite par l’omniprésence des photos des Iraniens tués sur le front, toujours désignés comme « martyrs ». Enfin par l’intervention sur place de vétérans de la guerre, qui racontent aux pèlerins rassemblés l’ampleur des atrocités commises par les soldats de Saddam Hussein, en usant d’anecdotes morbides répétées quotidiennement, mais qui insistent aussi sur l’héroïsme des Iraniens, tant de ses militaires professionnels que via les afflux de jeunes bassidjis, dont la réalité historique a surtout été l’utilisation massive comme chair à canon, en les envoyant au front par vagues aussi nombreuses qu’inexpérimentées.

Sur place, le devoir de mémoire et l’hommage légitime masquent difficilement un endoctrinement puissant : le régime assimile en effet toutes les victimes iraniennes à la figure du martyr (chahid), et leur combat sur le front a la notion de djihad. Ces deux notions coraniques, sacrées pour l’Islam et particulièrement centrales chez les chiites iraniens (compte tenu de leur histoire et du martyre de l’Imam Hossein, référence absolue en Iran), mêlent et superposent ainsi les dimensions militaires et religieuses. Cette guerre n’a d’ailleurs jamais été présentée à la population comme un conflit militaire entre deux états, mais comme une « Défense sacrée ».

Ces pèlerinages, en réactualisant la douleur d’une guerre achevée depuis 30 ans, servent des enjeux très actuels. La théâtralisation des lieux et la dimension religieuse omniprésente n’ont qu’un objectif : mobiliser la population, notamment les jeunes Iraniens, et s’assurer de leur soutien indéfectible contre ceux qui seraient désignés comme les nouveaux ennemis du régime.

Laurent Pouget – La maison de famille

Petit je rêvais d’être astronaute, je passais mon temps, le nez pointé en l’air à observer la beauté du ciel et de la nature. Aujourd’hui, je revendique ce côté contemplatif, mais mon regard s’est porté vers d’autres étoiles…

Mon travail photographique, initié de façon «sérieuse» en 2000, s’inscrit principalement dans l’humain, sa position dans la société ou l’influence de celle-ci sur son comportement, son âme.

Co-fondateur de l’association Ethnovision, j’ai longtemps travaillé aux côtés d’une ethnologue. Passionné par la nature humaine, j’aime montrer à travers mes images les gens tels que je les ressens, tels qu’ils me touchent. Je donne à lire des lieux de vie des empreintes de passage.

Techniquement, je suis photographe autodidacte. Je préside le photo-club Salaisien depuis 15 ans. Je pratique aussi bien la photographie argentique que numérique ; sans appareil ou du sténopé au photophone. Pour moi, l’appareil est un outil pour exprimer ce que je ressens… reste à trouver le bon outil !

www.laurentpouget.fr

Laurent Pouget

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : La maison de famille

Comme un souffle qui vous traverse et pour un instant vous interpelle. Puis, vous plonge dans ce qu’on porte en soi, que l’on croyait oublié, mais qui enfoui bien profond, rejailli avec force à la surface et vous rend fort.

Un voyage dans un lieu familier, sans bouger, sans partir. Un voyage qui vous façonne, qui vous fait ou vous défait.
Une maison de vacances vouée à disparaître à court terme de l’univers familial et un retour avant qu’il ne soit trop tard sur les lieux de l’enfance. Un reportage, une empreinte de vie figée dans le temps, dans les murs de basalte noir, dans le patrimoine personnel vivant…

Retour sur des instants intimes, des souvenirs, des rires d’enfants, des émotions, des images, des sons voire des odeurs… sans mise en scène.

Loïc Petiteau – Berlin d’Est en Ouest

Loïc Petiteau est originaire du Loroux-Bottereau en Loire-Atlantique , il débute la photographie à 12 ans. Marié avec deux enfants, il intègre la Charente en 1990 pour exercer son métier de sapeur-pompier ; en retraite depuis le 1er mai 2017. Il Pratique la photo au sein du club photo de Ruelle, a collaboré à différentes revues et maisons d’éditions ; expose au Festival International de diaporama en 1996 à Ruelle.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Berlin d’Est en Ouest

Juxtaposition de photos prises à Berlin en 1978 et 2015, où deux régimes, deux époques, deux mondes, ont vécu l’un à coté de l’autre, en Europe, seulement séparés par un mur.

1878 – Le plan du métro ou figure l’emplacement du mur et les stations fermées ne sont plus, aujourd’hui, que souvenir – 2015

En 1978, je découvre l’ambiance de ce fameux bloc soviétique où la paranoïa de la
surveillance est à son comble. Découvrir Berlin Est et ses interdits devient alors le passe temps de la journée, car, hanté par l’oeil de Moscou, la pratique photographique
devient tout un art mais aussi un jeu. Il faut dissocier la photo autorisée de celle qui ne l’est pas mais souvent bien plus excitante à réaliser.
Berlin-Est est une autre planète avec tout ce qui l’oppose à la société de consommation, une autre monnaie, un autre état d’esprit où attendre et faire la queue devant un magasin est quotidien dans une ville triste et sans couleur.

1878 – Dans une circulation fluide, la marque de voiture Trabant va connaître une carrière mythique, elle est devenue à nos jours un culte.

J’ai souvenir d’une flamme qui brûlait en permanence à Berlin-Ouest dans un square où il était inscrit sur une plaque que « cette flamme s’éteindra le jour de la réunification des deux Allemagnes ». Le 9 novembre 1989, il est impensable et inimaginable que la chute du mur soit aussi rapide, la volonté de la rue et d’un peuple aux abois, assoiffé de
liberté a eu raison d’un système et a gagné. En 2015, la plus grande difficulté fut de retrouver les lieux que j’avais croisés en 1978 tellement l’Est était devenu identique à l’Ouest. Une ville abandonnée pendant de longues années sous l’emprise communiste était devenue un immense chantier où la profusion des constructions a changé à jamais la physionomie de Berlin et de la Potsdamer Platz. De la volonté allemande, une page s’est rapidement tournée. Le passé n’est pas pour autant oublié mais Berlin est redevenu aujourd’hui la grande métropol