Pierre Gély-Fort _ The Dark LOVE BOAT

Pierre Gely-Fort

Pierre GÉLY-FORT, français né à Alger, expatrié dans différentes parties du monde durant plus de 25 ans (Asie, Europe de l’Est, Scandinavie) a suivi une formation à Gobelins et des Workshops avec Klavdij Sluban.

Auteur photographe et créateur de livres, ayant la particularité de créer des univers visuels, chromatiques, Pierre Gély-Fort poursuit ses voyages par le biais de ses livres qu’il met en page et conçoit lui-même. Sans texte ni légende, les lieux ne sont qu’un prétexte pour une expression artistique. L’auteur présente ses errances et ses rencontres au fil des pays avec une émotion du regard où le dialogue est sous-jacent. De ses errances géographiques, le spectateur / lecteur y lit un imaginaire singulier, une empathie et une tendresse envers les personnes photographiées et la mise en scène du réel. L’assemblage, les jeux de correspondances et la scénographie construits de ces instants photographiques font dialoguer les images entre elles et créent une proximité avec le sujet. Ainsi, d’une errance à une autre, les univers émotionnels diffèrent, mais l’œil et les correspondances entre les images nous deviennent familiers. Le spectateur / lecteur reconnaît une atmosphère chaleureuse et sensible notamment par les choix de lumières. Fiona SANJABI Directrice de La Galerie Rouge-Paris.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : The Dark LOVE BOAT..

The Dark Love Boat
2.745 cabines dont 1.800 avec vue sur mer. Sans oublier la Royal Loft Suite de 141 m2 + un balcon/terrasse de 78 m2 © Pierre Gély-Fort

Miami Beach, son port, capitale mondiale des croisières avec plus de 5 millions de passagers par an. Là commence l’histoire du plus grand paquebot du monde le Symphony of the Seas fabriqué en France. Quand les chantiers de Saint-Nazaire annoncèrent en avril 2018 la mise en service de ce monstre des mers avec près de 9.000 personnes à bord, j’étais dans les starting-blocks !

Après un galop d’essai en Méditerranée d’avril à octobre 2018 le paquebot géant rejoint sa destination initiale & finale Miami Beach, pour une croisière américaine vers les Caraïbes.

Parodiant « La Croisière s’amuse » série TV américaine culte aux 270 épisodes diffusés en France dans les années 80 & début 2000, cette série-photos s’intitule « The Dark LOVE BOAT » issu du titre américain original « The LOVE BOAT ».

Mars 2019, en tongs / maillot de bain ou en smoking partageant jour & nuit les activités des croisiéristes américains, j’en propose une vision très personnelle éloignée d’une narration traditionnelle documentaire ou photo-journalistique. Le choix du noir & blanc se révélant être une évidence. Extraite du livre-photos de 87 images auto-édité du même nom, cette série de vingt photos donne un point de vue d’auteur sur la vie de croisière de la middle class américaine d’aujourd’hui. Elle explore et interroge surtout l’existence ou l’inexistence du lien entre le croisiériste, sa vie à bord, et la mer.

Comme dans un conte, une croisière hors du temps où chacun peut se raconter sa propre histoire …

Livre The Dark LOVE BOAT

Jérémie Jung _ Le Daghestan sur le fil

Jérémie JUNG photographe français né en 1980. Il est diplômé de l’université des beaux-arts de Strasbourg en 2001 et a été formé en photojournaliste à l’EMI-CFD en 2011. Jérémie Jung est représenté par l’agence Signatures (France). Il est membre de la coopérative Inland.
© Karina Mesárošová

Jérémie Jung s’intéressant à la région baltique et par extension aux marges de la Russie. Depuis 2013, il travaille notamment sur les identités estoniennes. Son travail a été publié par plusieurs médias tels que National Géographic, Géo, The Washington Post et exposé dans des musées et festivals tels que Les Rencontres d’Arles et le Musée d’Orsay. Il a reçu le prix ANI-PixTrakk en 2017 à Visa pour l’image.

https://www.jeremie.eu/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Le Daghestan sur le fil.. 

Un jour Ali appela son voisin de l’autre côté de la vallée : « Eh ! Ahmed, viens donc nous rendre visite. Tu n’as qu’à jeter une corde pour traverser ! »

Au sud de la Russie en république du Daghestan le funambulisme est une pratique courante. On y affirme que cet art aujourd’hui circassien y aurait même vu le jour et était d’abord un moyen de se frayer chemins par delà les reliefs.

Funanbuliste
Magomed Alibegove, funanbuliste autodidacte de l’éthnie Avars et vivant dans le petit village de Kharakhi (1000 habitants) © Jérémie Jung

Il est difficile de trouver des documents attestant de l’origine effective de cet art au Daghestan. Cependant, selon un historien local – Sergey Manyshev – la pratique serait apparue au 19e siècle et était un moyen pour les chefs de guerre de prendre l’avantage sur l’occupant russe peu entrainé à ce relief caucasien.

La Marche sur corde raide
La marche sur corde raide © Jérémie Jung

Puis petit à petit, le funambulisme est devenu un moyen de gagner sa croute dans des endroits reculés où parfois rien ne pousse. Des troupes se sont montées et ont loué leurs spectacles de village en village, célébrations en célébrations. Très rentable, la discipline devint attractive auprès des jeunes. Face à la concurrence, les artistes devinrent très bons ! Les cirques soviétiques vinrent ainsi recruter leurs funambules au Daghestan. Il est même des villages comme Tsovkra Piervaya où l’on affirme que tous les habitants pouvaient tenir sur le câble. Mais aujourd’hui à Tsovkra, la moitié du village est en ruine et on y trouve surtout de la nostalgie chez les vieux, l’envie de déguerpir chez les jeunes, des vaches et une mosquée flambant neuve.

Effectivement aujourd’hui tout a bien changé, beaucoup de ces villages trop reculés subissent un exode rural massif. Le funambulisme n’intéresse plus et ne rapporte plus. La jeune génération rêve de la capitale, Makhatchkala. D’autres, plus crédules, ont été recrutés et sont partis combattre en Syrie. Mais face à cet appauvrissement certains résistent encore et pratiquent tant bien que mal, d’autres s’évertuent à transmettre et ont ouvert des écoles où tous peuvent apprendre.

C’est ainsi qu’Askhabali Gasanov, ancien funambule enseignant aujourd’hui l’art du câble à de jeunes étudiants dans un vieux théâtre abandonné de Makhatchkala, explique la naissance du funambulisme au Daghestan.

Marine Lecamp _ Annaé

..COUP DE POUCE DU FESTIVAL.. 

Marine LECAMP, jeune photographe française, née à St Michel près d’Angoulême, est une passionnée de l’image, des gens et des rencontres.

Son amour pour la photographie débute pendant son adolescence, trouvant ainsi derrière son appareil une échappatoire aux soucis du quotidien. Après avoir passé son bac dans le domaine de l’art, Marine décide de faire des études supérieures de photographie au sein de l’ETPA. Elle en sortira; BTS et licence en main trois ans après.

L’été, Marine est animatrice de colonies pour enfants en situation de handicap. N’oubliant jamais cette expérience, elle veut en apprendre plus sur le handicap; tout d’abord en y mêlant la photo, c’est là qu’elle fait la rencontre d’Annaé; puis en travaillant auprès de jeunes et de moins jeunes en situation de handicap.

Le social ne la quittera plus. Elle entreprend alors des études d’éducatrice technique spécialisée pour mêler photographie et handicap. Deux milieux opposés qu’elle souhaite entrelacer afin de permettre à tous d’accéder à la photographie et dans une utopie qu’il lui appartient : permettre au monde d’ouvrir son regard sur le handicap.

Toujours partante pour faire de nouvelles rencontres, elle porte un réel intérêt aux personnes et à leur histoire. Ses rencontres et ses expériences ont fait d’elle une jeune femme pleine de vie et déterminée, investie avec tout son cœur dans son travail de photographe vraiment sociale.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Annaé..

Annaé © Marine Lecamp

J’ai rencontré Annaé et ses mamans un mardi de novembre.
Annaé est polyhandicapée. Je découvre le quotidien éreintant de ses deux mamans et, à travers elles, celui de familles dont les vies basculent du jour au lendemain.
Leurs proches s’éloignent, les médecins sont souvent démunis. L’omniprésence du médical, la répétition des gestes, rendent les journées interminables et épuisantes.

Malgré les nombreux intervenants extérieurs : kiné respiratoire, orthophoniste, médecins, techniciens … Annaé et ses mamans sont seules.

C’est ce huis clos étouffant et néanmoins heureux que j’ai voulu montrer.

William Moureaux _ Renaissance

Fondateur et Directeur artistique du Studio de Photographie Moureaux à Montpellier, le photographe William MOUREAUX a été reconnu par ses pairs au niveau national et international.  Les nombreuses récompenses obtenues à travers le monde l’attestent. Sa particularité, c’est qu’il n’a pas de spécialités. Par conséquent, William Moureaux travaille aussi bien dans le portrait, que dans le mariage, la photographie aérienne, sous-marine, industrielle, commerciale, événementielle.

  • 2017Master Qualified European Photographer (MQEP)
  • 2019 – Meilleurs Ouvriers de France, option photographie d’art

Portraitiste de France, mais aussi conférencier international, son nom est aujourd’hui une signature, synonyme d’excellence.
Adhérent et membre du bureau national de la FFPMI (Fédération Française des Photographes et des Métiers de l’Image), grâce à sa fonction de responsable de la Commission Images, il est en charge de l’organisation du concours de Portraitiste de France décerné tous les deux ans. De par ses fonctions au sein de l’organisation professionnelle et les titres obtenus, il est aussi une référence dans le monde des professionnels de la photographie, puisque William Moureaux est régulièrement juge pour différentes compétitions nationales : Portraitiste de France, Concours Européen de l’Été des Portraits.
Après plusieurs sélections en Équipe de France de la Photographie, dans diverses catégories, il est depuis 2016, Capitaine de l’Équipe de France. Une médaille d’argent en 2019, obtenue en Norvège, lui a permis d’avoir été une fois de plus reconduit sur ce poste pour l’année 2020. Aujourd’hui formateur, la transmission et la défense de ce métier deviennent essentielles. Mis à mal avec l’apparition du numérique, la photographie doit retrouver l’importance qu’elle avait auparavant.

http://www.wmphotos.fr/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Renaissance..

Être photographe ?

Transcrire, et retranscrire, encore, l’image d’une réalité au millième de seconde. Pas d’avant, ni d’après, ou alors l’image est une autre. Cet instant, arraché au temps, devient membre actif des mémoires. Son empreinte, cette trace lumineuse demeure. Dioptries, diaphragmes… En miroir, ces rencontres peuvent aussi me marquer à vie. À chaque mission, mon œil collé à celui de l’objectif devient un filtre, offre un regard indirect. Récemment installé dans un nouveau studio, j’ai rencontré Isabelle, une femme différente, hors du commun, marquée au fer rouge de la vie. Je le sens dès le premier regard.

Isabelle me dit qu’elle souhaiterait réaliser une séance de prise de vue en studio. « C’est mon métier », lui dis-je un peu naïvement. Elle voulait une séance de nu. Je lui présente mes différents travaux, très rapidement, elle les balaie d’un revers de manche, me dit que ce n’est pas ce qu’elle recherche. Pourtant, je ne trouve pas mes clichés académiques !

Cette présentation a été brève: Isabelle est une authentique, sans faux semblant, elle va droit au but de sa quête. Elle ne perd pas de temps, marche à l’intuition ou à l’instinct, et m’ouvre illico le livre de sa vie. Sa parole se libère, elle me raconte son chemin jusqu’à moi. Ses mots claquent, tranchent, acérés. Je suis sonné.

Renaissance © William Moureaux

Il y a 2 ans, par un matin d’hiver Isabelle dépose sa fille à l’arrêt de bus. « À ce soir ma chérie ! ». Une mère, une fille adolescente, leur quotidien. Elle la quitte pour rejoindre son emploi. Chacune a sa route toute tracée. Un homme percute l’arrêt de bus. Une personne est gravement blessée. On l’appelle, on la prévient. La foudre s’abat sur elle, la sidérant. La fille d’Isabelle est gravement touchée. Les jambes. Ses blessures ne guériront pas. En un instant, tout a basculé, en une seconde le monde s’est décomposé comme la lumière dans un prisme. Les couleurs ont fondu et le monde s’est tu. Le savoir, l’évoquer… mais le vivre…

Ce bouleversement métamorphique après l’avoir pétrifié va engendrer une autre Isabelle, à la vie troublée, marquée par des sortes de pertes de conscience. Toujours sous l’emprise de la douleur, elle me fait le récit des mois qui suivirent. Sa psyché et son corps se transforment. Elle fond, perd 20 kg, se défait, se déconstruit, se remodèle. Elle découvre en elle, dans sa nécessité de survivre, des forces insoupçonnées, des capacités pour l’art, notamment le dessin et la musique. Comme si la douleur lui avait fait découvrir des aires de son cerveau ignorées jusque là. Comment l’exprime-t-elle ? Elle est traversée par des moments de « crises “qui se caractérisent par des sortes d’inconscience qu’elle ne s’explique pas. Il lui arrive de dessiner des nuits entières, assise en tailleur sur son lit, prise par une frénésie qui la dépasse.

Pourquoi la photographie ? Cet art est une étape nécessaire, me dit-elle. À ce stade de son histoire, de ses traversées obscures, ce travail est devenu une nécessité. Elle doit s’exprimer devant un photographe.

Rendez-vous est donc pris pour une première séance. Je suis un peu déconcerté. Ses explications sur ses moments de ‘transe ‘m’intriguent. Je me prépare, ainsi que le studio, je cherche la lumière, comme un peintre aux aguets, comme un chasseur de lumen. Isabelle entre, forte et fragile. La séance débute. Je tente de faire poser mon modèle, mais rien ne se passe comme je l’avais imaginé. Mon travail prend une tournure inattendue. Isabelle nue, entre ‘en transe.’ Elle n’a gardé que ses bijoux qui sont ses amulettes, son lien avec la terre, avec son ventre et sa fille. Je perds la communication, elle s’évade du réel. Je vois qu’elle n’est plus là, or sa dimension corporelle qui semble habitée. Ses bijoux produisent des éclats et des reflets. Je suis concentré sur la lumière. Le studio est habité par un silence d’ailes de papillons ; seul le claquement de l’appareil photographique se fait entendre. Elle est entrée en communication, s’exprime avec son corps, semble souffrir silencieusement. Elle se tord, son sang bat aux tempes. Cela dure, une heure au moins, puis, ‘la transe ‘s’achève, elle s’écroule, épuisée. Je suis bouleversé. Isabelle est prostrée et en pleurs. Je respecte son rythme. J’attends qu’elle reprenne pied dans ce monde, qu’elle retrouve la parole. Je lui témoigne ainsi mon respect. Elle m’avouera quelques minutes plus tard avoir libéré une énergie intense ; mais vécu cela dans un bien-être absolu, comme guidée. Un deuxième rendez-vous est pris. La deuxième séance fut du même ordre, mais avec encore plus d’intensité. ‘Le bonheur complet’ me dit elle, ‘une libération aussi. ’
Je suis toujours très troublé. Je sais que je vis quelque chose d’incroyable, d’extra-ordinaire, presque d’extra-sensoriel.

Plusieurs semaines passent et je n’ai plus de nouvelles d’Isabelle. Je travaille mes images. Comme un livre je les lis et les relis et recommence encore.
Nous ne communiquons plus guère. Et puis, un matin, la voilà ! transformée, métamorphosée même. Elle, qui dissimulait son corps dans des vêtements trop amples, se déplace avec légèreté, parée de vêtements féminins. Elle semble gorgée de lumière et sa sensualité est palpable. Les séances de photographie l’ont libérée et transformée. Elle a retrouvé son énergie vitale, partage des moments heureux avec sa fille qui va mieux. Elle aussi. Elle m’explique comment mon regard sur ces séances exutoires lui a permis de vaincre les démons et les fantômes qui l’habitaient.

Je sais l’étrangeté de cette rencontre, mais Isabelle est réelle, sa transformation est profonde.

Aujourd’hui, je vous offre ce récit, ces images qui interrogent sur ces pratiques de médiation entre les êtres humains et les esprits, les âmes et les dieux ou les confins de la psyché. Ces moments de vie de personnes exceptionnelles dont la douleur a été sublimée.

Je sais aujourd’hui à travers ces images, la part de mon travail dans sa transformation. Je mesure l’alliance de la technique et de ma propre humanité. Nous partageons cette vision. Elle cherchait à s’exprimer, elle a expulsé ses démons. Comme si dans ce couloir de lumière, elle avait trouvé les courants ascendants de sa renaissance.

nue feminin
Corps, chair, champs de bataille
Tranchées meurtries où s’abritent les drames
Éperdue dans la transe,
Où elle appelle une âme.


Nue, inaccessible, elle danse.
Sa quête est là.
Il y a de l’envol pour chaque cicatrice
Comme l’oiseau chassé en quête de pâture.


Elle s’enflamme,
Au-delà des fosses où gisent
En clair obscur l’être et la pensée,
Habitée par ses gestes comme autant d’aventures.


À la fin de l’hypnose, elle jette son cri
Une petite mort s’empare de sa vie.

Frédéric Noy _ La lente agonie du lac Victoria

Frédéric NOY né en 1965, est un photographe français dont la démarche documentaire privilégie la chronique comme mode narratif. Son travail, principalement centré sur l’Afrique, décrit un continent en construction, dont l’histoire, les croyances et les traditions se frottent inlassablement à une irrépressible mutation. Il est basé aujourd’hui en Asie Centrale et est représenté par l’agence Panos.

© Chris Dennis Rosenberg

Successivement basé en Tanzanie, au Nigeria, au Soudan, au Tchad et en Ouganda, ses récits photographiques s’attardent sur les creux de l’actualité, sur des histoires inattendues ou sur l’existence de populations socialement exclues, stigmatisées ou prises dans l’engrenage de conflits. Intrigué par la question du tabou, il a mené pendant plusieurs années, un travail sur les minorités sexuelles – LGBTI – de la région des Grands Lacs publié aux éd.  Les Belles Lettres en 2020, dans un livre : « Ekifire ». Ses reportages présentés régulièrement à Visa pour l’Image sont parus, ces dernières années, dans de nombreuses publications françaises et internationales.

  • 2016 – « Ekifire, les demi-morts » 3ème prix dans la catégorie Insider/Outsider du Prix Photo Award
  • 2019 « La lente agonie du lac Victoria » récompensé par le Visa d’Or Magazine
  • 2020 – « La lente agonie de lac Victoria » est lauréat du World Press Photo 2020, catégorie singles Environnement, 3e place

https://www.fredericnoy.com/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : La lente agonie du lac Victoria..

Ouganda, Tanzania, Kenya

D’ici 50 ans, si rien de radical n’est fait, le lac Victoria sera mort à cause de ce que nous y déversons » lance le Professeur Nyong’o, Gouverneur de la Province kenyane de Kisumu, en février 2018.

Prophétie hasardeuse si l’on considère les 68 800 km2 d’une mer intérieure, baptisée en l’honneur de la Reine Victoria par Speke, premier Européen à l’atteindre en 1858. Deuxième plus grand lac au monde, le plus vaste d’Afrique, il abrite le plus grand bassin de pêche en eau douce de la planète. Pôle écologique, moteur économique, réservoir naturel, 30 à 50 millions de riverains tanzaniens, ougandais et kenyans en dépendent directement, indirectement. Selon la Banque Mondiale, près de 50 % vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

Pourtant le géant d’Afrique de l’Est serait en phase d’agonie, imperceptible, silencieuse. Personne ne le croit sur ses rives. Le lac n’est-il pas gigantesque et ses maux si minuscules ?

la lente agonie du lac Victoria
Ilot de Migingo, Kenya – Au milieu de lac Victoria, sur ce saillant rocheux proche de la frontière séparant le Kenya de l’Ouganda, vivent de 400 à 500 personnes dans des baraques de tôle ondulée, sur une surface équivalente à moins d’un demi-terrain de football (moins de 2 000 mètres carrés). © Frédéric Noy

La liste des égratignures est longue cependant. Le réchauffement climatique affecte la répartition des poissons, le niveau de l’eau et devrait rendre annuelles les super-tempêtes qui arrivait jadis tous les 15 ans. La sur-pêche et le braconnage accentuent la diminution en nombre et en taille, des prises. La militarisation de la protection des zones de pêche ébranle le secteur halieutique, d’une importance économique et sociale primordiale. Les importations chinoises de tilapia congelés font douter le Kenya de sa capacité à se nourrir. Le développement de la jacinthe d’eau immobilise les bateaux. Le minage des berges dont le sable est récolté pour être vendu détruit leur topographie. Les villes littorales, industrialisées, à l’urbanisation non planifiée déversent leurs eaux usées. La poussée démographique et l’exode rural grignotent les zones humides, réduisant le filtre naturel marécageux censé purifier les eaux de ruissellement, qui, autrefois, prisonnières des semaines des marais étaient libérées propres dans le lac. Comme une touche morbide sur le tableau, les communautés de pêcheurs présentent un taux de prévalence du VIH trois fois plus élevé que la population générale.

Archipel de Kalangala, Ouganda – Au large de l’île de Bugala, deux pêcheurs attrapent illégalement des perches du Nil au moyen d’un ligne d’hameçons qu’ils ont posée la nuit précédente. © Frédéric Noy

Le déclassement social engendre la pauvreté et la pauvreté autorise inconsciemment la détérioration de l’environnement. Un cercle vicieux où chaque nécessité de survie ou désir de profit engendrent la prochaine blessure. Chacun perçoit que les temps ont changé sans bien concevoir ce que cela implique dans son existence. Autrefois, le géant était plus fort que l’ensemble des riverains. Maintenant, chacun grignote quotidiennement une portion de sa chair. Comment blâmer les soutiers de la croissance économique est-africaine ? Entre (sur) vivre et préserver le cycle naturel du lac, qui n’appartenant à personne appartient à tous, le choix est rapidement fait, dans l’ignorance de l’enjeu.

Face à ce qu’il voit comme un déni général, le Professeur Okeyo, lanceur d’alerte kenyan lâche « Les scientifiques n’ont pas de temps à consacrer aux mensonges ». En écho, des estivants du week-end investissent les plages du Victoria, avec l’insouciance de ceux qui ne décèlent pas qu’un sombre présage d’érudits oracles se matérialise insidieusement sous leur nez.

José Nicolas _ Témoin de décembre 1989

José NICOLAS est né en 1956 à Casablanca au Maroc. Depuis 1984, je suis reporter photographe. J’ai commencé par travailler pour un quotidien régional puis pour des organisations humanitaires telles que Médecins du monde qui m’a permis de suivre Bernard Kouchner dans ses missions au Kurdistan, en Afghanistan, en mer de Chine, au Liban …

Pendant 15 ans, j’ai couvert tous les conflits pour l’agence Sipa-Press à Paris (le Tchad, la guerre du Libéria en 1990, la guerre du Liban de 1984 à 1986, l’Afghanistan, la révolution roumaine en 1989, la Bosnie de 1991 à 1996, la Somalie en 92-93, …

Depuis 1996, je suis devenu indépendant et collabore régulièrement avec les revues françaises et étrangères. Je suis aussi auteur de plusieurs livres sur de multiples sujets qui me tiennent à cœur. Depuis 2014, je me consacre à mon fonds photographique que je valorise soit par des acquisitions auprès des musées et collectionneurs, par des ouvrages ou par des expositions.

Livres :

  • Souffle du Monde Ed. ACF – BBK
  • Les soldats de l’ombre Ed – BBK
  • GIPN – Au cœur de l’action Ed. L’Instantané
  • Légion Etrangère– ED.ETAI
  • Afghanistan Ed. l’Esprit de tous les combats
  • Les hommes des roseaux Acte Sud – Ed. du Rouergue
  • Les vins du Rhône – Cotes et Vallée – Ed. Glénât
  • Le Bandol Ed. Loubatieres
  • Vivre pour Vivre (1979-2011 : parcours d’un photographe)
  • French Doctors, l’aventure humanitaire – Ed. La Martinière 2017
  • Tchad, des héros anonymes – Ed. Imogene 2018

Prix :

  • 1987 – Prix de l’action humanitaire
  • 1994 – Prix Marc Flamant

http://josenicolas-art.fr/fr/accueil.html

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Témoin de décembre 1989..

En 1989, je suis photographe à l’agence Sipa Press. L’époque est faste pour le photoreportage.
Le 22 décembre, j’arrive en fin de matinée à l’agence ; c’est l’effervescence : Nicolae Ceaușescu vient d’être renversé. Rapidement quatre personnes sont choisies pour partir en Roumanie ; j’en fais partie. C’est l’effervescence, nous allons témoigner d’un événement historique, la chute du dictateur roumain.

L’avion que nous partageons avec FR3 atterrit vers 17 h à Bucarest. L’aéroport est encore une passoire ; une demi-heure après il est fermé à tout trafic.
Nous arrivons dans la capitale roumaine ; il fait nuit. Le mouvement populaire s’amplifie, l’armée le réprime.

Révolution Roumaine 1989
Roumanie, Bucarest le 23 décembre 1989. Après le départ de Nicolae Ceaușescu, un militaire brandit le drapeau roumain à une fenêtre du palais.
Roumanie, Bucarest le 23 décembre1989, Le soldat casqué engoncé dans son uniforme de gros drap, écoute un manifestant qui lui indique la cache d’un sniper. A l’arrière, trois autres insurgés tendant vers l’objectif la une d’un journal : « Libertatea ».

Les gens courent dans tous les sens, des tirs d’armes automatiques crépitent. Un de nos camarades de l’agence Sygma prendra une balle dans la jambe. À pied nous nous dirigeons vers la télévision où il n’y a plus personne, puis vers le palais de Ceaușescu. Une foule est massée place de la République devant l’édifice, des flammes s’échappent, la population essaie de pénétrer à l’intérieur, des tirs sporadiques la font reculer, finalement nous rentrons tous ensemble. La nuit est longue.

Un drame survient : le grand reporter Jean-Louis Calderon est accidentellement tué par un char. Au petit matin, les tirs reprennent. Comme au spectacle, la foule regarde progresser les soldats ; ils courent, se jettent au sol, tirent des rafales et repartent. La paranoïa est extrême, on voit des espions de la Securitate (police politique) partout, des suspects sont arrêtés ou lynchés par la foule en délire.

Tout se déroule en direct sous nos yeux ; nous enchainons les images, les pellicules défilent. Nous faisons de petits groupes, personne ne sait ce qu’il se passe, c’est dangereux. Du palais partent quelques tirs auxquels ripostent les mitrailleuses de char et les kalaches des soldats.

Les jours suivants, la tension retombe. Pour le Nouvel An, des intellectuels et hommes politiques viennent boire une coupe de champagne, puis repartent. Des vedettes se font photographier avec des enfants rachitiques dans les bras…

C’est la fin du régime de l’un des plus sinistres dictateurs du bloc soviétique.

Romain Petit _ Assoupissement

Romain PETIT est né né en 1988. Je vis et travaille entre Nantes et Paris. Depuis 2014, je suis diplômé de l’école supérieure des beaux-arts de Nantes. En fin 2015, je suis devenu photographe indépendant. Je travaille avec de petites, moyennes et grandes entreprises. Je réalise différentes formes de reportages et de portraits institutionnels. En parallèle de mon activité de photographe, j’ai gardé et continu à développer ma démarche plasticienne de la photographie. Mon univers artistique est marqué par la peinture, la sculpture, le cinéma et la photographie.

Expositions :

  • 2013 – exposition collective « Faire« – Dulcie Galerie à Nantes
  • 2014 – exposition collective « Short cut« – Espace Short à Nantes
  • 2016 – Itinéraires photographiques en Limousin – Pavillon des Verduriers à Limoges
  • 2017 – exposition collective « Là où les sentiers naissent » – Artelier à Tarbes
  • 2017 – Festival photo de Montmélian

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Assoupissement..

Un froissement, une explosion de couleur, le regard se lève, sous-vêtements, chandail, pantalon, pull, serviettes respirent. Notre seconde peau qui se greffe à nous se trouve prise entre deux espaces, le privé et le public.

Assoupissement-barrobjectif
Assoupissement © Romain Petit

Un flâneur assoupi.

La pesanteur et la légèreté se côtoient dans un même instant, entre deux temps. L’objet prend corps, il se révèle tout en se cachant sous les yeux de tous. Une certaine sculpturalité en ressort avec un jeu graphique, un relief se forme, les montages, les rivières et les plaines s’estompent, s’érodent et fluctuent sous les poils de coton et de matières synthétiques. Une carte se dessine, les frontières deviennent incertaines, elles débordent et se rétractent sous la même voûte bleutée. Femmes du Nil, hommes de Yatakala, enfants de Naoned sous la voûte bleutée attendent le souffle, le temps les fixe sur sa plage de sel d’argent.

Jacques Pion _ Donetsk, sur le chemin de l’oubli

Jacques PION est un photographe français formé à l’École Nationale Louis Lumière (1983). Membre du collectif Hans Lucas. Ayant plus de vingt ans d’expérience dans le monde entier, sa recherche d’un lien et d’un dialogue, aussi intime que possible, avec ses sujets est à la base de sa démarche.
« J’essaie de décrire avec lumière les moments de la vie de l’humanité »

  • 2016 le prix du « Meilleur reportage photographique de l’année » dans le cadre du concours « Les Photographies de l’Année France » pour son travail de terrain à Idomeni (Grèce).
  • 2018 prix de la Fondazione Forma « MilanoMeravigli »

http://www.jacquespion.com/

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Donetsk, sur le chemin de l’oubli..

En février 2015, les accords de Minsk 2 ont arraché après de longues heures de négociations un cessez-le-feu applicable le 15 du même mois et qui prévoyait notamment le retrait des armes lourdes sur la ligne de front entre l’Ukraine et les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk. Mais qu’en est-il au quotidien ?

La réalité en ce début d’année 2020 est malheureusement bien différente.

sur les chemins de l'oubli. Donetsk-Ukraine
Un chien attend son maitre devant l’entrée de l’hôpital. Donetsk, Ukraine, le 31 décembre 2019. © Jacques Pion

Malgré une courte période d’accalmie pendant les dernières fêtes de fin d’année, les tirs ukrainiens ont repris contre la population de la république « séparatiste ». Des mortiers de 120 mm et des obusiers d’artillerie lourde bombardent toujours les zones périphériques de la ville de Donetsk. La stratégie de harcèlement employée par le gouvernement de Kiev semble assez claire.
Sur le plan militaire, elle vise à vider progressivement de toute présence humaine civile les zones proches de la ligne de front pour permettre une avancée éventuelle, aujourd’hui impossible.
Sur le plan politique intérieure à calmer les partisans de la guerre et sur le plan extérieur à provoquer une révision des accords de Minsk au profit d’un scénario de type Croate, voire leurs abandons.
Le plan de paix semble s’effriter chaque jour un peu plus sans qu’aucune voix officielle ne s’élève. Il faut souligner que le contexte politique en ce début d’année 2020 est très instable entre une pression nationaliste extrême en Ukraine, qui ne veut rien lâcher, et un possible changement d’orientation politique de Moscou dans le Donbass.
En attendant un hypothétique règlement du conflit, la population souffre encore et encore.

Cette guerre européenne a déjà fait entre 10 000 et 20 000 morts.

À Donetsk, des quartiers entiers et des villages proches du front, parfois coupés en deux, se vident progressivement provoquant un exil vers des zones plus « calmes » ou à l’étranger, des maisons brulent, des murs s’effondrent, des fenêtres volent en éclats laissant les dernières Babouchkas et les familles qui refusent de quitter leurs maisons, seules au milieu de quartiers déserts.

Deux babouchka s’embrassent dans la rue. Donetsk, Ukraine, le 07 janvier 2020. © Jacques Pion

Chaque semaine apporte son lot d’enterrements de civils innocents ou de combattants souvent très jeunes qui s’engagent dès l’âge venu dans les forces de défense à l’exemple de ces 4 jeunes de 20 ans tués, en ce mois de janvier 2020, sous les bombardements ukrainiens.

Le bilan est encore lourd : 328 soldats républicains ont été tués en 2019 et déjà une vingtaine depuis le début de l’année 2020.

La plupart des enfants qui vivent ou ont vécu, proches de la ligne de front, sont traumatisés. La perte d’un papa trop tôt disparu, les bombardements qui résonnent encore dans leurs têtes et qui réveillent leur anxiété à chaque détonation sourde. C’est toute une génération qui n’aura connu que la guerre et dont il faudra s’occuper un jour.

Sur tous les visages rencontrés qui n’ont rien de bien « terroristes » — ce qualificatif est encore employé par le gouvernement de Kiev — j’ai pu lire le désarroi, la lassitude, la tristesse, la fatigue et la souffrance. Mais malgré cela et le nombre de désillusions vécues dans l’espoir d’une fin proche du conflit, rien ne semble vouloir entamer la volonté de ce peuple fier et solidaire à vouloir décider de son propre destin.

Isabeau de Rouffignac _Marbre à tout prix

..COUP DE CŒUR DU FESTIVAL .. 

Photographe exposant à Barrobjectif

Graphiste de formation, Isabeau de ROUFFIGNAC a longtemps travaillé en agence en tant que directrice artistique puis en indépendante, découvrant la photographie au début des années 2000. C’est une révélation, et bientôt une évidence. Depuis, elle photographie les univers lointains ou proches, entre approche documentaire et démarche résolument artistique. Une ligne de conduite, comme un fil qui traverse ses travaux et leur donne leur cohérence : approcher l’autre, l’apprivoiser, prendre le temps, apprendre sa langue, se faire oublier.

Isabeau de Rouffignac est une discrète et une tenace. 
Depuis quelques années, elle se consacre entièrement à la photographie et explore la complexité d’autres cultures sur lesquelles elle porte un regard très personnel, toujours curieux, et fondamentalement empathique. C’est ainsi qu’elle a suivi, dans ses tournées aux confins du désert, un facteur indien, découvert la médecine traditionnelle akha en Thaïlande, remonté les traces du génocide des Khmers rouges au Cambodge.

Il y a, chez Isabeau de Rouffignac, une révolte sourde qui emprunte la photographie pour dire le sort des plus fragiles. Que cela soit son travail à Bhopal en Inde, sur les traces de la pire catastrophe chimique que le monde ait connue, ou ce dernier travail sur les mineurs du Rajasthan ce sont des plaidoyers pour celles et ceux, souvent sans voix, qui luttent toujours pour faire reconnaître leurs droits. Elle les raconte avec pudeur, nous offrant une photographie documentaire inédite, dans laquelle elle embarque ses sujets. Et nous avec eux.

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Marbre à tout prix ..

Marbre, translucide dans les palais, veiné d’orangé, comme une feuille légère et fragile. Marbre. Autour de nos baignoires et de nos piscines, dans nos halls somptueux, dans nos aménagements récents comme au temps de nos rois. L’inde est un des plus gros exportateurs de marbre et le Rajasthan fournit 90% du marbre qui quitte le pays. Dans cette région, les carrières à ciel ouvert s’étendent à perte de vue, créant dans le paysage aride de gigantesques escaliers blancs où s’activent hommes et machines.

carrière de marbre
Les machines sont arretées, C’est la fin de la journée de travail. © Isabeau De Rouffignac

Depuis quelques années, la demande en marbre n’a fait que s’accroitre, rendant toujours plus difficiles et dangereuses les conditions de travail. Dans les mines de marbre indiennes, de pauvres payes, pas de contrats de travail, pas plus d’assurances.

Dans cette série, j’interroge l’univers des ouvriers du marbre sur leur lieu de travail, à travers les paysages, des portraits, des détails. Les mineurs sont vêtus de leurs vêtements quotidiens blanchis par la poussière de marbre qui s’incruste partout. Souvent, ils ne sont chaussés que de sandales. Ils devraient porter casques, gants et chaussures de protection, mais il fait chaud et, surtout, ces équipements de sécurité sont rarement fournis ou leur port n’est pas obligatoire. Quand il l’est, aucune vérification officielle ne vient s’assurer que les ouvriers soient correctement protégés. Tout au long de ce travail, je n’ai jamais vu d’ouvriers correctement protégés.

Au Rajasthan, la moitié des emplois sont fournis par le secteur du marbre. Sa présence en sous-sol a fait disparaître une part trop importante de l’agriculture. Son exploitation assèche les terres et il faut bien vivre de quelque chose. Certains travaillent là, comme leurs parents avant eux. Comment changer de vie quand on ne sait ni lire ni écrire et que l’on ignore ses propres droits ? Alors, on travaille au jour le jour. Faute de pouvoir épargner, quand arrivent les quatre mois de mousson et que l’exploitation des mines s’arrête le temps des fortes pluies, le seul moyen de s’en sortir est souvent d’emprunter à son employeur de quoi tenir jusqu’à la reprise du travail. Avec un taux d’usurier autour de 25 %, ils se retrouvent souvent pieds et poings liés avec les propriétaires des mines qui ont toute liberté pour imposer les conditions de travail.

Avant d’extraire le marbre, certains d’entre eux étaient agriculteurs et propriétaires de leur terre. Mal informés de sa valeur réelle, ils l’ont souvent cédée à vil prix et se retrouvent à travailler pour celui qui l’a acquise ainsi. Il y a aussi ceux qui sont venus d’autres régions de l’Inde pour travailler ici et retourneront chez eux pendant les mois de mousson.

Les conditions de travail sont telles que beaucoup souffrent de déshydratation, de blessures mal soignées, de problèmes auditifs. Surtout, les pathologies respiratoires sont très fréquentes, notamment la très dangereuse silicose provoquée par l’inhalation de particules de poussière de silice qui détruit les poumons. Elle ne se soigne pas. En 2016, une étude a évalué qu’un mineur de marbre sur deux serait (ou sera un jour) atteint de silicose ou de silico-tuberculose. Cela représente plus de 800 000 personnes.

L’état a mis en place des mesures pour améliorer les conditions de travail et prévenir les risques sanitaires, mais elles restent généralement lettre morte. Pendant ce temps, le marbre continue de détruire les corps et de tuer, mais il faut bien, chaque jour, aller travailler…

Alain Roux _ Les damnés de Dhaka

Alain ROUX est né en 1948. Médecin aujourd’hui retraité, il effectue plusieurs voyages dans le sous-continent Indien depuis plusieurs années pour en photographier les aspects sociaux.
Depuis 5 ans, il photographie la vie des paysans de l’Aubrac autour de chez lui.

2001 Prix de la photographie sociale et documentaire Paris
2003 Meilleur reportage Visa Off Perpignan
2004 Premier prix concours Agfa N & B
2006 Exposition sur les pratiques religieuses extrêmes en Inde et au Pakistan
2015 Expose galerie Espace 13 « les bidonvilles de Bombay« 
2016 Exposition collages photo « Orient extrême« 
2017 Exposition Phot’Aubrac « Mumbai central »
2018 Exposition N & B « Paysages de l’Aubrac » à la Maison de L’Aubrac
2018 Exposition Maison Charrier Nasbinals « Traditions de l’Aubrac« 
2019 Publication du livre  » Un dernier hiver » sur les paysans de l’Aubrac
2019 Expose à Phot’Aubrac « Les damnés de Dhaka » sur le travail et la pollution au Bangladesh
2019 Sollicité pour le prix de la fondation A. Khan
2020 Coups de cœur Fish Eye magazine

..EXPOSITION BARROBJECTIF 2021 : Les damnés de Dhaka..

Dahka a été fondée il y a 400 ans et a acquis le statut de capitale politique et économique en 1971.

Aujourd’hui Dhaka et sa proche banlieue comptent plus de 18 millions d’habitants contre à peine 1,5 Million en 1971, année où le Bangladesh a accédé à l’indépendance.

La pollution industrielle produite par les tanneries, usines textiles, briqueteries, chantiers navals,…est la première source de contamination.

À la pollution industrielle s’ajoute le rejet des eaux usées et matières fécales dont seuls 10% sont traitées.

La Buriganga, artère fluviale de la ville est devenue une rivière morte, véritable égout à ciel ouvert, bouleversant les conditions de vie.

La Buriganga, artère fluviale de la ville de Dhaka.
La Buriganga, artère fluviale de la ville de Dhaka. Alain Roux

Le désordre écologique est encouragé par l’absence d’application des lois, la corruption, les intérêts des investisseurs bangladais et étrangers.

Les ONG, journalistes et scientifiques défenseurs de l’environnement sont régulièrement menacés, voire physiquement agressés pour le combat qu’ils mènent.

Conséquences immédiates de l’exode rural et de la montée des eaux 30 % des habitants de Dhaka vivent dans des bidonvilles insalubres et survivent « grâce » à un salaire moyen de 40 euros par mois pour 10 heures de travail par jour dans des conditions dignes de la révolution industrielle en Europe au XIXe siècle, sous l’emprise d’un capitalisme anthropophage et auto destructeur.