Émeric Fohlen _ Peuple du silence

Émeric FOHLEN est un photographe documentaire français basé à Paris. Sa démarche se focalise sur des sujets liés aux conséquences sociales des crises, la notion d’identité et sur l’écologie.

Au cours des 10 dernières années, Éméric a travaillé sur des projets traitant de la situation sociale des Roms en France en 2013, la révolution ukrainienne en 2014, la notion d’utopie du festival Burning Man aux États-Unis en 2015-2017, le rôle des jeunes dans les récents changements politiques en Tunisie en 2016-2017, la situation des chrétiens au Pakistan en 2018 et l’histoire des enfants soldats dans la région du Kasaï en République Démocratique du Congo en 2019.
Suite à la crise sanitaire de 2020, Éméric débute un long travail sur la forêt en France qui a déjà fait l’objet de plusieurs publications. En parallèle, il vient de bénéficier d’une bourse du CNRS pour un projet traitant du rapport des hommes à la Nature dans les territoires Amérindiens du Brésil et de Guyane. Son travail est publié et commandé régulièrement par la presse française et internationale.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Peuple du silence..

Emeric Fohlen
Jour 3, le 19 mars 2020 Gardes républicains dans le 8ème arrondissement.  » Notre mission consiste à la protection des populations » / La place de la concorde. © Émeric Fohlen

Alors que les citoyens sont appelés à se confiner, la crise du Corona Virus les a révélés : caissiers, livreurs, agents de nettoyage, commerçants de proximité ou encore soignants, ces travailleurs apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des rouages essentiels à la vie du pays.

« Nous sommes en guerre », Emmanuel Macron ne mâche pas ses mots lors de son allocation du 16 mars 2020. A l’aube de la pandémie de Corona Virus, le président annonce des mesures sanitaires strictes pour réduire les déplacements et contacts humains dans tout le pays. La période de confinement national est déclenchée et durera plusieurs semaines.

Alors que le pays se fige, pas de télétravail possible pour ces boulangers, ces caissiers, ces soignants, ces agents d’entretien, ou encore ces policiers. Durant cette crise sanitaire inédite, ces petites mains s’activent chaque jour pour assurer la continuité de l’activité de la nation. Loin du monde de la performance et de la compétition qui régit habituellement notre société, leur présence est plus que jamais nécessaire au bon fonctionnement du pays.

En pleine période de confinement, je suis allé à la rencontre de ces travailleurs ordinaires pour mettre un visage sur ces maillons essentiels à notre société. Alors que le silence règne dans les rues de la capitale durement touchée par l’épidémie, ces héros de l’essentiel assurent les besoins des confinés.

Pierre Gély-Fort _ The Dark LOVE BOAT

Pierre Gely-Fort

Pierre GÉLY-FORT, français né à Alger, expatrié dans différentes parties du monde durant plus de 25 ans (Asie, Europe de l’Est, Scandinavie) a suivi une formation à Gobelins et des Workshops avec Klavdij Sluban.

Auteur photographe et créateur de livres, ayant la particularité de créer des univers visuels, chromatiques, Pierre Gély-Fort poursuit ses voyages par le biais de ses livres qu’il met en page et conçoit lui-même. Sans texte ni légende, les lieux ne sont qu’un prétexte pour une expression artistique. L’auteur présente ses errances et ses rencontres au fil des pays avec une émotion du regard où le dialogue est sous-jacent. De ses errances géographiques, le spectateur / lecteur y lit un imaginaire singulier, une empathie et une tendresse envers les personnes photographiées et la mise en scène du réel. L’assemblage, les jeux de correspondances et la scénographie construits de ces instants photographiques font dialoguer les images entre elles et créent une proximité avec le sujet. Ainsi, d’une errance à une autre, les univers émotionnels diffèrent, mais l’œil et les correspondances entre les images nous deviennent familiers. Le spectateur / lecteur reconnaît une atmosphère chaleureuse et sensible notamment par les choix de lumières. Fiona SANJABI Directrice de La Galerie Rouge-Paris.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : The Dark LOVE BOAT..

The Dark Love Boat
2.745 cabines dont 1.800 avec vue sur mer. Sans oublier la Royal Loft Suite de 141 m2 + un balcon/terrasse de 78 m2 © Pierre Gély-Fort

Miami Beach, son port, capitale mondiale des croisières avec plus de 5 millions de passagers par an. Là commence l’histoire du plus grand paquebot du monde le Symphony of the Seas fabriqué en France. Quand les chantiers de Saint-Nazaire annoncèrent en avril 2018 la mise en service de ce monstre des mers avec près de 9.000 personnes à bord, j’étais dans les starting-blocks !

Après un galop d’essai en Méditerranée d’avril à octobre 2018 le paquebot géant rejoint sa destination initiale & finale Miami Beach, pour une croisière américaine vers les Caraïbes.

Parodiant « La Croisière s’amuse » série TV américaine culte aux 270 épisodes diffusés en France dans les années 80 & début 2000, cette série-photos s’intitule « The Dark LOVE BOAT » issu du titre américain original « The LOVE BOAT ».

Mars 2019, en tongs / maillot de bain ou en smoking partageant jour & nuit les activités des croisiéristes américains, j’en propose une vision très personnelle éloignée d’une narration traditionnelle documentaire ou photo-journalistique. Le choix du noir & blanc se révélant être une évidence. Extraite du livre-photos de 87 images auto-édité du même nom, cette série de vingt photos donne un point de vue d’auteur sur la vie de croisière de la middle class américaine d’aujourd’hui. Elle explore et interroge surtout l’existence ou l’inexistence du lien entre le croisiériste, sa vie à bord, et la mer.

Comme dans un conte, une croisière hors du temps où chacun peut se raconter sa propre histoire …

Livre The Dark LOVE BOAT

Olivier Jobard _ Éthiopie, exils et dérives

..PRIX CAMILLE LEPAGE 2020.

Après être passé par l’école Louis Lumière, Olivier JOBARD devient à 20 ans photo-journaliste à l’agence Sipa Press. Il est propulsé dans la guerre d’une génération, celle des Balkans. Après avoir parcouru le monde et ses coins sombres, Olivier est rattrapé en France, à Sangatte, par les réfugiés des conflits qu’il a couverts. Il choisit alors le documentaire pour porter son regard sur les questions migratoires, en photographie puis en film. L’agence Myop le représente aujourd’hui.

De Kingsley, qu’il accompagne en 2004 dans son périple clandestin depuis le Cameroun, à Luqman à travers les montagnes turco-iraniennes ou avec Ghorban dans son intégration française, Olivier Jobard s’attache à incarner la migration.

Son principal allié est le temps. La question de la temporalité est omniprésente dans son travail, car elle l’est dans la vie d’un migrant. Attente et urgence alternent de façon imprévisible. Les épreuves semblent dilater le temps.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Éthiopie, exils et dérives..

En Éthiopie, j’ai découvert un pays au bord du gouffre. Partout, la terre manque. Tantôt asséchés, tantôt inondés, les sols fertiles sont disputés entre les différents groupes ethniques qui contestent les redistributions des régimes passés.

Des centaines de migrants Oromo, venus d’Ethiopie, franchissent clandestinement les montagnes qui marquent la frontière avec Djibouti, à Galafi. C’est une des régions les plus chaudes du monde.

Ce problème écologique et agraire entraîne un exode sans précédent. J’ai accompagné les migrants éthiopiens dans leur voyage vers l’Arabie Saoudite. Un pays qui incarne pour eux un eldorado où ils pourront gagner de quoi vivre dignement. Ils s’y rêvent ouvriers, capables de payer à leurs familles une maison « en dur ». Le rêve ne se concrétise que pour certains. Partis à pied pour un périple de plus de 2000 kilomètres, la route se révèle une épreuve aux risques mortels. Les morts de déshydratation ou par noyade pendant la traversée de la mer Rouge sont nombreuses, les affrontements ethniques s’y reproduisent. La torture est presque un passage obligé dans un Yémen en guerre, livré au règne des milices locales et des mafias éthiopiennes de la migration. Pour beaucoup, la route s’arrête à Aden, capitale du sud Yémen, où les migrants atterrissent en n’ayant plus de quoi payer la suite du périple.

Moustafa ne veut pas être un poids pour sa famille. Il décide de quitter son village et de partir dans la ville voisine de Gondo Meskel, à 4 heures de marche de son village.

Dans ce pays à l’avenir incertain, je me suis attaché au destin de Moustafa. Migrant, il rêvait d’échapper à sa condition de paysan. Il a été fauché par une balle au Yémen, alors qu’il allait passer la frontière avec l’Arabie Saoudite. Après six mois de galères dans un pays en guerre, il a été rapatrié en Éthiopie. Il vit désormais de la mendicité car son vieux père est trop pauvre pour s’occuper de lui. Moustafa rêve d’un « petit exil » à Addis Abeba, la capitale, pour ne pas déshonorer sa famille en mendiant. Sa trajectoire à la dérive m’apparait comme l’incarnation d’une jeunesse éthiopienne sans horizon, pour qui la fuite à tout prix reste l’unique option.

Jérémie Jung _ Le Daghestan sur le fil

Jérémie JUNG photographe français né en 1980. Il est diplômé de l’université des beaux-arts de Strasbourg en 2001 et a été formé en photojournaliste à l’EMI-CFD en 2011. Jérémie Jung est représenté par l’agence Signatures (France).

© Karina Mesárošová

Jérémie Jung s’intéressant à la région baltique et par extension aux marges de la Russie. Depuis 2013, il travaille notamment sur les identités estoniennes. Son travail a été publié par plusieurs médias tels que National Géographic, Géo, The Washington Post et exposé dans des musées et festivals tels que Les Rencontres d’Arles et le Musée d’Orsay. Il a reçu le prix ANI-PixTrakk en 2017 à Visa pour l’image.

https://www.jeremie.eu/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Le Daghestan sur le fil.. 

Un jour Ali appela son voisin de l’autre côté de la vallée : « Eh ! Ahmed, viens donc nous rendre visite. Tu n’as qu’à jeter une corde pour traverser ! »

Au sud de la Russie en république du Daghestan le funambulisme est une pratique courante. On y affirme que cet art aujourd’hui circassien y aurait même vu le jour et était d’abord un moyen de se frayer chemins par delà les reliefs.

Funanbuliste
Magomed Alibegove, funanbuliste autodidacte de l’éthnie Avars et vivant dans le petit village de Kharakhi (1000 habitants) © Jérémie Jung

Il est difficile de trouver des documents attestant de l’origine effective de cet art au Daghestan. Cependant, selon un historien local – Sergey Manyshev – la pratique serait apparue au 19e siècle et était un moyen pour les chefs de guerre de prendre l’avantage sur l’occupant russe peu entrainé à ce relief caucasien.

La Marche sur corde raide
La marche sur corde raide © Jérémie Jung

Puis petit à petit, le funambulisme est devenu un moyen de gagner sa croute dans des endroits reculés où parfois rien ne pousse. Des troupes se sont montées et ont loué leurs spectacles de village en village, célébrations en célébrations. Très rentable, la discipline devint attractive auprès des jeunes. Face à la concurrence, les artistes devinrent très bons ! Les cirques soviétiques vinrent ainsi recruter leurs funambules au Daghestan. Il est même des villages comme Tsovkra Piervaya où l’on affirme que tous les habitants pouvaient tenir sur le câble. Mais aujourd’hui à Tsovkra, la moitié du village est en ruine et on y trouve surtout de la nostalgie chez les vieux, l’envie de déguerpir chez les jeunes, des vaches et une mosquée flambant neuve.

Effectivement aujourd’hui tout a bien changé, beaucoup de ces villages trop reculés subissent un exode rural massif. Le funambulisme n’intéresse plus et ne rapporte plus. La jeune génération rêve de la capitale, Makhatchkala. D’autres, plus crédules, ont été recrutés et sont partis combattre en Syrie. Mais face à cet appauvrissement certains résistent encore et pratiquent tant bien que mal, d’autres s’évertuent à transmettre et ont ouvert des écoles où tous peuvent apprendre.

C’est ainsi qu’Askhabali Gasanov, ancien funambule enseignant aujourd’hui l’art du câble à de jeunes étudiants dans un vieux théâtre abandonné de Makhatchkala, explique la naissance du funambulisme au Daghestan.

Marine Lecamp _ Annaé

..COUP DE POUCE DU FESTIVAL.. 

Marine LECAMP, jeune photographe française, née à St Michel près d’Angoulême, est une passionnée de l’image, des gens et des rencontres.

Son amour pour la photographie débute pendant son adolescence, trouvant ainsi derrière son appareil une échappatoire aux soucis du quotidien. Après avoir passé son bac dans le domaine de l’art, Marine décide de faire des études supérieures de photographie au sein de l’ETPA. Elle en sortira; BTS et licence en main trois ans après.

L’été, Marine est animatrice de colonies pour enfants en situation de handicap. N’oubliant jamais cette expérience, elle veut en apprendre plus sur le handicap; tout d’abord en y mêlant la photo, c’est là qu’elle fait la rencontre d’Annaé; puis en travaillant auprès de jeunes et de moins jeunes en situation de handicap.

Le social ne la quittera plus. Elle entreprend alors des études d’éducatrice technique spécialisée pour mêler photographie et handicap. Deux milieux opposés qu’elle souhaite entrelacer afin de permettre à tous d’accéder à la photographie et dans une utopie qu’il lui appartient : permettre au monde d’ouvrir son regard sur le handicap.

Toujours partante pour faire de nouvelles rencontres, elle porte un réel intérêt aux personnes et à leur histoire. Ses rencontres et ses expériences ont fait d’elle une jeune femme pleine de vie et déterminée, investie avec tout son cœur dans son travail de photographe vraiment sociale.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Annaé..

Annaé © Marine Lecamp

J’ai rencontré Annaé et ses mamans un mardi de novembre.
Annaé est polyhandicapée. Je découvre le quotidien éreintant de ses deux mamans et, à travers elles, celui de familles dont les vies basculent du jour au lendemain.
Leurs proches s’éloignent, les médecins sont souvent démunis. L’omniprésence du médical, la répétition des gestes, rendent les journées interminables et épuisantes.

Malgré les nombreux intervenants extérieurs : kiné respiratoire, orthophoniste, médecins, techniciens … Annaé et ses mamans sont seules.

C’est ce huis clos étouffant et néanmoins heureux que j’ai voulu montrer.

Thomas Morel-Fort _ Filipinas – de Paris à Manille, une diaspora de la domesticité

..PRIX CAMILLE LEPAGE 2019..

Photographe prix Camille Lepage

Thomas MOREL-FORT est basé à Paris, il est membre du Studio Hans Lucas depuis 2015.

Après des études à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle
( INSAS ) à Bruxelles et un parcours universitaire à la Sorbonne ( licence en Philosophie) et à la Sorbonne Nouvelle ( licence de Cinéma Audiovisuel ), Thomas Morel-Fort décide de se consacrer pleinement à la Photographie.

© Axelle de Russé / studio Ambratype

En 2012, il travaille chez SIPA PRESS puis au journal Le Parisien pour couvrir l’actualité nationale entre 2012 et 2015.

  • 2016 il est finaliste du Days Japan International Photojournalism pour sa couverture des attentats parisien du 13 novembre 2015
  • 2018 Lauréat du Prix des Photographies de l’année catégorie « Humaniste » pour sa couverture de la crise des réfugiés rohingyas au Bangladesh
  • 2019 Lauréat du Prix des Photographies de l’année catégorie « Reportage » pour sa couverture du mouvement des gilets jaunes
  • 2019 Il reçoit le Prix Camille Lepage au festival VISA POUR L’IMAGE pour son enquête de 5 ans sur les employées domestiques philippines

L’association Camille Lepage — On est ensemble a été créée en septembre 2014, quelques mois après la mort de Camille Lepage en Centrafrique. Elle a pour but de promouvoir la mémoire, l’engagement, et le travail de Camille. Le Prix vise à encourager un photojournaliste engagé dans un projet au long cours. Le prix Camille Lepage soutenu par la SAIF permet aux photographes de poursuivre leur travail au long cours. C’est ainsi que Thomas à pu prolonger son reportage « Une vie à servir » exposé en 2018 à Barro.

Avril 2016, une employée domestique philippine fait la vaisselle à bord d’une péniche, le long de la Seine.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Filipinas – de Paris à Manille, une diaspora de la domesticité.. 

L’exil des femmes des pays en développement, qui vont travailler au service de familles aisées dans les pays riches, est une tendance qui ne fait que s’accentuer au XXI siècle. Elle est le reflet du renforcement des inégalités entre ces pays. L’émigration des femmes philippines en est un parfait exemple. Avec près de 10 millions de Philippins qui vivent et travaillent à l’étranger, soit environ 10 % dela population de l’archipel, les Philippines sont considéré comme un des premiers pays exportateur de main-d’oeuvre au monde. Cette activité s’inscrit depuis des dizaines d’années dans la stratégie des gouvernements qui se sont succédés, comme un levier essentiel de l’économie nationale : les transferts d’argent envoyés par cette diaspora y représentent autour de 10 % du PIB. Mais à quel prix ?

En France, ils sont près de 50 000, main-d’oeuvre quasi invisible, souvent sans papiers, dont 80% de femmes, les Filipinas. Autant de vies d’exil, de vies de famille sacrifiées pour gagner et transmettre de quoi améliorer le quotidien de ceux qui sont restés, et plus encore, financer la scolarité et les études des enfants pour un avenir enfin meilleur. Toutes employées domestiques ou nourrices, les Filipinas en France travaillent essentiellement dans l’ouest parisien ou dans des villas de la Côte d’Azur pour des familles venant des Pays du Golfe. Le plus souvent exploitées par des employeurs qui bénéficient de l’immunité diplomatique et soumises à la précarité de leur statut de sans papiers, elles affrontent ces obstacles grâce à l’organisation et la solidarité de la communauté philippine en France, sorte de monde invisible où elles retrouvent des éléments de leur culture et nouent des liens d’amitié.

6. Mai 2016, Côte d’Azur. Donna s’assure que chaque porte et fenêtre de la villa soient closes avant que le jour ne tombe. De mai à août 2016.

J’ai voulu témoigner de l’histoire intime de ces Filipinas, aux vies déchirées, scindées en deux par ce long exil entre leur pays d’accueil et leur terre natale.

En France, leurs conditions de travail dans les appartements parisiens, le climat d’exploitation de leur clandestinité dans une villa de la Côte d’Azur, les moments de réconfort apportés aussi par leur communauté parisienne. Aux Philippines, à la rencontre de leurs familles, parents, maris, enfants restés au pays dans la pauvreté en montrant les améliorations plus ou moins effectives obtenues grâce à leurs transferts d’argent. Ces familles payent un prix exorbitant aux séparations qui résultent de l’exil: le sacrifice des mères pour la génération suivante, prive les enfants de leur présence et de leurs soins. Le seul remède pour tenter de compenser cette absence est d’utiliser d’autres relais, essentiellement l’usage devenu rituel du téléphone portable. Depuis 5 ans j’ai ainsi suivi dans l’intimité le parcours de ces Filipinas, et grâce à une relation de confiance nouée au fil des ans, j’ai pu me rendre aux Philippines, rencontrer la famille de Donna.

Donna , 42 ans, vient d’une famille de paysans pauvres installée dans un village rural des montagnes à 300 km de Manille. Ses parents ont toujours cultivé la terre. Elle s’est mariée très jeune et a 4 enfants. Elle rêvait de devenir infirmière mais s’est exilée pour payer les études de ses enfants. Avant d’arriver à Paris il y a 8 ans elle a dû payer un passeur 13000 euros et a fait des ménages au Danemark et en Islande. À son arrivée à Paris, sans papiers, elle travaillait à plein temps pour une riche famille des pays du golfe, dans le 16eme arrondissement et dans une villa de la côte d’azur. Elle avait prévu de récolter suffisamment d’argent pour fonder une entreprise de taxi avec ses frères mais les dépenses quotidiennes pour sa famille et les frais de scolarité de ses enfants l’ont obligée à abandonner ce projet. Aujourd’hui c’est sa fille ainée, Nicole, 21 ans qui a réussi à décrocher son diplôme d’infirmière, une grande fierté pour Donna. Elle ne sait toujours pas quand elle pourra rentrer aux Philippines. Cela fait 8 ans qu’elle n’a pas vu ses enfants ni sa famille.

William Moureaux _ Renaissance

Fondateur et Directeur artistique du Studio de Photographie Moureaux à Montpellier, le photographe William MOUREAUX a été reconnu par ses pairs au niveau national et international.  Les nombreuses récompenses obtenues à travers le monde l’attestent. Sa particularité, c’est qu’il n’a pas de spécialités. Par conséquent, William Moureaux travaille aussi bien dans le portrait, que dans le mariage, la photographie aérienne, sous-marine, industrielle, commerciale, événementielle.

  • 2017Master Qualified European Photographer (MQEP)
  • 2019 – Meilleurs Ouvriers de France, option photographie d’art

Portraitiste de France, mais aussi conférencier international, son nom est aujourd’hui une signature, synonyme d’excellence.
Adhérent et membre du bureau national de la FFPMI (Fédération Française des Photographes et des Métiers de l’Image), grâce à sa fonction de responsable de la Commission Images, il est en charge de l’organisation du concours de Portraitiste de France décerné tous les deux ans. De par ses fonctions au sein de l’organisation professionnelle et les titres obtenus, il est aussi une référence dans le monde des professionnels de la photographie, puisque William Moureaux est régulièrement juge pour différentes compétitions nationales : Portraitiste de France, Concours Européen de l’Été des Portraits.
Après plusieurs sélections en Équipe de France de la Photographie, dans diverses catégories, il est depuis 2016, Capitaine de l’Équipe de France. Une médaille d’argent en 2019, obtenue en Norvège, lui a permis d’avoir été une fois de plus reconduit sur ce poste pour l’année 2020. Aujourd’hui formateur, la transmission et la défense de ce métier deviennent essentielles. Mis à mal avec l’apparition du numérique, la photographie doit retrouver l’importance qu’elle avait auparavant.

http://www.wmphotos.fr/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Renaissance..

Être photographe ?

Transcrire, et retranscrire, encore, l’image d’une réalité au millième de seconde. Pas d’avant, ni d’après, ou alors l’image est une autre. Cet instant, arraché au temps, devient membre actif des mémoires. Son empreinte, cette trace lumineuse demeure. Dioptries, diaphragmes… En miroir, ces rencontres peuvent aussi me marquer à vie. À chaque mission, mon œil collé à celui de l’objectif devient un filtre, offre un regard indirect. Récemment installé dans un nouveau studio, j’ai rencontré Isabelle, une femme différente, hors du commun, marquée au fer rouge de la vie. Je le sens dès le premier regard.

Isabelle me dit qu’elle souhaiterait réaliser une séance de prise de vue en studio. « C’est mon métier », lui dis-je un peu naïvement. Elle voulait une séance de nu. Je lui présente mes différents travaux, très rapidement, elle les balaie d’un revers de manche, me dit que ce n’est pas ce qu’elle recherche. Pourtant, je ne trouve pas mes clichés académiques !

Cette présentation a été brève: Isabelle est une authentique, sans faux semblant, elle va droit au but de sa quête. Elle ne perd pas de temps, marche à l’intuition ou à l’instinct, et m’ouvre illico le livre de sa vie. Sa parole se libère, elle me raconte son chemin jusqu’à moi. Ses mots claquent, tranchent, acérés. Je suis sonné.

Renaissance © William Moureaux

Il y a 2 ans, par un matin d’hiver Isabelle dépose sa fille à l’arrêt de bus. « À ce soir ma chérie ! ». Une mère, une fille adolescente, leur quotidien. Elle la quitte pour rejoindre son emploi. Chacune a sa route toute tracée. Un homme percute l’arrêt de bus. Une personne est gravement blessée. On l’appelle, on la prévient. La foudre s’abat sur elle, la sidérant. La fille d’Isabelle est gravement touchée. Les jambes. Ses blessures ne guériront pas. En un instant, tout a basculé, en une seconde le monde s’est décomposé comme la lumière dans un prisme. Les couleurs ont fondu et le monde s’est tu. Le savoir, l’évoquer… mais le vivre…

Ce bouleversement métamorphique après l’avoir pétrifié va engendrer une autre Isabelle, à la vie troublée, marquée par des sortes de pertes de conscience. Toujours sous l’emprise de la douleur, elle me fait le récit des mois qui suivirent. Sa psyché et son corps se transforment. Elle fond, perd 20 kg, se défait, se déconstruit, se remodèle. Elle découvre en elle, dans sa nécessité de survivre, des forces insoupçonnées, des capacités pour l’art, notamment le dessin et la musique. Comme si la douleur lui avait fait découvrir des aires de son cerveau ignorées jusque là. Comment l’exprime-t-elle ? Elle est traversée par des moments de « crises “qui se caractérisent par des sortes d’inconscience qu’elle ne s’explique pas. Il lui arrive de dessiner des nuits entières, assise en tailleur sur son lit, prise par une frénésie qui la dépasse.

Pourquoi la photographie ? Cet art est une étape nécessaire, me dit-elle. À ce stade de son histoire, de ses traversées obscures, ce travail est devenu une nécessité. Elle doit s’exprimer devant un photographe.

Rendez-vous est donc pris pour une première séance. Je suis un peu déconcerté. Ses explications sur ses moments de ‘transe ‘m’intriguent. Je me prépare, ainsi que le studio, je cherche la lumière, comme un peintre aux aguets, comme un chasseur de lumen. Isabelle entre, forte et fragile. La séance débute. Je tente de faire poser mon modèle, mais rien ne se passe comme je l’avais imaginé. Mon travail prend une tournure inattendue. Isabelle nue, entre ‘en transe.’ Elle n’a gardé que ses bijoux qui sont ses amulettes, son lien avec la terre, avec son ventre et sa fille. Je perds la communication, elle s’évade du réel. Je vois qu’elle n’est plus là, or sa dimension corporelle qui semble habitée. Ses bijoux produisent des éclats et des reflets. Je suis concentré sur la lumière. Le studio est habité par un silence d’ailes de papillons ; seul le claquement de l’appareil photographique se fait entendre. Elle est entrée en communication, s’exprime avec son corps, semble souffrir silencieusement. Elle se tord, son sang bat aux tempes. Cela dure, une heure au moins, puis, ‘la transe ‘s’achève, elle s’écroule, épuisée. Je suis bouleversé. Isabelle est prostrée et en pleurs. Je respecte son rythme. J’attends qu’elle reprenne pied dans ce monde, qu’elle retrouve la parole. Je lui témoigne ainsi mon respect. Elle m’avouera quelques minutes plus tard avoir libéré une énergie intense ; mais vécu cela dans un bien-être absolu, comme guidée. Un deuxième rendez-vous est pris. La deuxième séance fut du même ordre, mais avec encore plus d’intensité. ‘Le bonheur complet’ me dit elle, ‘une libération aussi. ’
Je suis toujours très troublé. Je sais que je vis quelque chose d’incroyable, d’extra-ordinaire, presque d’extra-sensoriel.

Plusieurs semaines passent et je n’ai plus de nouvelles d’Isabelle. Je travaille mes images. Comme un livre je les lis et les relis et recommence encore.
Nous ne communiquons plus guère. Et puis, un matin, la voilà ! transformée, métamorphosée même. Elle, qui dissimulait son corps dans des vêtements trop amples, se déplace avec légèreté, parée de vêtements féminins. Elle semble gorgée de lumière et sa sensualité est palpable. Les séances de photographie l’ont libérée et transformée. Elle a retrouvé son énergie vitale, partage des moments heureux avec sa fille qui va mieux. Elle aussi. Elle m’explique comment mon regard sur ces séances exutoires lui a permis de vaincre les démons et les fantômes qui l’habitaient.

Je sais l’étrangeté de cette rencontre, mais Isabelle est réelle, sa transformation est profonde.

Aujourd’hui, je vous offre ce récit, ces images qui interrogent sur ces pratiques de médiation entre les êtres humains et les esprits, les âmes et les dieux ou les confins de la psyché. Ces moments de vie de personnes exceptionnelles dont la douleur a été sublimée.

Je sais aujourd’hui à travers ces images, la part de mon travail dans sa transformation. Je mesure l’alliance de la technique et de ma propre humanité. Nous partageons cette vision. Elle cherchait à s’exprimer, elle a expulsé ses démons. Comme si dans ce couloir de lumière, elle avait trouvé les courants ascendants de sa renaissance.

nue feminin
Corps, chair, champs de bataille
Tranchées meurtries où s’abritent les drames
Éperdue dans la transe,
Où elle appelle une âme.


Nue, inaccessible, elle danse.
Sa quête est là.
Il y a de l’envol pour chaque cicatrice
Comme l’oiseau chassé en quête de pâture.


Elle s’enflamme,
Au-delà des fosses où gisent
En clair obscur l’être et la pensée,
Habitée par ses gestes comme autant d’aventures.


À la fin de l’hypnose, elle jette son cri
Une petite mort s’empare de sa vie.

José Nicolas _ Témoin de décembre 1989

José NICOLAS est né en 1956 à Casablanca au Maroc. Depuis 1984, je suis reporter photographe. J’ai commencé par travailler pour un quotidien régional puis pour des organisations humanitaires telles que Médecins du monde qui m’a permis de suivre Bernard Kouchner dans ses missions au Kurdistan, en Afghanistan, en mer de Chine, au Liban …

Pendant 15 ans, j’ai couvert tous les conflits pour l’agence Sipa-Press à Paris (le Tchad, la guerre du Libéria en 1990, la guerre du Liban de 1984 à 1986, l’Afghanistan, la révolution roumaine en 1989, la Bosnie de 1991 à 1996, la Somalie en 92-93, …

Depuis 1996, je suis devenu indépendant et collabore régulièrement avec les revues françaises et étrangères. Je suis aussi auteur de plusieurs livres sur de multiples sujets qui me tiennent à cœur. Depuis 2014, je me consacre à mon fonds photographique que je valorise soit par des acquisitions auprès des musées et collectionneurs, par des ouvrages ou par des expositions.

Livres :

  • Souffle du Monde Ed. ACF – BBK
  • Les soldats de l’ombre Ed – BBK
  • GIPN – Au cœur de l’action Ed. L’Instantané
  • Légion Etrangère– ED.ETAI
  • Afghanistan Ed. l’Esprit de tous les combats
  • Les hommes des roseaux Acte Sud – Ed. du Rouergue
  • Les vins du Rhône – Cotes et Vallée – Ed. Glénât
  • Le Bandol Ed. Loubatieres
  • Vivre pour Vivre (1979-2011 : parcours d’un photographe)
  • French Doctors, l’aventure humanitaire – Ed. La Martinière 2017
  • Tchad, des héros anonymes – Ed. Imogene 2018

Prix :

  • 1987 – Prix de l’action humanitaire
  • 1994 – Prix Marc Flamant

http://josenicolas-art.fr/fr/accueil.html

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Témoin de décembre 1989..

En 1989, je suis photographe à l’agence Sipa Press. L’époque est faste pour le photoreportage.
Le 22 décembre, j’arrive en fin de matinée à l’agence ; c’est l’effervescence : Nicolae Ceaușescu vient d’être renversé. Rapidement quatre personnes sont choisies pour partir en Roumanie ; j’en fais partie. C’est l’effervescence, nous allons témoigner d’un événement historique, la chute du dictateur roumain.

L’avion que nous partageons avec FR3 atterrit vers 17 h à Bucarest. L’aéroport est encore une passoire ; une demi-heure après il est fermé à tout trafic.
Nous arrivons dans la capitale roumaine ; il fait nuit. Le mouvement populaire s’amplifie, l’armée le réprime.

Révolution Roumaine 1989
Roumanie, Bucarest le 23 décembre 1989. Après le départ de Nicolae Ceaușescu, un militaire brandit le drapeau roumain à une fenêtre du palais.
Roumanie, Bucarest le 23 décembre1989, Le soldat casqué engoncé dans son uniforme de gros drap, écoute un manifestant qui lui indique la cache d’un sniper. A l’arrière, trois autres insurgés tendant vers l’objectif la une d’un journal : « Libertatea ».

Les gens courent dans tous les sens, des tirs d’armes automatiques crépitent. Un de nos camarades de l’agence Sygma prendra une balle dans la jambe. À pied nous nous dirigeons vers la télévision où il n’y a plus personne, puis vers le palais de Ceaușescu. Une foule est massée place de la République devant l’édifice, des flammes s’échappent, la population essaie de pénétrer à l’intérieur, des tirs sporadiques la font reculer, finalement nous rentrons tous ensemble. La nuit est longue.

Un drame survient : le grand reporter Jean-Louis Calderon est accidentellement tué par un char. Au petit matin, les tirs reprennent. Comme au spectacle, la foule regarde progresser les soldats ; ils courent, se jettent au sol, tirent des rafales et repartent. La paranoïa est extrême, on voit des espions de la Securitate (police politique) partout, des suspects sont arrêtés ou lynchés par la foule en délire.

Tout se déroule en direct sous nos yeux ; nous enchainons les images, les pellicules défilent. Nous faisons de petits groupes, personne ne sait ce qu’il se passe, c’est dangereux. Du palais partent quelques tirs auxquels ripostent les mitrailleuses de char et les kalaches des soldats.

Les jours suivants, la tension retombe. Pour le Nouvel An, des intellectuels et hommes politiques viennent boire une coupe de champagne, puis repartent. Des vedettes se font photographier avec des enfants rachitiques dans les bras…

C’est la fin du régime de l’un des plus sinistres dictateurs du bloc soviétique.

Frédéric Noy _ La lente agonie du lac Victoria

Frédéric NOY né en 1965, est un photographe français dont la démarche documentaire privilégie la chronique comme mode narratif. Son travail, principalement centré sur l’Afrique, décrit un continent en construction, dont l’histoire, les croyances et les traditions se frottent inlassablement à une irrépressible mutation. Il est basé aujourd’hui en Asie Centrale et est représenté par l’agence Panos.

© Chris Dennis Rosenberg

Successivement basé en Tanzanie, au Nigeria, au Soudan, au Tchad et en Ouganda, ses récits photographiques s’attardent sur les creux de l’actualité, sur des histoires inattendues ou sur l’existence de populations socialement exclues, stigmatisées ou prises dans l’engrenage de conflits. Intrigué par la question du tabou, il a mené pendant plusieurs années, un travail sur les minorités sexuelles – LGBTI – de la région des Grands Lacs publié aux éd.  Les Belles Lettres en 2020, dans un livre : « Ekifire ». Ses reportages présentés régulièrement à Visa pour l’Image sont parus, ces dernières années, dans de nombreuses publications françaises et internationales.

  • 2016 – « Ekifire, les demi-morts » 3ème prix dans la catégorie Insider/Outsider du Prix Photo Award
  • 2019 « La lente agonie du lac Victoria » récompensé par le Visa d’Or Magazine
  • 2020 – « La lente agonie de lac Victoria » est lauréat du World Press Photo 2020, catégorie singles Environnement, 3e place

https://www.fredericnoy.com/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : La lente agonie du lac Victoria..

Ouganda, Tanzania, Kenya

D’ici 50 ans, si rien de radical n’est fait, le lac Victoria sera mort à cause de ce que nous y déversons » lance le Professeur Nyong’o, Gouverneur de la Province kenyane de Kisumu, en février 2018.

Prophétie hasardeuse si l’on considère les 68 800 km2 d’une mer intérieure, baptisée en l’honneur de la Reine Victoria par Speke, premier Européen à l’atteindre en 1858. Deuxième plus grand lac au monde, le plus vaste d’Afrique, il abrite le plus grand bassin de pêche en eau douce de la planète. Pôle écologique, moteur économique, réservoir naturel, 30 à 50 millions de riverains tanzaniens, ougandais et kenyans en dépendent directement, indirectement. Selon la Banque Mondiale, près de 50 % vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

Pourtant le géant d’Afrique de l’Est serait en phase d’agonie, imperceptible, silencieuse. Personne ne le croit sur ses rives. Le lac n’est-il pas gigantesque et ses maux si minuscules ?

la lente agonie du lac Victoria
Ilot de Migingo, Kenya – Au milieu de lac Victoria, sur ce saillant rocheux proche de la frontière séparant le Kenya de l’Ouganda, vivent de 400 à 500 personnes dans des baraques de tôle ondulée, sur une surface équivalente à moins d’un demi-terrain de football (moins de 2 000 mètres carrés). © Frédéric Noy

La liste des égratignures est longue cependant. Le réchauffement climatique affecte la répartition des poissons, le niveau de l’eau et devrait rendre annuelles les super-tempêtes qui arrivait jadis tous les 15 ans. La sur-pêche et le braconnage accentuent la diminution en nombre et en taille, des prises. La militarisation de la protection des zones de pêche ébranle le secteur halieutique, d’une importance économique et sociale primordiale. Les importations chinoises de tilapia congelés font douter le Kenya de sa capacité à se nourrir. Le développement de la jacinthe d’eau immobilise les bateaux. Le minage des berges dont le sable est récolté pour être vendu détruit leur topographie. Les villes littorales, industrialisées, à l’urbanisation non planifiée déversent leurs eaux usées. La poussée démographique et l’exode rural grignotent les zones humides, réduisant le filtre naturel marécageux censé purifier les eaux de ruissellement, qui, autrefois, prisonnières des semaines des marais étaient libérées propres dans le lac. Comme une touche morbide sur le tableau, les communautés de pêcheurs présentent un taux de prévalence du VIH trois fois plus élevé que la population générale.

Archipel de Kalangala, Ouganda – Au large de l’île de Bugala, deux pêcheurs attrapent illégalement des perches du Nil au moyen d’un ligne d’hameçons qu’ils ont posée la nuit précédente. © Frédéric Noy

Le déclassement social engendre la pauvreté et la pauvreté autorise inconsciemment la détérioration de l’environnement. Un cercle vicieux où chaque nécessité de survie ou désir de profit engendrent la prochaine blessure. Chacun perçoit que les temps ont changé sans bien concevoir ce que cela implique dans son existence. Autrefois, le géant était plus fort que l’ensemble des riverains. Maintenant, chacun grignote quotidiennement une portion de sa chair. Comment blâmer les soutiers de la croissance économique est-africaine ? Entre (sur) vivre et préserver le cycle naturel du lac, qui n’appartenant à personne appartient à tous, le choix est rapidement fait, dans l’ignorance de l’enjeu.

Face à ce qu’il voit comme un déni général, le Professeur Okeyo, lanceur d’alerte kenyan lâche « Les scientifiques n’ont pas de temps à consacrer aux mensonges ». En écho, des estivants du week-end investissent les plages du Victoria, avec l’insouciance de ceux qui ne décèlent pas qu’un sombre présage d’érudits oracles se matérialise insidieusement sous leur nez.

Romain Petit _ Assoupissement

Romain PETIT est né né en 1988. Je vis et travaille entre Nantes et Paris. Depuis 2014, je suis diplômé de l’école supérieure des beaux-arts de Nantes. En fin 2015, je suis devenu photographe indépendant. Je travaille avec de petites, moyennes et grandes entreprises. Je réalise différentes formes de reportages et de portraits institutionnels. En parallèle de mon activité de photographe, j’ai gardé et continu à développer ma démarche plasticienne de la photographie. Mon univers artistique est marqué par la peinture, la sculpture, le cinéma et la photographie.

Expositions :

  • 2013 – exposition collective « Faire« – Dulcie Galerie à Nantes
  • 2014 – exposition collective « Short cut« – Espace Short à Nantes
  • 2016 – Itinéraires photographiques en Limousin – Pavillon des Verduriers à Limoges
  • 2017 – exposition collective « Là où les sentiers naissent » – Artelier à Tarbes
  • 2017 – Festival photo de Montmélian

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Assoupissement..

Un froissement, une explosion de couleur, le regard se lève, sous-vêtements, chandail, pantalon, pull, serviettes respirent. Notre seconde peau qui se greffe à nous se trouve prise entre deux espaces, le privé et le public.

Assoupissement-barrobjectif
Assoupissement © Romain Petit

Un flâneur assoupi.

La pesanteur et la légèreté se côtoient dans un même instant, entre deux temps. L’objet prend corps, il se révèle tout en se cachant sous les yeux de tous. Une certaine sculpturalité en ressort avec un jeu graphique, un relief se forme, les montages, les rivières et les plaines s’estompent, s’érodent et fluctuent sous les poils de coton et de matières synthétiques. Une carte se dessine, les frontières deviennent incertaines, elles débordent et se rétractent sous la même voûte bleutée. Femmes du Nil, hommes de Yatakala, enfants de Naoned sous la voûte bleutée attendent le souffle, le temps les fixe sur sa plage de sel d’argent.