Laurent Blandin – Sri Lanka – La mer comme quotidien

Laurent BlandinLaurent BLANDIN – FRANCE
Né en 1982 et vit à Nantes. C’est par hasard, la veille du départ d’un tour du monde qu’il décide de s’équiper d’un appareil photo. Là, c’est le déclic, sa passion naît et ne le quittera plus. Ancien graffeur, il retrouve une certaine adrénaline et le goût des compositions graphiques au travers de la photo. Irrésistiblement attiré par la rencontre en voyage et curieux de l’environnement qui l’entoure, son travail photographique s’oriente aujourd’hui autour de 2 axes majeurs : la découverte du monde et les faits de société. Autodidacte, son inspiration s’est nourrie de quelques photographes s’inscrivant dans la tradition du photojournalisme ou de la photographie humaniste.

L’humain dans sa singularité et sa propension à lutter est au cœur de ses projets personnels.

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Sri Lanka – La mer comme quotidien

Le village de Nilaveli - côte Est du Sri Lanka

Focus sur des pêcheurs en voie d’extinction.

C’est un petit paradis sur terre. La nature est luxuriante et les nombreux animaux font partie du décor. Les plages sont d’un bleu transparent, la vie y est douce et tranquille, les villageois entretiennent sourire et bienveillance.
Cet endroit, c’est Nilaveli. Petite bourgade de pêcheurs nichée sur la côte Est du Sri Lanka à une quinzaine de kilomètres au nord de Trincomalee. La vie du village s’organise autour de la pêche, chacun y trouve sa place selon ses aptitudes. À 5 h 30, le soleil se lève et amène avec lui les pêcheurs, détendus et souriants, par petits groupes le long du rivage. Certains partiront en bateau pour la pêche au filet ou pour la « pêche au gros » à l’hameçon, d’autres tireront un long filet de plus de 500 mètres pour attraper les poissons plus près des côtes. Les jours coulent paisiblement dans ce village où le poisson est de loin la principale ressource.

Cependant Nilaveli, à l’image de nombreux villages de pêcheurs du pays, est confronté aux mêmes problématiques, la douceur de vivre n’est qu’apparence quand les gros poissons s’en mêlent.

Après 30 ans de guerre civile, les pêcheurs ont enfin pu reprendre la mer avec l’espoir de pouvoir à nouveau gagner leur vie ainsi. Depuis la défaite des rebelles tamouls en 2009 les restrictions sur la pêche ont peu à peu été levées sur l’une des zones les plus fertiles des océans de la planète et pourtant de nouveaux problèmes sont vite venus remplacer les anciens. Les grosses entreprises de pêche utilisent de la dynamite et d’autres pratiques interdites qui détruisent les fonds marins autant que les petits poissons et leurs œufs. Par conséquent, les réserves s’amenuisent considérablement. D’autre part, les infrastructures hôtelières tendent à se développer fortement dans cette partie de l’île jusqu’à présent épargnée par le tourisme de masse. Chaque nouvel hôtel restreint un peu plus l’espace de ces pêcheurs, souvent installés depuis des générations le long des plages, jusqu’au jour où il n’y aura malheureusement plus d’espace pour eux.

C’est ce quotidien que j’ai voulu figer avant que ces pêcheurs disparaissent.

Sidney Léa Le Bour – Al-Minya, Égypte – L’enfer blanc

Sidney Lea- Le BourSidney Léa LE BOUR – FRANCE
Née en 1990 à Paris. Vit à Nantes. D’abord diplômée en architecture, elle intègre l’ENS Louis Lumière Section photographie jusqu’en 2014. Depuis, photoreporter irrépressiblement attirée vers l’Est, elle parcourt les Balkans, l’Asie Centrale et les pays d’ex-URSS à multiples reprises. Traversée du continent eurasien en autostop. Reportage hivernal au long cours en Sibérie. Elle enchaine les défis et les épopées pour photographier des peuples aux antipodes les uns des autres. En quelques années, ses photographies lui ont permis de travailler avec de nombreux organismes et groupes de presse. La surprise est le moteur de sa création photographique et un élément clé dans le choix de ses projets.

L’insolite l’attire et c’est en voulant montrer ce qui l’étonne et la fascine qu’elle fabrique de l’image.

Les corps humains burinés, mous et froissés. Les méandres du calcaire. Les aspérités de la glace. Chaque série d’images qu’elle produit pousse un peu plus loin son exploration de la matière et de la couleur. Générateurs de curiosité, les traditions incongrues sont un autre de ces sujets de prédilection.
Son travail a été montré lors de plusieurs expositions collectives, dont récemment au festival de la Quinzaine Photographique Nantaise. Elle est actuellement représentée par l’agence Hans Lucas et la galerie Hegoa.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 :  Al-Minya, Égypte – L’enfer blanc

4 h 30 du matin.

Des minibus déversent des hommes en djellaba par dizaines. Ils s’interpellent, gesticulent et tuent le temps en dévorant des falafels et en sirotant du thé. En moins d’une heure, le carrefour est noir de monde. Tous attendent la même chose : l’arrivée des pick-up qui les amèneront sur les carrières de calcaire. À Al-Minya, c’est la source principale de travail. Presque tous les hommes en âge de travailler dans la région s’y rendent 6 jours sur 7. La route est cahoteuse et labyrinthique. Et le jour n’étant pas encore levé, il fait très froid. Certains se protègent du vent sous des bâches, d’autres s’emmaillotent dans des couvertures. Les hommes s’entassent à l’arrière des véhicules et se serrent les uns contre les autres pour 30 à 45 minutes de route.

Carrière de calcaire en Égypte

Une des nombreuses carrières de calcaire autour de la ville d’Al-Minya, en Égypte.

L’arrivée sur les carrières est surréaliste. Une lumière violacée teinte le ciel et les paysages blancs immaculés qui nous entourent. Des étincelles éclaboussent la nuit. Aux premières lueurs du jour, les hommes affutent les scies circulaires. C’est l’amorce d’un ballet bien rodé où chacun à sa place et sait ce qu’il a à faire. Mettre en place les rails et les décaler au fur et à mesure des découpes, manœuvrer les machines, écarter les briques désolidarisées du sol et recommencer à nouveau. L’air est irrespirable et la lumière aveuglante. Des nuages de particules enveloppent les silhouettes fantomatiques. À chaque inspiration, le silice s’engouffre dans les poumons des ouvriers. Pour limiter les ravages et à défaut de masque de protection, ils tentent de se protéger avec des foulards et des cagoules en tissu. Mais, cela n’arrête pas la maladie : embolie pulmonaire et cataracte, entre autres, sont monnaie courante.

Pour 5 ou 6 euros par jour et malgré les risques, les hommes de la région continuent donc à produire du calcaire et à s’exposer au pire.

Les hommes le savent. Les risques pour la santé et les accidents sont nombreux sur les carrières. Il suffit d’une scie qui dérape ou d’un éclat de lame qui se détache pour lacérer la chair et causer des dommages irréparables. Les fils électriques à nu serpentant sur le sol sont à l’origine de nombreuses électrocutions. Et pour couronner le tout, la plupart de ces ouvriers ne sont pas assurés. Les propriétaires des carrières n’arrivent pas à obtenir les licences qui permettraient de garantir à leurs employés une retraite et une assurance maladie. L’armée ne délivre qu’au compte-goutte les fameux sésames. Il faut se plier à des règles très strictes et payer des taxes exorbitantes, souvent bien plus élevées que le bénéfice réel de ces entreprises.

Thomas Morel-Fort – Une vie à servir

Autoportrait-Thomas-Morel-FortThomas MOREL-FORT – FRANCE
Après des études à l’institut National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS) à Bruxelles et un parcours universitaire à la Sorbonne (Licence en Philosophie) et à la Sorbonne Nouvelle (Licence de Cinéma). Thomas décide de se consacrer pleinement à la photographie. En 2012, il est diplômé de Icart Photo, promotion Remi Ochilk et obtient l’European Bachelor of Photography. La même année il travaille chez Sipa Press puis au journal Le Parisien. Basé à Parie, il est membre du studio Hans Lucas depuis 2015. Son travail a été publié dans Grazia, Le Parisien, l’Express, L’Obs, Paris Match, La Croix, Le Figaro, Épic Stories.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2018 : Une vie à servir

Plus de 50 000 Philippins vivent en France. Plus de la moitié d’entre eux sont des travailleurs clandestins sans-papiers. Ce reportage se concentre sur les femmes de ménage surnommées « Filipinas » qui représentent 80 % de cette main-d’œuvre domestique et qui travaillent le plus souvent dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien et dans des villas de la Côte d’Azur.

Filipinas

Octobre 2016. Paris 16e. Myrna travaille dans un des appartements de ses employeurs qu’ils louent en air’bn’b.
Myrna , 48 ans, est arrivée à Paris il y a six ans . Elle travaillait pour une princesse saoudienne en Arabie Saoudite. Pendant les vacances de la famille de sa patronne à Courchevel, elle s’est enfuie avec une autre employée philippine de leur chalet. Après s’être cachée pendant quelques mois dans un foyer de sans abri elle a pu se rendre à Paris.

Pendant trois ans, j’ai pu suivre au plus près le quotidien de plusieurs « Filipinas » Donna, Tita, Myrna et Jhen.  Donna et ses amies ont laissé leurs familles et leurs enfants aux Philippines pour travailler dans les beaux quartiers à Paris. La condition de domestique est leur «  destin » disent ces jeunes femmes. Je me suis fait embaucher pendant 1 mois et demi avec elles.

Arnaud Roiné – Les coulisses du « Palais »

Arnaud Roiné est photographe militaire depuis plus de 20 ans. D’abord photographe officiel du président de la République pendant plus de 6 ans, il est maintenant photoreporter à l’ECPAD *. Sa mission première consiste à témoigner des engagements de l’armée française partout dans le monde, de l’Afghanistan à la Centrafrique, en passant par le Mali ou la Guinée par exemple.

Portrait de Arnaud Roiné

C’est pendant son passage à l’Élysée qu’il décide de s’intéresser aux petits métiers, aux savoirs-faire des hommes et des femmes qui oeuvrent en coulisse. Il passera presque 3 ans à observer ce qui se passe derrière le grand bal diplomatique qui se joue chaque jour dans les salons de l’Élysée.

Si son métier de photographe militaire pousse son objectif vers des impératifs de communication opérationnelle, voire institutionnelle, Arnaud Roiné s’attèle à ne jamais dérober son regard de la réalité des faits et des parcours de vie qu’il est amené à photographier. Ainsi, au-delà des images de conflit ou d’aide humanitaire qu’il effectue pour la communication, il s’attache également à capter des instantanés de vie au profit des archives nationales de la Défense, l’affranchissant de la vision « du parti ».

Son envie « d’aller voir » le pousse notamment à retourner en Guinée Conakry avec ses propres deniers pour terminer l’histoire qu’il avait commencée en retrouvant, en 2016, des survivants du virus Ebola sauvés par le service français de santé des armées. Observateur attentif et pugnace, il s’attache à être présent où les autres ne sont pas. C’est dans ce sens qu’il a voulu traiter Ébola et c’est avec cette même volonté qu’il entend traiter ce sujet sur les lycéens en bac professionnel. Convaincu qu’il faut du temps pour raconter l’histoire des gens qu’il rencontre, cela fait près de deux ans qu’Arnaud participe aux cours et passe ses week-end avec « ses lycéens ». Ce sujet, tout comme celui sur Ébola, marque le début d’une transition vers une nouvelle vie qu’il ne conçoit que dans le photojournalisme.

*Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Les coulisses du « Palais »

« Le Palais ». C’est comme ça qu’ils en parlent. Avec beaucoup de respect, d’affection et une pointe de fierté. Ils, ce sont les 800 personnes qui font de ce navire un ambassadeur du savoir-faire à la française. Ce navire qui peut faire figure de croiseur imprenable est un lieu des plus, mais connu de tous. Les gens qui le composent servent la République et le plus haut personnage de l’État : le président de la République.

Palais de l'Élysée -1

Coup de feu dans les cuisines du Palais. Après trois jours de préparation, c’est le moment où tout se joue. Les plats doivent être envoyés le plus parfaitement possible.

Jacques Lanzmann décrivait l’Élysée du temps de François Mitterrand comme «  une maison au-dessus de toutes les autres, plus haute que les plus perchés de nos châteaux forts, plus inaccessible que l’ultime refuge du Mont-blanc. S’y succèdent les hommes au sommet de l’État : ceux qui y vivent et ceux qui y travaillent le temps d’un septennat. Symbole du pouvoir suprême, l’Élysée, nichée au cœur de paris, est tout à la fois le Palais des puissants et des plus obscurs en fait une petite France en microcosme. Bien des métiers s’y exercent, bien des corporations y sont représentées. De l’homme de ménage au Président, du lustrier au général, près de mille personnes travaillent au rayonnement de la France, chacun à sa place, chacun selon ses moyens. »

Palais de l'Élysée -2

Dans le salon Murat du palais de l’Élysée. À la veille du conseil des ministres, les garçons de vestibule prennent un soin tout particulier à la mise en place de l’horloge du conseil. Cette horloge à la particularité d’être lisible des 2 cotés. Une face pour le président, une face pour le premier ministre.

J’ai, moi aussi, servi le président de la République de 1998 à 2008, à ma manière, en tant que photographe. Et, au cours de cette décennie, j’ai arpenté les coursives de ce grand navire, de la cale à la passerelle de commandement. J’y ai jeté mon œil indiscret par les sabords et exercé mon regard dans les bordées, pour tenter de mettre en lumière, avec authenticité, les hommes et les femmes qui font que chaque jour cette institution montre le meilleur d’elle-même.

Palais de l'Élysée -3

Les cavaliers de la garde républicaine font une pause café dans les sous-sols du Palais après avoir rendu les honneurs à un invité de marque du Président.

Le 55, rue du Faubourg Saint-Honoré est le palais de tout un peuple où une poignée perpétue des traditions centenaires. Traditions qui, paradoxalement, cohabitent en harmonie avec l’avancée inexorable du temps. Et ce, grâce aux employés de l’Élysée qui, plus que suivre leurs vies, suivent la marche de la France et du monde. Et, à leur manière, avec leurs compétences et expertises, ils participent au rayonnement de la France et maintiennent en vie, par leur créativité, les plus beaux savoir-faire de l’art et de l’artisanat. Argentiers, lustriers, tapissiers, horlogers ou encore lingères, grâce à eux, l’Élysée est une vitrine internationale unique du savoir-faire et du savoir-vivre à la Française.

Cette série noir et blanc a fait l’objet d’un ouvrage aux éditions Télémaque, en collaboration avec Patrick Kovarik, photographe de l’Agence France Presse (AFP).

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : J’ai vu Ébola

Brice Le Gall – Contre la « Loi Travail » et son monde

Né à Paris en 1981, Brice Le Gall est spécialisé initialement dans la photographie nature.

Depuis quelques années, il oriente son activité vers la photographie sociale et humaniste. Tout en enseignant et poursuivant ses recherches en sociologie, il a couvert de nombreuses mobilisations sociales en France.
Il travaille régulièrement pour la presse associative et militante, notamment pour l’association Attac (Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens).

Son site internet : http://www.bricelegall.com/

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Contre la Loi Travail et son monde

Cette banderole portée par des « autonomes » symbolise l’espoir d’amplifier le mouvement. Elle témoigne aussi de la réflexivité de certains manifestants quand à l’absence relative des classes populaires dans les cortèges parisiens.
À proximité de la place de la République, Paris, 26 mai 2016.

En février 2016 débute en France une longue et intense mobilisation en réaction à un projet de loi qui vise à réformer en profondeur le code du travail. Pendant plus de six mois, les manifestations se succèdent et prennent une ampleur particulière lorsque le gouvernement socialiste au pouvoir décide d’adopter son texte sans le soumettre au vote des députés (article « 49-3 »).

Manifestants pris en nasse par les policiers. Alors que la panique gagne la foule et que des personnes suffoquent , il implore le policier de laisser avancer le cortège.
Boulevard des Invalides, Paris, 14 juin 2016.

Ce mouvement social est remarquable à plusieurs titres : d’abord, parce qu’il émerge dans une conjoncture improbable. La France est en effet en « état d’urgence » suite aux attentats du 13 novembre 2015 et les formes traditionnelles de mobilisation collective semblent en déclin depuis 2011, date du dernier mouvement de grande ampleur contre la réforme des retraites. Ensuite, parce que la contestation des manifestants s’élargit rapidement et agrège des revendications beaucoup plus larges que celles relatives à la précarisation du travail. Si le cœur du mouvement est constitué des syndicats, il attire aussi de jeunes lycéens ou étudiants, des retraités, des cadres, des professions intermédiaires, des artisans… Les messages portés par ces différents groupes sont ainsi très variés. Ils prennent parfois une tonalité écologiste, féministe, anti raciste, mais c’est la tonalité anticapitaliste qui l’emporte dans les cortèges parisiens sous l’effet notamment de l’arrivée d’éléments « autonomes » français et étrangers dont la culture politique sert de lien entre les classes populaires et les classes moyennes du secteur public traditionnellement mobilisées sur ces questions.

Le kit du manifestant. Image prise juste après un départ de manifestation sauvage contrôlée à l’aide des gaz lacrymogènes.
Paris, 26 mai 2016.

La vingtaine de photographies présentées ici est tirée d’une longue série d’images prises à Paris entre les mois de février et septembre 2016. Le parti pris a consisté à sélectionner les photos qui me semblaient les plus intéressantes d’un point de vue documentaire afin de renseigner un mouvement beaucoup plus large et riche que la représentation qu’on en a parfois donné. Si certaines de ces images rappellent la violence de la mobilisation, elles entendent aussi faire une place à l’humour, aux références culturelles, à la réflexivité, à l’auto-défense et finalement à « l’intelligence collective » d’un mouvement qui est parvenu à contrôler ses tensions internes et qui a affiché une rare détermination. Une façon pour moi de témoigner que derrière des formes de contestation parfois radicales se jouait surtout le rêve d’une profonde transformation du monde social. Bien qu’il n’ait pas été à la hauteur de toutes les espérances, on peut dire que ce mouvement a représenté un réveil : celui d’un esprit de révolte et de résistance porté par des idéaux indispensables à la construction d’un autre monde.

Laurence Fleury – Les nouvelles bergères des Pyrénées

Laurence Fleury, journaliste indépendante, rédactrice, photographe et réalisatrice depuis vingt ans, collabore avec tous types de médias : Presse quotidienne régionale, presse magazine spécialisée, presse institutionnelle et chaines TV.
Après avoir démarré sa carrière comme photo journaliste free-lance pour des magazines de montagne, et avoir couru le monde et les sommets, Laurence Fleury s’intéresse aux montagnes qui l’entourent, les Pyrénées, et à la vie dans les estives. Ce qui a donné lieu en 2015 à un documentaire « Des brebis et des femmes» et en 2016 à un travail photo, en cours, dont sont issus les quinze clichés joints.Portait de Laurence FleuryCe qui l’anime : La rencontre avec l’Autre.

Au coin de la rue ou au bout du monde, elle croise les gens dans leur quotidien, les écoute, les raconte, capte leurs émotions. En un mot, elle se fait témoin.
Le voyage, la montagne, les rencontres humaines… Beaucoup de curiosité et l’envie d’ailleurs sont ses moteurs.

 

EXPOSITION BARROBJECTIF 2017 : Les nouvelles bergères des Pyrénées

Il y a trente ans, le métier de berger était presque exclusivement masculin. Aujourd’hui, près de la moitié des cabanes d’estive en Béarn sont occupées par des couples ou des familles, et plus d’un tiers par des bergères ; des femmes qui restent tout l’été en montagne et qui font le même travail pastoral que les hommes. La profession rajeunit, se conjugue désormais au féminin et séduit bon nombre de citadines.

« Une amie m’a invitée à suivre une transhumance, lorsque les brebis redescendent de la montagne à la fin de l’été. Je me suis retrouvée face à quatre cents brebis qui pacageaient tranquillement. Le berger a sifflé son chien et en une fraction de seconde, tout le troupeau a dégringolé la pente. C’était magnifique ! J’ai pleuré. Et je me suis dit : “C’est ça ! C’est ça que je veux faire !” Je ne savais même pas que ça existait. »

Isabelle est bergère depuis dix ans et partage sa cabane d’estive avec Nils, son fils de quatre ans, et Anne, son associée, citadine elle aussi, originaire de Rouen. Ni l’une ni l’autre n’avaient mis les pieds en montagne avant d’arriver dans les Pyrénées.

En Béarn, de plus en plus de femmes choisissent de quitter la ville pour embrasser ce métier. Et le pourcentage de salariées à l’estive l’été dépasse presque les 50 %. Un désir de retour à la nature et à une vie plus saine. Au lycée agricole d’Oloron (Pyrénées-Atlantiques) qui propose la formation « Berger-vacher transhumant », on constate une augmentation constante du nombre de femmes depuis vingt ans. Elles étaient une ou deux par classe au début, pour arriver à la parité dans les dernières promotions.

Le Béarn, situé entre le Pays basque et la Bigorre, compte deux cents estives sur soixante-cinq mille hectares de pâturages, et cent cinquante cabanes fromagères, dont la moitié n’est accessible qu’à pied, à plus d’une heure de marche de la route, en moyenne. Les cabanes d’estives sont des maisonnettes construites dans la montagne pour accueillir les bergers durant les quatre mois d’été, de juin à fin septembre. Ils gardent leurs brebis là-haut, qu’ils traient matin et soir et fabriquent leur fromage dit « d’estive », qui se distingue du fromage fabriqué l’hiver à l’exploitation, parce que plus riche et plus goûteux. Les cabanes plus éloignées sont à plus de trois heures de marche de la route. Soixante-deux sur cent cinquante abritent des couples ou des familles, et une bonne dizaine est occupée par des femmes, seules ou à deux.

Un métier longtemps réservé aux hommes

 Il y a quarante ans, la profession était encore l’apanage des hommes et en particulier des cadets, célibataires. Ils transhumaient, l’été, d’une cabane à l’autre à mesure que l’herbe venait à manquer, et partaient l’hiver dans le Gers ou en Gironde, là où il y avait de quoi faire pâturer le troupeau. Bien souvent, le métier était subi par ces hommes qui ne l’avaient pas choisi.

Aujourd’hui, il est pour les jeunes qui l’embrassent une passion, un choix de vie. Un engagement presque militant, aux antipodes du consumérisme et des turpitudes citadines. Pour toutes ces femmes, c’est très clair : vivre du pastoralisme, c’est vouloir vivre autrement. Il y a vingt ans, aucune d’entre elles n’y avait sa place, cantonnée à la ferme et aux tâches ménagères.

Le métier, qui jusque-là se transmettait de père en fils, n’est plus un destin comme jadis, tracé par héritage.

Petit à petit, sans faire trop de bruit, et bien qu’elles viennent souvent de la ville, les femmes s’imposent, surprennent et redonnent une perspective d’avenir à ce métier dont on disait qu’il fallait y être né pour l’exercer.

Si j’ai souhaité suivre ces bergères dans leur quotidien, c’est pour comprendre leur choix de vie, en dépit des conditions difficiles, et cet acharnement qu’elles ont à réussir à tout prix.

Il y a vingt ans, lorsque je me suis installée dans les Pyrénées, les cabanes étaient occupées par de vieux bergers rustres et sales. Après eux, le pastoralisme allait mourir, pensait-on, parce qu’il n’y avait pas de relève.

La relève s’est faite, petit à petit, par les femmes qui aujourd’hui révolutionnent le monde pastoral.

Laurence Fleury

Service photographique de l’environnement – Le croisement des métiers

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© Arnaud Bouissou
Des inspecteurs « ouvrages d’art » réalisent un contrôle périodique détaillé du viaduc du Lignon (Monistrol-sur-Loire, 2014)

Le service photographique du ministère de l’Environnement

Le service photographique aujourd’hui rattaché à la direction de la Communication du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, existe sans discontinuer depuis plus de 70 ans. Ce service, qui a connu de nombreuses configurations au fil du temps et des enjeux politiques, est composé, début 2016, des trois photographes reporters que sont Arnaud Bouissou, Laurent Mignaux et Bernard Suard, au sein d’un bureau audiovisuel regroupant également les Journalistes reporters d’images et la médiathèque.

Arnaud Bouissou

Arnaud-Bouisou-photo-service photographique ministère environnement

Entré en 1991 dans l’administration comme technicien du ministère de l’Équipement, Arnaud Bouissou s’oriente vers l’informatique, d’abord comme administrateur réseaux, puis comme web-développeur. En parallèle, il développe des compétences en photographie par le biais de lectures, de participations à des forums ou bien encore de la création d’un site internet grâce auquel il expose son travail photographique personnel. La qualité de ce travail convainc ses supérieurs de lui confier en 2009 un poste de photographe reporter au sein de la direction de la Communication.

Bernard Suard

Passionné de photographie dès le lycée, Bernard Suard saisit l’opportunité d’accomplir Bernard-Suard-photographeson service militaire comme photographe du régiment auquel il est affecté. Il débute ensuite sa carrière dès 1977 au sein du service de l’Information du ministère de l’Équipement, du Logement et des Transports qu’il n’a plus quitté depuis. Soit  trente-neuf années de photographie au service de l’État qui l’ont vu s’adapter aux nombreuses transformations du ministère, ainsi qu’aux grandes évolutions des techniques de la profession.

Laurent MignauxLaurent-Mignaux-photographe

Débutant dès 1975 dans un laboratoire de photographie noir & blanc argentique, Laurent Mignaux a suivi avec passion toutes les mutations vers la photo et la vidéo numérique sans perdre sa passion pour l’image. Après des études en communication et en identité visuelle,  il intègre en 2000  le service communication du ministère de l’Écologie pour y mettre en place une photothèque numérique et constituer un fonds photographique à partir des nombreux reportages qu’il réalisera avec les autres photographes sur l’ensemble des activités et métiers du ministère.

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Photographes de l’environnement  / Le croisement des métiers

Le service photographique du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer alimente une photothèque, nommée Terra, riche de plus de 200 000 images.

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© Arnaud Bouissou
Un soudeur à l’arc de l’usine SIAG France assemble une virole pour la fabrication d’un mât d’éolienne (Le Creusot, 2012)

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© Arnaud Bouissou
Un ouvrier pose à côté de la tête d’un microtunnelier sur un chantier de transport de gaz naturel (Buchelay, 2014)

Les photographes de ce service sont des photographes reporters salariés travaillant au sein même de la direction de la Communication. Dans ce cadre, ils photographient bien sûr l’actualité du ministère et en couvrent les évènements phares; ils partent aussi en reportage pour documenter et témoigner des activités professionnelles développées sur tout le territoire français. Leurs images produites en nombre chaque année, servent la communication et enrichissent la documentation. Elles contribueront à terme à assurer la mémoire collective de l’institution.

 

 

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© Arnaud Bouissou
– Un peintre industriel de l’usine SIAG France effectue des travaux de finitions sur une section de mât d’éolienne (Le Creusot, 2012)

Nous vous présentons ici un exemple de la diversité des métiers rencontrés au cours de ces reportages.

 

Concentration sur l’ouvrage ou croisement des regards, chaque photo constitue un hommage réciproque à la présence de l’autre : regards entre deux professions au service de l’environnement, de l’énergie ou de la mer.

Noémie Pinganaud – Une journée dans les coulisses

noemiepinganaud-Gérard FauvinNoémie Pinganaud est originaire de Barro et photographe indépendante depuis 2009, après une formation de photojournaliste à l’EMI-CFD de Paris.
Au départ plutôt orienté pour être travailleur social mais n’y trouvant pas ma place, je me suis assez vite tournée vers la photographie et le reportage en particulier. .
D’abord basée à Poitiers où j’ai collaborée avec la Mairie de Poitiers, Grand Poitiers, l’Espace Mendes France, la revue « L’Actualité Poitou-charentes », je suis revenue en Charente en 2014.noemie-pinganaud-photo-photographe L’envie de trouver une activité professionnelle complémentaire et différente, m’a amené à Chasseneuil sur Bonnieure où je travaille au sein des Cies de spectacle « Tout Par Terre » et « Nulle Part ». Non pour y faire la clown, mais l’administration de ces 2 Cies de jonglage.
En réalisant aujourd’hui ce reportage sur la Canopée, je lis les deux: la photo et le milieu culturel.
En parallèle, je continue certaines collaborations sur Poitiers et quelques projets photographiques.

ESPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Noémie Pinganaud – Une journée dans les Coulisses

Durant la saison 2015-2016, l’équipe de la salle de spectacle de Ruffec « La Canopée » m’a ouvert ses portes et j’ai pu me faufiler, appareil photo à la main, dans tout le bâtiment.
Lorsque j’ai débuté ce travail, je me posais des questions sur le fonctionnement d’une telle salle et je n’avais pas forcement idée de toute l’activité qui s’y passe. En tant que spectateur, on ignore généralement tout le travail effectué derrière les coulisses pour que nous puissions apprécier le spectacle.
J’y ai donc découvert, un bâtiment plein d’activité, cela m’a fait penser à une fourmilière, ça grouille partout. Dans les bureaux, on s’affaire à préparer la venue des artistes : quand est ce qu’ils arrivent ? Comment ? En train, en voiture ? Où dorment ils ? Où mangent ils ? Qui les accompagne ? Etc…
On y prépare les supports de communication : plaquette, affiches, pub etc…
On prépare des actions avec les différents publics : écoles, collèges et lycées, le public adulte et familial.
On y reçoit des Compagnies pour la saison suivante, on recherche des spectacles. On s’occupe de la billetterie, des réservations .. Et puis on gère la partie administrative du lieu.

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Lorsqu’on entre dans le hall, il est possible de tomber sur des personnes du chantier d’insertion partenaire qui font la mise sous pli des affiches du mois pour distribution dans les communes voisines. Ou bien de retrouver Muriel et Isabelle en train de faire l’entretien des locaux, de préparer les loges des artistes..

Dans le théâtre, les 2 régisseurs s’affairent à monter les projecteurs, à régler les lumières en suivant la fiche technique de la Cie. Ils sont parfois aidés de techniciens professionnels extérieurs.  J’y ai alors découvert tout un langage : « Cour, jardin, guinde, mitar etc… » spécifique au théâtre. Cela rappelant un peu les termes marins. Face à la scène, on dit Cour pour le côté droit, comme on dit tribord sur un bateau. Les premiers machinistes étaient d’anciens marins, ceci explique cela.

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Lorsque les artistes arrivent avec leur régisseur et technicien, ils prennent possession des lieux effectuent des réglages, éventuellement des répétitions. La fourmilière continue son activité. Puis c’est au tour du public d’entrer dans les lieux, le spectacle commence.

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Le public applaudit, les artistes saluent, regagnent leurs loges, les techniciens démontent les lumières, le public est parti. L’équipe s’active encore à ranger, puis à nettoyer jusqu’à la prochaine fois.

Collège de Montembœuf – Osons l’égalité

EXPOSITION BARRONJECTIF 2016 : Osons l’égalité

Il s’agit d’un travail mené dans le cadre d’un appel à projets de Canopé, de la région dans le but de lutter contre les discriminations entre les hommes et les femmes.

Osons l'égalité_Maire

 

 

 

 

 

Osons l'égalité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les élèves de notre classe de 4ème ont donc œuvré pendant 4 mois pour réaliser cette exposition qui a été présentée au public lors d’un vernissage à la bibliothèque de Montemboeuf le lundi 30 mai.

Après avoir  visionné le film « les suffragettes », la classe a été divisée en 3 groupes bien distincts: un groupe de journalistes, un de photographes et enfin un groupe d’infographistes. Après quelques séances d’initiation avec le photographe Théo, nos élèves sont allés à la rencontre de 10 professionnels passionnés pratiquant des métiers ou des hobbies à contre-courant de nos représentations mentales.
Ces choix ont été portés après une courte enquête auprès de nos élèves. En effet pour eux, il était difficilement concevable qu’un homme puisse être danseur professionnel ou bien encore une femme n’avait pas les capacités requises pour piloter un avion contrairement à un homme. C’est donc dans le but de dépasser ces clichés tenaces que nous avons pris contact avec ces 6 femmes et 4 hommes évoluant le plus souvent dans notre canton ou aux alentours.
Osons l'égalité

Au cours de leurs reportages, nos élèves de 4ème ont pu ainsi interroger une sapeur pompier (centre de Chasseneuil), une vendeuse d’automobiles (à Limoges), une agricultrice, une pilote d’avion (Aéroclub de Champniers), Madame le maire de Roussines et des joueuses de rugby au club de Chabanais mais aussi un danseur professionnel, un maroquinier (travaillant à Hermès à Montbron), un instituteur en classe de maternelle et un apprenti coiffeur.

Osons l'égalité

Estelle Lagarde – Lundi Matin

Estelle_Lagarde_travail-usine

Estelle Lagarde expose depuis 2008 voici en liste ces dernières expositions personnelles et collectives.

Expositions personnelles

2016 

    • Radial Art Contemporain, Strasbourg
    • La Fontaine Obscure, Aix-en-Provence, dans le cadre du festival la photo se livre

2015  

    • Galerie Samy Kinge, Paris 7eme, série inédite L’Auberge à l’occasion de la sortie du livre
    • MH Gallery, Bruxelles, série inédite L’Auberge à l’occasion de la sortie du livre
    • Little Big Galerie, Paris 18ème

Portrait Estelle Lagarde

2014  

    • Hôtel de ville de Villejuif, invitée par la ville de  Villejuif et le Ruban de l’espoir
    • Centre administratif d’Orly, invitée par la municipalité d’Orly
    • Chapelle Saint-Louis, Poitiers invitée la ville de Poitiers et l’association Docvie
    • Radial Art Gallery, Strasbourg, série inédite «Maison d’arrêt»

Expositions collectives, festivals, salons

2016

    • Hors les murs, Loft Photo et MH Gallery, Bruxelles, «Ne vous déplaise», exposition collectif autour du plaisir
    • Galerie de la Maison des Arts, Biennale d’Arts actuels de Champigny-Sur-Marne

2015 

    • Monastère Royal de Brou, Bourg-en-Bresse, «A l’ombre d’Eros, L’amour, la mort, la vie», par le Centre des Monuments Nationaux et la ville de Bourg-en-Bresse.
    • Fotofever, Paris 1er, Carrousel du Louvre, avec l’agence révélateur
    • la 4ème image, Espace des Blancs Manteaux, Paris 4eme, avec l’agence révélateur

2014

    • Galerie Esther Woerderhoff, Paris 15ème , exposition PHPA 2014
    • Pavillon Joséphine, parc  de l’orangerie, Strasbourg,  avec La main du cœur, et la Radial Art Galerie
    • «Liberté mon amour», parc Georges Valbon, La Courneuve, commissaire d’exposition Marie Deparis

EXPOSITION BARROBJECTIF 2016 : Lundi Matin

La fiction est au cœur de l’œuvre d’Estelle Lagarde. Depuis 1996, ses débuts d’auteur dans la photographie, la mise en scène est sa matière première, bien au delà de sa manière. Elle part de la réalité pour nous conduire vers le rêve, l’absurde, l’incongru.

Estelle_Lagarde_travail-fatigue

De « Dames des Songes » en « Contes Sauvages », d’« Hôpital » en « Maison d’Arrêt », c’est par le biais de l’étrange et de l’onirique qu’elle semble vouloir regarder et éprouver le monde qui l’entoure. Ce monde qui aussi le nôtre.

Estelle Lagarde joue avec le temps et la lumière. Basée sur une durée de pause plus ou moins longue, la technique de l’artiste génère des lumières irréelles, enveloppe les personnages d’un halo mystérieux et fragile.Estelle_Lagarde_travail-equipe

La rencontre avec un lieu est le facteur déclenchant et tangible d’une construction visuelle, d’une plongée dans la fiction, et dans un mouvement retour, d’une possible interrogation du réel. Son œil de photographe est aussi celui d’une architecte : sur le terrain, en découvrant des bâtiments en passe d’être détruits, réhabilités et destinés à une nouvelle vocation, naît l’idée d’une nouvelle mise en scène.

Estelle_Lagarde_secretaire

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Cette série intitulée « Lundi Matin » est d’abord la découverte d’un étonnant garage automobile abandonné. Le lieu d’une activité que l’on devine intense, laissé à l’abandon, et depuis régulièrement visité par des tagueurs et des graffeurs, dont le sol semble peu à peu se recouvrir d’éléments végétaux en phase de décomposition.

C’est ce théâtre qu’Estelle Lagarde choisit pour évoquer à sa manière la crise économique qui perdure, la menace du chômage, le harcèlement, la dépression dans le monde de l’entreprise. C’est sur le terrain de l’inquiétant, de l’aberrant, mais aussi et peut-être avant tout de l’humour, que la photographe nous laisse le choix de nous questionner ou de nous divertir. Si elle s’amuse avant tout avec cette mise en scène, comme dans ses précédentes séries, elle ne souhaite ni provoquer ni interdire nos interrogations les plus graves sur le monde, son évolution, son incongruité.
Elle nous propose une vision mais ne l’envisage pas comme un constat humain, social ou philosophique.
Entre surréalisme et théâtralité, l’artiste interroge l’espace, l’occupant, et la relation qui les unit. Décors visibles sur les images d’Estelle Lagarde, les gravats et la décrépitude représentent le chaos et le délabrement de notre univers que nous ne savons ou ne voulons pas voir. Elle se joue et joue du réel comme du rêve. Nous devenons nous mêmes les spectres qui traversent ses images.

Estelle Lagarde interroge l’image, la représentation photographique en même temps qu’elle se joue de la réalité mais aussi de la théâtralité.

Elle rend beau et amusant un sujet grave. Nous pouvons alors osciller entre deux réactions, avoir deux échappatoires : l’angoisse ou l’éclat de rire.

Olivier Bourgoin / agence révélateur